CHAPITRE nie
Attaques directes contre l'autorité roynh' et contre tout ordre public.
Il est des esprits altiers, ennemis de toute dépendance , ne pouvant soufifrir d'autorité et de pouvoir que pour eux seuls, et supporter rien même qui leur soit égal : tels furent Arius, Luther, d'autres encore dans des temps plus rapprochés de nous. Faut-il s'étonner qu'il s'en rencontre sur la terre , puisqu'il s'en est trouvé dans le ciel, et que l'orgueil osa y pénétrer pour persuader aux
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anges rebelles qu'ils pouvaient ressembler au Très-Haut ? Le génie malheureux qui enfanta la première des rébellions est le iijiême qui a tlieté les séditieuses productions de M. de La Mennais. Vous le reconnaissez à cette impatience de toute espèce de joug, h la violence de ses accusations contre le pouvoir, à ce dessein avoué par lui-même de faire concourir k sa ruine à la fois sa réforme religieuse et ses réformes politiques. Tout en reconnaissant que le Pvoi tient du vœu de la nation légalement exprimé l'autorité qu'il exerce , il ne tient pas k lui qu'elle ne soit transférée a d'autres mains. Quelle affectation a présenter sous les plus odieuses couleurs chacun des actes de son administration ! quelle opiniâtre persévérance k exciter contre lui les préventions , les défiances et les murmures! Il ne tiendra pas k lui que ces sentimens ne soient poussés jusqu'à la révolte la plus déclarée. Que d'insultes journalières k son gouvernement !
AOa HISTOIRE
Citons : on croirait que nous calomnions. i< Soit par timidité , soit par défaut de vues, « il s'est mis, dit-il, dans une position fanssej « il a trompé toutes les espérances, s'est placé M en dehors de toutes les Communions.
«f Egaré par je ne sais quelle vaine théorie « de gouvernement représentatif, il n'a fait « qu'hériter des erreurs qui ont perdu l'an- « cienne cour ; hien plus coupahle encore^, il '( »ousjurait,ily a quatre mois, de respecter « nos libertés. 11 a violésessermens, et par là « nous a dégagés des nôtres. Qu'y a-t-il dé- « sormais entre lui et nous? Il est à notre « égard comme s'il n'était pas , et il ne nous « reste , en l'oubliant , qu'a nous protéger « nous-mêmes (1 ) . Pouvoir oppresseur qui ne « caresse que pour tromper et pour trahir ! f< nous lui renvoyons sa protection ; elle ne <f serait que perfidie et imposture. 11 y eut « toujours dans le gouvernement même le i< plus juste et le plus modéré une tendance
(1) avenir y n. 6, 2. 6.
DK L\ ^o^JVï:LLE héuésie. 407
«f a l'envahissement, et la puissance ne Tut (c jamais qu'oppressive et tyrannique (1). « Celui-ci n'est qu'un pouvoir athée qui nous <f poursuit à outrance , parce qu'il nous a « trouvés sur son chemin, aux portes des <( églises, qu'il profanait, et des monastères, <' qu'il pillait (2). On voudrait nous faire « croire à nous aulrcs Calhollques , qui sa- « vons si bien et par une longue expérience « ce que pèse le trône , qu(; l'autel ne peut « se soutenir qu'à l'aide d'un pareil far- « deau (5). Si, parmi les croyances, il en est « une plus évidemment propre a faire res- « pecter la liberté des peuples, c'est à celle- « là qu'il destinera les chaînes les plus pesan- « tes (4). Aujourd'hui qu'il continue la série « de ses sacrilèges, nous protestons de toutes « nos forces contre un« protection de cette « nature qui créerait pour nous une servitude
(1) Avenir, n. o, 53.
(2) Ihid., 11. 3.
(3) Ibid., 11. 0.
(4) Ibid., n. 8.
