‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 8 sur 30 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Suite. \o De la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Nos sacrés oracles ne cessent de nous prêcher ;i tous la séparation d'avec le monde. Ce qu'ils recommandent au laïque, à plus forte raison, en font-ils au prêtre un rigoureux devoir. M. de La Mennais non plus n'a pas cessé de nous parler de séparation de l'Eglise avec l'Etat. 11 n'a cessé de faire retentir ce cri dans chacun de ses livres, et a trouvé de puissans auxiliaires à Paris, dans les provinces, en Belgique surtout, non-seulement dans le Sanctuaire, et parmi les domestiques (le la foi., selon l'expression

de rApôtre(i), mais parmi ceux qui lui sont le plus étrangers. D'un côté, certains écrivains prévenus contre le Christianisme, oii ils n'ont vu qu'une institution politique, toute humaine, de l'autre , des hommes respectables jusque dans les exagérations de leur zèle pour la cause qu'ils ont embrassée , n'ont pasd'autremot d'ordre. Tactique profonde, par laquelle les deux camps ennemis travaillent de concert a miner, les uns le Christianisme , les autres le Gouvernement lui-même^ et poursuivent ensemble l'œuvre de la double conjuration. On déclarait non avenus tous les Concordats stipulés jusqu'ici entre les deux puissances séculière et spirituelle. L'autorité du Siège Apostolique, qui les sanctionna , est méconnue par les hommes qui se donnent pour ses plus ardens défenseurs. Sous prétexte de la liberté promise à tous les cultes , on voulait , à tout prix , courir les risques

(1) Galat, VI, 10.

d'une séparation qui isolât le Catholicisme, le livrât à tous les hasards de l'indigence , par la soustraction du traitement alloué U ses ministres et à son exercice , l'abandonnât à ses seules forces, et le mît complètement en dehors de la société politique.

Julien et Condorcet n'auraient pas imaginé de manœuvre plus adroite pour la ruine de notre Religion catholique.

« On ne saurait trop le redire (nous crie « M. de La Mennais), tout ce qui associe « l'Eglise à l'action d'une politique étran- « gère au Christianisme ne saurait que lui « être funeste. L'avenir de la Picligion est « assuré; elle ne périra point, ses fonde- « mens sont inébranlables : séparez-la donc « de tout ce qui tombe (1). m Nous le savons aussi bien que lui, que la Rehgion ne périra point, et qu'elle subsistera jusqu'à latin des siècles, soutenue par la force toute-

(1) La Religion considérée dans ses rapports, etc. , p. 337, 338.

puissante de son divin Auteur. Ses pieux bienfaiteurs , qui autrefois la dotèrent avec tant de magnificence, n'en étaient pas moins convaincus. Et c'était pour cela même qu'ils resserraient de plus en plus les liens qui l'attachent au corps social, par les riches dotations prodiguées a la décoration du sanctuaire et a l'entretien des ministres. Nous savons encore tout ce que ces richesses avaient de sacré , et combien elles contribuaient puissamment a l'édification des peuples et au soulagement des infortunes publiques et particulières. Le crime des Héliodore ne fut jamais impuni. Faut-il donc en suivre les funestes exemples, ou les irriter encore par de nouvelles provocations ? Le projet de séparer l'Eglise d'avec l'Etat est-il d'accord avec les instructions et les exemples que son divin Fondateur nous a laissés ? Est-il exécutable ? Est-il possible d'anéantir tous les rapports qui les unissent ?

Qu'il soit en opposition directe avec les exemples et les maximes que nous a laissés Jésus-Christ,iln'estpas difficile de le prouver.

Au moment où le Sauveur entre dans le monde , il s'empresse de faire part de sa venue aux Mages de l'Orient et au Pvoi de la Judée, vers qui il députe son étoile, comme fait un Monarque par ses Ambassadeurs auprès des puissances avec qui il veut entretenir alliance.

Son heure étant venue de faire éclater son divin pouvoir, il choisit pour opérer le premier de ses miracles la circonstance de noces qui se célèbrent dans la Galilée, pour honorer de sa présence l'acte sur lequel repose l'existence de la société (1).

Vous le voyez constamment remplir tous les devoirs de la vie civile : payant le tribut, fréquentant la maison de Zachée, guérissant les malades, allant par les villes et les campagnes. Loin de s'isoler, il semble se pro-

(1) Joann., n, J^andiim renit hora m?a , etc.

diguer , paraissant au grand jour dans le Temple, dans les synagogues, sur la montagne, dans les voies publiqKes, en présence des Scribes et des Pharisiens, des Juifs et des Samaritains, Il soumet sa doctrine au tribunal de la nation , et se montre sï peu contraire à la loi, qu'il déclare en vingt circonstances être venu non pour détruire la loi et les prophètes , mais pour l'accomplir et la fortiiier(l). Auteur de la société comme de la Pveligion , il unit dans un même précepte Dieu et César 5 et, quand il accorde a Pilate le droit de l'interroger sur sa royauté propre , sur la vérité , ce n'est pas lui qui rehise de répondre au gouverneur romain. Bien loin de la , il reconnaît son autorité sur sa personne , comme venue de source divine (2).

