‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 13 sur 30 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des libertés gallicanes.

Parce que de tout temps notre Eglise de France s'est montrée le plus saintement jalouse de cc^nserver les traditions reçues de nos Pères , M. de La Mennais s'est plu k diriger contre elle ses plus violentes attaques , et il n'a que trop bien réussi a les rendre suspectes dans l'esprit du Sacerdoce français , par les flétrissantes imputations de schisme et d'Kérésie. Des lectures superficielles qui n'apprenaient k les connaître

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que par l'abus qui en a été fait, ont laissé croire que les libertés gallicanes étaient une invention moderne, qui ne remontait pas au-delà du démêlé de Louis XIV avec le pape lunocent XI (i); qu'elles portaient atteinte aux droits sacrés, garantis par Jésus-Christ à Pierre et h ses successeurs (2) ; qu'elles bouleversaient toute la hiérarchie catholique ; conduisaient directement à la destructiondu Christianisme, a la ruine delà société tout entière ; qu'elles tendaient, par une pente inévitable , h l'athéisme (5) ; que la Déclai^ation de 1682, qui en est l'abrégé. Expression des doctri/ies athées ^ fut enfantée dans un de ces momens de vertige oii les hommes ne savent ni ce qu'ils disent, ni ce qu'ils font, ni ce qu'ils veulent (4); qu'elle fût imposée à la France par un Par-

(1) La Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre civil et politique , chap. vu, p. 183 et suiv.

(2) Page 163.

(3) Pages, 154, l5o, 317, 139, 154, 139, 35().

(4) Pages 291, 193.

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lement factieux, par un Roi tyi'an qu'irritait le ressentiment, et par des Prélats de cour, lâchement asservis U ses volontés , dont le grand évêque de Meaux voulut bien consentir a. se faire l'instrument ( 1 ) j qu'elle avait produit parmi les peuples l'ignorance et la corruption dont la société tout entière se trouve aujourd'hui infectée (2); qu'elle avait été flétrie solennellement par les censures de plusieurs souverains Pontifes et par un grand nombre d'évcques (5)j qu'elle n'avait au surplus pour partisans que quelques vieillards imbéciles «et ignorans, perdus dans la boue des anciennes écoles , pour appui que la vieille Sorbonne , Sybilîe U demi -morte, qui a oublié la langue de l'avenir (4) , pour défen-

(1) Religion considérée dans ses rapports' ar^ec l'ordre civil et politique , p. 53,

(2) Page 174.

(3) Page2C)2.

(4) M. Lacordaire, Considèr., p. 26, et Tribune catholique^ n. 155.

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seurs que les disciples de Calvin et de Jansénius, que les ennemis déclarés de l'Eglise, conspirant hautement sa ruine et celle de la religion catholique (i), poursuivant avec une infatigable activité le projet de créer parmi nous une Eglise nationale , absolument détachée du centre de l'unité catholique (2).

Ces calomnies étaient débitées sans pudeur à chaque page du livre de la Religion co/isidéi'ée dans ses rapports j dans le Mémorial et la Tribune Catholique, \ Ami de la Religion, VUnion belge et autres journaux confédérés. La Révolution de juillet ayant enflammé leurs espérances , V Avenir , devenu le nouveau champ de bataille de M. de La Mennais, offrit ses colonnes aux vieux conjurés , aux enthousiastes sur parole , et h ces stipendiaires sans conscience, toujours prêts à rétracter demain ce qu'ils ont dit la veille.

(1) M. de La Mennais , Seconde Lettre à M. l'archev. de Paris. La Religion cil' ylvcnir,i)asshn.

(2) Relig. consid., p. 105.

Dociles au signal convenu , les adeptes répètent les leçons du Maître; ils enchériront encore sur elles. La Belgique et la France retentissent a la fois de cris d'exter mination contre ces libertés, le plus ferme appui du despotisme, l'œuvre de la licence et de l'anarchie, l'évangile de l'athéisme (1). Enflammé a son tour par l'ardeur qu'il a excitée autour de lui , M. de La Mennais célèbre la victoire qu'il a remportée sur Bossuet et la Sorbonne, en s'écriant que le Clergé a renoncé pour toujours aux libertés gallicanes (2).

Nous pourrions faire observer que ce langage n'avait pas toujours été celui de l'illustre écrivain. Dans la préface de son traité De V Institution canonique des Kvêques , on lisait ces paroles : (f Quant au premier artic< cle de la déclaration de 1682, j'y tiens au-

(1) L'Union belge, le Mémorial catholique , l'Ami de la Religion.

(2) Religion considorée ^eic.^ ]}r 134, 13o.

i< tant que qui que cesoil. » C'était du moins quelque chose, et assez pour faire voir qu'il ne s'est pas toujours accordé avec lui-même. Ceux qui ont lu le livre de M. de La Mennais , de la Religion considérée, etc., pouvaient s'imaginer qu'il avait épuisé l'inventaire des sarcasmes et des calomnies contre les libertés gallicanes; non : il n'en était encore qu'au programme. Son Avenir nous apprendra que l'Eglise de France, l'Eglise des Bossuet, des Pleury, des cardinaux de Beausset et de La Luzerne, des Belzunce et des Juigné, avait abjiu'é la foi antique ; que les successeurs des Germain, des Pierre Lombart, des Dubellay et des Péréfixe, des Gerson et des Almain ne furent, comme leurs Maîtres , que des Docteurs de mensonge; qu'ils ne nous avaient transmis qu'un catholicisme bdtai-d et dégénéré (^\). Ce n'est pas tout. Par un orgueil tel que celui dont

(1) Pros[>c(;tus de r Avenir, n. 1. 53. Mémorial cnth.,\. I. jnnvicr 1S-J0 »). 11 ^ v-n\\.

Luther seul avait pu avant lui présenter le scandale (1), dans le même acte oii il soumet aux pieds du Souverain Pontife sa profession de foi , le prêtre téméraire , se constituant mandataire de l'Eglise de France , osera protester en son nom contre ses maximes et son enseignement , contre son Episcopat tout entier, contre la sentence présumée du Juge même qu'il implore (2).

