‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 21 sur 30 · T. VI. *2U · texte numérisé non relu

T. VI. *2U

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dans son Bref du 10 mars 1791 , boulcAersait la Conslitulion chrétienne , violait le trailé solennel connu sous le nom de Concordat , passé entre Léon X et François I*^*", approuvé par le cinquième concile général de Lalran, exécuté fidèlement pendant deux cent cinquante ans, et qui par conséquent devait être regardé comme une loi de la monarchie. Demander que les Evêques et les Curés fussent élus par les fidèles de chaque diocèse , indépendamment de la sanction royale , « c'était , ajoute le sage « Pontife, se rapprocher (au moins par des « conséquences inévitables) des erreurs de « Luther et de Calvin, adoptées depuis par (f l'apostat de Spalalro ( de Dominis ) ; car f< les hérétiques soutenaient que l'élection « des Evêqvies par le peuple était de droit « divin (1). » Nous en avons démontré ailleurs les dangers sans nombre , et revendi-

[\) Collection dss Brefs du pape Pie VI , Irad. franc., par M. N.-S. Guillon, t. I, p. ^67.

m: LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 451

que, en faveur de la prérogative royale, les nominations aux charges épiscopales (1).

Encore masqué dans ses précédentes productions, ce système se produit dans V^venir a découvert. Le livre des Paroles d'un Croyant le dépouillera de ses derniers voiles.

Etrange contradiction dans l'esprit de système ! M. de La Mennais n'a pu s'en défendre. On dédaigne les sentiers battus; parce que l'on marche seul, on se croit être le premier sur la route, et valoir mieux que tous les autres. <f On veut être, dit Malle- « branche , l'inventeur^ de quelque opinion K nouvelle , afin d'acquérir par là quelque « réputation dans le monde, assuré que l'on « est qu'en disant quelque chose qui n'ait a point encore été dit, on ne manquera pas « d'admirateurs (2). » Une certaine cha-

(1) Dans notre Essai critiqxo et historique sur la Pragmat., îes ôlect. popul. et le Concordat , 1 vol. in-8°, 1801 .

(2) Recherche de la Vérité, préface

4»2 ULSTOIRE

leur triinagination qui a l'air de ressembler à du génie, une fièvre d'âme que l'on prend pour de l'enthousiasme , un amas plus ou moins digéré de lectures et de connaissances, vous donnent je ne sais quelle renommée d'érudition et d'éloquence une secrète disposition à la mélancolie qui se transîorme en misanthropie sujette k répandre sur les objets des couleurs infidèles; ajoutez la séduction d'un parti, l'amour-propre, qui trop souvent se mêle à nos vertus elles-mêmes , les contradictions qui , en irritant les passions, réveillent tout ce qu'il y a d'humain dans le cœur de l'homme. Ainsi jeté hors de l'orbite où l'on s^est égaré , en guerro avec tout le monde, on se met en guerre avec ses propres principes : voilà tous les réformateurs, voilà M. de La Mennais.

Rieiî qui prouve mieux l'esprit de contradiction reproché à l'auteur, et la versatilité ordinaire à l'hérésie que son langage

DK I.A \(K\1:LLË tlIbllV^SIE. 4^3

actuel opposé à son langage d'aulrefois sur le régime républicain. Transcrivons sa profession de foi, répétée dans vingt passages de f Essai sur V Indifférence ^\\q. livre de laReli^ion considérée ^cic. Le même écrivain qui se déclare aujourd'hui l'ardent promoteur de la liberté indéfinie , c'est celui qui reprochait avec tant de force k la Réforme luthérienne ses proclamations de liberté. 'f Elle n'était, disait-il, qu'un système de « philosopliie anarchique , un monstrueux (' attentat contre le pouvoir général qui ré- <f git la société des intelligences: elle avait « fait par là reculer l'esprit humain jus- « qu'au paganisme j elle a conduit toutes les « sociétés de l'Europe a l'athéisme (i). » Chacune des pages de l'un et l'autre écrit est imprégnée des mêmes reproches. Citons particulièrement ce qu'il dit du régime démocratique , qu'il aspire aujourd'hui a voir régner seul dans la société.

