‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 12 sur 30 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De l'accusation d'athéisme.

Ce dont l'auteur de la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre cii>il et politique s'irrite le plus violemment , c'est que la Charte constitutionnelle de l'Etat se déclare athée, en ne reconnaissant pas de Religion nationale. Elle a pensé que toute Religion dominante supposait des Religions dominées ; ce qui porterait atteinte au principe fondamental de la liberté des cultes.

Or, « l'Etat qui accorde une protection « égale aux cultes les plus opposés n'a évi- <f demment aucun culte ; l'Etat qui paie des « Ministres pour enseigner des doctrines « contradictoires n'a évidemment aucune « foi ; l'Etat qiti n'a^ aucune foi ni aucun fc culte est évidemment athée (1). »

Nous ne tarderons pas à voir le même écrivain et ses échos demander a grands cris la liberté la plus indéfinie des cultes , en faire la base essentielle de la législation qu'il propose au monde régénéré , et remercier avec enthousiasme la Charte de i830 du bienfait de l'émancipation générale assurée par elle a toutes les opinions religieuses, excepté toutefois celles des Gallicans. Ici, M. l'abbé de La Mennais n'y voit qu'une apostasie politique ; c'est Ta un phénomène nouveau sur la terre ; il s'étonne moins encore de cette prodigieuse dégradation , que de l'espèce d'orgueil

(1) Page 51 .

qu'elle inspire à certains êtres qu'il faut bien appeler humains , puisqu'il leur reste la figure et le langage de l'homme (1). 11 découvre pourtant des êtres au-dessous de ceux-là, i< à savoir ceux qui se laissent « administrer par de «emblahles lois, ces « hommes , dit-il , plus coupables encore , « qui , par faiblesse ou par intérêt , se ren- « dent les apologistes , les soutiens , les <f agens d'un aussi exécrable désordre (2). <f II en résulte une espèce d'idiotisme pu- <r blic , auquel on ne voit rien a comparer V dans les siècles précédens (5). L'athéisme, « comme une lèpre contagieuse , s'est réi< pandu dans toutes les classes de la so- K ciété (4). Combiné avec les idées étroites « et matérielles de la politique moderne « et la corruption morale qu'elles engen- « drent, il produit et dans les lois une anar-

(1) Page 100.

(2) Page 83.

(3) Page 94.

(4) Page 93 et suiv.

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« chie hideuse, et dans l'administration un <( despotisme tel, qu'il n'en exista jamais de « si funeste et de si dégradant. A la vue de « ce supplice , car c'en est un , on serait «f tenté de croire qu'il y a des crimes pour « lesquels la justice divine condamne les (f peuples a être étouffés dans la boue (1). )i

Quels motifs ont déterminé le silence du Législateur. Les mêmes , sans doute , que ceux qui entraînèrent , en 1790, la résolution de l'Assemblée Constituante. Voici dans quels termes elle s'est exprimée :

« L'Assemblée nationale , considérant « qu'elle n'a et ne peut avoir aucun pou- <f voir a exercer sur les consciences et sur " les opinions religieuses ; que la majesté de « la Religion et le respect profond qui lui « est dii ne permettent point qu'elle dew vienne un sujet de délibération ; considé- « rant que Vattachemeiit de V Assemblée na- « tionalc an culte catho liane , apostolique

(!) Pasc9().

« et romain f ne saurait être mis en doute « au moment oii le culte seul va être mis « par elle a la première place des dépenses « publiques, et où, par un mouvement unaf( nime de respect, elle a exprimé ses senti- « mens de la seule manière qui puisse coii- (f venir a la dignité de la Religion et au « caractère de l'Assemblée nationale : dé- « crête qu'elle ne peut ni ne doit délibérer « sur la motion proposée , et qu'elle va re- « prendre l'ordre du jour (1). »

Cette motion était qu'il fût décrété que la Religion catholique , apostolique et romaine, serait et demeurerait pour toujours la Pieligion de la nation , et que son culte serait le seul culte autorisé. Incident jeté a

(1) Décret du 13 avril 1790. Voyez notre Collect. écoles., t.'I, p. 6. « Dès le mois de février de la « même année, à la séance du 13, un des membres du « clergé, avait fait la motion expresse que la Relig'ion « catliolique , apostolique et romaine fût reconnue « par un décret solenael la Religion de TEtat.» {Ihid,, l. Il, p. 3. ) Elle fut écartée par les mêmes motifs.

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travers la discussion sur les biens ecclésiastiques j il fut écarté par l'ordre du jour.

Il ne nous appartient pas de juger les intentions , même après l'événement ; nous nous bornons a raconter les faits.

Le Clergé s'alarma. D'énergiques réclamations se firent entendre. On aurait désiré une profession de foi plus explicite. L'Assemblée nationale crut avoir mis a couvert ses sentimens religieux , en rappelant l'hommage rendu par elle a l'Etre-Suprême , dès le préambule de sa déclaration des droits de l'homme et du citoyen y qui garantit à chacun le libre exercice du culte qu'il professe. On arguait comme fait positif que la Religion catholique était la Religion de l'Etat. Le Pape Pie VI ne dissimula point ses inquiétudes et ses pressentira ens. Dans son Bref du 10 mars , adressé aux Evêques de France , il se plaint que l'Assemblée nationale ait refusé de déclarer la Religioji catholique dominante dans le royaume ,

HISTOIHE

quoique ce titre lui ait toujours appartrenu (1). Il convenait au Père commun des Fidèles de gémir sur l'amertume des défections passées et à venir.