Fasciné par une audace que l'on voulait bien prendre pour du courage , le nouveau presbytère, sorti naguère des décombres de la maison d'Israël, dédaignait de connaître nos libertés, et se permettait de les juger. On se dispensait aisément d'aller chercher dans la poussière des bibliothèques les preuves des allégations d'un homme tel que M. de La Mennais. «L'antiquité étant, dit « Fleury,peu favorable aux maximesultra-

(1) De Sekend., Hist. de la Réf., p. 53.

(2) Déclaration Tpvésentée AU Saint-Siège, Avenir^ n. 113 ; 6 février, 1831. Répétée dans le n. 395 du même journal.

(c montaines, ceux qui en sont prévenus re- « gardent l'étude des Pères et des Conciles « comnie une curiosité inutile ou même dan- « gereuse (1). « Nos Lévites s'éloignaient de nos écoles, frappées d'interdit; les derniers sanctuaires qui restassent a la science gémissaient , selon l'expression du Prophète , de se voir abandonnés (2); la Sorbonne, le plus ferme rempart de ces libertés, ne se présentait plus aux regards que comme une autre Genève ; et lorsque , du sein des tribulations domestiques, quelques voix s'élevaient en faveur du rétablissement de nos sciences religieuses, elles ont été repoussées impitoyablement. Ainsi, l'on renversait la haie qui garde l'héritage de nos Pères, afin de pénétrer jusque dans le champ, et s'en rendre maître , pour y semer sans obstacle des doctrines empoisonnées. •

Avons-nous besoin de revenir sur le fond

(1) Discours suri' Hist. ecclés.

(2) Tlii-en., i, 4.

*2^ii HISTOIRE

de la question, après tant de lumineux écrits où elle est traitée avec la plus éclatante supériorité par l'érudition et la critiqxie? S'il se rencontre de nos jours des contradicteurs, ont-ils inventé rien au-delà des chicanes que les Italiens ont opposées à nos Docteurs ? Tout s'y retrouve , jusqu'aux dégoûtantes injures dont les défenseurs d'une mauvaise cause ont coutume d'assaisonner levirs plaidoyers. Quant aux objections en elles-mêmes, l'abbé Fleury , Bossuét , La Luzerne , ne les ont -ils pas poursuivies jusque dans leurs derniers retranchemens? M. de La Mennais a osé renouveler le combat j mais des sarcasmes ne sont pas des raisons ; des mensonges ne répondent pas a des autorités , ni des allégations vagues à des faits constans, et que l'histoire reproduit a chaque page. La seule Défense de la déclaration du Clergé de France <^/e'l682, par notre grand évêque de Meaux , répondait a tout. Quelques traiis lancés contre une pyramide ne

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l'entamentpas, etse brisent contre sasoliditc;.

Nous ne troublerons pas nos adversaires dans leur paisible ignorance. Contentonsnous du simple argument auquel Tertullien, Vincent de Lérins, saint Augustin, et tous les Pères renvoient les dissidens, sous quelque bannière qu'ils combattent, a savoir l'argumentde prescription qui milite de toute sa force pour notre croyance , en même temps qu'il accable de tout son poids notre antagoniste.

De nos jours, l'ancien évêque de Senez , M. de Beauvais, proposa que l'année séculaire de la Déclaration des quatre articles de 1682 fut célébrée par une solennelle reconnaissance. Son vœu porté li l'assemblée du Clergé y reçut une approbation unanime, et son président, le cardinal de La Rochefoucauld, fut chargé d'en remercier l'évéque de Senez, Alors cette Déclaration avait force de loi; elle était en vigueur dans toutes nos écoles, conformément aux ordonnances des

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deux autorités civiles et religieuses : la preuve en est dans les milliers de témoignages recueillis , soit dans les Actes et Mémoires du Clergé durant tout le xviii^ siècle, soit aune époque contemporaine , dans la Collection ecclésiastique , publiée contre la Constitution civile du clergé de i 790. A partir de ce point, nous montrons avec Bossuet une série non interrompue de monumens, où l'esprit de nos libertés se manifeste avec éclat par d'authentiques déclarations , par des faits péremptoires (1 ). Plutôt mourir, s'écriait le cardinal de Lorraine, au concile de Trente, que de supporter qiCilj soit porté la moindre atteinte (2).

(1) Rapportés tant dans l'ouvrage même , publié sous le titre : Défense de la déclaration du clergé de France, chef-d'œuvre où l'éloquence s'unit à l'éruditioû, que dans la Dissertation préliminaire , ou V Apologie de V Ecole de Paris et de tout le Clergé de France, excellent précis de la défense des quatre articles. Dans l'un et dans l'autre ouvrage, tout est puisé aux sources fécondes de l'Ecriture et de la Tradition.

(2) Voy. le Recueil de Durand de Maillanne, 1. 1\ , p. 44. Ibid., Mém. pour le concile de Trente , p. 442.

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Mais l'illustre cardinal était-il le premier a les produire? Non, car ces mêmes paroles avaient été proférées textuellement dès le ix^ siècle , par Hincmar , archevêque de Reims, écrivant au pape Adrien (i ). Etaientce là de lâches adulateurs, esclaves du pouvoir, subjugués parune Théologie servile et oppressive des peuples?

Quelque peu avant le cardinal de Lorraine, ces mêmes paroles venaient de retentir dans l'assemblée de Bourges et aux Conciles tenus sous Charles VI, en 'Î406eti408, oùl'onrappelait avec éloges les Pères de Baie, qui donnèrent a nos maximes une si haute approbation (2). « Ce n'étaient là que ces fortes maxi- (f mes, puisées dans laTradition de nos Pères, « des Universités du royaume , principale-

(!) » Nous autres, I^Yauçais, nous ne pourrions << supporter un tel joug-. Les livres saints nous auto- « risent à défendre nos libertés et notre héritage aux « dépens de notre vie. » Epist. xli ad Adrian. Il, Opnsculor.^ t. II, p. G93.

