XXXVII-XXXVIII- XXXIX
Ce n'est pas seiilemenl du courage qu^il faut k la conquête de la liberté , telle que la veut M. de La Mennais, mais une persévérance sans relâche. « Quand même vos este pérances, auraient été trompées non-seu- « lement sept fois , mais septante fois sept (c fois,ne perdez jamais l'espérance, (p. 314.) (( Fussiez- vous , comme le Christ , enseveli
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cf dans le tombeau, comme le Christ, vous » en sortirez après trois jours vainqueurs de cf ennemis. » (p. 217.)
La liberté est assimilée, dans le nouvel Evangile, au royaume du ciel, dont Jésus- Christ a dit qu'il 7ie se prend que par violence ^ et demande les mêmes sacrifices ; car celui-là seul se sauve qui aura persévéré jusqu'à la fin (1).
f< Vos enfans n'auront que ce que vous « leur laisserez : voyez donc si vous voulez « leur laisser des fers et des verges, et la « faim pour héritage. >» (p. 216.)
Dans ce qui vient après, parodie plus criminelle encore des paroles de l'Ecriture sainte. L'auteur s'assied sur le tribunal d<î Jésus-Christ pour juger tous les peuples : sur quoi va porter l'interrogatoire ?
« Quand viendra le jour du jugement des « peuples , il lui sera dit : qu'as-lu fait de « ton âme? » (p. 221.)
(1) Matth. X. 12. —XXIV. 13.
Est-ce qu'il n'y a qu'une seule âme pour tous les peuples du monde ? ♦
« Tu as aimé la boue, va pourrir dans la (( boue. Et toi qui as aimé, plus que toutes « choses , la liberté et la justice , viens , et « possède à jamais (quoi? ) la liberté et la '< justice. » (p . 221 . 222.) Confrontez avec ces paroles du Croyant , ce que l'oracle de la vérité nous annonce devoir être dit à ce grand jour du jugement général des peuples ! (Matth. XXV. 34.)Enquoi tout cela se ressemble-t-il ?
Malheur a qui profane l'Evangile (1) !
Ce qui suit n'est qu'une répétition de ce que l'auteur a dit tant de fois sur la liberté de l'animal sauvage , errant sans entraves dans ses forêts , rapprochée de celle de l'animal façonné au joug domestique. Le reflet de cette insultante comparaison qui jaillit sur l'homme de la nature mis en opposition avec l'homme civilisé , rappelle à la fois à la mémoire
(d) Paroles d'un Croyant, p. ]50.
^ les paradoxes du sceptique Montaione , et les pages éloquentes de Buffon. Le sauvage habitant des déserts est-il un animal tranquille ? est-il un homme heureux ? Telle est la question à laquelle viennent se réduire enfin ces théories que nous propose M. l'abbé de La Mennais.
< Croyez- vous que celui qui se promène
'< tranquille dans un de ces parcs, qu'on
'< appelle royaumes, ait une vie plus douce
'< que le fugitif qui , de bois en bois et de
'< rocher en rocher, s'en va le cœur plein de
" l'espérance de se créer une patrie?» (p. 224)
La belle félicité en effet que de courir de
bois en bois, de rocher en rocher , pour se
créer une patrie, comme si l'on se créait une
patrie en changeant de désert !
Quelle est, après tou^ , la vie de l'homme sauvage ? Végéter plutôt que vivre , ne rien désirer que de satisfaire son appétit • voilà l'homme de la nature, voilà tout son bonheur. El si l'on réfléchit que
tout semble se liguer contre lui pour Irti disputer cette jouissance ; que les animaux féroces, les insectes, la température du climat, et même les êtres de toute espèce sont autant d'ennemis qui l'assiègent perpétuellement 5 que les combats et les fatigues qu'il essuie pour chercher, à travers les solitudes , ou pour enlever de vive force une proie nécessaire , lui font payer bien cher une pareille conquête , tour à tour doux ou cruel , calme ou furieux , enclin a la paresse , mais infatigable lorsque la faim le presse , sans crainte pour l'avenir, ne sachant ni contempler la nature , ni réfléchir : n'est-on pas en droit de conclure qu'il n'est pas de situation moins désirable que celle-lk? Si les voyageurs ou les philosophes nous ont présenté des tableaux séduisans , relatifs a l'homme sauvage , solitaire sur des plages nécessairement agrestes , quelle foi peut-on ajouter à ces romans , puisés dans leur seule imagination ?
Ce chapitre est le contrepoison des précédens et le meilleur de tout l'ouvrage. Composé tout entier de réminiscences , il attache dumoins parles images douces, par les affections tendres et la touchante mélancolie dont il est empreint. Ce refrain : U exilé partout est seulj est un trait de sentiment qui parle a tous les cœurs. Et combien elles sont consolantes et vraies ces autres paroles : « Pauvre
« exilé ! cesse de gémir ; tous sont bannis « comme toi; tousvoientpasserets'évanouir (( pères, frères, épouses, amis. La patrie n'est « point ici-bas ; l'homme vainement l'y « cherche. Ce qu'il prend pour elle n'est <- qu'un gîte d'une nuit. Il s'en va errant « sur la terre. Que Dieu guide le pauvre rc exilé! ). (p. 228— 250.)
Comment M. de La Mennais avL *a> ï constamment oublié que la terre de l'exil laura toujours ses pauvres , ses opprimés ; que l'Eglise de Jésus-Christ n'a pas reçu de son divin Auteur la mission d'anéantir toutes les infortunes, mais de les soulager- qu'elle poursuit et consommera avec patience et courage son laborieux pèlerinage ici-bas , a travers toutes les vicissitudes sociales?