Depuis un demi-siècle, l'invasion de ce qu'on appelait l'esprit philosophique dans les classes même populaires , les progrès d'un malheureux libertinage dans les opinions comme dans les mœurs, avaient accrédité un système d'incrédulité ou, du moins^ de scepticisme vainement combattu par des plumes éloquentes. On ne force point un torrent à rétrograder. Sortie du Sanctuaire, où elle avait dominé paisiblement durant un si long cours de siècles, la question de la vérité catholique avait agité la Société tout entière. La philosophie et la politique s'en étaient emparées. Voltaire, par ses sarcasmes, Jean-Jacques Piousseau, par son Contrat social, devenus les oracles de la Nation, avaient accoutumé les esprits à l'idée que

(1) Colîect. des Brefs du pape Pic VI, i. I, p. 133.

notre Culte romain était insociable par sa nature y rebelle par principe (^y Ces calomnies n'étaient point restées sans réfutation ; mais elles entretenaient au sein de l'Empire un ferment de discorde qui ne demandait qu'k éclater. Le souvenir des guerres de Pieligion qui avaient , durant deux siècles entiers, et tout récemment encore, ensanglanté le sol français , était présent a toutes les imaginations. Le triomphe que le Protestantisme venait d'obtenir, par l'édit de tolérance rendu sous Louis XVI , montrait combien il pouvait être encore redoutable. De nouvelles expériences ne tardèrent pas à justifier les alarmes que l'on avait conçues. Le Législateur craignit, sans doute , de lui prêter de nouveaux alimens. Son décret sur la Religion devenait la conséquence immédiate du principe universellement réclamé sur la liberté des Cultes. L'Assemblée Constituante eut bientôt

(1) Contrat social , liv. iv, ohap. vue.

franchi le cercle qu'elle s'était tracé i\ ellemême. Elle décréta sa Constitution civile du Clergéy subversive de tous les principes catholiqu^îs ; cet édifice, bâti sur un volcan, elle voulut l'étayer par un serment illégal , contradictoire, barbare. Ce serment-lk ne pouvait être exigé que par la tyrannie, prêté que par l'ignorance ou la peur. La proscription fut le prix du courage et de la fidélité. Quand le sang du Prêtre et du fidèle cessa de couler sous le fer des bourreaux , on les environna d'une sombre et inquiète surveillance ; on les abreuva de dégoûts et d'amertume ; on chercha a désoler leur patience ; et la Vendée , commençant alors à déployer l'étendart de l'insurrection, devint un champ de carnage. La Religion, gémissante et captive, déplorait également et les succès et les revers; lorsque Napoléon, parvenu au pouvoir suprême, conçut le projet de relever ses autels. En peu d'années, son Concordat avait cicatrisé les plaies de l'Eglise et de la

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patrie. Dans l'exorde de cette convention, éternellement mémorable , passée entre le Gouvernement français et Sa Sainteté Pie VU , en date du 10 septembre 1801 , il fut stipulé, non pas que la Religion catholique, apostolique et romaine, est la Ptcligion dominante en France, ni Religion de l'Etat, mais La Religioîi de la grande majorité des citoyens français. Le Souverain Pontife adhéra a cette déclaration. Ce que sa haute sagesse n'a point improuvé , de quel droit le condamnez- vous ? Et il s'est rencontré des Prêtres assez téméraires pour qualilier de faiblesse et de complicité avec l'ennemi., avec le persécuteur de l'Eglise , tout cet acte d'une condescendance paternelle qui l'a sauvée (1); ils ont osé l'appeler la honte du Souverain Pontijicat (2) !

Celui de 1 81 7 ne changeait rien à la sub-

(l)ie Concordat justifié , par M. l'abbé Clausel de Montais. Paris , 1813; p. 2, 30, etc.

(2) ylpologic du Concordat do 1801 par un cure. Paris, 1818, p. 10

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stance du précédent , que le nom du nouveau Souverain, et la dotation de nouveaux sièges épiscopaux. Le ministère d'alors n'eut point d'autre langage. On a dit de celui-là que les dispositions en étaient les mêmes, et que le sceau de la validité du Concordat de Napoléon se trouvait dans celui de Louis XVIII. Ce n'est que postérieurement à lui que se sont déchaînées les invectives contre cette œuvre d'une main ennemie. J'en appelle à l'équité, à la bonne foi, à tous les souvenirs. Une main ennemie ! celle qui , maîtresse d'imposer k la France le schisme de Henri VIII ou les codes de Luther et de Calvin, lui rendit son Episcopat, son Sacerdoce, ses séminaires , ses sœurs de charité , avec la pompe de son culte ! Un persécuteur ! le héros qui proclama les vertus de Pie VI , et appelait M. Emery dans ses conseils ! Ah ! que des mains ennemies se plaisent a retracer sur son urne funèbre la catastrophe qui le punit de ses erreurs; moi, sur la pyra-

midc immortelle de la Religion, j'écrirai ces mots : Il arracha l'Eglise et la patrie aux convulsions de l'anarchie et de la guerre civile, aux fureurs de l'athéisme.