(2) Bossuct, Scvm. sur V Unité, t. V, in-4'', p. 51'J .

« ment de celle de Paris, des saints Evêques 'c et des saints Docteurs qui, dans tous les « temps illustrèrent l'Eglise de France, sans « que le Saint-Siège ait diminué les éloges «f qu'il a donnés à ces fameuses Universi- « sites (i). » Elles formaient ce que l'on connaît dans toute l'Eglise , depuis plusieurs siècles, sous le nom de Sentiment de l'Eglise de Paris. Or , ce sentiment n'était que la rigoureuse expression des anciens canons recueillis religieusement par nos Pères , de sainte mémoire, que la substance de l'ancien code , transmis par le pape Adrien k Charlemagne , et proclamé par les évêques de France, au temps de Nicolas P»", comme étant le seul canon qu'ils dussent reconnaître, que l'abrégé de l'ancienne discipline que l'Eglise de France regarda toujours comme la source et le soutien de ses liber-

(1) Ibid., p. 512. Rec. de Durand deMaillanne, t. III, p. 9-16.

lés (1). Ce scntiiiient, soutenu au vu et au su de tout le monde chrétien , bien loin d'avoir été condamné par quelque Pape ou quelque Concile œcuménique, est au contraire formellement approuvé par les Conciles généraux de Pise , de Constance et de Baie, et par les papes Hormisdas , Alexandre V, Martin V, Eugène IV, Adrien VI , et du moins toléré comme innocent et probable par le Concile de Trente et par Pie IV. Il était enseigné par les plus célèbres Universités, par les Docteurs les plus savans et les plus pieux, sans que jamais personne ait pensé à le censurer ; en sorte que nous sommes en droit de dire avec le grand saint Léon : « Notre doctrine n'est pas nouvelle, >> et d'ajouter avec lui : « Elle ne s'écarte en <f rien de la règle de foi qu'ont défendue nos <( prédécesseurs et les vôtres (2).»

(1) Agobard, Adv. leg. Gomdeb , Durand de Maill., t. II, p. 42.

(2) Non novœ prœdicationis est epistola mea , in nullo discidens ah en régula fidei qitrr evidcnter a

Donc avec de la bonne foi , le différend serait bientôt terminé. A côté de la prescription est la vérité. Ce que l'on a professé de tout temps dans une Eglise présente un caractère de certitude inébranlable.

M. de La Mennais pourrait-il contester le principe? Non. Seulement il en rejette ici l'application . 11 s'effarouche de ce mot de liberté, lui qui bientôt en fera un si coupable abus, comme s'il était .nouveau , inouï dans les fastes de l'Eglise catholique. « C'est s'a- « buser, répondait un jurisconsulte célèbre, « consulté par la République de Venise, « dans la cause de son différend avec le pape <f Paul Vj il n'est point de récent usage , « puisqu'il est dans le troisième des quatre « premiers Conciles œcuméniques, quileré- (c pète deux fois, et le dit consister au droit « apostolique, aux statuts des Pères, et coûte tume ancienne de l'Eglise . Depuis ce temps ,

nostris restrisqiie e-it de f en sa majorihus. {Kpist. m nd Proter. Alex.

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« l'Eglise gallicane a, d'âge en âge, mis la dé- « fense de sa liberté, si constamment et avec ( tant de persévérance, en ces droits anciens, « qu'enfin ils ont été appelés du nom même « de la liberté de l'Eglise. Partant, ces mots : « J ils commune antiquum, antiqul Canones, « statuta antiquorum Patrum, sont tous sy- <f nonymes et façons de paroles qui ne signi- « fient qu'une même chose, suivant la défi- « nition du Concile d'Eplrèse (1 ). « Les accuser de nouveauté , c'est anéantir d'un trait de plume l'autorité de dix-huit siècles.

Notre adversaire s'abuse étrangement sur la docilité de ses lecteurs , s'il croit soulever le droit mortuaire dqnt il couvre les noms d'un saint Louis publiant sa Pragmatique Sanction sous la sauvegarde des libertés et franchises gallicanes ; des Barons du temps de Philippe-le-Bel , affirmant sur leurs épées que, quand les Rois voudraient souffrir ou

(1) Disc, de Leschassier, dans Durand deMaill., t.lll, p. 743, 737.

dissimuler les entreprises dont on se plaignai^t, la Nation française ne le pourrait endurer ; et de ces Monarques fi ançais , si zélés Protecteurs de ces mêmes libertés , lesquels, au jour de leur couronnement, juraient, en présence des saints autels, la parfaite observation de ces maximes et libertés ('1 ) : f( Maximes révérées , incontesta- « blés, jusqu'au temps de Grégoire Vil, qui, « contre l'Ecriture et la Tradition , a in- (• troduit des sentimens nouveaux qui ont « été la cause de beaucoup d'événemens K funestes , et qui ont fait verser le sang des « Chrétiens en soixante- dix-huit batailles , (( au rapport de Baronius lui-même (2). »

Quelle est donc l'origine qu'on leur assigne ? Une époque bien moderne en effet , puisqu'elle n'irait pas au-delà de 1682. Nos maximes françaises sont spécialement con-

(1) Art. Lxxv des Libertés gallic, Recueil de Pithon. Durand de iNIaiil., t. II, p. 71Ô.

(2) Disc, de l'archev. de Reims, en 1685. Dans Durand de Mail!., t. IV, p. 267.