{\) Essai sur l'Indiffi't., y (îS, 00.

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« Le caractère de la démocratie est une « mobilité continuelle ; tout sans cesse y est « en mouvement 5 tout y change avec une « rapidité effrayante au gré des passions et « des opinions. Rien de stable dans les « principes , dans les institutions , dans les « lois 3 on n'y connaît la puissance du temps « ni pour établir, ni pour détruire , ni pour « modifier. Une force irrésistible pousse et « agite les hommes; ce qui se trouve sur « leur route, quel qu'il soit, est foulé aux « pieds. Us avancent, reviennent, avancent « encore, et tout l'ordre social devient pour « eux comme un chemin de passage. Le « pouvoir ne donne pas l'impulsion, il la (( reçoit. Je ne sais quoi d'indéfinissable «f emporte et le peuple et ses chefs (1). »

Le principe démocratique, porté dans les élections populaires, naurait pas manqué de s'y développer par les brigues et les

(1) La Religion considcrèa dansses rapports, de. ^ p. oo, 34.

DE LA NOUVELLE llbUCSlE. 4«55

cabales, les violentes séditions et les rixes, quelquefois sanglantes , qui les avaient autrefois déshonorées , et obligèrent enfin l'Eglise h les abandonner.

M. de La Mennais avait bien prévu ce funeste dénouement. <f La démocratie chez « un grand peuple, poursuivait-il, détrui- « rait infailliblement le Christianisme (1). » <f La démocratie , qu'on nous représente « comme le dernier terme de la liberté , n'est « que le dernier terme du despotisme (2). » Parmi les reproches dont il ne cesse d'accabler le Protestantisme ,^ un des plus graves, et peut-être des moins contestés, est celui-ci: qu'il est en général , par la loi même de son existence , une république , ou plutôt une anarchie religieuse , où le pouvoir, sans stabilité et sans règle , appartient au plus habile ou an plus audacieux (5); et l'histoire

(J) La Religion considérée j etc., Y- 43.

(2) IhicL, p. 30.

(3) Essai sur rindiffvr., t. I,{.. Î79, i80.

456 HISÏOIKL

de ses premiers envahissemens en AUemai^ne , en Suisse , dans les Pays-Bas , en France , le prouve bien.

Luther, comme M. de La Mennais, appelait à la nomination des premiers Pasteurs la société tout entière, sans néanmoins prétendre en exclure le concours de la puissance temporelle. Nous allons voir M. de La Mennais enchérir sur la démocratie luthérienne, en s'identifiant à son principe.

Le mode des élections populaires était seul praticable dans ces temps de ferveur primitive , oii l'autorité épiscopale , pourvue de toute son énergie, bornait son ambition à la palme du martyre , et oii les Princes n'intervenaient dans les affaires de l'Eglise que par leurs édits de proscription. Mais, quand le Christianisme, vainqueur des Césars comme des peuples , put librement satisfaire l'oracle du Maître : Rendez à César ce qui est à César, rendez-lui non-seulement le tribut de l'obéissance, mais l'hom-

DE LA MOLIVËLLE UÉKÙSlii:. ^67

mage de la reconnaissance que la nature des choses lui assurait à titre à^Ei^éque du dehors et de bienfaiteur, il ne craignit plus de remettre le pouvoir temporel en possession de cette noble fonction. Les Conciles lui devaient le bon ordre de ses assemblées; les Souverains Pontifes eux-mêmes lui soumettaient leur propre élection, La Tradition universelle sanctionna ces réglemens; et a la fin, le Concordat de 15i5 en a lait une loi de l'Eglise et de l'Etat.