Le Concordat de l'Empereur avait su contenir le Clergé dans l'enceinte de ses devoirs. Il lui avait commandé l'oubli du passé ; et tout céda k l'empire de son génie et de sa puissance. La paix, bannie du reste du monde , régnait au moins dans le sanctuaire. Les vétérans de la tribu sainte , si long-temps battus par les tempêtes du dehors et du dedans, rentrés dans le port, ne savaient plus qu'y bénir leur commun libérateur, et travaillaient de concerta l'œuvre du saintministère.Tout a coup ce pacte de1801 , cette arche de salut, accueillie d'abord avec tant d'acclamations, avait changé de face. On osa dire à la cour de Charles X , dans les salons , partout , que jamais il n'avait existé dans l'histoire entière de code aussi tyrannique , ni de joug aussi dur imposé à

l'Eglise (1). » Ces clameurs, portées daiis nos séminaires , y tromèrent des adeptes dociles. Une jeunesse, également ignorante des hommes et des choses, flit appelée h seconder l'impulsion par tous les efforts d'un zèle qui ne fut pas toujours selon la science. C'était une phalange sacrée, jetée au milieu du camp ennemi. Plus de respect pour les cheveux blancs , pour les travaux utiles et les services désintéressés. L'esprit public se partagea , et la société se vit menacée d'uii schisme nouveau. Pouvait-elle entendre sans inquiétude, d'une part, les regrets amers sur le passé , qui sans cesse retentissaient dans les chaires des villes et des campagnesj de l'autre, les plaintes excitées en tous lieux par les écarts de ce zèle imprudent et séditieux ? Le refi^ain éternel de leurs prédica-' tions et de leurs journaux était : « Nous « avons perdu les biens temporels, nous « avons perdu l'éclat , la pompe et la ri-

(1) M. l'abbé Clauscl, /e Concordat justifié , p. 84,

« chesse de nos églises 5 nous avons perdu « les monastères, asiles indispensables de la « piété dans un état catholique; nous avons « perdu la publicité extérieure de nos céré- « monies religieuses j nous avons perdu bien (( autre chose encore (1). » On ne se consolait de tant de pertes que par l'espoir d'un meilleur avenir ; de l'oppression où l'on gémissait encore que par le retour a l'ancienne domination. M. l'abbé de La Mennais n'avait pas un autre protocole, et son reproche d'athéisme n'est que le corollaire de ces furibondes déclamations, langage habituel du parti désigné aux préventions populaires sous le nom de parti-prêtre JT^nl que le Gouvernement ne procîamerait pas la Religion catholique dominante en France , comme elle l'était avant la révolution de 1790, il se reconnaissait athée. C'était dans la Charte elle-même que se trouvait le fondement de l'accusation. 11 n'y a plus en France de Reliai) ylpoloijie du Concordat , par un curé, p. 74,

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gioiî, parce que la Religion catholique n'y est pas la dominante, écrivait, dès 1811), un jeune prêtre , à qui son ouvrage valut une charge a la cour (1). C'est la pour lui le cercle de Popilius , et tout le secret du parti. Les fidèles amis du Ptoi et de la Pieligion calculaient a l'avance les résultats , et les mettaient sous les yeux du Monarque. Sire j, lui disait M. de Lally-Tollendal , ce sont les confesseurs de Jacques II qui l'ont précipité du trône ; le Monarque fut sourd. Le silence de l'acte constitutionnel de 1850 sur la Pieligion catholique est une conséquence du décret sur la liberté des cultes ou tolérance civile et universelle de toutes les Religions. Est-il un« preuve d'athéisme? Il se trouvait, en quelque sorte, nécessité par la multiplicité et la divergence des opinions religieuses qui divisaient les citoyens, et nourrissaient au sein de l'Etat ces discordes

(1) J}e la liberté des cultes selon la Charte , par M. l'abbé Barrande de Briges. Paris, 1819^ vol, in-S°.

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intestines dont l'expérience avait démontré l'inévitable danger. Supposait-il dans la nation entière et dans les individus la léthargique indifférence et la profonde dépravation de l'athéisme, dont l'accuse M. de La Mennais ?

Les deux Communions catholique et protestante répondirent par le plus solide des argumens , celui des faits. Au nom de la première, M. de Bonald affirmait que, depuis Bonaparte , l'esprit religieux avait toujours été croissant, ainsi que le démontrait a tout homme attentif la situation de l'Europe , d'un bout à l'autre travaillée par un ferment religieux introduit dans la masse du corps social. <c Pour preuves, voyez, dit-il, la re- « naissance de l'Episcopat , les Concordats « faits avec le Saint-Siège , l'établissement « spontané de dix-huit cents communautés K de femmes; les villes, les bourgs appe- « lant de tous côtés ces humbles frères de (f la doctrine chrétienne , plus nombreux

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<f aujourd'hui , plus difficiles a supprimer « que ne le furent, il y a soixante ans, les « Jésuites. Comment ne pas apercevoir, dans « les progrès de l'esprit religieux, le carac- (( tère particulier du nouveau siècle (1)? ^> Un autre écrivait naguère : « Elles mente tent ces bouches orgueilleuses qui , selon « leur désir, proclament la fin prochaine du (( Christianisme chancelant sur sa base ; <f elles mentent. De toutes parts , au con- «( traire , se manifeste dans la société un « indéfinissable besoin de croyances : la (c philosophie de l'Allemagne , si éclairée , (f si vertueuse , est chrétienne ; la philoso- K phie de l'Angleterre, si prudente, si im- « partiale, est chrétienne j aux Etats-Unis, « le Catholicisme fait d'immenses progrès; « en France , le philosophisme , discrédité , (( voit sesplusfougueux satellites, rougissant, « déserter sa banniète. »

(1) Opinion de M. le vicomte de Bonaid , sm- le projet de loi , etc. , en 1825 , p. 195 et suiv.

