‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 4 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Caractère du précepte et son éte?idue. Restrictions que lui donnent M. de La Mennais et son école.

L'auteur du livre que nous combattons n'a point abordé ici la question en ellemême ; il la réservait a des écrits ultérieurs. Pour le présent , il so contente de la résoudre par les conséquences qu'il abandonne a la foi de ses lecteurs. Il est facile de la préjuger par la docilité avec laquelle on a vu son école adopter aveuglément la doctrine du maître , sans être arrêtée par ses plus violens excès.

HISTOIRE DE LA NOLVELLE IJÉKÉSIE. îjl

Origène, TertuUien , saint Grégoire - le - Grandjii'auraientassiirémentpas trouve dans les Chrétiens de leur temps des dispositions bien favorables au précepte de la soumission et de la prière, s'ils avaient donné pour exorde k leurs prédications les reproches d'athéisme, de tyrannie, de despotisme hypocrite et persécuteur, qui remplissent chacune des pages du livre de la Religion considérée dajis ses rapports avec l'ordre civil et politique ; et cependant M. de La Mennais n'ignore pas plus que nous les oracles que nous venons de transcrire ; il n'ignore pas plus que nous quelle est la Constitution donnée par Jésus-Christ U son Eglise. 11 sait aussi bien que nous que ce que fut l'Eglise aux premiers jours , elle l'est encore aujourd'hui , qu'elle ne change point, qu'elle ne vieillit pohit (1 ) : c'est de lui que nous empruntons ces paroles. Absolue, universelle, sa Constitution lui fut donnée pour tous les lieux et pour tous les

(1) La Religion considérée , de. \}. lH. T. II. 6

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temps. C'est pour cela , s'écriaient d'une commune voix nos éveques de France (1 ) , que nous l'appelons catholique : la même à Venise et à Madrid , parce que Jésus-Christ l'a faite indépendante des formes et des révolutions des gouvernemens de la terre (2). D'après ce principe, que je crois avoué par M. de La Mennais , puisqu'il l'appuie du témoignage de J.-J. Rousseau (3), quelle sera la condition générale de la prière? Mais qui peut l'ignorer? C'est d'être en harmonie avec le cœur ; autrement , elle ne saurait être agréable au Seigneur. La prière,

(1) Voyez dans notre Collect. ecclésiast., publiée sous le uom de l'abbé Barruel, les mandemens sur la constitution civile de 1791.

(2) « Dans un état établi en république, commeVe- « nise, ce serait un grand mal de contribuer à y met- « tre un roi, et d'opprimer !a liberté des peuples à « qui Dieu l'a donnée ; comme , dans un état où la « puissance royale est établie , on ne pourrait violer « le respect qu'on lui doit que parune espèce de sait crilége. » (Vie de Pascal, en tête de ses Pensées, p. 3G. édit, d'Amsterd., 1684.)

(3) La Religion considérée, etc., p. 297.

nous parlons de celle qui se fait dans le temple , c'est le vœu public , manifesté en présence de tousj c'est l'expression authentique des pensées et des désirs de l'âme (i). Les premiers chrétiens étaient , dit le texte sacré, unanimes dans la prière y comme ne formant tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme (2). Et c'était la le spectacle que le divin psalmiste ne contemplait qu'avec ravissement (5). Toute prière qui n'a pas l'assentiment du cœur n'est que dérision, que pure hypocrisie. Ce n'est plus que le mouvement des lèvres , un son qui frappe l'air, pareil à celui de la cymbale retentissante , comme parle l'Apôtre (4). Ce langage, qui est celui de tous les Pères , n'est pas moins celui des bienséances et de la société humaine. L'accomplissement du précepte doit donc ici

(1) I Tim. VI, i. Tertull., yipoIog.,n. xxxi.

(2) Act., i\,S2.

(3) . Pso/ot. , XXXII, 1.

(4) Ij'Arcnir, n. 9. "A quoi titre viendrait-on nous « demander des prières?» Ihid., n. 2.

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s'entendre aussi simplement que sa teneur. Nous poumons alléguer cent passages de la Tradition qui veulent, pour première condition de la prière , qu'elle vienne du cœur, qu'elle soit le miroir fidèle de son affection. Nos Théologiens modernes parlent bien différemment. « C'est, nous disent-ils, l'i- « gnorance , les passions , la faiblesse ou « d'anciennes habitudes , qui expliquent les tf paroles de saint Paul dans ce sens vul- « gaire, et les prennent à la lettre. C'est (f une erreur. L'on doit bien se garder d'y «f voir, même simplement , une reconnais- K sance politique. Il y aurait de l'inconvep- nance k les interpréter dans ce sens étroit K et mesquin d'une soumission servile a tous « les suppôts de l'erreur ou de l'oppres- « sion. » Priez pour eux , puisque saint Paul l'ordonne, mais, comme l'on dit, seulement du bout des lèvres j priez, parce que vous avez peur du tyran j priez dans l'intérêt de votre sûreté pei'sonnelle, pour vous, et non