L'Apôtre Docteur des nations nous parle de Rois, de magistrats, pour nous comman-

(1) Mattli.,v, 17.

(2) Non haberes potestatem adversum me ullam , nisitibi datum esset desuper , ibid., xix, 11.

der l'obéissance, jamais pour permettre de se soustraire a leur juridiction. Il veut que les Fidèles s'appliquent a se concilier leurs suffrages , non a échapper a leurs regards ; qu'ils s'assurent leur bienveillance , non qu'ils provoquent leur courroux, sous peine d'attirer celui de Dieu même (1). Quand il arme du glaive les mains de la puissance civile , il sait bien que celui qui l'administre s'appelle Tibère ou Néron. Le même Apôtre entre dans tous les détails de la vie domestique , indique a chaque profession de la société ses devoirs , tant a l'égard les uns des autres qu'a l'égard des étrangers. Il ne décline point le tribunal de César, puisqu'il en appelle h César (2) ; il ne se regarde point comme étranger, puisqu'il invoque la prérogative de citoyen romain (3). Il rend compte de sa doctrine devant l'Aréopage, devant Festus, Félix, Agrippa. Il se fait

(1) Rom., XIII. Tit., III.

(2) Jet., XXV, il,\%

(3) Ihid., XII, 20.

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Juif avec les Juifs, pour les gagner, et n'hésite pas II se rendre tributaire de tous (1). Est-ce la se mettre en dehors de la société?

Les premiers Chrétiens furent long-temps obligés de renfermer leurs dogmes dans le secret des mystères. Le crime des persécuteurs ne fut pas d'appeler a leur tribunal la Religion nouvelle, mais de s'opiniâtrer a la condamner sans l'entendre. Ce n'était point la publicité que les Chrétiens redoutaient, mais les préventions. Rome, qui ouvrait son sein h toutes les religions, ne le fermait au culte chrétien, que parce qu'elle le croyait ennemi de tous les autres et de son gouvernement; son crime Uses yeux était d'être anti- social, et l'on sait avec quelle éloquente énergie , quelle chaleur de conviction et de vrai patriotisme Tertullien s'est .♦.ttaché a confondre cette odieuse imputation (2). Tout ce

(1) î Cor., IX, 20.

('2) Apologet., oap. xxxrir.

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qu'il y avait de Chrétiens s'en défendaient avec la même ardeur et la même raison qui leur faisait repousser l'accusation d'athéisme et d'impiété. Un saint Justin, martyr, un Athénagore adressaient leurs apologies aux Empereurs et les prenaient pour juges. N'y* voyait-on qu'une secte de philosophie, toujours, disaient-ils, le magistrat est-il tenu d'en connaître; c'est pour lui un droit et un devoir de surveiller la vie et la doctrine de ceux qui la professent. Pourquoi non ? Platon, Aristote, Cicéron, tous les Sages , tous les Législateurs de l'antiquité , ne soumettaient-ils pas expressément a l'autorité civile leur enseignement dans son exercice et dans son objet. Voyez-vous Anaxagoras ou Socrate demander à Périclès , aux Anytus de leur temps, pourquoi, étant libres, il ne leur était pas permis d'enseigner, l'un l'athéisme, l'autre l'unité de Dieu ? Saint Clément d'Alexandrie ne permet ]^as d'enseigner indifféremment quelque chose que ce soit, ni de

vive voix ni par écrit (1). Il n'y a point de société sans cette condition. L'auteur de la Lettre à Diognète^YQn2âl son siècle à témoin que les Chrétiens ne s'isolaient pas de leurs concitoyens, qu'ils fraternisaient avec tous, soumis inviolablement aux lois de l'Etat et aux coutumes du pays (2). Ce n'étaient pas eux qui s'éloignaient des païens , mais les païens qui s'éloignaient des Chrétiens : Omnia nobis communia prceter tejiipla.Kvi temps des persécutions, les Empereurs, même idolâtres , prenaient intérêt dans les différends qui s'élevaient entre les Chrétiens , et leur médiation était accueillie avec reconnaissance j témoin le jugement rendu par l'empereur Aurélien dans la cause de Paul de Samosate , que les évêques lui avaient déférée (3). A peine l'Eglise commença-telle a respirer, après les violentes persécu-

(1) Dans Bihlioth. choisie des Pères, t. I, p. 391.

(2) Ibid. p. 319.

(3) Tillem., Mém. ecclcs., t. "VI, p. 110.

