CHAPITRE IX
Ayence générale.
Un autre moyen d'assurer le succès de V^uenir et la propagation de 'ses doctrines, fut de créer une sorte de comité ou conseil , sous le nom d'AGENCE générale, chargé de diriger les opérations et les écrits , de surveiller les efforts du pouvoir contre les libertés publiques , de faire droit a toutes les réclamations.
Autrefois nos Agens du Clergé étaient des
prêtres , nommés par l'assemblée provinciale ecclésiastiqiie pour un temps limité , ayant assisté déjà a des assemblées générales, afin, disent les Ordonnances, qu'ils fussent instruits des affaires du Clergé. Ils étaient Piapporteurs dans les affaires qui ressortent de l'une et de l'autre juridiction, étaient tenus d'en rendre compte à qui de droit (I).
Demandez à M. de LaMennais , président de \ Agence, de qui lui \ient sa mission; demandez-le à chacun des signataires, laïques pour la plupart, lesquels se sont arrogé le droit de régler les affaires de l'Eglise , d'y fonder les établissemens qu'ils ont cru nécessaires aux populations catholiques , d'entretenir des correspondances, d'évoquer à leur tribunal les causes et les personnes ecclésiastiques de tout rang, de régenter l'Episcopat, d'assujétir l'Eglise entière à leur dictature. De leur seul mouvement ils se
(1) D'Hcricour, Lois ecclés., p. G3f> et .'^uiv
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sont constitués^ô^er centralj lien commun^ vaste réseau y qui enveloppe toute la force dans son or^anisation{\). Non-seulement la France , mais l'Europe entière est partagée en Cercles déterminés , sous la direction de tels ou tels membres de l'Agence , Proconsuls souverains., qui ne relèvent que de l'aréopage suprême , siégeant a Paris.
Et l'autorité fut muette ! elle n'osa toucher à un si grave désordre. « C'était là , a ff mon avis , dit un de nos premiers tliéolo- V giensj un symptôme fâcheux d'anarchie, w jusque dans le sein de l'Eglise (2). ^> Disons pourtant que tous ses enfans ne gardèrent pas le silence. L'un d'eux , le dernier des ministres du Sanctuaire, osa élever la voix par une plainte déposée au pied du trône , et qu'un sentiment de bienveillance personnelle pour l'auteur ne permit pas à l'autorité de rendre publique. Aujourd'hui, dût-il
(1) Avenir, n. 50.
(2) M. Boyer, Exautcn, p. 131, noie.
avoir* encore des risques à courir , ce n'est pas sur les bords de ma fosse que j'aurai peur d'appliquer à l'auteur du livre sur l'Indifférence ces paroles de nos Evêques français à roccasion de moins dangereux ouvrages : « Nous tenons l'auteur pour ennemi , pour « trompette de sédition, pour un perpétuel w contempteur de la Majesté royale , et qui « jette des flambeaux parmi le peuple , afin « de troubler et embraser tout dans le « royaume. Nous avons déjà éprouvé que «f c'est la coutume de tels perdus, quand ils « machinent quelque chose de funeste « contre l'Etat (i). »
On a vu par chacun des écrits qui ont suivi celui-là, si le pronostic que nous en avons tiré contre M. de La Mennais était faux.
Et certes l'expérience des temps passés n'avait que trop appris ce qu'il fallait crain-
(1) Jugement du Clergé de France, de 1C25, rapporté dans le I1I« vol. du Recueil de Durand de Maillauc sur les Libertés de l'Eglise galHe., p. 827.
dre des nouveaux ettorts de la conjuration , et il n'était pas nécessaire d'en aller chercher le témoignage duns la poussière des siècles.
N'aurait-ii pas suffi de donner quelque attention a ces étranges paroles : « L'Agence générale a fait un appel U tous les Catholiques, pour obtenir d'eux d'énergiques pétitions en faveur de la liberté, et le terme de la servitude la plus monstrueuse et la plus flétrissante quifutjaînais (1).
Que demandaient de plus les hommes de 95, les associés au Glub des Droits de V homme ? Oe\m-c\ s'était montré formidable par ses ramifications. En avait-il de plus étendues et de plus violentes que cette Agence générale qui se vantait insolemment de ses intimes affections avec tous les conspirateurs de la généreuse et fervente hX^diCe, de la Bretagne , de Lyon principalement ; où elle a, dit-elle, .obtenu un entier succès, et
(J) Avenir et Recueil de Pièces, passini.
OÙ le libéralisme grandit chaçue jour en force et en courage ; et cela la veille de la terrible catastrophe qui a fait de cette ville un théâtre de carnage ? Etait-ce dans ce but que l* ^ gence générale s'efforçait de jeter dans diverses provinces les fondemens d'associations locales', qui embrasseraient les Catholiques les plus pauvres^ et dont elle serait le foyer central et le lien commun ?