DE LA ^OlJVELLE IlÉïlÉSIÉ. 507

signées dans la Déclaration qu'en fit le Clergé de France , et qu'il ramena à quatre articles principaux (1), qui apprirent enfin a savoir ce que c'étaient que ces libertés « dont on parlait depuis tant de siècles, sans « que personne eût pu parvenir encore à les « comprendre. » Puédigéspar Bossuet, l'àme et l^oracle de cette célèbre Assemblée , approuvés a l'unanimité par l'Episcopat français, aux termes du procès-verbal (2), sanctionnés par Louis XIV et son Conseil, par toutes les Cours souveraines et Universités du Royaume, ils sont loi de l'Eglise et de l'Etat, comme n'étant que le renouvellement des anciennes maximes que la Tradition a fait passer juscjuà nous avec toute leur pureté (3)* Que fait-on pour contrebalancer une aussi imposante autorité? On calomnie et

(1) M. Frayssin., J'irais principes ^ p. 49.

{^).,Rapportédans Durand de Maill., t. IV, p. 454. L'assemblée .se composait de 34 archevêques et évêqucs , et de 34 députés ecclésiastiques.

(3) Adhésion des facultés de Théologie et de Droit ^ ibid.,jt. 489. •

liossiH'l , el le Cierj^c, et le Monarque, et les Pui'lemens, et la Sorhonne.

Les Parlemens : ils poursuivaient avec activité leur projet d'asservir l'Eglise, en la séparant du Pontife romain , ou en l'asservissant lui-même, dans l'exercice de sa puissance, h l'autorité temporelle (i),

La Sorbonne : quel torrent d'injures contre cette école et contre l'Evêque qui, en 1825, promettait d'en relever les ruines (2) Le Monarque : je doute que la Pvévocation de l'édit de Nantes ait amené sous la plume des Saurin et des Jurieu de plus amers reproches, que la Déclaration de 1682 n'en inspire "a M. de La Mennais et à ses disciples contre la mémoire du grand Roi.

Le Clergé : proclamés précipitamment * par des Prélats de Cour qui, dans l'aveuglement de la passion, n'y virent qu'une insulte au Pontife romain et une flatterie pour le Monarque , les quatre articles teii- (1) La Religion considérée , et(;., p. 198.

DE LA ÎMOirVELLE HÉRÉSIE. 509

daieut à détruire l'ordre religieux ; ils n'étaient que ^expression t}iéolq,gifjue des doctrines athées de la philosophiç moderne . Un Episcopat servile s'associa aux ressentimens de Louis (1).

Bossuet , qui en avait prévu les conséquences , osa les braver, et quelques Evêques consacrèrent cet attentat à la Consli~ tiition divine de l'Eglise et leur propre servitude, en décitiant dogmatiquement sur les questions agitées entre Rome et la France. En deux mots, affirme M. de La Mennais , voilà l'histoire de la célèbre Déclaration de 1682 (2). D'où il conclut qu'il est impossible de maintenir ou de relever les quatre articles, sans détruire l'Eglise, par conséquent le Christianisme , et par conséquent la société (5).

Ignore-t-il? Non, mais il oublie k dessein que, si l'Evêque de Meaux eut la prin--

(1) La Religion considérée , etc., p. 204, 107

(2) rhid.,\i. -202.

••)) Ihid.,i> W\, \tô

cipale part dans les actes de cette mémorable assemblée , TEpiscopat tout entier étant solidaire , sa doctrine fut ratifiée par l'assentiment de l'Eglise de France tout entière, et que la Déclaration était par là devenue comme le Catéchisme de la nation; que le fameux sermon sur l'Unité avait été précédé par des discours non moins remarquables des Archevêques de Pveims et d'Albi, surtout par celui del'Evêque deTournai, chef-d'œuvre d'éloquence, de force et de vérité (i), et* par les rapports des Docteurs et Commissaires j que l'archevêque de Cambrai , auparavant incertain , cédant alors à la force de la conviction , n'hésitait plus à déclarer que ce sentiment était le meilleur, qu'il y entrait d'autant plus volontiers qu'on ne prétendait pas en faire une décision de foi , mais seulement en adopter l'opinion (2). Si donc Rome s'en était d'abord

(1) Durand de Maill. , t. II, p. 15.

(2) Ihid., t. IV, p. 454. M. de Beausset, Vie de Bossuct,i. II, i>. r70, 181.

DE LA ^O^JVELLE IlI^UlisiE. ol I

alarmée , c'est qu'elle avait semblé croire que le Clergé de France eût voulu porter un jugement doctrinal (ainsi que l'en accuse M. de La Mennais ) , établir une sorle de règle de foi, tandis qu'il n'avait fait que manifester plus autlientiquement ses opinions, sans condamner, comme des erreurs dans la foi , celles des Ultramontains (i).

Cette distinction était trop^ importante pour échapper à la sagacité M. de La Mennais ; mais aussi elle devenait trop défavorable h sa cause, pour ne pas là dissimuler à ses lecteurs. Il faut que tout le monde reste convaincu que les quatre articles et la Déclaration, et ce qu'on appelle libertés gallicanes, ont été cassés j, iniprouvés , annulés et condamnés par une longue suite de Pontifes. En attendant que les preuves en arrivent de Rome y on l'aifirme même en l'absence des matériaux; qui est-ce qui ira

(1) M. Frayssin. , Vrais PrtKc îy)CA\,p.7S.D'Avri<yny, Mèm., l. m, p. 238. Durand de MailL, \. II, p. 0^2.

5i2 UI$TOIR£

le véritier? Et, jusque là, les mensonges s'accréditent , et sic mendacia ciescunt. Mais , qu'est-il besoin de les faire venir de si loin? NoHS les avons. Ce qu'ils attestent, ce qu'ils prouvent invinciblement , c'est que pas un de ces Pontifes n'a rendu une sentence explicite de condamnation. L'improbation d'Innocent XI et d'Alexandre VIIl ne porte nullement sur la question en soi, mais sur la décision dogmatique que l'on supposait a tort avoir été rendue par les Evêques. Il* n'y eut point de la part de nos évêques français de rétractation ; et il n'en fut point demandé. Le Pape se contenta du simple désaveu qu'ils en firent k Sa Sainteté ; son improbation n'avait porté que sur une forme extérieure, non sur la doctrine (i ). Les bulles furent expédiées ; et il fut permis aux Evêques de professer, comme auparavant,

(1) Voyez Fragmens relatifs à FHist. ecclés. du XIX'' siècle , par M. l'arcli. de Tours, p. 2d. \ "vol. in-S". Paris , 1825. Bossuet, la France orthodoxe , 11. X, trad. franc., p. J2.