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pour lui. La loi n'en demande pas davantage. Que votre bouche proclame hautement Louis-Philippe 1^' roi des Français, si vous voulez vivre tranquille sous son gouvernement j mais, (( Dans les prières et les « sacrifices offerts au Seigneur pour le « Prince que ses erreurs éloignent du sanc- « tuaire , et dont les droits ne sonl rien « moins qu'établis , que votre cœur se ré- « serve pour celui auquel vous attachent « vos regrets et vos vœux (i). «

Voilà bien de ces restrictions mentales que Pascal a foudroyées , que la seule probité mondaine condamne , qu'elle a marquées du sceau du mensonge et de l'infamie.

Quelle réponse la sainte Antiquité feraitelle à pareille doctrine? Ecoutez TertuUien : « \^n chrétien sait aussi peu former des

(J) L'Avenir. Dans une lettre écrite au pape , on lit : '( Les royalistes obéissent au pouvoir de fait, « mais sans s'y luiir ni de bouche ni de cœur, en at- « tendant le jour de la délivrance. [Lo Temps, 28 novembre 1833.)

« vœux secrets pourun autre Empereur, que K proférer des paroles séditieuses contre celui « qui règne (1). »

L'on convient que cette doctrine est nouvelle, qu'elle n'est pas la mieux accréditée parmi les Catholiques , qu'elle a échappé a la plupart d'entre eux ; et l'on s'en fait honneur comme d'une heureuse découverte , pour dissiper Vignoj'cmce j calmer les consciences faibles et pusillanimes , rompre la chaîne des anciennes préventions : tactique prudente qui , sous le masque d'une appal'ente soumission , ménage au parti vaincu le moyen d'être tacitement déclaré contre la puissance établie de Dieu , jusqu'au moment désiré oii la bannière de la révolte puisse se lever avec impunité.

Nos Docteurs catholiques , il est vrai , n'avaient pas imaginé ces subtiles distinctions , et nous en laissons bien volontiers toute la gloire aux Casuistes nés d'hier. Ce-

(1) Apolof/ct., u. wxy.

pendant le ministre Jurieu , le calviniste Basnage, d'autres encore que nous ne comptons pas au nombre de nos écrivains Catholiques , s'étaient élevés par la force de leur génie jusqu'à ces hautes spéculations. Ils disaient aussi que les paroles de l'Apôtre ne devaient pas s'entendre h la rigueur ; ils ne faisaient pas de l'obéissance un commandement absolu, ni de la prière un sentiment intime émané du cœur, et conforme au langage extérieur. Pour eux, il n'y avait la qu'un conseil de perfection seulement, sans lien pour les consciences et sans préjudice pour les affections. Et, parce que toute soumission qui n'est que passive se contient difficilement dans les bornes , bientôt vous les allez voir, emportés dans les conséquences inévitables d'un yareil système , faire retentir, d'un bout a l'autre de l'Europe, le tocsin d'une liberté incendiaire, émanciper l'intelligence , déclarer guerre à mort a toutes les servitudes j vous allez voir

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a leur suite apparaître les paysans de l'Allemagne préludant aux guerres sanglantes de la Piéforme et de la souveraineté du peuple , avides de meurtres et de pillage , se moquant de l'empire et de Dieu (A).

Puisqu'on' nous demande comment la Tradition entière a expliqué les paroles de l'Apôtre autrement que ne le font les Théologiens de la nouvelle école , nous n'hésiterons pas k leur répondre par la bouche du plus savant évêque des temps modernes : « Il est visible que les Apôtres ne nous donce nent pas la soumission aux puissances « comme chose de simple conseil ou de « perfection seulement, mais comme devoir « nécessaire , qui obligeait en conscience. « Les Chrétiens avaient reçu ces institutions K comme des /;ommandemens exprès de « Jésus-Christ et des Apôtres. C'est pour-

(1) Avenir, n. 5. Selon Tauteur ces conséquences n'ont rien d'effrayant pour le chrétien. « Comme ci- « toyen , dit-il , si le devoir le commande, on l'y « verra peut-être y prendre une part active. »

« quoi ils disaient aux persécuteurs, par la i< bouche de Tertullien, dans la plus sainte « et la plus docte apologie qu'ils leur aient « présentée, non pas : On ne nous a pas con- « seillé de nous soulever, mais : Cela nous « est défendu, vetamur; ni : C'est une chose « de perfection j mais : C'est une chose de « précepte, prceceptum est nohis ; ni : Que « c'est bien fait de servir l'Empereur, mais: K Que c'est une çho^^dne, débita imperato- K ribusj et due encore, comme on a vu, à K titre de religion et de i^ïété, pietas et reli* « gio imperaioribus débita; ni : Qu'il est bon « d'aimer le prince, mais : Que c'est une obli- K gation, et que l'on ne peut s'en empêcher, à « moins de cesser en même temps d'aimer « Dieu , qui l'a établie : necesse est ut dili-

(f GAM (1). »

Ainsi parlait l'éloquent prêtre de Car-

(J) Y^ Avertissement aux Protcstans , n. 13 et suiv., t. IV, in-4°, p. 240. Polit, sacrée, 1. m, t. III, in^», p. 341.