S'il est aujourd'hui une vérité généralement sentie, dit le savant M. de Férussac , c'est que le progrès des connaissances positives a tout-h-fait éloigné de nous l'esprit prétendu philosophique du dix -huitième siècle.

Les témoignages se multiplient chaque jour parmi nous, en faveur de ce fait.

Parmi les Protestans, M. Benjamin-Constant, témoin de cette rénovation, écrivait: « La révolution du dix-huitième siècle est (( survenue ; on eût dit le triomphe de la « philosophie incrédule. C'était l'incrédu- (f lité professée hautement, reçue avec face veut. Quarante ans se sont écoulés : exa- « minons oii nous en sommes ; une auita- '< tion mystérieuse, un désir de croire, une « soif d'espérer, se manifestent de toutes « parts (i). »

(1) Témoignages recueillis pai- l'auteur du journal intitulé Etudes religieuses , année 1834, p. 195 et suiv. h^Univers religieux , la Revue des deux mondés, etc.^oni égalemcut reconnu la vérité dufait.

A l'appui de cette assertion, grand nombre d'écrivains de la Réforme ont énergiquement demandé a M. l'abbé de La Mennais raison de ses calomnies contre la Piéforme et sa situation actuelle dans les diverses contrées du globe. Ils passent en revue l'Allemagne, la Prusse, l'Angleterre, les royaumes du Nord, les Etats-Unis de l'Amérique , la France , pour affirmer que , dans aucun de ces pays , rien n'annonce le plus léger symptôme d'anxiété j que , bien loin de s'affaiblir , la religion protestante est partout pleine dévie et d'espérances (1).

Est-ce là de l'atbéisme ?

Jusqu'ici , tout le monde entendait par être athée nier l'existence de Dieu, et, par ne l'être pas, confesser cette existence. Or, la Charte protégeant tous les cultes, nécessairement fondés sur la reconnaissance de la Divinité, témoigne, par cela seul, que ni

{\) Réflexions en réponse à M. de La Mennais , par un citoyen de Genève. Paris, 1819.

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la nation ni le Gouvernement ne sauraient être athées. Elle indique des lois répressives contre toute attaque portée â la morale religieuse, et conséquemment aux dogmes de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme , de l'existence de Dieu , comme en étant les principes fondamentaux. Elle repousse donc tout soupçon d'athéisme.

Qu'est-ce que l'Etat? une aggrégation d'individus dont chacun a sa croyance. Admis indifféremment a la participation des droits civils , tous réclament pour la Religion qu'ils professent une commune indépendance. Pas un n'a droit a un privilège spécial. L'Etat ne peut rien sur les croyances respectives , que les protéger, et empêcher qu'il ne se fasse pour elles ou contre elles rien de contraire h l'ordre public. L'Etat ne saurait donc être athée.

Nos assemblées législatives se composent de membres tenans a différens cultes. De quel droit l'un d'entre eux exigerait-il pour

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le sien le titre de Religion dominante? De quel droit refuserait-on ce qui ne pourrait être accordé qu'h un seul ? Ni l'Etat , ni le gouvernement ne peuvent être athées, si les particuliers ne le sont pas. Or, la seule profession qui distingue ici celle de Protestans , de Juifs ou de Catholiques, repousse évidemment toute idée d'athéisme.

L'{ith^isme n'est pas un culte ; c'est l'absence de toute Religion et de toute morale , sans lesquels, dit J.-J. Rousseau, il est impossible d'être bon citoyen ni sujet fidèle.

L'athéisme, dans un peuple entier, est un être de raison. On a demandé s'il y avait des athées de bonne foi. Qu'il se rencontre des particuliers atteints de cette folie , cela peut être ; mais une nation ! Il y a longtemps que le problème est résolu. Vous trouveriez plus aisément une ville bâtie en l'air, a dit Plutarqîie , qu'un peuple sans Religion (1). J'ai vu le peuple de Paris,

(1) Contr. Coliith.,op. ,]). 1125.

dans l'ivresse de sa victoire , oublier son ressentiment pour rendre a ses morts les honneurs religieux ; j'ai entendu la France entière applaudir a ce sublime élan de vertu civique et chrétienne j etje me suis demandé si un pareil peuple méritait qu'on le qualifiât athée?

La loi , dans ses vues générales , considère les sujets en corps , et les actions , comme abstraites dans les effets extérieurs, non dans les affections privées ; eu égard , non h l'état présent, mais aux hypothèses possibles. Ne peut-on pas supposer que le nombre des partisans de tel ou tel culte, venant à dominer, ne déterminât une majorité en faveur de sa Religion? Que deviennent les autres, si la première est déclarée dominante ? Mais , vu la mobiUté des choses humaines, le parti qui l'emporte aujourd'hui pouvant se retrouver demain en minorité , est-il convenable a la majesté de la Pieligion de dépendre du flux et reflux de nos pas-

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sions Inimaines et de nos vicissitudes politiques ? ^