DE LA NOUVELLE IlÉUl^SlE. 515

les quatre articles. L'auraient-ils fait, s'ils eussent été condamnés (1)? Innocent Xll ne se montra ni plus exigeant ni plus sévère dans son langage, et cependant ils connaissaient bien l'un et l'autre la valeur des expressions ('2). Des concessions réciproques entre les cours de Rome et de France apaisèrent le différent. Cette sage condescendance eut l'inestimable avantage de pacifier tout, et n'empêclia pas que l'enseignement des quatre articles ne prévalut sur tous les points danslesécolesdeThéologie.Depuisce temps, ils ont été soutenus, en différentes occasions, et dans des livres , et dans des thèses ^ du vivant de Louis XIV, preuve qu'il n'avait pas prétendu y renoncer, et du vivant d'Innocent XII et de ses successeurs, qui n'ont pu l'ignorer, et dont pas un ne s'en est for-

^(1) D'Aguesseau, t. XIII, m-¥, p. 419. (2) ir Avrjgny, Mêm. chronol., l. Kl, p. 409. Voy. les Pièves justifie, du t. II de In Vie de Bossitet, par M. de Bcausset , p. ."Î^S.

malisé (1). La tranquille majesté du Sié2,e apostolique , selon la belle expression de Bossuet, plane constamment au-dessus de la région des orages, et ne lui a pas permis de déclarer notre doctrine fausse ou suspecte.

On ne sait ce qui étonne le plus de l'ignorance ou de la mauvaise foi de M. de La Mennais , lorsque , dans ses déclarations au Clergé de France et au Souverain Pontife lui-même, il ose affirmer que la Déclaration a été flétrie par les censures expresses et réitérées du Saint-Siège apostolique , quand, de son côté, le Pape Benoît XIV affiwne le contraire dans son Bref, du2l juillet'1748, à l'Archevêque deCompostelle(2).

Le téméraire écrivain ne ment pas moins

(1) L'abbé Coulon , Abrégé de la défense, etc. , p. xxxrii.

(2) Ce grand pape nV dissimule pas les efforts oplniàlres que les partisans de riufaillibilité absolue avaient faits pour obtenir de son prédécesseur 'Clément XII la condamnation de rouArage de Bossuet, mais qu'ils avaient été v^iins. Tandem co?iclus'i:iît

DE LA ^OLVEl.LE UËUÉSIE. Ôii>

à sa conscience , dans les allégalioas qu'il hasarde , de divers textes des Conciles ou des Docteurs. Il cite, j'ose le dire, avec si peu d'exactitude et de si étranges préventions , qu'on croirait ou qu'il ne les a point lus du tout, ou qu'il ne les a lus qu'en courant. On a objecté, et M. de La Mennais renouvelle l'objection, la bulle Auctcrem fidei du pape Pie VI contre le Synode de Pistoie, qui avait eu la témérité de s'armer de la Déclaration de 168*2. Le Pontife parle historiquement de l'improbation donnée par ses prédécesseurs, et réprouve son insertion insidieuse dans un décret du Synode sur la foi, in decretum de fuie ùisaiptum ; il venge l'Eglise de l'injure qu'elle a reçue du Synode , lorsqu'il se sert de son autorité pour étayer les erreurs dont ce décret est souillé.

fuit ut a prosci iptione ubstineretur. Or, quel aulie avait droit de prononcer? Il reste donc eouslant (|uM n'y a point eu de condanniation , et que M. de La jVIeunais en impose à ses lecteurs.

Il n'est pas moins faux , comme nous venons de le voir, que Benoît XIV et ses prédécesseurs aient flétri la Déclaration, et l'aient traitée ai erronée , de scandaleuse, de téméraire.

Pie VII a manifesté avec la même réserve son opinion sur les quatre articles. « Le « Clergé de France , disait-il aux 'Evêques « qui lui furent députés par l'Empereur en « 181 i, le Clergé de France n'a annoncé sa « doctrine que comme l'opinion de l'Eglise (f gallicane , pour laquelle l'Assemblée el « Bossuet , son organe , ne réclamaient que « la simple liberté d'enseignement sans y « attacher de caractère doctrinal (i). « Par l'empressement avec lequel tout le Clergé de l'Empire avait souscrit la Déclaration de i682, le vénérable Pontife avait pu juger lombien on était alors peu disposé à l'abandonner , et quelle résistance unanime et insurmontable eût repoussé les prétentions

(l) Mémoires ecclês. du xix*" siècle, p. 30S.

UE LA ^OllVELI.E HÉRÉSIE. 517

surannées de Grégoire V 11, s'il eût été possible qu'on osât les reproduire (1 ) ? Quatre jours avant sa mort , M. Emery, de sainte mémoire , disait encore que nos quatre articles étaient le palladium de l'Eglise romaine elle-même (2) , et Pie VII fut contraint de le reconnaître. Les condamner, c'eût été se montrer plus hostile qu'aucun de ses prédécesseurs.

En 1715 le pape Clément XI refusa l'institution canonique à l'abbé de Saint-Aignan, nommé par le Roi k l'Evêché de Beauvais, parce qu'il avait défendu les quatre articles dans une thèse soutenue par lui en 1705. Le Roi, informé de ce refus, écrivit à Rome pour s'en plaindre; et sa lettre, ajoute le chancelier d'Aguesseau , détermina le Pape à donner les Kulles de l'Evêché de Beauvais à l'abbé de Saint-Aignan, sans exiger dehii

aucun désaveu ni aucune satisfaction des pro-

(^1) Mémoires ecclés., du xi\« siècle, p. '2W. {2) ll,id.,\). 242.

positions de l'assemblée du Clergé de 1682.

