CHAPITRE IX
Suite. 2° Du traitement ecclcsinstique.
Le cri de guerre contre le ti'aitemeiit alloué au Clergé , sous le nom de salaire ou de dotation ecclésiastique , avait été jeté dans le livre de V Essai sut- FIndiffcrcncc ^ oïl il est présenté comme le tribut honteux payé /><7/' l'ai'aricc à la rfn'scrc i^]). Il est répété à diverses reprises dans le livre De la Religion considérée , etc. y et toujours d;ms les
(1) IntroiL, p. 20.
iiisirjinL lit: i.A \0(\i.i.r.i. iiKUKSii;. i7î)
h rrncs If^s plus ;if.f;rl)';s pour cf:liii qui donne <\. pour relui qui rcrd'il. " La Religion, y " est-il flit, \'\'j.\\r(: rj;ins le hudjet au même " t.ilff; (juf; lr;s hf-'sux-arls , elles thr'-âtres et " les liaras'^ly- » et. tant, d'autres reproehes, qu'enverjioie la liaioe la j)lus \ifjletjte. Ce n'est rien eneore auprès du lan^ia^^e qui remplira les colcjones de \ Av(:nu\ Ce rpj'il demandera, e'est que le salaire, du Clergé ne soit plus dépendant de l'Etat, mais que la charge en passe soit aux Comnjunes, soit aux Fidèles de eliaque eomniunion.
Si la censure de l'écrivain n'avait porté cjue sur l'inconvenance du mot, certes on ne l'en blâmerait pas. Mais ce qu'il hlâme , ce qui enflamme sa bile, e'est la chose ellemf;me, c'est le don fait par le gouvernement, et le servage honteux qui l'accepte.
Dans quelle circonstance M. de La Mennais a-t-il le plus violemment invoqué l.i
(1) Relifjion cfwaidèréa dans ses rapports areo l'ordre civil et, polilifjne , p. ;i4j 32.).
suppression du traitement ecclésiastique?
Au moment même où le gouvernement décrétait qu'il se chargeait de pourvoir a l'entretien des ministres du culte et des édifices religieux. Qu'aurait-il dit, si on l'avait refusé ?
Indépendamment des raisons de justice , d'honneur et de gloire nationale qui lui prescrivaient cette mesure, le gouvernement a bien compris que de pareilles dépenses ne pouvaient point être laissées a la discrétion des Communes. On ne répond à ses offres généreuses qu'en invitant le Clergé à lui renvoyer son argent.
Le libéral M. de La Mennais ne cesse d'insister en faveur de l'entière spoliation du sanctuaire et de ses ministres. Il ne met pas la chose en question ; il n'attend pas les solennelles délibérations que l'intempérance de son zèlearendues nécessaires a ce sujet. Peu occupé des inconvéniens et des moyens , il tranche dans le vif. Ne lui demandez pas si le Clergé est endroit d'aliéner
ce peu qui lui reste de ses anciennes ressources; ce qui résultera de cette aliénation pour l'acquit des consciences. Non. Pas une de ces considérations qui l'arrête , et se présente h son esprit. Il somme avec autorité les Evoques et les Prêtres, les Pasteurs des villes et des campagnes de se déshériter volontairement eux-mêmes. Prononcez votre sentence de mort; ce n'est qu'à ce prix que s'opérera la régénération du Sacerdoce, alors retrempé , et devenu , par les souffrances , digne de celui qui naquit dans une crèclte, et mourut sur la croix (i). Il permet bien aux Ministres des cultes israëlite et protestant de réclamer leur part du budjet; mais le Prêtre caibolique , à moins d'avoir une ame vouée ii la servitude , doit redouter par-dessus tout Je se mettre à la solde d'un gouvernement déclaré par lui impie el persécuteur. Toute la grâce qu'il sollicite
(1) Avcnir,nJi'o,b9o
de sa bienveillance, c'est qu'il consente a nous laisser mourir de faim.
Certes, on ne nous accusera pas de méconnaître la sévérité des préceptes évangéliques sur les devoirs attachés au suint ministère , ni les canons de l'ancienne discipline en faveur de la légitime indépendance due à l'Eglise; et jamais, grâces au ciel, on ne nous a vu hors des rangs qui en invoquaient le retour. Nous n'avons pas oublié la maxime de l'Apôtre : Que le prêtre ait le l'ivre et le couvert ^ et qu'ils' en contente (iy Mais lememe Apôtre nous apprend aussi qu'il n'est pas plus permis de tenter le Seigneur, que d'abuser de ses donsj que, s'il faut être sage., il faut l'être avec sagesse (2); q ue l'exagération des principes n'a pas moins de dangers que le relâchement dans la morale ; que le zèle qui dévore ne valut jamais la charité qui édifie. Nous savons aussi que
(!) Hahentes alimenta et quibus tegamur, his contenti simus ( I. Tim., vi, 8).
(2; Rom. , xii , 3.
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l'Eglise chrétienne ne fut pas toujours réduite à l'humbU étable de Bethléem j que le Sauveur ne dédaigna point l'or déposé par les Mages de l'Orient aux pieds de son béVceauj que l'Eglise posséda, de l'aveu de la puissance séculière, des biens qui lui étaient nécessaires pour l'entretien nonseulement des pauvres, mais de ses ministres (1).
w Qui reçoit un salaire se vend à celui f qui le paie. »
Le magistrat est-il esclave, parce qu'il reçoit un traitement? La royauté est-elle dégradée , parce qu'elle reçoit une liste civile, décrétée par le budjet de l'Etat?