Le livre des Paroles d'un Croyant linit par une \ision où les mystères de l'essence divine , de l'adorable Trinité , les hauteurs du jour éternel et les réalités invisibles à l'œil de la chair se dévoilent et se manifestent aux yeux du Croyant. Ces ravissemens inénarrables où l'Apôtre fut initié , ces ineffables paroles qu'il entendit dans son enlèvement jusqu'au troisième ciel , el qu'il n'est
permis à aucun homme de rapporter, tout cela s'est révélé à M. de La Mennais. « En- « ivre de lumière , il a senti son âme , em- « portée par des flots d'harmonie , s'endor- « mir sur les ondes célestes , dans une jextase « inénarrable. Toutes les créatures palpi- « tantes d'une vie nouvelle ont élei^é la voix , « et les cieuxe/î silence ont tressailli . « (p .237 . )
Traducteur éloquent du livre de V Imitation , vous auriez bien dû vous souvenir de ces paroles du pieux Akempis : « A quoi vous servirait de plonger bien avant dans le mystère de l'adorable Trinité , si vous n'avez pas l'humilité sans laquelle vous ne pouvez plaire a la Trinité (1 ) ? »
Ce symbole de profession de foi est bien loin d'être satisfaisant^ il se borne à quelques articles, énoncés dans le style de Swedembourg ou d'Antoinette Bourignoii.
On s'étonne de ne rencontrer dans tout ce livre rien qui rappelle les Sacremens de
(1) De imitatione Chricti , libr. I, cap. I.
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notre Eglise , quand l'auteur avait eu de si fréquentes occasions d'en parler. Pas un mot du Sacrement qui nous régénère , de celui qui justifie ceux qui s'accusent; ni de celui qui nous distribue le pain de vie; pas un mot sur le caractère du châtiment réservé aux grands criminels. L'enfer qui leur est réservé , c'est d'aller pourrir dans la houe. Cette menace ressemble bien à celle, d'un complet anéantissement , que le pécheur dans les enfers pourra désirer, mais qu'il n'y obtiendra jamais. Moins encore est-elle en conformité avec la description que l'Evangile nous fait de cet affreux séjour du deuil et du désespoir où le feu renouvelle incessamment les victimes qu'il dévore.
Mais toutes les observations de détail cèdent à l'impression générale qu'excite dans tous les cœurs honnêtes la lecture de ce livre jusqu'ici sans modèle, et qui, il faut bien l'espérer, n^aura jamais d'imitateur. « Lorsff qu'il parut , dit l'un de nos journaux les
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« plus accrédités, il fut jugé si étrange, si •r inconcevable , que l'on ne savait comment 0 le caractériser. Il a couru, ajoute-t-il, sur « ce livre plusieurs mots attribués aux hom- « mes les plus distingués de notre époque : « c'est BabœuJ prêché par Isaïe; c'est VE- « vangile de la révolte ; cest V Apocalypse *f de la sédition; d'autres encore qui témoi- « gnent tous du profond étonnement qu'a i< excité l'accouplement monstrueux du Ca- « tholicisme et du jacobinisme, qui fait le « fond du livre de M. de La Mennais(l). >> La singularité la plus surprenante était qu'un ouvrage, où les principes consacrés par la Religion catholique sont foulés aux pieds, eut pu sortir de la même plume dont les productions précédentes affectaient de les exagérer. Quelque chose de non moins surprenant , c'était le continuel abus que fait l'écrivai*! des textes et du langage de nos Livres Saints. Cet emploi sacrilège de la pa- (l) Journal des Débats, 24 mai 1834.
DE LA iVOUVELLE HÉRÉSIE. SSB7
rol(3 de Dieu, que le Souverain Ponlife dénonce au peuple clirélien comme étant pour lui un sujet de profonde affliction , étonnera moins peut-être, si l'on se souvient que le Démon osa bien en donner l'exemple, en alléguant au Sauveur un texte en effet pris des Saintes Ecritures (1).
Un des traits les plus caractéristiques de l'hérésie d'Abailard, c'était, au jugement du saint abbé de Clairvaux , la téméraire profanaliou qu'il faisait des paroles de la Sainte Ecriture (2).
L'épouvante et la douleur que ce livre excita furent générales. L'épiscopat fran-
(1) « Le Tentateur s'appiochant de lui : Si vous éfes le fils de Dieu , lui dit-il , jetez-vous en bas ; car il est écrit qu'il a ordonné à ses Anges d'avoir soin de vous , et qu'ils vous soutiendront de leurs mains , de peur que vous ne a'ous heurtiez le pied contre quelque pierre (Ps. xc. II. (Jésus lui répondit, etc. (Matth., iv, 6. )
(2)^ In Scripttiris sacris insanit. {De error Ahœl , col. &kk.)
çais tout entier n'eut qu'une voix pour ie condamner. Le Vicaire de Jésus-Christ ne tarda pas à le flétrir. <( Au premier ap- « perçu de cette détestable production « d'une audacieuse impiété, dit le successeur « de Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ; nous ff avons frémi d'horreur. Notre esprit se « refuse a suivre les pages où l'auteur «f s'efîerce de rompre tout lien de fidélité V et de soumission envers les princes, et (c lance partout cette torche d'anarchie qui « doit précipiter la ruine de l'ordre public , « le mépris des magistrats , l'infraction des
K lois et renverser tous les fondemens du <f pouvoir civil et religieux (1). «
(1) Encycl. du 25 juin 1834, portant condamnation du livre intitulé : Paroles d'un Croyant. Nous la donnons en entier â la suite de cet ouvrage.