408 UISTOIKE
« exceptionnelle (1). En conséquence , nous « reconnaissons le gouvernement actuel de « la France, tel que la Charte l'a établi, et « nous lui obéirons tant qu'il obéira lui- « même k la Charte qui l'a créé , et qu'il w respectera les droits que cette même V Charte nous donna (2) ; mais , qu'on le « sache bien ^ si ^ dans V entraînement d'une « passion aveugle , qui que ce soit osait ten- « ter de nous imposer des fers , nous avons « juré de les briser sur sa tête (3) ! »
Lecteur chrétien ! commandez a votre indignation, et soutenez, s'il est possible, jusqu'au bout la lecture de ce qui nous reste h vous faire connaître.
C'est particulièrement contre la prérogative royale de la nomination aux évêchés que M. de La Mennais et ses dociles adeptes déchaîneront leur haine du pouvoir et de ses ministres.
(1) Avenir, n. 395.
(2) £hid.,n. 53, 'H3.
(3) N. ^, art. signé de M. de La Meuuais.
DE LA INOLVELLi; HÉRÉSIE. 409
Quoique nous en ayons déjà parlé au chapitre vi de la seconde partie, néanmoins, l'importance de la matière et la violence des aggressions nouvelles qui lui ont été portées par le journal de VJluenir nous obligent d'y revenir encore.
L'antique discipline qui l'a sanctionnée, il l'a méconnaît; les Concordats par qui elle fut consacrée, il les anéantit, les foule sous les pieds; le Monarque qui venait d'en faire i|sage est traîné dans la boue , ses Ministres livrés a l'anathème , à l'exécration ; les nouveaux élus dénoncés aux anciens comme les irjstrumens serviles d'un pouvoir tyrannique , corrupteur , impie ; l'Episcopat dont on est désormais menacé sera, qu'il le veuille ou non, traître à la religion; il sera parricide; l'Episcopat tout entier, déjà condamné à la honteuse abjection où gémissaient les Evé(jiies grecs h la prise de Constantinople, est enchaî^ié désormais à toiis Icn caprices (l'une brutale domination; et remarqiiez, lec-
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teur chrélien , que les Evêques de la Restauration ne sont pas plus épargnés que ceux de Louis -Philippe. C'était alors la Grande-Aumônerie qui les présentait. Parce qu'un homme qui s'y trouvait attaché manifesta un* autre esprit que celui qui dominait à la Cour (c'était le frère de M. de L'a Mennais), on l'en punit par la disgrâce; et de là le vaste ressentiment du journaliste (1 ). Pour venger un frère ^ il faut immoler le pieux Grand-Aumônier, M. de Croï, archevêque de Ptouen. Toujours les passions humaines à la place de la justice ! « Jusqu'où ff le gouvernement ne se permettra-t il pas « d'être hardi dans l'outrage et dans la des- «f truction? 11 cherche à la trace des has- (( sesses et dans la fange des insectes hénits « et à vendre, quelque prêtre bien servile « et bien méprisé, ou tout au moins suspect, <f pour lui envoyer confidenlielleniciif, deux « mois avant d'oser le dire , une mi Ire aux
(î) Avenir, n. 'ïj , 309.
DE LA XODVELLE HÉr.ÉSIE. il 1
w trois couleurs nationales. Croire que l'on « trouvera un Clergé assez bote pour se « mettre sous les quatre pattes du tyran , « e'est une folie à faire mourir de plaisir la (f postérité. Tout Evoque docile au gouvcr- « nement est le fléau de l'Eglise et le der- « nier des hommes (1). Catholiques, nous « l'avons juré , nous ne souffrirons pas une « aussi avilissante oppression'; nous brisece rons ce joug de fer qui pèse sur nous. Nous «< commencerons par protester contre qui- « conque aurait le courage d'accepter le titre « d'Evêque de la main de nos oppresseurs. » Mais si le Souverain Pontife agrée les nominations? — Nous protesterons; nous demanderons la liberté des élections (2). — Mais s'il passe outre? — Nous n'en irons pas moins déposer notre protestation atix pieds de la confession de Saint-Pierre. — Mais le concile de Trente frappe d'anathème qui-
(1) Avenir, n. 104.
(2) JhùL.u. 53, 340.
