CHAPITRE IV
Rpsf ridions demandées par les Novateurs.
Nous savons bien que M. de La Mennais essaie d'échapper aux conséquences de son principe par des restrictions. ,
Luther voulait aussi des restrictions, nous lavons remarqué déjà; mais il est bon de revenir sur ces rapprochemens pour mieux Taire voir la marche de l'hérésie, qui, une iois emportée, devient incapable de se contenir dans les bornes qu'elle s'était fixées
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En publiant son fameux livre de la /./berté chrétienne y d'oii toutes les sectes, qui, dans le seizième siècle, se sont séparées de l'Eglise romaine , ont tiré leurs prétextes pour se soustraire a l'autorité des Princes , et pour s'armer contre les magistrats (1), Luther n'attendit pas les sévères leçons de l'expérience pour expliquer sa pensée sur la nature et les effets de la liberté, et sur les moyens d'en réprimer les abus. ( e qu'il y traitait se réduisait à ces deux propositions, développées avec une certaine éloquence : la première, que le Chrétien est le maître absolu de toutes choses , et qu'il n'est sujet à personne; la seconde, ([ue le Chrétien est l'esclave de toutes , et qu'il est le sujet de tout le monde : la seconde semblait corriger ce qu'il y avait d'excessif dans la première (^). L'ouvrage , accueilli avec en-
(J) Cati'ou , Hist. des Anabap., \. i, p. 7, 8. (2) i)c Sekcndorf, Hist. da la Réform., t. I, |) 124.
tlîoiisiasme, partagea la société chrétienne. L'auteur avait une réputation de piété ; et ce qu'il avait déjà Tait connaître de ses talens lui marquait une place éminente parmi les hommes de génie. « Tout était simple , K énergique, entraînant; c'était de la vieille « éloquence chrétienne, un peu dure quel- « quefois ; mais l'erreur avait fait tant de '< mal , et il y avait si long-temps que la « vérité attendait un vengeur ! L'Europe ati( tendait la suite avec impatience (1). »
Cependant les esprits divisés en parlèrent différemment au gré de leurs affections : les uns jugèrent qu'il en avait trop dit , les autres pas assez. Effrayé lui même des interprétations données h sa doctrine , il voulut l'expliquer, et la ramener au sens évangélique ; il n'en était plus le maître. Il eut beau censurer avec force Capiton et ses emportemens , rappeler a Muncer et à ses Anabaptistes, le précepte d'obéir a ses ma-
(1) M. Lrtcordairc , Considérât, , p. 36, -37.
gistrats^ imaginer des subtilités et des distinctions (1), l'étendard de la révolte était levé ; tous s'y précipitèrent. Lui-même, oubliant bientôt tous ses beaux discours, il revenait tous les jours avec une force nouvelle à son cri de guerre au nom de la liberté j il donnait l'exemple de la sédition, bravant les défenses de l'Empereur , prêchant à Herfeld, au mépris de l'autorité , en disant que nulle puissance n'avait le droit d'enchaîner la parole de Dieu j et le même homme qui avait si bien écrit contre les révoltés de la Souabe , les absout dans les lettres qu'il leur adresse comme à %es frères et amis (2). IN on pas que ces exagérations lui parussent, en effet, criminelles et désastreuses , mais parce qu'elles étaient prématurées et intempestives (3).
(1) Sleidan , Comnietit., lib v, p. 115.
(2) De Sekendorf, t. 1, p. 289.
(3) Mcyners , Hist. delà Rôform., p. 14.