‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 26 sur 30 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'Encyclique du 15 août 1832; Promesse d'obéisssance.

11 y avait un an que les mêmes Rédacteurs de \ Avenir avaient publié pareille Déclaration j elle renfermait la protestation d'obéissance la plus absolue au jugement du Saint- Siège. « Catholiques sincères, adhérant uni- « versellement et sans la moindre restricff tion aux doctrines du Saint-Siège , pure <f expression du Christianisme, nous sommes « pleinement soumis, d'abord au Souverain

IIISTOIUE Di: LA NOUVELLE liÉUESlE. iiOT

<( Pontife , vicaire de Jésus-Christ en terre , « chef visible de l'Eghse et docteur de tous « les Chrétiens, secondement, aux Evêques (( qui , unis en communion avec le Pasteur i< Suprême, gouvernent, sous son autorité , « les églises particulières; et jamais rien au « monde ne nous détachera d'eux, ni de <f celui que Dieu a établi leur Chef et le '< nôtre (1). »

Dans leur profession de foi, présentée au Saint-Siège, le 6 février 1851, ils la renouvèlent dans ces termes :

« Nous faisons profession de la soumission f< la plus complète à l'autorité du Vicaire de « Jésus-Christ. Nous n'avons, nous ne voûte Ions avoir d'autre foi que sa foi , d'autre « doctrine que sa doctrine. Nous approu- « vons tout ce qu'il approuve , nous con- «^ damnons tout ce qu'il condamne , sans « ombre de restriction; et chacun de nous « soumet au jugement du Saint-Siège tous

(1) ^' . 53 , Doctrines de l'Avenir, 7 dcccm hve i 830.

« ses écrits passés ou futurs, de quelque na- « ture qu'ils soient (i). » Us concluaient ainsi . « Si dans les principes que nous pro- « (èssons, il y a quelque chose qui soit con- « traire h la foi ou h la doctrine catholi- " que , nous supplions le Vicaire de Jésus- « Christ de daigner nous en avertir, lui re- « nouvelant la promesse de notre parfaite « docilité (2). Signé DE La Mennais. » Nous venons de l'entendre renouveler cette promesse , avec serment , dans sa dernière déclaration, qu'il appelle ses Paroles d'adieu. (' Nous rirons porter pieds-nus, s'il le faut, <c k la ville des Apôtres, sur les marches de « la confession de saint Pierre (3) ! »

Il semble que, pour être conséquent, il eût fallu attendre cette décision du Pape et des Evêques, puisqu*on la sollicitait. -— On avait la certitude que la réponse ne pouvait

(1) Avenir, n. 113.

{1) Ihid., n. Mo, (i février 183J.

(3) Ihid., n. 'il, 25 novembre 1830.

DE LA NOUVELLE ilÉHÉSIE. 3()îl

manquer d'être une approbation. — Qui pouvait en répondre, quand déjà une vaste conspiration s'était ourdie; quand des réclamations s'étaient élevées de toutes parts , et que plus d'un journaliste avait sonné l'alarme? — Un 5ew/Evêque avait manifesté son improbation? — N'y en avait-il qu'un? M. de La Me nnais confessera, deux lignes plus bas, que , sans parler de deux Mandemens et de circulaires mystérieuses ( bien que toute la France en ait retenti ) , des mesures sévères avaient été prises , dans plusieurs diocèses , tendantes à la prohibition de ses doctrines et de ses écrits. Il ne l'ignorait pas, puisqu'il s'en plaint comme de sévices iniques , CQiiiv^iÇ. Ae. persécutions inouies. M. l'archevêque de Paris, entre autres, avait dénoncé ses erreurs dans un de ses Mandemens; et l'on n'avait pu oublier avec quelle insultante dureté l'ombrageux écrivain avait regimbé contre l'aiguillon. Divers journaux s'étaient prononcés; les uns, qui affectaient une sym-