On a cru long-temps qu'il était impossible que deux Religions diverses subsistassent dans un même pays. Le contraire était démontré déjà par l'exemple des royaumes de Hongrie , de Bohême , de Pologne , de plusieurs principautés d'Allemagne , des républiques suisses, et des Etats-Unis d'Amérique. Dans les Etats du Pape , les Juifs jouissent librement de l'exercice de leur culte ; dans la Suisse et l'Alsace , un même temple servait successivement aux cultes catholique et luthérien. La tolérance religieuse était un besoin senti par toutes les consciences , exprimé par tous les bons esprits , mais dont la solennelle proclamation était réservée aune ère de régénération. Ce ne sont pas les infidèles qu'il faut détruire , maisPinfidélité. Jésus-Christ ne permettait point a ses Apôtres de faire descendre le feu du ciel sur la schismatique Samarie. Est-

DE LA AiOUVELLE HÉfttSIE. 2G0

il possible de ne pas frissonner au seul souvenir des funestes effets de l'intolérance religieuse. (( Violence brutale ;) , s'écrie M. de La Mennais lui-même , « qui \iole et pro- « fane le sanctuaire , où Dieu seul a le droit « de pénétrer ; elle n'a jamais produit , toutes « les fois qu'on l'a vue apparaître dans le « monde, que de sanglantes divisions et des « crimes sans nombre : elle a évoqué des « enfers les duc d'Albe et les Henri VIII (1 ). »

De tous les changemens de discipline qui aient signalé la décadence de l'Eglise, a dit son judicieux historien, je n'en vois point qui l'ait plus décriée que la rigueur exercée contre les hérétiques et les excommuniés. Il n'en est point de plus contraire à l'esprit de l'Evangile et a la pratique constante de nos plus saints Evêques (2).

Ce qui excitait naguères les clameurs de M. l'abbé de La Mennais , c'était la progres-

(1) Dans son Avenir.

(2) lY* dise. siirVHist. ccclés., n, xiv.

â7Ô HISTOIRE

sion en effet incontestable des idées protestantes fomentées par les espérances républicaines. « Le système protestant ou phi- «losophique, disait-il, détruit, pour les « individus comme pour les Etats, toute « vérité sans exception ; et l'athéisme absolu, « qui en est la suite inévitable , en est aussi « le fond essentiel (1). » En supposant l'accusation vraie , n'était-ce pas là même ce qui légitimait, ce qui nécessitait le silence de la Charte constitutionnelle et de TAssemblée nationale sur la prédominance de la Pieligion? Placés entre deux camps ennemis, pressés par les souvenirs du passé , nos Députés ont dû répondre avec l'auteur de toute sagesse : Qui m'a constitué juge entre vous ? guis me constitua judicem ? et nos législateurs n'attachaient pas d'autre sens à leurs paroles.

Sans doute qu'avec tous les Catholiques, nous sommes en droit de dire que nous avons pour nous la vérité; mais toutes les Com- (1) La Religion considérée , etc.^ p. 02.

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mimions chrétiennes n'en disent- elles pas autant? Nous les qualifions hérétiques j elles nous rendent la pareille. Ce sont des consciences erronnées, nous le disons hautement. Eh! ce qui nous fait trembler pour elles est précisément ce qui les rassure. L'erreur qui les possède leur fait trouver de l'honneur la où nous attachons une note flétrissante. C'est là ce que disait l'éloquent prêtre de Marseille , au sujet des Ariens de son temps : « Ils sont hérétiques, mais ils i< nele savent point. Ils sont hérétiques chez f< nous, mais ils ne le sont pas chez eux; « car ils se croient si bien Catholiques, qu'ils « nous traitent nous-mêmes d'hérétiques.

« Ce qu'ils sont par rapport à nous , nous « le sommes par rapport à eux. Ils ne s'acf quittent pas de leur devoir ; mais ils font <f consister, en cela même où ils y manquent, « le plus grand devoir de la Religion. Ils « sont impies^ mais, en cela même, ils « croient suivre la véritable piété. Quoi-

(f qu'ils n'aient pas la vraie foi , ils regardent « celle qu'ils ont comme un parfait amour <f de Dieu- et il n'y a que le souverain Juge (( de l'univers qui puissee savoir comment « ils seront punis de leurs erreurs au jour « du jugement. Cependant Dieu, h mon « avis, les supporte patiemment , parce qu'il « sait que , s'ils sont dans l'erreur, ils errent « par un mouvement de piété (i). »

Ah ! plût au ciel qu'il n'y eût pour tous les peuples du monde qu'un baptême ^ une foi , un même Christ ! Union des cœurs par l'union des esprits , voilà tout le dessein du Christianisme , le véritable esprit de l'Evangile , le langage de son divin Auteur, de ses Apôtres , de ses interprètes. Quand saint Paul disait aux Hébreux : Ne vous laissez pas emporter aux diversités d'opinion et à des doctrines étrangères (2) , il avait bien senti que l'union des âmes était inalliable

(1) Sahien, de Provid., liv. v, p. 99, 100, éd. Baluz. Biblioth. choisie des Pères ^ t. xxiii, p. 167.

(2) Hebr., xiii, 9.