M. de La Mennais vient intervertir cetle sage discipline, qu'il remplace par les élections populaires. Dans quels termes? « Jl est « temps que le gouvernement accomplisse (f enfin, en renonçant à nommer les Evê- « ques , la séparation de l'Eglise et de l'Etat. « Tant que l'Eglise et l'Etat demeureront K unis de fait sous quelques rapports , et « surtout dans un point aussi capital que le « choix des premiers Pasteurs , la confusion « de la Religion et de la politique renaîtra

4oli UlSTOlJiE

« perpétuellement avec tous les fruits qu'elle « a portés (i). » Et de la ce refrain continuel d'accusations contre l'une et l'autre, de violation monstrueuse de tous les droits , d'anéantissement de toutes les libertés y d'absurde despotisme d'une part, de servile abjection de l'autre j en un mot, ce joug de fer qui a pesé sur tout le Catholicisme depuis tant de siècles, et qui s'aggrave encore

tous les jours.

« Quand enfin, nous dit encore le nonce veau Réformateur, une occasion solennelle cr de réclamer, avec la liberté , le bonheur «< du pays se présenta , le pouvoir, oubliant « les crimes qu'il avait commis ou soufferts « contre l'Eglise , nomma un Eveque au i< siège de Beauvais. Persuadés que la note mination des Chefs spirituels par les gou- « vernemens était l'une des principales « causes de tous les malheurs de l'Europe, « par suite du mépris où elle jette la Reli-

(1) Avenir, n. 101,

DL LA NOLVKLLL lUJuilSIE. 4'69

(f gion , et la facilité qu'elle donne aux « Princes d'opprimer, dans la conscience , « toutes les vérités ; nous nous élevâmes con- K tre le choix de l'Evêque de Beauvais (1). » M. de La Mennais pouvait appuyer sa réclamation sur d'autres prétextes. L'élu s'est fait justice à lui-même. S'il rappelle un événement qui fut pour lui l'occasion de si violentes persécutions, ce n'est pas, a Dieu ne plaise, qu'il en ait conservé le plus léger ressentiment. Bien loin de la, il n'en parle ici que pour rendre a ses ennemis , s'il en eut de personnels , un public hommage de reconnaissance pour le bien qu'ils lui ont fait de le soustraire au fardeau d'une administration trop au-dessus de ses forces. Mais les préventions du parti ne s'arrêtaient pas h. la personne : c'était le principe même qu'elles attaquaient , et que nous sommes ici obligé de déftuidre, en faisant l'abnégation de nous-mêmes. Or, bien loin

('J) Avenir, u. ] J3.

de le dissimuler, M. de La Mennais n'a pas cessé un moment de le comballre , de le poursuivre â outrance , c'est la son expression favorite. Non content d'avoir chargé les colonnes de son journal de ses accusations accoutumées, il les reproduit dans un libelle spécial (1) publié long-temps après que la démission de l'Evêque de Beauvais semblait avoir mis fin k la querelle. Quel pouvait donc être le crime de l'abbé Guillon , puisqu'il avait rendu les arme;; k l'ennemi? pas d'autre , de l'aveu de l'implacable vainqueur que la ndmmination qu'en avait faite le Prince temporel. « La cause intéfesse au « plusliautpointla Religion etla liberté. l'Jle <( n'admet ni examen ni information; c'est la « cause de \ Europe, entière opprimée par un K pouvoir usurpateur. » Déférée aux afïidés du journal, elle est accueillie avec empresse-

(1) ixecttdU des pièces relatives à la notninatioa df^ M Guillon à révrché de Bennvais , public pav l'Agence {générale pour la défense do la lihcrté /c/igieusp. {Pai'i», l.vol. in 8", 'JS31 ^

DE LA NOUVELLE ilÉRÉSIE. 401

ment par quelques prêtres se disant les représentans de tout le Diocèse. Des protestations qu'il ne nous appartient pas de qualifier sont colportées , appelant à grands cris le jour oii le clergé pourra librement choisir ses chefs dans l'ordre spirituel (1). /< Su- « blime exemple, s'écrie M. de La Mennais , « qui ne restera pas sans imitateurs!» Ces clameurs sont répétées en mille endroits par le journal instigateur. Un prêtre de Besançon, écrivant au nom de tous les amis sincères de la Pieligion et de la liberté y félicite l'illustre M. de La Mennais de ses sentimens, comme trouvant sympathie dans le clergé et hors du clergé (^, lui promet l'unanimité du Sacerdoce français. Mais le vœu du Réformateur n'St pas encore rempli par la seule influence du Clergé , s'il n'y a que lui qui soit seul acteur dansles élections. La réforme qu'il invoque ne doit pas être renfermée dans

(1) Avenir , n. *2^i(), .{43. Rocvieil de pièces, etc. {1) Ihid.,\\. 11.