Le Roi mandait par cette lettre: «f Je n'ai « obligé personne à soutenir contre sa pro- « pre opinion les propositions du Clergé de « France j mais il n'est pas juste que j'em- « pêche mes sujets de dire et de soutenir « leurs sentimens sur une matière qu'il est « libre de soutenir de part et d'autre , sans f( donner la moindre atteinte à aucun des « articles delaFoi.(i). »

Rien de plus sage que les observations du père d'Avrigny, jésuite , à ce sujet. « Il est « donc libre à chacun de penser comme il <( le juge k propos sur la question présente^ « pourvu qu'on se soumette aux lois de son « pays et aux édits du Prince qui, chargé de « maintenir la paix et l'union dans ses Etats , (f a droit non-seulement d'en bannir les « jdoctrincs suspectes, mais encore de dé- « fendre d'y enseigner celles-là qu'il croit

(1) iyAg«csseau , Mémoir. sur les affaires de France, t. Xil^ p. 417-426. Le card. de Beausset, Hist. de Bossvd, t. Il, liv. vi, p. 214.

« préjudiciables à son autorité, dès là qu'el- « les ne sont pas autorisées par le consente- « m^nt de l'Eglise (1). »

Ptestent les censures que l'on nous dit avoir été fulminées par les Eveques de contrées étrangères (2). Les injures les plus grossières ont été prodiguées par des Ministres de la Charité évangélique à l'Eglise de France , k celui de ses Eveques qui en fut le plus bel ornement, et dont la gloire rejaillit sur le monde chrétien tout entier. M. l'abbé de La Mennais a puisé dans cet arsenal les qualifications d'hérésie ^ de schisme^ d'apostasie. 11 n'y a que le reproche d'athéisme qui lui appartienne en propre. Tout le fanatisme de Ptoccaberti, du marquis de Caretto , des Charlas et des Dubois, aurait reculé au-devant de cette odieuse imputation, sur laquelle la plume du nouvel antagoniste ne. tarit pas. H peut du moins s'autoriser du

[\) Mém. chronolofj. deTannée 1682, t. III, p. 240. (2) La Religion considérée, p. 283. Avenir, n. 396.

nom de Lalande, qui a placé dans son Dictionnaire des Athées Bossiiet, Fénelon et jusqu'à Dieu même. On ne répond ^s à semblable délire.

Mais une ^accusation familière à tous est celle de servilité dont on s'opiniâtre a charger le Clergé français et l'Evêque de Meaux en particulier. Quel triomphe pour les ennemis de la France et de l'Eglise, d'entendre un de ses Prêtres publier l'humiliante servitude du Sacerdoce opprimé par le Monarque et les Parlemens ! Ce qu'il disait à chaque page de son livre sur la Religion dans ses rapports avec V ordre politique ,^1. de La Mennais le répétera dans chacun des numéros de son journal : «^ Sous Louis XIV , le despo- « tisme constitué dans l'Etat s'étendit aussi « sur l'Eglise .Une Théologie servile présenta « la volonté du Prince comme la source de « tous les droits (i). » C'est-à-dire, parce

(']) Prospec. du journal l'Avenir, et plus amèrement encore dans toute la suite.

DE LA NOUVELLE nÉRESlE. 321

que Louis n'a pas permis à d'injustes prétentions de lui disputer son bien , il a été envahisseur du bien d'autrui , et il a trouvé des complices dans ceux qui auraient dû s'y opposer. Quoi! ils étaient les esclaves du pouvoir , ils rampaient aux pieds d'un insolent despote^ tous ces hommes vraiment apostoliques, de qui le Monarque, après les avoir entendus , disait à ses courtisans : le Prédicateur a fait son devoir y faisons le nôtre ï Ils ne connurent qu'une Théologie servile^ ces Savans modestes autant que profonds , de qui les veilles étaient consacrées à la défense de la foi et de la discipline chrétiennes contre les attaques du schisme, de l'impiété et du libertinage ! Bossuet luimême n'avait pas su s'en défendre, et fit lâchement sa cour au pouvoir(l). Non : Bossuet ne mentait point à sa conscience, en écrivant

(i) M. de La Mennais, la Religion, etc, p. 202 : « Bossuet, qui 'n'était pas lout-à-fait exempt d'une « certaine faiblesse de cour. »

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cetto savante défense de la Déclaration audessus des critiques comme des éloges ; et la main qui signa les quatre articles est la même que celle qui combattait les erreurs du Calvinisme, quand le Souverain en réprimait les assemblées séditieuses, sans être pour cela suspecte d'adulation. Quoi! de nos jours encore , ce n'étaient (jue des ilotes stupides et imbéciles y ces Vétérans de la tribu sacerdotale blanchis dans les travaux du saint ministère, qu'ilsrendent respectable aux mondains eux-mêmes, ces nobles représentans des siècles antiques, par leur courageuse fidélité à tous les devoirs , et que les hommages de la publique vénération savent si bien distinguer de ceux qui ne leur ressemblent pas! Non, ils ne furent encore qu'aux élémens de la science. C'était à nos jeunes érudits de la veille qu'était réservé l'honneur d'étendre les vues du Clergé français , de rectifier ses idées j de dissiper pour lui bien des nuages , de briser les chaînes dont l'op-

pression le Icnait garrotté (1). Vainement une voix tombée du Ciel yiendra répéter encore dans nos écoles ce cri qui nous avait trouvés si dociles : « Souvenez-vous de vos <( conducteurs, dont lesparolesavaientpour « vous l'autorité de Dieu même ; considérez « les dernières années de leur vie; croyez ff ce qu'ils ont cru ; surtout défiez-vous de « ces doctrines étrangères si différentes de « celles de vos pères (2). » Cette morale est surannée ; ces vieillards, ils ne sont que des réueurs (ù); saint Paul lui-même, s'il revenait sur la terre , n'y serait point écouté : saint Paul et Bossuet sont d'un autre siècle. Ce n'est pas une moins fausse assertion de la part de M. l'abbé de La Mennais de dire que la doctrine de nos libertés «if été forgée par nos Parlemcns à une époque où l'esprit

(1) M. de La Mennais, la Religion, ç\c.,\). 134.