Quoi ! M. de La Mennais ne repousse pas les offrandes faites aux Pasteurs des
(l) Fleury, Mœurs des Chrétiens, u. l, Lf. « Vous « avez vu quo dès les premiers temps, même sous « les Empereurs païens, les églises avaient des ira- * meubles , et que les évêques avaient en propriété « toutes sortes de biens , même des esclaves. » Le même, iv* Disc. surl'Hiat ceci., n. IX.
campagnes par la généreuse charité du troupeau ; et il s'insurg6?*contre les dons assurés par la libéralité du gouvernement à des services qui intéressent la reconnaissance publique , puisqu'ils influent sur la tranquillité générale ! Iln'oublie jamais nulle part de faire le procès aux Héliodore des temps modernes 5 et le voila qui en devient le complice, en enflammant leurs convoitises contre nos dernières dépouilles! Il stipule en échange l'afiranchissement du Sacerdoce : l'obtiendra-t-il? Le Prêtre qui, ne recevant rien de l'Etat , échappera k sa dépendance, retombe nécessairement sous celle des Communes. Laquelle vaut mieux? Ses sacrifices, ses vertus lui donneront-ils une garantie suffisante contre les préventions des peuples et contre leur impuissance?
Il faut bien peu connaître ce qui se passe autour de nous , pour s'aveugler sur les suites d'une pareille résolution. C'était déjà risquer beaucoup que d'en répandre la pen-
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sée. Qu'elle vînt à s'exécuter : combien de communes n'esl-il pas qui se croiront déchargées d'un joug pesant et odieux? Quel gré nous sauront-elles , pour la plupart, d'un renoncement qui ne sera , à leurs yeux , qu'une restitution ? Se montreront-elles bien jalouses de remplacer, par des dons volontaires , le salaire misérable qu'elles ne payèrent jamais que par contrainte? Parlez aux habitans des campagnes de nouvelles contributions an profit de leurs Curés, de leurs Vicaires, etc., etc. Ecrasés qu'ils sont déjh sous le poids des impôts : vous verrez comment vous en serez écoutés; quel prix ils mettront h leurs concessions , et pour quel temps. En les supposant disposés à salarier leurs Prêtres , quelles villes , quels diocèses consentiront h payerleurs Evêques? Et, sans l'épiscopat, que devient l'Eglise catholique?
On nous objecte , avec l'air du triomphe, les Eglises d'Irlande, des Pavs-Bas, des Etats-
Unis (1). Ceux qui les connaissent savent un peu mieux que M. de LaMennais h quoi s'en tenir sur leur situation réelle. Que ne nous renvoie-t-il aussi aux Eglises d'Asie et d'Afrique , tombées sous le joug de la plus brutale ignorance et du plus humiliant despotisme , et que leur indigence ne sauve pas de la rapacité du premier brigand armé pour leur arracher le morceau de pain obtenu des mains de la pitié. Il ne voit donc pas, dans sa fièvre de prosélytisme, l'avide Spéculateur grossissant son propre trésor des dépouilles enlevées au sanctuaire, ni le farouche Révolutionnaire, ennemi de tous les cultes , caché derrière lui , qui se rit de .sa sublime abnégation , pour insulter à ses victimes. Il ne voit pas le ministre du Très^ Haut tendant une main suppliante à cha-
(1) On propose à notre généreuse émulation rexeraple de l'xlngleterre ; « Elle a accordé une « riche dotation , sur son budjet , au séminaire du n culte catholique , qui n'est pas ce'ul de l'Etat. » Delà liberté des Cultes selon la Charte, par M. de Barrande de Brives, p. il.
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ciine des passions, aux aguets pour exploiter sa tiraille complaisance , et l'avarice marchandant , tête levée , des services mercenaires, qu'elle ne consentira pas toujours a acheter. Il ne prévoit donc pas les rebuts de l'indiflférence , les outrages de la haine déclarée , les déplorables effets de ce que le poète appelle tiirpis egestasj de la part du ministre comme du contribuable. Non; il n'a des yeux que pour lire les fastueuses adhésions de quelques enthousiastes crédules ou complices; il n'en a pas pour contempler, dans un prochain avenir, les ruines de la maison de prière, l'herbe couvrant le pavé de nos temples sans pasteurs, les derniers asyles de l'infortune ou du repentir dérobés aux larmes qui les redemanderont vainement, nos édifices saints renversés ou envahis par l'impiété, et les pierres du sanctuaire criant, selon l'expression du Prophète , contre ces imprudens architectes qui ne savent être que démolisseurs. J'en
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appelle a toutes les consciences : un pareil vœu pouvait-il être conçu ailleurs qu'au sein de la conjuration qui, depuis un demi-siècle, s'est ourdie contre le Christianisme?
Quoi qu'il en soit , nous ne préjugeons pas la question. Nous en laissons l'examen a nos Législateurs; nous en attendons la décision sans inquiétude. Nous saurons accepter les bienfaits avec reconnaissance , et les privations avec courage. Comme M. de La Mennais, nous appellerons de tous nos vœux le retour de la primitive simplicité; mais par des moyens pacifiques, et qui n'aient rien de commun avec la fougueuse austérité des prétendus Réformateurs du xv*^ siècle. Nous ne confondons point l'indépendance avec la domination, pas plus que la liberté avec la licence , et la soumission avec la servitude.
Pourquoi donc enfin cette séparation si opiniâtrement demandée de l'Eglise et de l'Etat ? Pourquoi ? Arrachons le masque.
Pour dogmatiser impunément, pour écarter la surveillance, de l'autorité, et se soustraire a l'action du gouvernement; pour former, au cœur de l'Etat, un parti d'opposition toujours armé contre lui , pour en miner les fondemens par des doctrines et des écrits séditieux , et se donner, à la moindre répression , le droit de crier au despotisme et à la tyrannie.