OIO HISTOIRE

pathie complète pour ses doctrines, trai>aillaient contre elles. k. leur tête, il était juste de placer ( nous citons les propres expressions de M. de LaMennais), cr l'ancien Ami « de la Religion et du Roi, qui les combat- '< tait par un système de calomnies , dont

« l'astuce et la bassesse sont restées jusqu'ici

« sans exemple. « Telles étaient les expressions dont il qualifiait ses critiques. Toujours y en avait il; il ne l'ignorait pas, puisqu'il s'en vengeait par ces termes, qui démentent si fort l'absence des émotions vives , et l'oubli de ces injures y dont le bruit eût été grand, s'il l'avait voulu.

Quant aux sentimens du souverain Pontife , pouvait-il les ignorer davantage , après que le Saint-Siège Apostolique les avait si hautement exprimés par l'organe de Pie VIII et de Grégoire XVI ? Par sa première Encyclique , publiée avec la solennité accoutumée, comme s'adressant à la Chrétienté tout entière, le Souverain Pontife expose sa

pensée u sur ce système trompeur de philo- « Sophie , où, par un amour effréné de <' nouveautés, on ne cherche pas la vérité f< où elle est, et où^ laissant de coté les tra- « ditions apostoliques , on invoque d'autres (( doctrines, vaines, futiles, incertaines, et « non approuvées par l'Eglise, par lesquelles »' des hommes présomptueux s'imaginent « faussement soutenir et appuyer la vérité. ^>

L'^pe/i//- et ses rédacteurs n'y sont point nommés; mais leurs doctrines y sont clairement désignées , et leurs erreurs expressément réprouvées.

Nous avons fait connaître plus haut les précautions qui furent prises , pour hien convaincre M. de La Mennais que c'était lui qui était l'objet de l'improbation (1). Pouvaiton s'y méprendre, quand lui-même se signalait àl'Europepar cette étrange plainte, que la persécution était venue d^en-haut. Il en avait conçu , dit-il , une profonde douleur.

(1) Liv. Il, chait.Âii, t. I, [». 425 et suiv.

Mais qui pouvait l'exciter, sinon ia conviction , enfin acquise par lui , que ses espérances étaient Irompéesj qu'il s'était, involontairement ou non, égaré sur quelque chose de contraire aux traditions apostoliques; qu'il s'était abusé , n'importe par quelles causes , en donnant a la vérité pour appui un système trompeur, qu'iln'avait cessé jusque là de nous vanter, comme étant la philosophie catholique?

A la Voix du Vicaire de Jésus-Christ, de l'interprète infaillible de la vérité chrétienne , ainsi qu'autrefois à la voix d'Ananie, les écailles vont donc tomber des yeux du nouveau saint Paul (1); il l'a tant promis. Nulles réserves, nulle hésitation. « Si dans les prin- (f cipes que nous professons, il y a quelque « chose qui soit contraire à la foi ou à la « doctrine catholique, nous le rétractons, « nous le condamnons , car de toutes parts (( nous sommes comme enveloppe's d'ohéis-

{\) Actes, ch. IX, vers. 18.

« sance. » A quoi aboutirent ces promesses d'une parfaite docilité? A des clameurs répétées et par lui , et par son parti tout entier, à des distinctions futiles , à d'insolentes protestations. Ces doctrines , improuvées par le Pape, on y persévère, on les soutient, on les amplifie par de nouveaux sophismes ; on envoie a Rome des députés pour les défendre , comme traitant de puissance à puissance ; on entreprend de les justifier par des manifestes , où l'on déclare que l'on ne sahandonnera jamais. On fait répandre par ses émissaires , dans les entretiens secrets et dans les conversations privées , que la Censure n'est pas un jugement doctrinal , qu'elle n'a pas été rendue selon les formes voulues pour les définitions de foi; qu'il ne s'y agit nullement du dogme , mais du gouvernement de V Eglise, variable selon les circonstances , et 671, quelque sorte de sa tactique; que c'est la une concession faite aux puissances étrangères ; qu'au surplus, l'Encyclique ne con-

