‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 25 sur 30 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Suspension du journal de l'Avenir.

Obligé , n'importe pour quelle cause , de suspendre la publication de son Avenir , M. de La Mennais en donne avis à ses abonnés par une annonce sous la date du i5 novembre 1851. Moins de dix-huit mois lui avaient suffi pour bouleverser la France et menacer l'Europe (1). Que serait-ce si le nouveau Luther eût eu le temps de continuer

(1) Avenir, n. 303, 395.

son œuvre , mais avant de rentrer ainsi pour un temps dans le silence^ il console ses lecteurs par la double assurance qu'il ne s'est séparé que provisoirement , et que la suspension de l'Avenir ne change rien à la position de V Agence générale, (f Ce que nous « tenons beaucoup h faire comprendre k « nos ennemis comme à nos amis, c'est que <' nous n'entendons nullement finir aujour- « d'hui notre carrière, mais uniquement la « suspendre ; après quoi , V Avenir recom- « mencera la lutte où, il n^ a point été vaincu; « et toutes les mesures sont .prises pour « remplir le vide que leur absence peut- *< être va laisser dans la vie de leurs amis, a Quant aux ennemis, pour modérer le cri de joie dont sans doute ils s'apprêtent à saluer leur cliute , il est bon qu'ils sachent « que le journal avait les moyens matériels « et les immenses ressources qui lui res- « tent pour prolonger long- temps encore « son existence; et qu'avant que leur joie

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« soit linie , les Rédacteurs auront eu peut- »f être le loisir de reparaître en leur pré - « sence. »

Sans nous révéler tout le secret de leur retraite,, ils jugent à propos de nous admettre au conseil de famille, et d'exposer a nos regards ce qu'ils ont fait dans treize mois pour la conquête de la liberté , et ce que l'on a fait contre eux. i^ Ce que nous avons fait.

i< Nous n'avons pas cessé de parlerbienhaut pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; nous avons poussé les premiers le cri d'alarme , nous étions tourmentés d'un inexprimable besoiR de communiquer à tous les Catholiques les pensées qui nous dévoraient (1).

« En réparation de la spoliation sanglante de ses biens, subie par le Clergé de 1790, nous avons déterminé que le Clergé de 1850 ne devait plus accepter le salaire , gage de servitude, qui lui est alloué par l'Etat, ni per-

(1) Avenir du lÈ) juin, art. signé Gerbet.

mettre que l'autel soit orné de cette boue. f< Nous avons défendu chaque jour contre les entreprises du pouvoir les libertés religieuses ( quand ses décrets nous en garantissaient la jouissance ). Nous avons flétri un à un tous les actes d'intolérance ; et pas un seul n'a été osé, que notre voix ne se fît entendre ( bien que le Maître nous ait dit : si l'on vous frappe à la joue gauche , présentez la droite y et si l'on vous appelle en jugement pour lii^rer votre tunique ^ abandonnez votre manteau (1 ) ; ) Ce qui ne ik)us a pas empêchés de porter nous-mêmes devant les tribvmaux la cause des capucins d'Aix , destrapistesdeLaMailleraye, et de beaucoup d'autres ecclésiastiques. Nous n'avons cessé d'opposer une résistance entière a une légalité despotique. Pas un opprimé que nous n'ayons protégé par toutes les armes que nous avions entre nos mains ; pas un seul attentat du pouvoir que nous n'ayons dé-

(I) Matlh., v,39,40.

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voilft et flétri; et d'accusés, devenus accusateurs, nous n'avons pas craint de traîner la

« corruptrice de l'iiumanité naissante devant

le premier tribunal du Royaume ( toujours en déclarant qu'il n'y avait plus rien de commun entre nous et les lois du Royaume (1) ).

<( Quand le ministère, continuant la série de ses sacrilèges , a fait crocheter les portes de nos Eglises poiu' y jeter le corps de ses apostats , nous le poursuii^îmes à outrance , et«na,us eûmes la gloire de déterminer le noble Clergé de Beauvais à rejeter par une démarche éclatante l'évêque que le pouvoir lui voulait imposer, comme coupable du rrime d'être l'élu premier né de l'alliance d'un gouvernement légalement athée avec i'Eglise catholique (2). Enfin nous avons livré \\\\ combat sans relâche pour notre foi et nos autels.

(1) Avenir, n. S 43, 39.

Ci) Expressions de M. Gerbet , Avenir du liijuiu.

DE I A %ni \î;i,!.î: iiêrksif,. l'A)i

'^ Médiateurs etilre la liberté et laReligion, nous avons soutenu de tout notre pouvoir ies insurrections de la Belgique, de l'Irlande, de la Pologne ; nous Ji avons pas murmuré d'affreuses prières pour demander la i uine des dernières espérances du Catholicisme sous le ciel du Nord(1).

