Acte d'il nion proposé et exécuté par le journal de V Avenir
M. l'abbé de La Mennais nous a exposé ses doctrines j il va nous rendre compte des actes exécutés pour les propager et les soutenir. Son moyen le plus efficace devait être V association. « Il importait que le pouvoir, « dont la nature, dit-il, même dans les « gouvernemens les plus justes et les plus « n\odérés , tendit toujours a l'envahisse- « ment, eût en dehors un contrepoids, un
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« moyen de former opposition, et de la cf manifester avec un caractère de puissance i< qui ne permette , en aucun cas , de la mé- « priser ou de la méconnaître (i). » Dans cette vue, et se déclarant, dès l'abord, en lutte ouverte avec le gouvernement , M. de La Mennais avait annoncé , dès le 11 et le 15 novembre 1851 , fN acte d'union, proposé à tous ceux qui , dit-il , malgré le meurtre de la Pologne , le démembrement de la Belgique et la conduite des gouvernemens qui se disent libéraux ( il parle de la France), espèrent encore en la liberté du monde, et veulent y travailler. Ses projets et ses espérances n'y sont point déguisés. Le but solennellement déclaré de l'Agence générale e?t de défendre la liberté religieuse, et cela principalement dans ses trois branches : la liberté de l'enseignement , la liberté de la presse et la liberté d'association. Pour y arriver, l'on a commencé par
(1) Avenir, n. 53.
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adresser des pétitions aux deux Chambres législatives. Elles n'ont répondu que par d'imprudens ordres du jour; mais l'apathie de la magistrature sera vaincue par la persévérance. Enfin « déterminé à frapper un « grand coup, et se rappelant que la liberté « ne se donne pas, mais se prend, » l'on a annoncé , pour le 9 mai , l'ouverture d'une école libre , sans autorisation du pouvoir^ et au mépris de ses défenses (1).
M. de La Mennais n'avait pas même attendu si tard à leven la bannière autour de laquelle doivent se rallier tous les amis de la liberté , quelque part qu'ils se rencontrent. Dès la première apparition de son journal, il avait fait appel à tous les peuples de l'Europe : ff Rallions-nous franchement , comff plètement, à tout pouvoir qui se légitimera «^ par la justice et le respect des droits de * tous (2). M C'était déclarer qu'on devait sa
(1) Avenir, ti. 31*o.
(2) Ibid.,n. 2,3, S.S^.
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liguer également contre tout pouvoir suspect de ne pas offrir ce caractère de légitimité. Tous sont invités à prendre part a ce vaste concert d'efforts, pour défendre, avec la liberté religieuse, toutes ces hautes et nobles franchises, qui sont la patrie commune de tous les peuples libres. « Déjà la grande con- « fédération des peuples est constituée. L'u- « nion des Catholiques de tous les pays : voilà « le magnique but que Dieu montre aux na- « tions, dans un avenir qu'il dépend d'eux de (f rapprocher. Ceux de France en ont donné « déjà le sublime exemple ; ils étaient des- « tinés à former comme le noyau du genre K humain s'efiforç?nt de se reconstituer. « Par cet acte d'union , ils déclareront à la cr face de l'univers leur ferme résolution de « se dévouer au triomphe de cette cause. « Que ce noble exemple soit donc imité « par tous ; que les Catholiques citoyens des f< Etats constitutionnels se placent à la tête K du mouvement progressif de la société ,
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« en adoptant une Déclaration qui consacre « toutes ces franchises; qu'ils établissent des « centres de correspondance plus ou moins « nombreux, selon les localités, pour la f( faire circuler dans les villes , dans les plus « humbles villages; car elle sera partout (c comprise , bénie partout. Qu'elle soit « couverte de milliers d'adhésions , aux ac- « clamations de quiconque aura une raison « élevée et une âme généreuse ; que ces «( énergiques protestations de la conscience « humaine, se répondant les unes aux autres, « des rives de la Seine au fond de l'Alle- « magne , et des pAaines de la Belgique aux (( mers de l'Irlande , retentissent comme « une seule voix , comme le plus pur, le plus « vaste cri de liberté que la terre ait en- '■( tendu : oui , quelque chose sortira de là « pour le salut du monde (i). »
L'acte est signé des membres du comité de rédaction de V Avenir, réunis en assem-
(1) Avenir, a. 343, fi\ , etc.
blée générale , présidée par M. de La Menjiais (1).
L'association demandée et ainsi organisée par M. de La Mennais n'est donc pas une simple confraternité religieuse ; c'e3t un c^cte d'union politique , déclarée telle par ses auteurs , et à laquelle sont appelés tous les peuples du monde. Nulle exception individuelle ; ce serait une contradiction et un crime. Tous sans exception de croyances et de cultes. « Les rangs de leur alliance sont « ouverts indifFéremment a tout honnête a homme qui leur donnera sa parole en re- « cevant la leur , quelles que soient ses opi- « nions religieuses. » Les sectateurs de Luther et de Calvin, ceux de Châtel et de Saint- Simon vaudraient-ils donc moins que Washington, que le déiste J.-J. Piousseâu, dont le premier a conunencé y ilj a cinquantQ. ans y la rédemption du Catholicisme (^) ^ et
(1) Avenir, u. 343.
(2) Ibid., n. 83.
l'autre l'aurait achevée , s'il lui eût été donne de remplir ses glorieuses destinées? L'acte d'union est la grande Charte du genre humain, le nouvel Evangile du monde civilisé. La déclaration en est expresse, «f II est, nous « dit-on , conçu de telle sorte , que tout « vrai partisan de la liberté égale pour tous K peut le signer comme nous , et s'engager w par serment à le défendre contre toutes (f les tyrannies (1). » Il n'y a que les Cartésiens et les Gallicans qui soient exclus du pacte de famille , a moins qu'à la parole de M. de La Mennais , ils ne consentent a abjurer enfin leur foi à l'évidence , et a reconnaître comme dogme l'orthodoxie de M. de La Mennais.
(1) La, Religion considérée , etc., p. 25.