CHAPITRE* YII
De la Révolution de Juillet.
On a mis en problème si M. de La Mennais avait plus violemment désiré ou détesté cette Révolution. Ce qui est hors de doute : c'est qu'il serait difficile d'exprimer l'un et l'autre de ces sentimens avec plus d'énergie que ne l'a fait M. de La Mennais. Pouvait-il ne pas désirer la chute de ceux à qui il avait fait une longue et si violente opposition? Le Méfiiorial catholique y son
organe , quand il n'était pas son ouvrage , et son livre tout entier de la Religion considérée dans ses j apports avec l'ordre civil et politique y témoignent avec quelle ardeur il appelait un changement. Il s'est vanté , en propres termes, del'avoirprovoqué, nonseulement par une prévision générale, mais par une action directe (i). Pouvait-il en voir l'accomplissement avec indifférence ? Aussi quelle effusion de reconnaissance dans l'annonce de cette Charte nouvelle, donnée par la Révolution de Juillet, bien qu'il conservât une puissante rancune aux chartes et aux constitutions (2)! Avec quels transports d'allégresse il salue l'aurore de cette liberté promise, à la seule condition toutefois qu'elle soit sans restrictions et sans limites (3).
(1) Avenir, n. 83. 7 janvier i83J .
(2) L'Univers religieux , n. 177.
(3) « La Charte nous a donné tout ce qu^i nousde- « mandions; et que pouvait-elle faire de plus pour « nous aflfranchir, que de nous rendre responsables << de notre servage ? » Avenir, n. 6.
DE LA IMOliVELLE HÉRÉSIE. 479
Mais à peine te chant de triomphe s'étaitil fait entendre , qu'il est remplacé par les imprécations de la haine. Le Tribun qui n'avait cessé d'accuser Charles X et son gouvernement d'athéisme , ménagera-t-il davantage celui qui l'a remplacé? M. de La Mennais est modéré quand il se contente de dire que v Ce qui se passe en ce moment est <f l'expression grossière et barbare de la dé- « fiance qu'inspirent sa faiblesse et ses tâw tonnemens (1). » Une Congrégation nouvelle, qu'il désigne sous le titre burlesque de Congrégation du Canapé (2) , remplace , sous le nouveau règne, celle que l'on accusait de dominer la Cour du prédécesseur. Ses ministres y sont à tous momens qualifiés impies, blasphémateurs, tyrans farouches , que la France abhorre (5). if Et l'on vou- « drait le contraindre k murmurer en son « honneur d'affreuses prières! Non, jamais! »
(1) Avenir, n. (>.
(2) Ibidem.
.(3) Ihid.,n. 10.
C'est k ce frénétique langage que M. de La Mennais veut apprendre k la nouvelle France ce que c'est qu'un prêtre (1). — Un prêtre ? mais c'est le ministre de la paix et de la charité. — Non, répliquera- t-il : «Nous <c sommes libres j c'est pour haïr ou pour « aimer à notre gré (2). »
Comment donc expliquer ces différences de langage? Les Paroles d'un Croyant nous donnent la solution de l'énigme. Rien de médiocre dans ce cœur ardent , passionné ; vous y voyez se réunir tous les extrêmes et tous les contrastes. Sous l'influence de tel ou tel mouvement qui l'agite, la Révolution de Juillet sera pour lui l'œuvre de Satan ou l'œuvre de la Providence. Etait-ce le regret de la dynastie déchue? Ce sentiment eût été respectable, même dans son exagération. Mais non; chez lui, c'est la soif du bouleversement, c'est l'ivresse de l'indépendance,
(1) Avenir, n. 395.
(-2) md.,MQ.
c'est un amour effrc^ié de la liberté , que toute espèce de soumission fatigue , que toute autorité irrite et révolte.
Etait-ce donc k l'école d'un pareil Docteur qu'il fallait aller chercher sa règle de conduite dans la Révolution nouvelle ?
Une jeunesse ardente croissait au milieu des vapeurs empoisonnées qui s'exhalaient incessamment de théories érigées en principes. On les adopte de confiance , sans les discuter ; on les embrasse avec chaleur j ou les propage par zèle pour la vérité, par devoir de conscience. Avec elles, on se pénétrait de la haine du pouvoir , de défiances incurables contre une société vouée à l'athéisme, a l'anarchie, a une dissolution prochaine et inévitable.
Les mêmes préventions s'attachent ati nom seul des libertés gallicanes. Pas une des feuilles de V Avenir qui ne les présente sous les plus odieuses couleurs. Les vieilles calomnies cent fois réfutées sont reproduites,
comme si elles étaient noiivelles. On dédaigne de s'instruire delà question, pour la trancher par une décision qui ferme la bouche aux contradicteurs. On rougirait d'accorder quelque examen aux travaux de Bossuet sur cette matière. A peine l'on connaît cette Déclaration y autrefois si célèbre , oii tout respire cette gravité antique qui annonce , en quelque sorte, la majesté des Canons faits par Tesprit de Dieu , et consacrés par le respect général de l'univers (1). A peine on en connaît l'existence ; on a l'air de la croire l'ouvrage d'un Docteur sans autorité. La mémoire de Louis XIV est insultée avec acharnement ; et ce n'est qu'avec une espèce d'horreur que nous oserions transcrire ce que V Avenir ne craignait pas de répéter chaque jour contre nos Docteurs les plus célèbres , contre l'Université , la Sorbonne, et tout l'Episcopat français.
(1) M. de Beaiisset, Vie de Bossuet, t. Il, p. 171.