4G2 iiistoiRÊ

les limites de l'ordre religieux. Liberté en tout et pour tous. Les droits qu'il défend sont les droits publics , les droits de tous les citoyens. « Et la société entière a senti le be- « soin d'administrer elle-même tous les inté- « rets. Nulle autorité n'est légitime qu'au- « tant qu'elle a été choisie par tous (1). » Ce système des élections populaires, M. de La Mennais et ses partisans voulaient donc l'étendre a toutes les parties de l'administration, tant religieuse que civile elle-même. Il tendait manifestement à introduire dans l'Eglise et dans l'Etat le régime démocratique et républicain, but enfin avoué de ses desseins et de ses espérances.

Dans l'Eglise : par un Pdchérisme nouveau qui enlève a la prérogative royale l*nomination aux charges ecclésiastiques, en la transférant h la multitude , livrant aux ennemis déclarés l'influence que le saint ministère exerce sur les consciences. Ce qui eût

(1) Avenir, n. 39o.

DE L/\ NOLXELLE UÉliÉSIE. 4(Î5

<!lé sans tiang(3r dans d'autres temps devenait, dans les circonstances présentes , une source intarissable de désordres et d'inimitiés. Estce calomnier M. de La Mennais que de dire qu'il l'avait trop bien pressenti?

Il allait encore plus loin , et jetait une différence essentielle entre son système et celui de Pûcber,

Le fameux Syndic voulait bien introduire dans l'Eglise et dans l'Etat un régime de démocratie aristocratique , mais sous la direction des Conciles et des Etats-généraux de la Nation. M. de La Mennais, tout en défendant en apparence la suprématie abselue du Pape , jusqu'à soutenir son infaillibilité, réduit par ses conséquences le régime de l'Eglise et de l'Etat à la pure démocratie.

Du reste , ils ont l'un et l'autre le même point de départ. Leurs principes et leur langage sont tellement identiques, que l'on peut traduire le latin barbare du premier par le français du second. Selon Ri-

cher, chaque communauté a droit, et immédiatement, de se gouverner elle-même; c'est k elle, et non a aucun particulier que la puissance et la juridiction a été donnée. Comme le droit que la communauté a de se gouverner elle-même est fondé dans la loi divine et naturelle; ni le temps, ni les lieux, ni la dignité des personnes ne peuvent prescrire contre (i).

Cette doctrine, condamnée à Rome, le fut également en France par les Conciles provinciaux de Sens et d'Aix, qui déclarèrent les doctrines énoncées cÀ-àessus fausses ^ erronées j, scandaleuses ^ schismatiques ^ et hérétiques.

Richer se soumit; il céda aux instances

du Cardinal de Richelieu , et laissa dans ses mains un écrit signé de lui , par lequel il abandonne son livre au jugement de l'Eglise catholique et romaine, et du Saint- Siège Apostolique, qu'il reconnaît /jowr mère

(1) De Potest. Ecoles., 1" part., cap. i. D'Avrigny, Mém . chronol.fi. I, p. 183.

DE t\ NOUVELLE HÉRÉSIE. 4t»S

<et Maîtresse de toutes les Eglises et Juge in- J'aillihle de la vérité. Nous verrons si M. de La Mennais s'est montré plus sincère dans ses protestations d'obéissance.