(2) Mement&te Prapositoruni vcstiorum qui locitti sunt vohis;,vér,hum Dei; quoTaim intiientes cxiLiim, imitiimi'ni fidem. — Docirinis vnriis et vpratriuis iwlite adduci. Hebr., xiii.7, 9.

(3) La Rdig ion, etc. , p. 207.

du Protestantisme envahit la magistrature. Dans cette supposition, le Protestantisme aurait commencé avec la monarchie, avec l'Eglise elle-même , puisqu'à toutes les pages de l'histoire nous entendons le même langage. Mais est-ce k des Réquisitoires d' Avocats-généraux que nous avons emprunté nos autorités ? Et encore eux-mêmes , est-il vrai qu'ils aient prévariqué? Permis a M. de La Mennais de suspecter la foi des Pithou et des Dupuysj mais les DuVair, les Talon, les Séguier, les d'Aguesseau, ont-ils mérité l'odieux d'avoir travaillé persévéramment a l'oppression de l'Eglise , a la propagation du schisme et de l'hérésie , à l'établissement du règne de l'impiété et de l'apostasie? Leur crime , comme le nôtre , fut d'avoir distingué les prérogatives essentielles du Saint- Siège de celles que des opinions arbitraires lui prêtaient. Toutes les fois qu'il s'est agi de rendre hommage aux premières , qui l'a fait avec plus de franchise et d'éloquence? Encore plus éloignés de la révolte des sec-

DE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 32o

laires que de laservitude des Ultramon tains, ils ont constamment révéré , dans le Saint- Siège, les prérogatives d'une juste primauté, le centre de l'unité catholique , le pasteur des agneaux et des brebis, le conservateur et le vengeur des saints canons , dévoué, par la prééminence de son Siège , à tous les devoirs delà sollicitude pastorale, maisbornée aux seuls intérêts des âmes(1). Les Conciles et les Pères en avaient-ils parlé autrement? Ce qu'ils désapprouvent, c'est uniquement ce que, par une passion démesurée, les Casuistes modernes ont ajouté d'excessif et de contraire aux traditions antiques 5 c'est que l'on veuille élever le Siège de Pierre au-delà de ce que Jésus-Christ lui a donné , et que par la on l'abaisse plutôt que de l'élever (2). Que des esprits téméraires n'aient pas eu ce

(1) L'avocat-général Gilbert de Voisins, dans Durand de Maill., t. II, p. 832. D'Aguessean, ibi'f., t. IV, p. 677, etc.

(2) Rapport de Vèvêque. de Totirnay sur la déclar. de 1081 , n. xxxv.

520 HISTOIl.Ë

sage discernement; qu'ils aient abusé même du nom de ces libertés saintes , pour essayer de ravir a la Chaire Apostolique ces prérogatives augustes, nécessaires, sans lesquelles il n'y a plus d'Eglise catholique , et pour attenter à l'obéissance « que lui doivent tous « les Chrétiens, et à la majesté si vénérable, « aux yeux de toutes les nations , du Siège « apostolique, où s'enseigne la foi, et se con- « serve l'unité de l'Eglise : .) l'Episcopat français s'est mis k couvert contre tous les excès T^RvV Exposition de sa foi y placée en tête de sa Déclaration des quatre articles (1). Nous

(1) « Le préambule mérite une attention particu- « lière. Il manifeste clairement lintention et lapen- (( sée de Bossuet : on voit dans quel esprit il a conçu, « rédigé et présenté cette célèbre Déclaration. Il est <• impossible de ne pas y reconnaître que Bossuet « s'est également proposé de réprimer ceux qui dé- « gradent Tautorité légitime du Saint-Siège, et ceux. « qui l'exagèrent à un degré incompatible avec les '( maximes de la Religion , et avec les principes de " la soumission due aux puissances de la terre. » M. de Beausset, Vip de Bossuet , liv. vi^ chap. xiv, t. II, p. 171

DE LA ^OLVELLE IIÉKÉSIE. 527

ne la citons pas; elle est partout, dans nos cœurs comme dans nos livres. La gloire des Gerson et des Hinckmar, la renommée d'un abbé Fleury , d'un Bossuet , d'un cardinal de la Luzerne , n'ont rien à redouter des calomnies et des perfides interprétations de leurs détracteurs. 11 est des noms qui importunent certains amours-propres; etThémistocle lui-même dort mal au bruit des trophées de Miltiade.

Aussi tant de témoignages éclatans de l'orthodoxie de notre Eglise vengeaient-ils suffisamment nos libertés des reproches que quelques esprits ardens leur avaient adressés. « Ceci posé , leur répondait-on au « nom de l'Episcopat français, nous de- « mandon;:. à nos adversaires, s'ils croient « sincèrement qu'il leur soit permis de nous « imputer des erreurs contre la foi, des « hérésies, des dogmes impies et détestables, « de censurer, comme schismatiques, des « hommes non~seulement innocens a cet

« égard , mais qui sont très unis et soumis « au Souverain Pontife ; d'animer contre « nous le Saint-Siège , ou plutôt l'Eglise ente tière ; et si , dans de telles circonstances , « nous ne sommes pas en droit , que dis-je ? « nous ne sommes pas dans une obligation « indispensable de repousser avec modestie « une calomnie si atroce et si manifeste (1).;) Une déclaration aussi explicite avait sans