<' Au-dedans nous ne sommes pas restés étrangers au vaste développement de la presse provinciale ; au-deliors, à commencer par l'Allemagne , nous avons fait comprendre à ses habitans les avantages d'une lutte ouverte contre l'oppression ; et de toutes paris la résistance s'est organisée k notre voix (même en France , comme k Lyon, a Paris, ailleurs). L'Italie elle-même a entendu la voix régénératrice qui l'appelle k la liberté : Rome est dans l'eftroi ; sous leurs tentes étrangères , les Prétoriens ont trem-

(1) Veiit-il dire qu'il ait «;té ordoniié nulle part des prières en faveur des arniee.i russes contre la Pologne ?

blé (1). Il est vrai que la Révolution n'y est pas faite encore ; mais l'Italie, pensive et soufifrante , la cache dans son sein comme une espérance (2). Le peuple romain, secouant le dernier anneau par lequel le chef de l'Eglise rattachait encore a la crosse pontificale un reste de société politique , entre dans une position de progrès. Le Vatican est bâti partout où est la paix ; et Rome , ce ne sont pas les pierres ; Rome , c'est la liberté (3). De conquête en conquête, la liberté s'apprête k étendre sa domination sur le monde entier.

« Voila ce que nous avons fait dans treize mois ; voici maintenant ce que l'on a fait contre nous ;

« Ces principes , qu'une jeunesse sincère adopta avec amour , firent reculer le vieux libéralisme. De sourds murmures s'élevèrent

(1) Avenir^ n. 73.

(2) Ihid.

(31 Ihid., n. 83.

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de tous les points du pays , où la servitude avait conservé des apôtres ou des disciples. Bientôt une vaste conspiration s'ourdit. On nous accusait de faire (par la nouveauté de nos doctrines ) , une scission déplorable parmi les Catholiques de France ; que nous semions partout un esprit de révolte et d'incrédulité (i). Ce n'est pas tout encore : on a été jusqu'à nous imputer des desseins de révolte contre Ptome. Elle nous a déjà condamnés, selon ces interprètes de ses lois ; et si la sentence n'est pas promulguée, c'est que Rome est convaincue comme eux que nous n'attendons que ce moment pour lever la bannière de Luther (2). Et nous, pendant que la frénésie de nos ennemis s'élevait ainsi au plus haut point, nous faisions acte d'une soumission sans réserve , a l'égard de nos Evêques, persévérant dans les voies de la

(1) Etait-ce à tort? Voyez les Examens publiés par MM. Boyer et Rozaven.

(2) La suite a bien fait voir si cette promesse et ce serment étaient sincères.

docilité catholique , U l'égard de Rome ; en déposant auxpieds du Saint-Père l'exposition complète de nos doctrines , qui renferment celle de son infaillibilité , et en jurant d'avance de rétracter tout ce qu'il condamnerait.

« Parmi les Evêques , un seul a manifesté d'une manière confidentielle son improbation, et sans aucune explication; quelquesuns, se prêtant a seconder les vues du pouvoir athée, que nous combattons, ont témoigné de l'opposition a nos doctrines. Pas un mot de notre part n'a trahi des émotions trop vives, ni relevé une à une des injures, dont le bruit eût été grand, si nous l'avions voulu. La persécution , nous le disons avec douleur, est venue d'en-haut, tandis que nous attendions en vain , pour savoir quel parti prendre , un témoignage paternel des sentimensdont le sourd retentissement nous parvenait de tous côtés.

« C'est dans l'attente de l'expression de ces paternels sentimens du Siège Apostolique ,

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que nous avons résolu de suspendre la publication de notre journal. Une fois sa décision obtenue , si , comme nous le croyons fermement (1), elle reconnaît qu'il n'y a rien de condamnable dans nos efforts et dans nos doctrines, Y Avenir recommencera la lutte. wEn attendant, pour accélérer le moment si désiré qui calmera toutes les consciences, trois d'entre nous partiront pour Rome, oiiils provoqueront et recueilleront notre sentence. «

Ces trois représentans sont désignés : ce sont MM. de LaMennais, l'abbé Lacordaire , et le comte de Montalembert.

tf Nous sommes condamnés, dit-on, à Rome : Eh bien ! c'est à Rome que nous irons entendre notre arrêt , prosternés devant la chaire de saint Pierre. »

Et les pèlerins de Dieu et de la liberté se mettent en marche vers la ville des Apôtres.

(1) <' Nous étions tous bien persuadés que i'anlo- '< rite spirituelle approuvait nos travaux. » M. Lacordaire, Considérât. , p, 184. (Même après la censure qu'en avaient portée les Evéques et le Pape . dans sa première Encyclique. )

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