Du moins Piicher respectait-il le Mandataire dupeuple. En demandant que le pouvoir du Prince temporel ne ïvXqu! une simple délégation dans l'ordre administratif, il ne réduisait point sa part à celle d'un maire ou d'un caporal^ exe^'cée seulement dans une sphère plus étendue, et encore révocable selon la volonté de ceux qui Vont déléguée j toujours soumise aux caprices de la multitude qui l'a créé ce qu'il est. Richer se contentait de dégrader le pouvoir ; il ne le calomniait pas.

Un contemporain , toujours attaché à la doctrine de M. de La Mennais, auquel il essaie toutefois d'apporter des modifications, observe avec justesse que cette théorie religieuse et politique de V Avenir^ n'était qu'une application rigoureuse de la doctrine T. II. 50

du commun conseulement et de la raison générale du genre humain , base fondumenlale de l'Essai sur l' Indifférence {\).

Nous avons donc eu raison de voir dans cet ouvrage les premiers anneaux d'une longue chaîne d'erreurs qui n'a fait que de se dérouler progressivement. Dans le livre de La Religion considérée dans ses rappoi'fs avec tordre civil et poUtic^ue , l'auteur reconnaît encore la fgrce du pouvoir divin , mais pour en dépouiller le Chef de la société civile. En le transférant exclusivement au Chef de l'autorité religieuse , il commence, dans son devenir, h. franchir la limite. Déjà la souveraineté , oii que vous la placiez (dans les républiques ou dans les monarchies) n'a plus une origine sacrée. Partout elle s'établit par la force; mais, ia force ne pouvant établir qu'une souveraineté de fait, n'engage jamais

(1) M. Rautain, dans {'Univers religieux , n. 190 Nous croyons l'avoir démontré par les rapprochemens des textes empruntés à ses productions di verses.

DE LA XOlIVEr.LE HÉRÉSIE. A(i7

par e!le-même que le plus faible ; et celte souveraineté violente est renversée par un plus tort, avec autant de droit qu'elle a été établie (1). Il espère encore concilier la légitimité du pouvoir qu'il lait venir d'en-haut, mais par des moyens et des instrumens d'enbas avec la liberté des individus , telle qu'il l'entend , parce qu'en obéissant à la voix de Dieu, qui doitparler par les peuples, ceux-ci n'obéiront cependant qu'à eux-mêmes. Encore un pas de plus : et bientôt ce même journal de l'Avenir aura brisé le dernier lien qui attacbe la Religion de la seconde inajesté à la Religion de la première des majestés souveraines, source primordiale, unique de toute puissance établie parmi les hommes. Laissons parli-r M. de La Mennàis dans une nouvelle profession de foi politique signée de lui. Grâce aux théories régénératrices qu'il propose : « Le Gouvernement ne sera « désormais qu'un agent régulateur , placé

(1) Avenir, n. 7.

« par la délégation nationale à la têle d'un « système d'administrations libres, pour les « unir ensemble, et en former un tout har- « monique et vivant. Dans le système social , « qui est tout le Catiiolicisme, et où le pou- « voir ne sera qu'un simple délégué dans « l'ordre administratif, la question de droit « divin ne se présentera même plus (pas « plus dans la cause des peuples que dans « celle des rois) ; car certes il ne passera par (c la tête de personne de soutenir qu'un « pareil pouvoir, semblable à celui d'un « maire, eût d'autre principe immédiat que « la volonté de ceux qui le délèguent. Or, « qui a jamais parlé du droit divin , à propos « des magistrats d'une commune (1)? »

Que l'on nous dise si de semblables blasphèmes ont souillé jamais la plume de Richer et de Dominis , ou celle de Luther et de Calvin , dans leurs emportemens les plus forcenés,

(1) Avenir, ihià., et n. 5, 53, 113, 395.