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lions qui agitèrent son berceau, que la puissance civile voulut intervenir avec éclat dans toutes les affaires ecclésiastiques. Depuis ce temps-là, l'Eglise a appris d'en-haut u se servir des Rois et des Empereurs pour faire mieux servir Dieu, pour élargir^ disait saint Grégoire, les voies du cielj pour donner un cours plus libre a l'Evangile , une forme plus présente à ses canons , et un soutien plus sensible a sa discipline (1). Nous le voyons dans l'histoire de Constantin et de ses successeurs , dans celle de Tliéodose et de ses filsj et les Pères des conciles de ]\icée, de Constantinople, d'Eplièse, bien loin de s'oifenser de la protection accordée par elle a leurs décrets , lui en rendaient de solennelles actions de grâces, par d'unanimes acclamations. On remarque de l'empereur Justinien que ses lois réglèrent presque toute la discipline ecclésiastique de

(1) Bossuet, Serm, sur l'Unité , t. Y, édit. m-h°, V. 499.

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son temps (i). Que n'ont pas fait pour l'Eglise les rois Pépin et Charlemagne ? Plus équitable que celle de M. de La Mennais, la mémoire des Souverains Pontifes rétablis par leurs armes et aggrandis par leur munificence , des Eyêques français qui leur doivent de si glorieux monumens de leur piété, de l'Eglise tout entière, qui lésa proclamés dans tous les temps ses Bienfaiteurs, comme leur siècle les appelait ses Patrons , ses Pères nourriciers , ses Défenseurs , leur mémoire, dis- je, ne rappelle qu'avec admiration et reconnaissance les actes de leur règne , pour les bénir , et renouveler les vœux de la sainte antiquité pour l'alliance indissoluble du Sacerdoce et de l'Empire. Le concile de Trente est bien loin d'interpréter , comme le font nos nouveaux Casuistes , cette alliance si désirable ; il n'y voit point oppression et tyrannie dans l'un,

(1) D. Ceillier, ^îs^. des Ecriv. ecclês.jt. XYI, p. 447.

dans l'autre, servitude et lâche abjection. Au contraire, cette sainte assemblée trouve convenable que l'Eglise soit sous la protection des Princes, et pense même que Dieu l'a voulu ainsi pour que la foi et l'Eglise eussent des Protecteurs assurés (i).

L'Eglise est dans VEtat ; c'est la un axiome de fait, un principe reconnu, proclamé dans tous les temps. De leur harmonie résulte l'ordre public; c'est l'union de l'âme et du corps qui , dans la constitution humaine, fait la vie. Les plus violentes persécutions n'ont pu jamais violer cette indépendance réciproque. Le même sang qui rendait témoignage a l'Evangile, le même sang le rendait aussi a cette vérité : qu'il faut révérer l'ordre du ciel dans le gouvernement établi, obéir à ses lois, seconder ses magistrats j que nul prétexte ni nulle raison

(1) S œcular es principes cathoîicos quos Deiis sanctœ ficlci Ecclcsiœque protcctorcs esse voluit. Scss. x\v, c. 20.

lo4 HISTOlllE

ne peuvent autoriser les révoltes. Ce que l'Eglise fuyait , ce a quoi elle refusait sa participation, c'était le siècle, c'est-a-dire la gloire de ses honneurs et de ses richesses , le faste de ses dignités , la séduction de ses pompes et de ses spectacles , tout ce que nous redoutons encore aujourd'hui , mais rien de plus. Encore dans ces temps de ferveur primitive , laissait-elle la séparation du monde aux moines, qui renonçaient au mariage et à la société des hommes, pour se délivrer des affaires et des tentations inévitahles dans le commerce du monde.

Sous les Empereurs chrétiens, les Fidèles virent avec joie tomher les barrières que les dissentimens religieux élevaient dans les consciences. « L'Eglise reçue dans l'Etat, dit « le président liénault , y avait apporté son t( culte, qu'elle ne tenait que de Dieu seul, « mais qu'elle ne pouvait y exercer que par « la permission de l'Empereur. C'était lui « qui assemblait les Conciles j et , quand la

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(( Religion fut encore plus répandue, les « Souverains, cliacuiT dans leurs Etats, exer- « cèrent dans les choses ecclésiastiques la « même autorité que l'Empereur (1). »

Dans le système proposé de séparation de l'Eglise et de l'Etat , qui prendra l'initiative? de quel côté viendra la rupture? Sera-t-elle simultanée ? sera-t-elle partielle et successive? Laissant là ces questions et d'autres semblables, qui viendraient naturellement s'y rattacher, affirmons qu'elles sont au moins oiseuses , et qu'elles ne sont point sans danger. Tout culte reconnu par l'Etat devient le tributaire obligé de l'Etat. La séparation absolue de l'Eglise et de l'Etat , telle qu'on la veut, ne serait plus qu'un schisme, une source intarissable de désordres et de calamités. Elle ne saurait manquer d'être une pomme de discorde jetée dans le sanc-

(1) Abrégé chronol., p. 79, édit. in-4°. « En cxé- « cution des anciens réglemens , et encore avec les « Pontifes, les Sacrificateurs et les Prophètes. » Bossuet, Polit, sacrée , t. V, p. 494.