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thage , si près des sources apostoliques ; et cette explication , dégagée de toute équivoque, notre grand évêque de Meaux aimait a la répéter a nos Frères dissidons, comme étant la doctrine constante , uniforme de tous les siècles chrétiens (1). Avec Tertullien , saint Justin disait aux Empereurs : « Nous avons appris de Jésus-Christ a rendre « a César ce qui est h César, et à Dieu ce « qui est a Dieu. Nous n'adorons que Dieu (f seul. Pour tout le reste , nous vous obéis- « sous AVEC JOIE (i). » La joie s'aliierait-elle avec les restrictions dans lesquelles la défiance et l'inimitié se retranchent ? Vous entendriez \\\\ Athénagore, un Tatien, un Origène, tous les Pères, faire la même profession de foi, au nom de tous les Chrétiens. Ils la portent en tous lieux, au Forum, au sénat, dans les camps, devant les tribunaux,

(1) Le Carcî. de Beausset , Vie de Bossuct , m, p. 181.

(2) Àpolog-. 1", Bihliotk. choisie, t. I, p. 293; et t. IV, p. 465.

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en présence des bûchers , où les traîne l'aveugle fanatisme des persécuteurs. JNulles réticences ; leur amour pour la vérité est tel qu'ils ne voudraient pas racheter leur vie par la simple apparence de la plus légère dissimulation (i). La prière isolée de l'affection du cœur, savez-vous bien comment l'appellent tous les Pères? une infidélité aussi criminelle que le parjure (2). Ces prières que votre bouche profère , votive pensée les désavoue : les hommes seront trompés peut-être par cette publique expression de votre foi; tromperez-vous celui qui plonge dans les ténèbres, et perce les replis les plus cachés du cœur (5)? « Ce que nous « demandons pour nos Princes, disaient nos « premiers Chrétiens, c'est que Dieu leur « accorde une longue vie, un gouvernement i( heureux, une famille tranquille, de cou-

(1) Biblioth. choisie, t. I, p. 257; t. II, p. .327.

(2) S. August., ihid., t. XXII, p. 340. S. Justin , i6i(/., t. I,p. 292,316.

(3) Apoc, u, 23.

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« rageuses armées, un sénat dévoué, un « peuple juste et obéissant(1 ). » C'est encore TertuUien, un contemporain de ces tempsla, qui leur rend ce témoignage. — Quoi ! tant de biens pour des maîtres durs, pour les oppresseurs de la vérité , pour les ennemis publics et secrets delà Religion? — Oui, pour ceux-là même , etiam Djscolis (2). — Vous vous étonnez d'un tel commandement! — Est-il d'une pratique plus difficile que celui par lequel il nous est ordonné d'aimer, nonseulement ceux qui nous font du bien , mais jusqu'à nos ennemis (5) ? Vos affections comme vos prières , Dieu les réclame pour celui qu'il a établi; vous , celui qu'il a repoussé , c'est à celui-là que vous les réservez ! Pour celui-là , vous demandez au Seigneur , non pas les bénédictions du ciel et de la terre , que nous implorons pour

(1) ïertull-, Apolog., n. xxx. Bihlioih. choisie, t. II, p. 388.

(2) I Petr.. H, JS.

fo) Matth., V. Vl.

tous, mais que son concurrent ne rencontre partout qu'obstacles et ennemis , que la patrie soit agitée par des révolutions nouvelles, que son sénat se compose d'Achitophels , sa cour de traîtres et de parjures , que ses armes trahissent sa cause , et que son peuple soit ingrat et rebelle. Ah ! rendons , rendons à celui-là tout ce qu'il est impossible de refuser à l'infortune ennoblie par tant de vertus privées; mais n'avonsnous aussi qu'une seule bénédiction a donner (1)? Quoi! en présence de la victime sainte qui pardonna à ses meurtriers , les vœux de la colère et de la vengeance ! Quoi ! pour le Juif, Cyrus et Balthazar infidèles n'en sont pas moins les Christs , les oints du Seigneur; pour vous. Ministres de Jésus- Christ, César ne serait que le fléau de Dieu!

(1) Num unam tantitm bcnediotionem liahes? (Gen., XXVII, 38.)

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