M. de La Mennais affirme pourtant que w le système social , le seul possible aujourw d'hui, le seul qui puisse nous préserver i( des deux plus grands maux qu'aient h re- V douter les peuples, le despotisme et l'a- « narchie , est celui qui ne serait fondé que « sur la raison humaine , sans rapport avec « Dieu (1 ). » Et il espère bien le voir triompher sous peu de temps. « Cet ordre social « qui, malgré qu'on s'y oppose, s'établira « plus ou moins prochainement en France , « pénétrera aussi peu a peu , h mesure que « les autres peuples y seront préparés , dans « le reste de l'Europe et au-delà , propor- « tionnellement aux progrès futurs du Chris- « tianisme dans le monde (2). »

(1) Avenir du 28 juin 1831.

(2) «Ce qui se reconnaît tout d'abord dans la po- « litique de M. de La Mennais, dit M. l'abbé Bau- « tain , c'est le système du Contrat social. Les maxi- « mes^ les conséquences , les former du style , et , « jusqu'aux expressions, sont les mêmes ; mais Jean- « Jacques n était ni catholique ni prêtre. Il n'ax^alt « rien à ménager en se faisant tribun. Sa parole est

L'heureux âge que celui où il ne sera plus question de droit divin , pas même de droit humain ! puisque , selon la définition donnée par l'auteur, elle détruit la notion de toute sorte de droit, soit divin, soit humain ! Dans ses Paroles d'un Croyant, M. de La Mennais salue cet avenir avec les transports de lajoieetde la reconnaissance. Le Juif, captif sur les bords de l'Fuphrate, célèbre, avec moins d'effusion, le réveil de sa liberté. Ainsi s'embrasseront h jamais l'Evangile et le Contrat social.

S'il était vrai, comme l'a prétendu M. l'abbé Lacordaire, que M. de La Mennais ait imaginé un système oii se trouve renfermé le plus vaste protestantisme qui ait encore

« plus franche , parce qu'il ne prétendait pas conci- « lier ce qui est inconciliable. Il met le Christianisme « hors de cause , voulant fonder sa politique sur la « raison, et non sur l'Ecriture. Il fait le citoyen à sa " guise , sans s'inquiéter du Chrétien. Il ne fait pas •< de la théologie mystique ; il a le sens trop juste " pour prêcher l'insun-eotion au nom de .Tésus- ■< Christ. » L'Univers vpligieux, n. 190.

DK LA ^UlVELLE IlÉRÉSIi:. 471

paru (i) ; ille serait plus encore qu'il aurait enfanté le plus dangereux Kicliérisme dont on ait. jamais parlé.

Voila donc cette régénération si iastueuseinent promise par M. de La Mennais, et prônée avec tant d'enthousiasme par ses crédules adeptes : Une société réduite a la brutale indépendance des hordes sauvages; un gouvernement sans rapports avec la Diifinitéy un Christianisme pénétré de démocratie, le pire des Etats, selon M. de La Mennais lui-même (2), et d'autant plus parfait qu'il aura moins besoin de Dieu ! Pourquoi donc saint Paul esl-il descendu du troisième ciel pour apprendre aux cités qu'elles doivent le respect et l'obéissance aux Magistrats établis de Dieu? Il n'a pas su prévoir qu'un temps viendrait où ce précepte deviendrait inutile , parce que la raison générale suffirait. Ni Jésus-Christ non

(1) Considérât., cha;). xi, p. 177.

(2) Essai sur l'fndiffér.,p. 412. La Rrliff., etc., p. 33, 36.

plus n'a pas su prévoir cet heureux changement, où la liberté elTégalité régneraient seules parmi les hommes , lui dont la bouche sacrée a prononcé cet oracle : qu'il y aura toujours parmi eux des pauvres; donc des riches, des forts et des faibles. 11 s'entendait donc bien peu en religion . lorsqu'il avait étaibli la sienne indépendamment de toutes les formes de sfouvernement. C'était à M. de La Mennais h nous instruire que le système social où se trouverait anéantie la notion de toute sorte de droit , soit divin, soit humain j ferait tout le Catholicisme ; parce qu'apparemment il n'y aura plus de crimes sur la terre , plus de passions humaines , plus de riches ni de pauvres , malgré la prédiction de Jésus-Christ , et que la plus pure démocratie sera le plus parfait Catholicisme.