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tiiaire, d'exciter les dissidences elles oppositions. Ceux-là mêmes qui la provoquent aujourd'hui seront les premiers a en faire retomber l'odieux sur le Chef du gouvernement. Si, dès maintenant , ils le noircissent des plus odieuses couleurs, que sera-ce, s'il consent à la couvrir de sa royale sanction? Et il faudra bien jDeut-être qu'il se détermine enfin à châtier ces ingrats, en les abandonnant à eux-mêmes.

Qu'il plaise donc au gouvernement de révoquer cette action tutélaire ; que le magistrat laisse le Sacerdoce en proie à tant d'animosités déchaînées contre lui : quelle ressource lui reste-t-il? Privé de l'appui du gouvernement, qui pourra, quivoudrale défendre contre l'envahissement étranger ou domestique? La loi ne vous connaît point, lui répondra-t-on j elle ignore vos droits, et ne sait pas qui vous êtes.

Ne serait-ce que dans l'intérêt individuel de ses membres , et saint Paul ne nous in-

DE lA NOIJVEIÎC HfJltSIE. ii}7

terdit pas celte philanlropique sollitUu<le, le Clergé peut-il s'aveugler au point de se suicider lui-même, par le \œu opiniâtre de la séparation? Qu'il lui soit demandé quelque chose de contraire à la loi de Dieu , nul doute qu'il ne faille dans ce cas ohé.irà Dieu plutôt qu'aux hommes. Qui le nie? Et le gouvernement n'a-t-il pas manifesté U ce sujet toute sa pensée , puisque son décret de tolérance de tous les cultes est un des plus graves reproches que la malignité ne cesse de lui adresser. Si le magistrat a des droits, il a aussi des devoirs j et tout acte arbitraire de sa part pourrait en effet légitimer ici le recours a la vindicte publique, si l'Evangile permettait aucunes représailles. Mais, sous le prétexte de soutenir le droit de Dieu, la puissance civile ne saurait oublier non plus le droit de César. Le magistrat saura distinguer la limite entre la plainte modeste, qui réclame conlre l'injustice , d'avec la plainte séditieuse, qui peut-être s'exagère les torts ou ne s'élève pas au-dessus de l'in-

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jure; démêler surtout la question d'ordre civil , soumise k son indispensable juridiction , d'avec la question religieuse , sur laquelle la loi lui commande d'être muet.

Durant le iv® siècle , un prêtre fanatique, e'est ainsi que tous les écrivains l'appellent, réussit à entraîner dans son parti plusieurs des provinces d'Afrique. « Oubliant le res- K pect et l'obéissance que l'Apôtre veut « qu'on ait pour les Princes même païens', (c combien plus pour un Empereur chrétien, « qui avait de la crainte de Dieu et de la « charité , comme les effets le faisaient voir, «f il ne s'appliquait qu'à détacher les peuples « de la soumission , criant en tous lieux « qu'ils étaient persécutés, qu'ils n'étaient « pas libres dans l'exercice de leur Religion, « bien que, de notoriété publique , on ne fit « aucune menace, l'on n'intimidât personne, « que personne n'eût été mis en prison , et « que l'on n'usât partout que d'exhortations « et de prières. »

Le prince surtout , uniquement jaloux de

se concilier les suffrages, n'ouvrait les mains que pour répandre des trésors, la bouche que pour inviter a la paix. Au mot d'union , les Donatistes firent retentir leurs clameurs; tout s'enfuit. Donat répondait : Qlij a-t-il de commun entre V Empereur et l'Eglise?

Quidest Imperatori cum Ecclesid? Dans son orgueil insolent, Donat ( ce sont les expressions d'un contemporain ) se croyait le souverain de Cartilage. <f Bien qu'il n'y ait c< au-dessus de l'Empereur que Dieu seul , « qui l'a fait ce qu'il est , Donat s'élevait If au-dessus du prince, au-dessus de la con- « dition humaine ; il voulait pr(;sque mar- « cher de pair avec Dieu lui-même, en « méconnaissant celui qui , après Dieu , oc- « cupe le premier rang(1). »

Dans la présente situation des esprits , séparer l'Eglise d'avec l'Etat, c'est évidemment les mettre en état de guerre a l'égard

(1) S. Optât de Mileve,dans Bihliothéqtie choisie, t. V, p. 271.