SI 4 IILSTOIAE

rJamne pas clans le sens rigoureux du mol; qu'elle désapproui>e seulement la ligne poli ticjue de l'auteur y mais que les opinions nouvelles j en eilei incontestablement hétérodoxes cjui s'y trouvent signalées y ne sont point telles de M. de La Mennais et de ses amis. L'on peut donc y adhérer , pour l'orthodoxie de ses créances religieuses, mais sans aucun préjudice pour ses opinions politiques, sur lesquelles l'autorité apostolique n'a nulle prise, tout citoyen étant libre de sa manière de voir et de penser en toute matière politique.

Un des Adeptes ira plus loin encore : il poussera l'impudeur jusqu'à avancer que l'Encyclique estune approbation dusystème, et que, loin d'en faire la censure, elle en est l'apologie (1).

Ces misérables subterfuges ne sont pas restés sans réponse (2).

(1) \ ov ex l'Ami de la Religion , 17 juillet 1834.

(2) M. Rotaven, Examen , p. 7S.

Mais ce n'était pas sur des questions de pure politique que M. de La Mennais avait demandé une décision au Siège Apostolique; c'était surtout l'ensemble de cette doctrine, prétendue catholique. C'est donc sur toute la doctrine qu'a porté nécessairement la réponse; et, puisqu'elle condamne, donc la censure frappe tout l'ensemble de la doctrine. Nulle question de ligne politique dans les Déclarations ni dans l'annonce de la suspension de V Avenir, Il n'en est pas plus question dans l'Encyclique , si ce n'est, comme l'observe avec justesse M. Rozaven, en tant que la politique estfondéesurla doctrine, et que, sous ce rapport, les erreurs n'ysontpas moins funestes, <f Dans l'Encyclique , tout « est doctrinal, fondé sur l'enseignement et « la doctrine de l'Eglise. La politique de « l'Eglise ne peut être qu'une politique di- « vine, comme son enseignement est un en- « seignement divin. 11 y a toujours entre « l'un et l'autre un accord parfait, et l'assis-

<( tance promise par le divin Sauveur a ses K Apôtres et à leur Chef, par ces paroles : « Je suis avec vous jusqu'à lajin, s'entend, (c sans aucun doute, du gouvernement gé- « néral de l'Eglise, comme de la doctrine , « puisque ce gouvernement est lui-même « fondé sur les enseignemens du divin Sau- « veur. Si l'Encyclique condamne la ligne « politique de \ Avenir, ce ne peut donc être « que parce qu'elle ne s'accorde pas avec la <f doctrine de l'Eglise (4). »

Que d'efforts encore à présent pour éluder la sentence! Quelle audace a la braver! Que de prétextes inventés pour ne pas déférer a une condamnation aussi formelle , jusqu'à ce que l'on puisse arriver à une révolte déclarée! Tout ce qu'on avait dit pour échapper à l'autorité de la première Encyclique de 1832, on le répétera contre celle de 1854,

Avec l'air de respecter l'autorité infaillible du souverain Pontife , on lui dira :

(1) Rozaven, Examen ,]^. 78.

D£ LA NOUVELLE HÉRÉSIE. iSiT

« Père des Chrétiens ! si nos efforts près de w vous sont infructueux, nous en gémissons « beaucoup; toutefois, nous ne nous aban-

V donnerons pas nous-mêmesj nous userons « de toutes les ressources que les lois de l'E- « glise nous permettent , sans diminuer les « droits suprêmes du Siège Apostolique ; « mais, pour obéir aux conciles et à notre K conscience , nous protesterons. Nous faite sons, dès aujourd'hui, cette protestation ; K nous la confions au souvenir de tous les « Français en qui la foi et la pudeur n'ont

V pas péri(i). ;»

(1) Avenir, n. 41.

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