En attendant, il sera permis a M. de La Mennais et au dernier ae ces artisans d'utopie , sortis de son école , d'imposer à l'Eu-

rope son plan de république , de peser dans ses balances les Etats et les intérêts*, de régenter les puissances , de soumettre à son ostracisme les questions législatives , même financières , de dicter aux tribunaux leurs jugemens, et a l'Eglise la nouvelle discipline qui doit régénérer le monde.

Une autre conquête , non moins chère au cœur de M. de La Mennais et de tous ses partisans , comme étant la conséquence naturelle de la séparation , tant désirée , de l'Eglise et de l'Etat : c'est le renoncement , par les ministres du culte , au traitement qui leur est alloué sur les revenus de l'Etat, violemment demandé à chaque page de son Avenir.

Comme certains Pvéformateurs de nos jours, lesquels affectaient de vanter les siècles passés pour déprécier le siècle présent, M. de La Mennais essaie de nous ramener a l'Eglise primitive , où tout était en commun parmi les Fidèles , parce qu'il n.j avait

474 HISTOIR£

entre eux niCuti cœur et qu'une urne ; vœu désirable sans doute, quand il est animé par une intention pure et droite; vœu que Luther empruntait a saint Bernard, mais seulement pour en faire un instrument de discorde et de schisme, (f Renvoyez a vos (' tyrans ces quelques pièces de monnaie , " que l'avarice qui donne, envie a la misère « qui reçoit. Hâtez-vous de renoncer à ce " honteux salaire , qui , aux yeux de bien des « gens , aux yeux du grand nombre , vous « lie , vous soumet au pouvoir, et lui livre , « avec vos services, vos prières, vos pen- « sées , votre conscience. Retrempé dans la « pauvreté, le Sacerdoce renfermera la « Religion dans le temple , et toute son « ambition dans l'honneur de ressembler au « Dieu né dans la crèche et mort sur une « croix (i ) . "

(i) Essai sur l'Indiffér., p. 26, 77. Religion considérée, etc., p. 104. Recueil de pièces relatives à r Agence , p. 23.

i)E LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 479

w V otre admirable loi , disait l'aposlat « Julien aux Chrétiens , /;rowe; aux pauvres « le royaume des deux. Il est juste de vous « en faciliter l'entrée ; la pauvreté vous « rendra sages en ce monde , et "tous fera « régner en Vautre (i). w

Nous avons exposé plus haut (2) notre pensée sur ce projet, qui eût été également désastreux et pour l'Eglise , et pour l'Etat. 11 eût été beau de voir des prêtres, courbés sous le poids des ans , mendier leur pain aux portes des églises tombant en ruines ! — La charité publique y aurait pourvu. — Sans doute une 'iocxéx.é ^ desséchée par V athéisme y promettait d'abondans secours à des hommes qui avaient sollicité comme une grâce qu'on les rendît misérables !

11 paraît que ce sinistre vœu roulait depuis long-temps dans le cœur de M. de La Mennais, puisqu'il l'avait exprime) dans chacune

(1) Vie (le Julien , par La Bletterie , p. 269.

(2) Deuxième partie, chap. ix.

de ses productions antérieures à son ^t^ewfV. Mais c'est ici surtout qu'il cherche a exciterles plus A'iolentes préventions contre le traitement ecclésiastique, ici qu'il exhale les plus Implacables fureurs contre un gouvernement spoliateur et machiavélique , qui singe a la fois Henri VIII et Julien , qui égorge , et qui se vante de protéger ses victimes. Consentira ses dons, c'est en être le complice et l'esclave ; c'est lui vendre sa foi et sa conscience, ou plutôt, c'est n'en avoir plus.

Le désintéressement de M. de, La Mennais allait-il jusqu'à stipuler pour lui-même comme pour les autres? c'est ce que nous ignorons.

Il profitait, pour se livrer à ces emportemens, de la liberté que là Révolution de Juillet avait donnée à la France, et abusait contre elle de son propre bienfait.

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