l'une de i'autre , exciter les réciproques animosités , irriter les passions les plus violentes, provoquer d'incalculables représailles. Les mesures les plus outrées paraîtront les plus légitimes; la bannière de l'indépendance deviendra la bannière de la rébellion. Et déjà le grand œuvre de la séparation commence à s'exécuter sur plusieurs points de notre France. Le Midi est en feu; la révolte y couve au fond des cœurs. C'est là que M. l'abbé de La Mennais compte , de son propre aveu , ses plus nombreux trophées. Ses feuilles à la main, des Prédicateurs, tels qu'on en vit au temps de la Ligue , allument l'incendie ; les partis s'engagent; l'étranger observe de loin la proie qu'il espère bientôt dévorer. Croyez -vous que ces têtes ainsi volcanisées (1) laissent

(1) Le feu pape Léon XII , parlant de M. dé La Mennais , disait à Mgr. Onesti , archevêque de Tarse, son Nonce près la cour du Brésil: Cet homme a été vomi par le volcan du mont Etna.

DE l.\ MOl'VKLI.E IlEUÉSIE. ^Q^

long-lomps les bras oisifs? Toutes les ambilions, tous les ressentimens s'éveillent • les eoalilions se forment, alimentées par dé frauduleuses espérances. Les Phinées , les Vieux de la Montai>ne signalent à l'avanc <• leurs victimes, et déjà marquent l'instant du Sacrifice. Ceux qui aspirent à la guerre civile ne pouvaient pas mieux s'y prendre.

Cependant, au milieu de nous, l'Hérésie marche tête levée, conduite en triomphe par un prêtre apostat, de qui le nom sinistre s'unit à la liste des assassins du bon Henri Elle ose se montrer au sein de la Capitale, étalant sur son front le mot d'E f>lise catholique. Elle élève son autel adultère, colporte en tous lieux l'intrusion et le sacrilège, trompant la foi des peuples par la promesse d'un désintéressement, dont l'exemple lui fut donné par M. de La IVIennais.

Novateur téméraire, qui n<! cessez dans vos livres imposteurs d'appeler autour de T. n. 1i

VOUS toutes les émancipations , de quel droit viendriez-vous accuser le prêtre Châtel de rompre l'unité catholique , quand votre doctrine est celle du schisme et de l'hérésie (1)? Il ne fait que répondre a votre appel ; il use comme vous du bienfait de la liberté ; il vient k votre suite briser les'fers dont le despotisme opprima les intelligences. Déjà peut-être il a fait un pas de plus; mais le plus coupable n'est-il pas celui qui ouvrit la carrière? Mais attendons, et l'avenir nous apprendra qui du maître ou du disciple se sera avancé le plus loin ; si vous-même aurez pu tenir long-temps sur la pente glissante où vous marchez. 11 insulte àl'épiscopat : que faites-vous depuis quinze ans que lui déclarer la guerre? Il ruine par ses fondemens l'Eglise de Jésus-Christ : la respectez-vous davantage , quand vous anéantissez le bien-

(1) M. révéque de Gap avait prouve avant nous que le système de M. de La Mennais conduit droit au schisme et à l'hérésie. Deuxième suppl . de la Circulaire du 20 décembre 1828 , chap. ix.

fait de la Rédemption divine , par l'autorité prétendue d'un témoignage universel, qui rendait la Révélation superflue? quand vous étouft'ez la lumière de la raison naturelle, en l'encliaînant k une obéissance aveugle et brutale? ia raison du genre humain ; quand, par vos feuilles incendiaires , vous soufflez la révolte dans tous les cœurs? Vous lui demanderez les titres de sa mission , a lui et à ces prêtres envoyés par lui dans les paroisses , sans autre passeport que leur feuille de route : ne vous demandera-t-il pas k votre tour quel est le vôtre? Si enfin il usurpe insolemmentle nom de Catholique : quel est, vous demanderai-je k vous-même, l'hérétique qui n'aime k séparer de ce nom auguste pour tromper la crédulité des peuples? M. de La Mennais essaie déchapper aux conséquences de son principe par des restrictions Quelles sont-elles , ces restrictions, toujours établies par les Réformateurs , et bientôt franchies par eux?

(( INoiis demandons l'indépendance abso- « lue du clergé dans l'ordre spirituel, le « prêtre restant d'ailleurs soumis aux lois ».' du pays , comme les autres citoyens , et « dans la même mesure. Personne n'est plus (' soumis que nous aux lois du pays où nous K vivons; nous le serions de même à Constan- « tinople(l). » — Il le promettra, du moins; oui, peut-être a celles de ces lois qui lui paraîtront conformes aux règles de la justice et de la raison (2). Mais, pour peu qu'elles aient l'air de s'en écarter : vous l'allez voir s'en constituer le juge, et leur appliquer \2i\(Àdes suspects. — 'Vous consentez à vous soumettre. — Généreuse résolution vraiment ! Mais quelle garantie en donnez -vous? quelle en sera la mesure ? Que ces lois soient déclarées vicieuses , tyranniques , dans l'hypothèse où s'enferme M. de La Mennais;

(1) La Religion considérée, etc. , Préface ; et dans l'Avenir, n. 53.

