‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 19 sur 30 · COROLLAIRE · texte numérisé non relu

COROLLAIRE

Héritiers de la doctrine des Apôtres , et d'une prescription de dix-huit cents années, nous enseignons avec saint Paul que toute puissance vient de Dieu : omnis potestas a Deo ; que tout le monde, sans nulle exception , omnis anima , doit être soumis aux puissances supérieures , comme étant toutes également établies de Dieu. Nous enseignons avec tous nos Publicistes chrétiens que , quoique chaque gouvernement soit

d'institution humaine, c'est-à-dire, quoique

(1) Liv. v, cap. 18, Hist. Francor, Bossuet, Défense, trad. franc., p. 196. — Nous croyons avoir suffisamment établi ces principes dans la seconde partie de cet ouvrage , où nous citons les mêmes paroles, p. 234.

ce soient les hommes qui se sont choisi une telle forme de gouvernement, selon laquelle la puissance souveraine réside en une seule ou en plusieurs personnes , néanmoins cette puissance même vient de Dieu, et non pas des hommes : Les hommes établissent , si vous voulez , une telle société civile , une telle forme de gouvernement ; ils choisissent telles ou telles personnes pour les gouverner; maisla puissance souveraine, qui est comme l'âme et l'essence de ces sociétés et de ces gouvernemens , ce ne sont point les hommes qui la donnent ; ils ne font que déterminer, par leur choix, les sujets propres à la recevoir des mains de Dieu ; et c'est vraiment lui qui la leur communique immédiatement. Il faut donc regarder comme une chose indubitable que c'est Dieu qui fait les Souverains, pour le représenter et tenir sa place sur la terre, pour commander en son nom , et gouverner les hommes dans l'ordre de la société civile, par l'autorité

suprême , absolue et indépendante de toute autre puissance humaine, qu'il veut bien leur communiquer: en sorte qu'a cet égard ils ne relèvent que de lui , parce que leur pouvoir est son pur ouvrage. Dieu est donc l'auteur de toute puissance légitime. Et, comme il y a deux sortes de sociétés dans le monde qui sont gouvernées par une puissance souveraine , ily a par conséquent aussi deux sortes de puissances établies de Dieu pour les gouverner. La première société qui so présente dans le monde est la société civile , qui a pour objet les biens de la vie présente, a laquelle nous tenons par nos corps et tout ce qui est extérieur et temporel. La seconde société qui partage le monde est la société spirituelle, qui a pour objet les biens de l'esprit et de la vie future , l'âme , la grâce , le salut éternel .

La première puissance, qui tient à la première de ces sociétés, est donc la puissance temporelle , dont l'office est de régler sou-

verainement tout ce qui appartient a l'objet de la société civile, les biens, les corps, riionneur des bommes , leurs prétentions , leurs droits, leurs actions extérieures en qualité de citoyens , de sujets du Prince , de membres de la société civile , pour le bon ordre , la paix , la tranquillité publique et particulière de cette société.

La seconde puissance , relativement à la seconde société du monde , est la puissance spirituelle, qui s'étend sur tout ce qui est l'objet delà société spirituelle, c'est-à-dire, sur tout ce qui regarde l'àme, la conscience, le salut , la vie nouvelle , future , éternelle , et les actions des hommes en qualité de Chrétiens, de citoyens du ciel, d'enfans de Jésus-Christ et de son Eglise , son épouse , de membres de la Religion et de la société spirituelle (1).

(1) Conc, Tolet, ann. 638, can. 18. Conc. Paris., ann. 829. Concil. ylquisoxt . , ann. 830, cap. m. Conc. de Saintc-Macre , ann. 881, cap. i. Conc. de Troslc, ann. 909, cap. ir. Pragmaf. de Charles VII, Prœfat.