DE LA NOUVELLE nÉRÉSIE. 275

ïivec la diversité des doctrines; que le but principal de la Religion clirétienne était détruit, si, en matière de foi, chacun était libre de penser k sa fantaisie ; que, bien loin de resserrer les nœuds qui doivent unir les Chrétiens, cette promiscuité de croyances ennemies ne pouvait qu'enfanter les discordes domestiques , et que toute dissidence dans la foi enlevait à la morale elle-même son plus ferme appui , puisque la morale a surtout le dogmepour base et pour ciment. Mais devait-oîi attendre ce bonheur du naturel des hommes, que l'ignorance, l'amour de la nouveauté, ou l'ambition, ou toute autre passion excitentà obscurcir l'ancienne foi par des subtilités nouvelles? Aussi lui-même nous a-t-il avertis qu'il fallait qu'il j eût des hérésieSy parce qu'il est impossible que les esprits déréglés des hommes se contiennent, dans de justes bornes, et que les passions, qu'ils tiennent de leur nature, s'arrêtent dans leur cours. Mais k travers l'ivraie, se- T. n. 18

*i7^é HISTOIRE

in('(' par I lionip.ie enniMui , TK^ïlise continue de montrer le bon grain à ses enfans, leur indiquant, pour ainsi dire avec le doigt, dans les monumens publics de sa foi , ce qu'au milieu des disputes il faut croire indubitablement. Jusque là , toujours animée de l'esprit de son divin Fondateur, elle ne commande pas que l'on arrache violemment l'ivraie du champ du père de famille, et permet qu'elle subsiste mêlée au bon grain (1). Elle «émit et s'attriste , mais ne se désespère pas, de voir la paille légère s'échapper de l'aire , emportée par le vent de l'orgueil. Tous les monumens de son histoire , retracés sommairement , prouveraient au besoin que telle a été la règle de sa conduite a l'égard de ceux qui ont voulu se séparer d'elle; et condamnent ceux qui essaient de les y ramener par d'autres moyens que ceux de la tolérance et de la charité.

(i) Sinite utraqufi crescere itsqi/e wJ messaui. (Matth., yui, 30.)

DE LA NOirVELI.i: HÉRÉSIE. Îi7i>

Maître absolu des cœurs comme des temps, Jésus-Christ pouvait bien , s'il l'eût voulu , environner sa Religion naissante d'un éclat tel que l'évidence commandât k toutes les volontés , et prévînt toutes les résistances. Il ne l'a p'.s voulu. Les triomphes de son Eglise furent promis, non a son apparition , maisasa durée, et a l'assistance immortelle de son divin Fondateur au milieu des schismes et des révolutions, qui ne cesseront jamais de l'agiter jusqu'au terme de son pèlerinage sur la terre. « Pourquoi chercher « sur la terre une protection pour la foi qui « vient du ciel? Pourquoi étayer l'ouvrage « de Dieu par des appuis humains ? Une « pareille conduite n'est-elle pas une insulte «•à Jésus-Christ, comme s'il eut perdu tout '< pouvoir (1). ;> Croyons à sa parole. Pourquoi vouloir précipiter les conseils de sa justice ou de sa miséricorde? pourquoi brus-

(1) De la Tolérance, par M. de TransmandoiH . évêque de Tonisgrats, cliap. xirt.

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quer,parnos violences, des esprits qu'il vaut bien mieux chercher a conquérir par La charité? pourquoi rempUr d'aigreur et de ressentiment contre la vérité même , des cœiii's que nous devrions nous efforcer de lui gagner par l'amour, qui seul en a les clés? Ministres du Dieu de charité , de quel droit nous refuserions-nous h croire que nos Législateurs aient eu dans la pensée d'imiter le Dieu clément, qui fait luire son soleil sur les justes et sur ceux qui ne le sont pas (\)? Pourquoi leur prêter des intentions hostiles, contre lesquel-es déjà réclame plus d'un acte de leur administration? En décrétant que tous les Fonctionnaires publies fussent assujétis au serment, "n'était-ce pas rendre à la Religion un hommage au moins implicite , puisque c'est de la Religion seule que le serment reçoit sa sanction? Ils l'exigent comme garantie de la fidélité à remplir les devoirs : le devoir est-il autre chose que

(1) Matth. , V, 45.

DE LA JtOtVELLE HÉRÉSIE. 277

l'obéissance à une autorité plus haute, a celle de Dieu même? Point de serment sans Dieu pris a témoin, invoqué comme Juge, redouté comme Vengeur : AluIl ^ sancte Jupiier{\ ) ! La Charte de 1814 déclarait que la Religion catholique était la Pieligion de l'Etat. 11 n'y avait la que l'énoncé d'un simple fait, h savoir, que le plus grand nombre des Français professe la Religion catholique; mais encore d'un simple fait soumis à un calcul numériqueet aux chances de l'avenir. Car enfin, l'infaillibilité des promesses n'attache point a notre France le flambeau de la foi, pas plus qu'a l'Afrique et U l'Orient. Après tout, qu'on se rappelle comment cette déclaration fut accueillie du Clergé catholique. Que de blasphèmes contre la Majesté royale! que de murmures et d'outrages encore h présent contre cette disposition !

[\) Qnid est jurare , nisi ejus qttem testaris fidcl tuœ prœscîitcm divinani potcntlaiiicoiifiteri? S. Auibros.j Epist. ad Valcntln ,i, II. Beiicd., col. S2lj.

a78 ' HISTOIRE

L'Assemblée Constituante Ht sa Déclaralion des droits de l'homme et du citoyen en présence et sous les auspices de l'Etre suprême ^ et bientôt voulut imposer a l'Eglise catholique sa Constitution prétendue civile. Quelle en fut l'issue? Elles aboutirent, l'une aux saturnales de 95 , l'autre aux massacres de septembre.