(2) La Religion, \). 206. M. Lacordaire, Considérations, p. 9.

DE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. lOS

qu'elles vous mettent à tous momens en présence d'un gouvernement spoliateur^ el d'une administration tracassière , ombrageuse y hypocrite y enchérissant par ses caprices sur l'arbitraire d'un pouvoir oppresseur, et tous ces grands mots dont le charitable Apôtre ne cesse de chargerles pages de ses livres; que nos institutions ne soient évidemment, comme il le dit, qiieles conséquences du dogme absurde et impie de Vathéisme^ conséquence lui-même du dogme athée de la souveraineté du peuple : vous croirez-vous la neutralité permise? Le moyen que voire cœur se partage entre l'obéissance et la rébellion? Comment se sauver de l'alternative d'être ou complice ou coupable? — Vous m'allez dire que c'est le crime de la loi. — Est-ce en vous isolant que vous l'empêcherez d'être ce qu'elle est? Le pouri'ez-vous ? La société vous enlace de mille chaînes.

Bon gré , malgré , vous en êtes le tributaire

et le justiciable. \ ous vous insurgerez à

l'ombre, en public? Les tribunaux sont Ik avec leur cortège de délations mensongè7 res , de frauduleux témoignages , de formalités ruineuses , d'apologies équivoques , de scandaleux procès, où c'est une honte d'avoir tort , et un malheur d'avoir raison. — Vous réclamez pour vous les mêmes droits dont jouissent les autres citoyens. — Pourquoi? Pour vous faire rendre justice? — > Est-il vrai que saintPaulvousle permette? — LisezBourdaloue , lisez les Pères , qui la plupart l'ont défendu aux Fidèles de leur temps (1). — Comme l'Apôtre , vous en appellerez à César.— M. de La Mennais ne reconnaîtpoint de César. Jésus-Christ, accusé par les Pharisiens de discours séditieux , en appelle k

(1) Jam quidem omnino delictuni est in vobis qiiod judicia hahetis inier'vos. Quare non magis injuriam accipitis f quare non magis fraudem patimini 9 (I Cor. VI, 7.) Voyez Si. Clmsost., dans Bihlioth. choisie des Pères, t. XIX, p. 21J . Mais S. Paul et S. Jean Ghrisostùme étaient des cœurs bas et ra^npans , des ilotes, rnuselés par l'esclavage.

Dieu., son père, et ne prend point a paru les Pharisiens. Comme lui, vous serez calomniés. Imitons-le dans sapatiencej comme lui, bénissons, ne maudissons pas. Ce n'est pas lui qui nous a appris que l'insurrection fut jamais un devoir, ni la liberté un droit qu'il faille conquérir a tout prix , lui qui envoyait ses Apôtres comme des agneaux au milieu des loups. Les autres citoyens sont soumis j ils obéissent par choix ^ parce que c'est l'œuvre de leurs représentans , l'expression de leur volonté propre ; ils sont soumis, obéissans, parce qu'ils savent que résister à la puissance de la loij c'est résistera l'ordre établi par Dieu même. Apprenons-le du moins de ceux qui l'attendent de nous. Que s'il en est parmi nous que des regrets respectables jusque dans leur exagération ramènent au souvenir de ce qui n'est plus ; nous aussi donnons des larmes a d'indicibles infortunes. Mais n'oublions pas qu'il n'y a pour le Prêtre surtout de légitimes armes

i08 liiSToi'at;

(|ue ia prière gémissante entre le vestibule et i'aulel. N'oublions pas que le murmure outrage la Providence , que ia vraie liberté e.sl celle qui élève l'àme au-dessus des vicissitudes terrestres , el qu.e la piété chrétienne ne sut jamais conspirer.

Vous demandez , et certes avec raison , l'itidépendance absolue du Sacerdoce dans l'ordre spirituel ; \ous savez ijien qu'on ne Vous la conteste pas. ]Nous ne sonnnes pas, Dieu merci, sous ie régime de Henri VllI et d'Elizabeth ; seulement , vous airectez éternellement de couvrir de nuages sombres la borne sacrée posée par nos Pères entre les deux juridictions; vous exaltez arlilicieusement les droits imprescriptibles de ia puissance sacerdotale , pour anéantir les droits non moins inaliénables de l'autorité tiii Souverain; \ous proscrivez les noms et îcs écrits des Jurisconsultes , des docteurs , des Souverains Pontiles eux-mêmes qui ont su tenir la balance égale entre les deux ;