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conque refuse de reconnaître TEvêque confirmé par le Siége-Apostolique (1). — N'importe encore, nous protestons. Et, en attendant, quel torrent d'injures et de calomnies contre le respectable évêque de Dijon (2) , qui n'a répondu que comme les Apôtres de Jésus-Christ, en bénissant Dieu d'avoir été jugé digne de souffrir pour son nom (3).
Au reste, nous dit M. de La Mennais, un tel Gouvernement ne saurait être long-temps durable. 11 s'en flatte du moins ; et il ne tiendra pas à lui que sa prophétie ne s'accomplisse incessamment. «Nos ennemis ne « sont pas vainqueurs, s'écrie-t-il; ce pouvoir « hostile et persécuteur s'use par ses propres « excès (^). » 11 en prévoit le terme, et chante a l'avance sa chute prochaine. S'adressant aux Ministres : (f 11 faut que vous tombiez ; « car vous êtes déjh brisés par la puissance de
(1) Sessio xxin. Gaii. viii.
(2) Avenir, ii. 309.
(3) Act. Apost., \, 4'].
(4) Avenir, n. 41 , 42
« l'opinion fi). » Les Catholiques ont eommencé depuis un an un j^^rand combat, qui finira , s'ils persévèrent , par le plus beau triomphe qui ait jamais été accordé a des efforts humains (2). A peine treize mois se sont écoulés : de toutes parts s'est organisée, à notre voix, une résistance forte comme là justice, et intrépide comme la foi. Le réveil de la liberté a commencé pour tous les peuples du monde. Une grande révolution s'agite et fermente d'un pôle à l'autre. « Par- « tout la puissance humaine les serre convul- « sivement sous sa main , persuadée qu'elle « ne peut vivre, si la pensée, si la conscience « est libre. Mais celte main se lassera; déjà « ses forces s'épuisent, et c'est pourquoi le <f pouvoir , pressentant la fin de son insoi< lente domination sur ce qui n'a pas été « soumis à son empire, tend, si l'on peut « le dire , tous ses muscles pour retenir ce
(1) Avenir, ii. /il, 42.
{1) Thirl.,n. 395.
<' qui lui écliappe , et perpétuer sa tyrannie
« par un effort désespéré (1). »
Dans la fermentation violente qui agite les peuples de l'Europe, M. de La Mennais a vu le résultat d'une lutte établie entre le J*rotest2intisme,paruenuàson terme ejctféme^ et la religion catholique, c'est-à-dire, comme il s'exprime, entre l'athéisme et le Christianisme (2). C'est un combat à mort entre la liberté et l'esclavage , combat dont l'issue n'est pas douteuse.
« Non , mille fois non , vous ne ferez pas « de nous un peuple d'Ilotes (3). Non, non, « les Catholiques n'accepteront pas le joug « infâme qu'on tente de leur imposer 3 ils « broieront cette tyrannie, et dans sa pous- « sière ils planteront la liberté, qui sera leur « salut et le salut du monde. Trop long- « temps ils se sont courbés sous le joug de
(1) La Religion considérée , etc., p. 64.
(2) Avenir, n. 395.
(3) Ihid., 11. J9.
î)i: LA NOUVELLE HÉRÉSIE. Alo
( leurs oppresseurs ; trop long -temps ils « ont dormi du sommeil de l'esclave. Çhui « leur réveil marque dans l'histoire une « époque, aussi glorieuse que le règne de « leurs tyrans est exécrable et flétrissant u pour rimmanité (1). En vain donc vous « et vos successeurs, vous et vos amis, vous <( chercheriez a nous priver de nos droits <v les plus légitimes. Nous résisterons a loule « mesure qui violerait nos libertés ; nous les « maintiendrons de fait contre toutes les « attaques de l'arbitraire j nous lutterons « pour elles sans relâche jusqu'à ce que la « mesure soit comble et que le vase déborde. « Alors, on saura s'il y a encore des Catho- « liques en France , et l'on verra ce qu'ils « sont. Soyez-en siirs : toutes les libertés « seront conquises en dépit de vous; en « dépit de vous , l'intelligence régnera un « jour , et mieux que vous , et mieux que « vos tinanciers. Serrés les uns contre le^
(1) Avenir, n. 395.