La Charte de 1830 n'a point proclamé l'Etre suprême; elle adore et se tait. Elle ne déclare point la Pieligion. catholique dominante. Osera-t-on dire qu'elle l'exclue.* N'est-ce rien que de garantir a ses ministres les droits de citoyens; que de pourvoir à l'entretien des temples et de ses ministres? Faisons taire un moment nos passions , pour écouter la voix d'un sage. « Il faut bien se « désabuser, dit l'abbé Fleury , d'une opi- " nion qui n'est que trop établie depuis <f plusieurs siècles : que la Religion soit per- « due dans un pays, quand elle a cessé d'y •( être dominante et soutenue par la puis-

m: i.v \OL\ELi,i; héue.sie. 279

« sance temporelle, comme le Christianisme i( en Grèce et en Natolie , comme la Reli- « gion catholique dans les pays du Nord. « C'est sans doute pour nous prémunir contre « cette erreur que Dieu a voulu former « le Christianisme sous la domination des « païens , et l'y fortifier pendant trois siècles " entiers au milieu de l'oppression et de la tf persécution la plus cruelle: preuve invin- <f cible que la Religion n'a pas besoin de f< l'appui des hommes , et que l'opposition « des puissances de la terre ne fait qu'aft'er- '< mir et purifier son Eglise (1). » C'est qu'elle tire de sa Constitution même son principe de \ie et d'immortalité.

Autrefois, reconnues et acceptées par le Souverain , nos lois ecclésiastiques avaient pris place à côté de celles de l'Etat, et reposaient comme elles sous la sauvegarde de la protection immédiate de la puissance temporelle. Que celle-ci leur retire sa pro-

I) \ i"" (lise, sur l'Hist. ccclés., ii. xiv,

280 niSTOiuE

tection et sa force : il restera toujours a la puissance spirituelle un assez riche domaine; la foi, son unique bien, dit saint Ambroise, et le plus précieux de tous(1). Privée de son ancienne domination , notre Eglise catholique n'en aura pas moins la même doctrine , sa liiérarchie , sa discipline , sa pleine autorité. La Religion nous reste tout entière; et les lois humaines ne peuvent pas arracher de ses inaccessibles fondemens la loi sainte, établie dans les consciences des Fidèles. La Pieligion, renfermée dans le Sanctuaire, y perdra-t-elle?

11 importe assurément à la société que chaque citoyen ait un ePieligion qui lui fasse connaître, respecter et chérir ses devoirs. Vérité reconnue par tous les Sages, proclamée par tous les peuples du monde. Vérité de sentiment et d'expérience , elle tient à tous les élémensde la nature de l'homme, aussi essentiellement religieux qu'il est vraiment

(1) Ecclesia nihil nisi fidem possidet.

social; elle échappe à toutes les siibtililcs du sophisme , a toutes les violence de la persécution. La Religion est le mobile des consciences , le lien nécessaire de toute association politique , la garantie la plus sûre de l'ordre public et des vertus privées, le frein le pluspuissant contre tant de crimes déclarés ou secrets qui sont le fléau ou le poison du corps social , le plus consolant espoir des âmes honnêtes, h qui les hommes ne sauraient offrir de récompense , ou a qui ils n'en peuvent ofifrir que de stériles.

Mais est-il également incontestable que l'Etat doive reconnaître une Religion spéciale dont il fasse la Religion exclusive , quand il les appelle toutes dans son sein, et qu'il leur assure la même liberté? M. l'Eveque d'Hermopolis nous fournit la réponse; elle est décisive : « Sans doute que la li- « berté des Cultes est loi de l'Etat, parce que « la loi permet a chacun de professer le «f Culte qu'il veut j sans doute encore que

282 iiisïoiuE

" la Relii^ioii catholique n'est pas une loi (f de l'Etat , \y.ivcc que la loi ne fait umc " o})ligation à personne delaprofesser (1). » Cette déclaration était faite en 1818, sous les Yeux;, et peut-être par les ordres du Pios Très-Clirétien. Elle présentait un double fait où il n'y avait rien de problématique que les conséqiîences arbitraires que l'esprit départi voulait en tirer. Ceux qui, comme M, de LaMennais, en inféraient que la Religion catholique en France étant mise par là hors de la société civile et politique, pour cela même se reconnaissait athée , couvraient de cette conclusion calomnieuse une arrière-pensée qu'ils n'ont pas même cherché a dissimuler, etqu'onleur a sévèrement reprochée.

Dans la langue de l'Evangile, Religion et doinination sont deux mots totalement étrangers l'un k l'autre. Le même Evangile,

(1) Les vrais principes de i'Kfjlisi' gallicane , par M. Frayssinous , p. 9o.

DE LA XOtVLLLK UICUKSIK. 285

(jiii, mieux que tous les codes de philosophie humaine, nous apprend la commune dépendance oii nous sommes tous à l'é^rard du seul Maître à qui appartiennent véritablement la puissance et la domination , nous apprend aussi qu'il est pour nous une cité autre que la terre de l'exil , et que le Royaume auquel nous appartenons n'est pas de ce monde,

Jésus-Christ a dit : hes Rois des nations dominent sur elle ^ il savait bien qu'il y a dans une autre région un tribunal rigoureux de qui ils relèvent : Pour vous, o mes Apôtres^ Un en est pas ainsi \\ ) : car tout ce qui mène à la domination, la richesse, les honneurs et les distinctions mondaines, vous sont sévèrement interdites par une loi <pii n'a pour le monde que des anathcmes (2). Qui pouvait mieux connaître la nature du

(J) Regcs gentium dotninantiir illis ,vos aiitem non sic. ]j\H', \xu, 26.