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VOUS voudriez arracher de nos mains jusqu'à ces livres élémentaires oà sont rabâchées les trivialités du Qallicanis/ne : a l'Eglise les

CHOSES spirituelles , A l'EtAT LES CHOSES TEM- PORELLES (1) ; et vous renvoyez complaisamment vos lecteurs à votre Alcoran , comme au seul oracle du salut (2). Que le vénérable archevêque de Fribourg invoque, conformément k la tradition constante des siècles catholiques(5), lahaute protection de son Souverain contre le téméraire enseignement du Cliâtel de l'Allemagne, « Voyez » , s'écriera M. de La Mennais, « à quelle dégradante série vitude est réduit le Catholicisme (4), non " pas dans l'Allemagne seulement; car l'E- <^ glise , dépouillée presque par toute TEu- «' rope , chassée des conseils publics , char- « gée de liens , espèce d'étrangère impor- " IimiCt a été obligée de laisser flétrir sa

(1) La Ho.lujion , etc., j). J'23, Avenir, î;. 'Ïù\.

('2) La Religion , etc. , p. 20o.

{',\) Yovez l'Avenir, u. 254.

(â'» fhifl , n 1 . 2. o. 8. 53. 21 1 , Ptc. etc.

<f cause entre les mains de l'autorité (1). » Peut-être, du moins, que la France, si fière de ses libertés , aux temps des Charlemagne , des saint Louis , des Charles V et des Louis XIV, aura maintenu son indépendance, au sein de l'asservissement général. Non j c'est elle , au contraire , qui en a donné à l'Europe le honteux exemple (2) .

f< J'obéirai a Paris , comme je ferais U « Constantinople. » '

Tenez parole. Consacrez votre talent à la défense de la Pieligion , au lieu de le perdre a souffler la révolte , toujours mal payée par ceux qui la servent. Ecrivez impunément a Paris cornme vous feriez a Constantinople ; mais , sous les yeux du Divan , comme au sein de la Capitale qui vous laisse faire , je doute fort qu'il vous eût été libre de publier les écrits dont vous avez provoqué la condamnation.

(1) Avenir f n. 393. M. Lacordaiie Cwxsià., p. 23.

(2) Avenir, n. 1, article signé de LaMennais.

« Je me soumettrai aux lois du pays. » Quoi ! en les calomniant ! Plaignez-vous donc encore de leur tyrannie. Mais ce qui vous rassure, avouez -le , c'est la confiance que l'on ne cherchera pas a vous y persécuterj que nous n'avons plus à redouter de ces atroces violences et de ces épouvantables Jiorreurs ^ qui renfermaient dans leur excès même le terme de leur durée (1). Le sublime héroïsme qui demande le martyre , parce qu'il sait bien qu'on ne le lui accordera pas! Les Théologiens de l'Assemblée Constituante prirent h tâche de renverser les barrières que la main divine a posées entre les deux puissances. Comme M. deLaMennais, mais dans un sens inverse , ils voulaient anéantir l'une des deux : et ce fut contre l'autorité spirituelle que se réunirent tous les efforts de la conjuration. Ils prodiguèrent les sarcasmes et les sophismes , outrè-

(1) La, relig. considéi-ée, etc., p. 49, 1)8, etc.

172 IIISTOIUE

rent on inventèrent les accusations contre ce qu'ils appelaient les envaliisseinens du Sacerdoce. Les lecteurs de \ Avenir diront <|ui l'emporte de ce journal ou des écrits de 1791 par l' ahominahle fureur de l'Hérésie en délire (i). « L'Eglise de Jésus -Christ, (' toujours conduite par l'Esprit -Saint, ne « permet pas plus qu'on diévaheàCésarcequi « appartient à César y qu'à Dieu ce qui ap- « partientà Dieu (2).» Elle a fait égale justice des opinions des Camus et des Mirabeau, des Marc-Antoine de Dominis et des Marcile de Padoue , comme de celles des Arnaud de Bresse , des Jean Hus et des Wiclef.

Mais, en cas de litige, a qui est-ce à prononcer? M. de La Mennais brusque la réponse : Nul examen, point de question préalable, point de conciliation h espérer: c'est Rome

(1) Avenir,». 3.

(2) Le concile de Sens de l'an 1527 contre Luther, ;îans Conc. de Labbe,t. XIX, p. 1157, édit. Yenet.