« autres, et disant anathème au lâche qui '( se séparerait de ses frères , nous défen- « drons dans la cause de chacun de nous la « cause de tous les Catholiques (1). »
Lecteur, tous vous êtes cru sans doute transporté au pied de cette tribune sanglante de 1795, du haut de laquelle des orateurs forcenés , secouant sur leur auditoire les torches des Furies, préparaient à l'avance l'arrêt du 2i janvier et l'holocauste de la France tout entière. Mais était-ce a des prêtres , à des Catholiques que s'adressait un pareil langage?
Si l'hérésie , quand elle porte sur des matières obscures par elles-mêmes , et peu accessibles aux intelligences communes, a suffi souvent pour les enflammer, et les porter aux plus violentes extrémités , que sera-ce , quand elle a pour objet des questions facilement comprises par tous les esprits? quand elle vient k soulever des passions auxquelles
(^1) Avpmr,n. M, 305, 254, etc.
se mêle rinstinct sacré de la conscience? Combien alors n'est-elle pas propre a exalter les imaginations, et à les égarer? avec quel empire n'agit-elle pas sur les cœurs les moins défians? M. de La Mennais pouvait-il l'ignorer? Non. Le prêtre de la Vendée avait su calculer l'impression inévitable de ses Philippiques. Il le confesse, et s'en fait un titre de gloire.
« Des cœurs jeunes, trop long-temps vi- « des, s'emparent avec ardeur de nos doc- «< trines j le monde leur devra la liberté (i ). »
Comment ne pas se livrer a celte flatteuse espérance? Le Régénérateur du Sacerdoce voyait autour de lui une phalange nombreuse d'ardens Prosélytes, dévoués à sa cause , zélés a la défendre , ne permettant a personne de douter du respect^ de l'amour, de la foi que leur inspire celui que Dieu leur a donne pour Maître et pour Père, décidés à poursuivre l'œuvre de la régénéra-
(1) Avenir^ n. 365.
tion par tous les sacrifices , par celui même de leur sang , s'il le fallait , et de leur propre Aie (1). Le Clergé français, instruit par l'expérience , renonçait pour toujours a ses vieux préjugés, k ses m.3ixiïnes Routinières. La doctrine antique de Bossuet ( celle-là qui assure l'indépendance des Rois ) , « il « la connaît enfin; il sait qu'elle aboutit, K pour la Religion , k l'athéisme , et pour le f< Prêtre, k l'échafaud. Des études , désor- « mais mieux dirigées , ont étendu ses vues, « rectifié ses idées , et dissipé pour lui bien (( des nuages (2). » Comme le Centenier de l'Evangile , ne lui sufïisait-il pas de dire k celui-ci : viens j et il accourt; a un autre : fais cela y et il le fait (^y. De son aveu, la faction républicaine , les Conspirateurs de profession , les ennemis les plus implacables du gouvernement accouraient sous son étendard. Les principales villes du royaume
(1) Avenir, n. 53.
(2) La Religion considérée , etc., p. 131,
(3) Hatth., MU, 9.
DE LA NOUVELLE IlËllÉSlË. 410
entretenaient avec lui des intelligences. Séminaires , chapitres , corporations diverses, lui adressaient de fastueuses félicitations j il lui en arrivait de l'extrémité de l'Europe ; et les deux Mondes se donnaient la main pour applaudir k son triomphe.
Beauvais , Grenoble , Marseille , Colmar, Digne , d'autres cités lui fournissaient d'abondantes recrues j Lyon surtout lui promettait les plus énergiques auxiliaires , et des relations de jour en jour plus intimes; et déjà vous l'entendez qui s'écrie : « Une « nouvelle ère de gloire et de triomphe se « prépare. Allez , messagers de l'espérance ! « Entonnez sur les ruines de tout ce qui « passe le cantique dévie (i). » Allez avec la même assurance que les Apôtres à qui le Sauveur des hommes avait dit : Le ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront pas (^).
(1) Compte rendu. Avenir, n. 31)5,
(2) Matth..\xiu, 31,