(2) Luc, VI, 24.

nisToiUE

pouvoir qiie celui qui en est la source ? qui pouvait déterminer avec plus de précision lés bornes des deux autorités qui régissent la Religion et la société , que celui qui est le Fondateur de l'une et de l'autre?

C'est donc se montrer bien étranger a l'histoire de notre Eglise chrétienne, que de déplorer si amèrement la perte de ses avantages temporels. Utiles sans doute pour l'édification des peuples , pour la décoration des temples et la gloire de la Religion , pour le soulagement des infortunes publiques et particulières, ces mêmes avantages ne furent pas toujours sans écueils pour la vertu duPrêtre. et pour le véritable honneur du Sacerdoce chrétien. Qu'on se rappelle ce qu'en ont dit, dans tousles temps, les Chrysostome, les Basile, les Grégoire de Nazianze , les Bernard. Les richesses du Sanctuaire avaientelles été toujours employées a la sainte destination qui leur était prescrite? Ce n'est pas à nous à soulever les voiles du passé.

DE LA NOUVELLE llÉnÉSIE. 28i>

Ce ne lut jamais un devoir de les regrelicr. Le devoir est de ne pas oublier que le Sacerdoce , comme parle saint Jérôme , rend plus humbles et plus pauvres ceux U qui il est conféré (1 ). Le devoir, c'est de bénir, aveclesaint Patriarche, la Providence, qui nous les avait données, et qui les a retirées de nosmains (2) . On ne se défie peut-être pas assez des pièges de l'amour -propre. On veut que l'éclat du Sanctuaire rejaillisse sur le ministre j on est trop porté a confondre les intérêts de la v/anité a.vec la cause de la Pteligion. Parce qu'on n'est pas maître, on se croit esclavej parce que l'on ne domine pas, on se dit opprimé. Un journaliste qui paraît être dans la confidence de M. l'abbé de La Mennais explique les inconséquences de sa conduite par le dépit des espérances trompées. Le succès de ses premiers écrits lui

(1) Quos Sacerdotium facit htimiliores et pauperes.

(2) Dciis dcdit , Dciis ahstnUt ; sit nomen Domini be7tedictnm., .Tob , T, 21 .

donnait droit a des récompenses : elles lui manquèrent; il s'en est vengé par d'orgueilleux et implacables ressentimens (1). Nous n'accusons personne; mais, avec l'autorité du Prophète, interrogeant ces esprits frondeurs et les cœurs ulcérés qui élèvent obstinément une muraille de séparation au-devant de l'ordre de choses établi par la Providence, nous leur demanderons qu'ils veuillent bien percer cette muraille : Fode parietenii^^ et nous répondre si leur résistance n'aurait pas soiT mobile dans les passions humaines, bien plus que dans le zèle de la Religion. 11 n'est pas difficile de discerner dans l'expression de ces regrets quelle est l'afFection qui les détermine. On Ta remarqué dans plus d'une circonstance , la plainte se manifeste plus communément , et avec plus d'amertume, chez nos jeunes ministres que chezles vieillards : ceux-ci pardonnent;

(1) \a' Univers religieux. M. Lacordaire, Co«sic?., p. 200.

(2) i xéchiel, \ ni, 8.

ils attondenf, tlii lemps <1 du la divine i'rovidenne, la réparation des injures. C'est à tous qu'il a été dit : (xlui qui est employé au service de Dieu ne doit pas s'embarrasser d'affaires temporelles (i). Le Clergé l'avait oublié; le ciel l'en a châtié. Nous nous révoltons contre le châtiment , au lieu d'en profiter. Un célèbre Protestant fait cet aveu : <( Entraîné par un pernicieux usage fort aui< torisé dans ce siècle , je mêlais l'étude de « la politique avec celle de la Religion , et, « par Ta, je m'empressais de faire le minis- « tre d'Etat, plutôt que de m'acquilter des « devoirs importans d'un ministre de Jésus- « Christ(2). Erreur funeste, contre laquelle un antre Sage de la même communion nous prémunit par ces paroles, non moins remarquables : « On ne doit pas craindre que ce « qui arrive de nos jours dans les nouveaux

(1) Nemo ntilitans J)po implicet se negotiis sœci/larihus. II Tim. ii, \.

(2) Lorke , Christian idisomi ,1. Il, p. 21) î.

t( Etats que nous voyons se former, où l'on K ôte à laReligion toute autorité extérieure, « tout pouvoir civil, puisse lui devenir « préjudiciable, et même amener sa ruine. « Elle n'a nullement besoin de ce pouvoir « extérieur, pour conserver son existence , « et pour exercer une influence salutaire. « Elle existait déjîi depuis trois siècles j elle K s'était établie dans les plus belles con- « trées de la terre , sans être nulle part la « Religion privilégiée del'Etatj et, si elle « ne l'était jamais devenue , on n'aurait pu « jamais en abuser , comme cela est trop « souvent arrivé, pour en faire un instru- « ment d'oppression. Ainsi , ce n'est donc « point un mal qu'elle soit abandonnée à « elle-même; elle saura bien se soutenir par <f sa propre énergie, et étendre son empire. » On reviendra de la prévention que l'on « a contre elle , quand l'orage des révolu- « tions se sera apaisé; et que des réflexions K paisibles sur ses rapports avec le bien

« public auront succédé à ces agitations vio- « lentes qui tendent à la subversion de « toutes choses (1). »

(1) Reinhard, Essai sur le plan formé par le Fondateur de la Relig. chrét., trad. de rallern., p. 406> Dresde, 1799.

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