Ces principes réprouvent hautement la chimérique distinction de puissance directe ou indirecte, alléguée par les Ultramontains en faveur de l'autorité pontificale ; autrement il n'y aurait plus d'indépendance pour les Rois, s'ils étaient justiciables de la puissance ecclésiastique, dans le cas où ils viendraient a manquer à leurs devoirs de Princes ou de Chrétiens. C'est ce qu'établissent clairement les Remontrances du Clergé de France de i 666 , au roi Louis XIV. On verra si c'est là le langage de l'adulation : « Le rè- « gne spirituel que notre Seigneur a établi « dans le monde , et qui pourtant n'est pas de (( ce monde , n'a rien diminué de l'autorité « qu'avaient les Princes qui régnaient sur la « terre avant qu'il fut descendu j celui qui « venait leur offrir une couronne éternelle « n'avait pas le dessein de leur ravir la cou- « ronne temporellequ'il leur avait déjà don- « née j il n'a point débauché leurs sujets 5 au « contraire il les a rendus plus fidèles et plus

(f obcissans. Ses Ministres même qui ont reçu (f leur mission immédiatement de lui , n'ont « pas été affranchis delà condition des autres « hommes ; et , quoiqu'ils soient devenus les « Princes de l'empire spirituel, ils n'ont pas V laissé de demeurer toujours sujets dans K l'empire temporel. Nous pouvons même di- « re avec vérité que plus le Saint-Esprit don- K ne aux Ministres de l'Evangile de liberté et « d'autorité, plus il leur impose d'obligations « pour obéir aux Souverains dans les choses «< temporelles. Voilà donc, Sire, deux fonde - <( mens certains: le premier, que la puissance « de gouverner l'Eglise n'a été donnée par Jé- « sus-Christ qu'aux Evêques, etqu'elle leur « appartient de droit divin, qui ne souffre ni <f prescription , ni dispense ; le second, que «( cette puissance ecclésiastique établie dans « le monde ne diminue pas l'autorité des ff Princes temporels 3 au contraire elle l'aug- « mente, elle l'affermit , elle l'assure (1). »

(i) Analyse des Conciles, par Richard, t. IV,

Tel est donc le sentiment, telle est, pour ainsi parler, la voix unanime de tout le genre humain. Sur quoi notre grand évêque de Meaux : « Comment , je vous prie , « cette paix et ce bel ordre cpie Dieu a mis « dans les choses humaines pourraient-ils , K subsister , s'il n'avait pas aussi établi des «puissances souveraines, qui, dépendant « de lui seul , commandassent a toutes les « autres sans être assujéties à aucune (i)? »

M. de La Mennais n'avait pas toujours été lui-même étranger a ces principes , puisqu'il y avait eu un temps oii il les proclamait, comme établissant le plus sage accord de la liberté et de la dépendance. 11 est bon de l'entendre lui-même rendre hommage à la doctrine chrétienne : « La R.eli- « gion , avait-il dit , en forçant l'homme a « obéir au pouvoir, assure la liberté des

p. G98. Tossuet, Défense de la Dèclar., 1'* partie, chap. XVI.

(1) Bossuet, Défense, trad. franc., p. 179.

« peuples, tandis que l'incrédulité, détruite sant le principe d'obéissance, dispose k la « servitude , et y conduit tôt ou tard (1). » Alors, il ne s'était pas laissé séduire par les sophismes de l'auteur du Contrat social. Devenu son disciple , il ne pouvait ignorer davantage les lumineuses réfutations qu'en avaient publiés, à divers reprises, le P. Bertier, les cardinaux Gerdil et la Luzerne , surtout l'évêque du Puy , dans sa belle instruction pastorale sur la prétendue philosophie des incrédules modernes , dont la seconde partie se dirige principalement contre le système du philosophe de Genève, et bat en ruine toute la doctrine de son plagiaire (2). Mais l'orgueil ne voulut jamais reconnaître d'autre sagesse que la sienne.

(1) Essai sur VlniUffér.,]}. 78.

(2) Page 15 et suiv.,t. JI,éclit. iu-12. Paris, 17()4.

Page 1