DE LA NOUVELLE nÉRÉSIE. 175

el Carthage, Ce qu'il exige de l'Eglise entière, nul doute qu'il ne le commande a

chacun des particuliers. Dans ces cas de litige , encore si fréquens de nos jours ,

comme au temps passé , oii la Religion , représentée dans la personne du Prêtre, gémil trop souvent de se voir en compromis avec l'autorité, représentée par son Magistral: qui prononcera ? Ecoutons M. de La Men- « nais : Que le glaive matériel reste soumis au

« glaive spirituel; c'est-k-dire que l'auto- « rite ecclésiastique doit prévaloir en toute « cause , et que le Sacerdoce chrétien ne « doit pas cesser de le demander jusqu'à ce « qu'il l'ait obtenu : la liberté est a ce « prix (i). » Reste a savoir si jamais ill'obtiendra , en le prenant sur un si haut ton. Du moins, ce n'est point dans de pareils termes que nos premiers Chrétiens demandaient la liberté de conscience , et ont fini par l'obtenir, eux dont saint Augustin disait

(1) Avenir, n. o. La Relujion , etc.. p. 197.

il A HISTOIRE

avec tant de vérité qu'ils conquirent la paix en lassant la tyrannie par leur patience , et faisant honte aux lois qui les condamnaient. Non , ce n'est point cela qu'aucun des Prêtres de Jésus-Christ demandera. Ce qu'il demandera , Tertullien nous en a laissé la formule : « Pour le prince, une longue vie, « un empire heureux, une famille prospère, « de courageuses armées, un sénat fidèle, (f un peuple juste et obéissant, et que le « monde jouisse d'une tranquillité con- V stante sous son empiré (1). » Et pourquoi ? Parce qu'il n'a pas oublié , lui , le commandement du prince des Apôtres : qu'on soit soumis au Pioi et aux magistrats y à ses maîtres même fâcheux et inexorables (2). Il demandera avec l'Eglise la concorde et la paix , même poiu' les jours mauvais où nous sommes j que le pacte de famille ou se resserre ou se renoue entre deux puissances

(4) Apolog.,{',. 3lXxii.

(2) I, Petr., II, 18.

faites pour se prêter un mutuel secours ; et il laissera Dieu maître absolu des décrets de sa Providence.

M. de La Mennais nous prescrit d'autres devoirs. Peu lui importe que le cas litigieux puisse paraître embarrassé, et qu'il se complique d'intérêts en apparence opposés. Que, dans ces sortes de circonstances , les Bernard , les Yves de Chartres , les Marca, les D'Aguesseau , consultent , étudient les opinions et les témoignages divers; que, sur certaines matières , l'humble Augustin luimême invoque les lumières de plus savant que lui. Exemples perdus. A quoi bon précipiter son jugement, risquer de déplorables ruptures, irriter des passions susceptibles de se c^m.cv^ fouler sous ses pieds le roseau qui tient encore à la terre ^ comme le vent^ cette Sagesse éternelle qui nous commande d'unir la prudence du serpent à la simplicité de la colombe (1). On nous répond : « Bon pour les

(î) Matth., XII, 10. Ibid., x, 10.

(( temps d'autrefois, où l'on ne savait que tendre la gorc^e à ses bourreaux. » Ainsi parlait avant lui le fougueux Jurieu, Et M. de

La Mennais va plus loin encore : « Dieu et « la liberté; mon évangile , à moi, c'est la

« liberté , le Christianisme, c'est toute la « liberté, » Ces paroles-là sont expresses; elles sont textuelles, et cent fois répétées.

Nos évêques de France écrivaient au pape Pie Vlen1791 rwS'il est des moyens de con- « ciliation, et si nous ne les saisissons pas avec « empressement , nous commettons envers « la Religion et la patrie une sorte de délit « inconcevable , celui qui consiste dans la « plus sensible contradiction avec nous- « mêmes (1). » Et certes ils ont bien prouvé que , comme l'avait dit saint Cyprien , le Prêtre de Jésus-Christ, armé de son Evangile , peut être égorgé et non vaincu. Mais aussi, h l'exemple du même saint Pontife,

(1) Lettre desEvêq. de l'Assemblée Constit. an pape Pie FI, (Jaiis la Collect des Brefs , t. [, p. 377.

ils ont bien su montrer que , clans les circonstances les plus difficiles , il n'était pas impossible d'allier la douceur à la fermeté , et la modération des François de Sales à l'béroïque résignation des Thomas de Cantorbéry : voilà le modèle du Prêtre. Et combien de fois cette conduite a désarmé les haines et les préventions les plus farouches ! « Tel qui se prête à de mauvaises (c impressions sur la foi du mensonge qui le « trompe , se rendra a la vérité , quand elle «r se sera montrée h ses regards (1). »

Que si pourtant le Prêtre de Jésus-Christ vient a être méconnu, livré a la persécution j ce n'est pas U moi à lui rappeler des devoirs qu'il ne trouverait pas au fond de sa conscience. Il nous suffit h tous de tenir de Jésus-Christ que le disciple n'est pas plus grand que le maître (2).

(1) S. Gyprien à Démétrien {Biblioth. choisie ^ t. IV, p. 14).

(2) Luc, VI, 40.

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