(1) Bossuet^ Gallia orthodoxa, n. vu, trad. franc, p. 16, édit. in-4°, 1745. M. de La Mennais s'efforce d'atténuer l'autorité de ce témoignage , en disant que la défense de la Déclaration, si doctement travaillée par le grand évèque , lui fut arrachée par la violence. Il ne voulait qu'appeler l'examen sur la tradition , au sujet de la question controversée (p. 202). Cette assertion est démentie par toute la correspondance que l'on peut voir au tome II de son Histoire ,ipa.T M . de Beausset . Bossuet ne précipita rien , sans doute ; mais il ne céda non plus qu'à sa profonde conviction. «Je l'ai bien prévu, disait-i!, mais « à cela je n'ai autre chose à dire, sinon que des <! Evêques qui parlent doivent regarder les siècles « futurs aussi bien que le siècle présent, et que leur « force est à dire la vérité telle qu'ils l'entendent. » ( Hist. de Bossuet j ."^l'.pr. . p. 186. ")

doute de quoi rassurer toutes les consciences. Elle avait été le sceau de la réconciliation entre nos Evêques de 1682 et le Pape Innocent XI. Elle avait mis fin aux combats du grand Bossuet. Le Monarque français, et tout son siècle, le Siège romain et ses plus savans Théologiens, l'avaient accueillie comme le gage d'une paix éternelle. Devenue loi de l'Etat , elle était affranchie même de la discussion. Proclamée par chacun des membres du Sacerdoce, par nos Universités et nos Cours souveraines , jurée par tous nos Docteurs en présence de ce qu'il y a , pour tout Chrétien, de plus auguste et de plus redouté après le divin corps du Sauveur, défendue en présence des Synagogues et des échafauds de 1795, scellée par le sang des plus généreux confesseurs , elle formait notre patrimoine de famille : quand un Novateur hardi s'est jeté inopinément à travers un champ de bataille vide de combattans , mais toujours resplendissant de la

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gloire de tant de saints et illustres Evoques, Il s'avance a leur suite , pareil à l'Esprit des ténèbres , lequel , transformé en Ange de lumière , se rencontre tout à coup au milieu des Cœurs célestes : Affiiit inter eos etiam Satan{\)^ versant l'outrage et l'ana thème sur nos écoles et nos institutions , sur un Episcopat révéré des Souverains Pontifes eux-mêmes, sur quatorze siècles d'illustration et de vertus. L'opiniâtre ennemi de nos libertés n'y voit que la manœuvre du schisme et de l'hérésie y travaillant ^ par des mesures souterraines et insensibles, à étahhr une Eglise nationale. A l'en croire , l'œuvre d'iniquité serait déjà, consommée depuis long-temps; elle le fut par la seule apparition de ces libertés éversives de l'unité catholique (2).

Le mot à' Eglise nationale^ dans le sens que lui prèle M. de La Mennais, suppose

(1) Jr.b. 1,6.

i^) Ln Religion considérée , etc., p. 317.

séparation d'avec le Centre de l'unité , la reconnaissance d'un Chef de l'Eglise autre que l'Evêque de Rome ; séparation qui frappe la Foi dans un de ses dogmes capitaux , et appelle en effet, sur les nations qui s'en sont rendues coupables , les notes flétrissantes de schisme et d'hérésie. Telles sont les Eglises d'Angleterre, de Hollande, du Nord de notre Europe. Celles-là, bien loin de repousser le titre d'Eglises nationales , elles s'en font une espèce de trophée j elles se signalent surtout par leur haine contre Piome, et le mépris de ses Ordonnances. C'est a ces seules Eglises que pourrait s'appliquer la sentence portée par M. de La Mennais : que « se séparer de Rome , faire le schisme , « créer une R^eligion nationale, c'est pro- K clamer l'athéisme et ses conséquences. » Mais étendre un aussi sévère reproche sur la nôtre, où est la bonne foi?

Notre Eglise de France en révolte avec Rome , parce qu'elle lient à ses antiques

Traditions ! Que ne condamne-t-on aussi les Eglises d'Afrique et de Milan, attachées invariablement à leurs usages particuliers , consacrés par le temps, tolérés, approuvés par le Siège romain? Avons-nous une autre Foi, un autre baptême, un autre Christ? Rome, de tout temps si empressée à s'armer du glaive contre tout germe de schisme et d'hérésie , aurait laissé cette ivraie maudite pulluler et croître impunément dans le champ du père de famille? Elle aurait prodigué les plus magnifiques éloges à l'inébranlable fidélité de nos Pontifes et de nos Docteurs des temps anciens et modernes , à la piété de nos Rois Très-Chrétiens , Prolecteurs d'une Eglise souillée par l'impiété et l'apostasie? S'il en était ainsi, ce n'est plus contre l'Eglise de France , mais contre Rome elle-même que M. de LaMennais doit diriger son indignation et son insultante pitié. Complice de l'erreur, elle n'est plus que l'impure Babylone, prostituée au men-

songe. Rome, la France, que dis -je ? le monde entier auraient été sous le charme de la séduction! Les portes de l'Enfer auraient prévalu contre l'Eglise , et Jésus-Christ aurait manqué à ses promesses !

Bannissons ces chimériques terreurs. Mieux peut-être que M. de La Mennais, Rome connaît ses enfans et ses ennemis. Elle sait combien nous tenons a elle par le fond de nos entrailles ; que nous lui resterons fidèles jusqu'à l'effusion de notre sang , prêts a défendre , s'il le fallait , à pareil prix , l'héritage de nos Pères; elle sait que nous ne voulons point d'une Eglise nationale , dans le sens que le suppose M. de La Mennais et son école , telle que la secte nouvelle la veut introduire, et l'a commencée déjà par son divorce séditieux avec l'Etat; que nous sommes, avec plus de vérité que lui, Catholiques et citoyens , et qu'en demandant de tous nos vœux à la divine Providence la régénération du Sacerdoce français, c'est

55 î HISTOIRE DE LA XO'JVELLE IIÉP.ÉSIE.

pour en obtenir vin Clergé soumis aux lois du pays comme à celles de l'Evangile , fidèle à César comme à Dieu, également formé à la science et h la vertu, .qui ne s'isole pas de la société, mais qui se mette en rapport avec les besoins du siècle et les progrès de la civilisation , digne en un mot de la confiance des peuples, et de la haule mission qu'il est appelé à remplir.

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