‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La MennaisChapitre 20 sur 24 · CHAPITRE DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE DERNIER

f^ues générales.

Le pape Grégoire XVI , dans son Encyclique du 25 juin 1854, embrassant d'un coup-d'œil la connexion intime des erreurs anciennes et nouvelles, les unit dans une même censure, et les foudroie toutes également. La filiation est directe. Vous en avez découvert les germes dans le livre sur l'Indifférence, et dans aa Dépense. Vous les voyez

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qui se développent, et se propagent dans les pamphlets subséquens , se manifestent au grand jour dans le livre de la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre ciull et politique y arrivent à leur perfectionnement dansl'^fewir^ et portent leurs fruits dans les Paroles du Croyant.

Rien dans celui-ci de nouveau que les formes seulement; il y a progrès. Il y a la difiérence de la veille au lendemain , du présent à l'avenir , du vœu a l'exécution. Ces scènes monstrueuses qu'il dit avoir vues, et qui n'ont jamais pu l'être par un homme dans son bon sens ; cet infernal Sanhédrin de rois maudissant le Christ, le foulant sous les pieds, chargeant le Rédempteur des hommes, de l'odieux d'avoir cherché à former sur la terre le règne de la liberté , de la justice et de la charité , quand ils ne voulaient, eux, qu'y établir celui de l'injustice et de la violence, se donnant pour auxiliaire un Sacerdoce , acheté à prix d'ar-

DE LA NOUVELLE UÉKÉf^IE. 291

gent et d'honneurs (1 ) ; a-t-il rien de plus horrible que la prétendue ligue de Rois et de peuples athées^ que le même écrivain ne cessait pas depuis quinze ans de traduire sur la scène comme conspirant pour l'oppression de l'Eglise, avec l'air de la protéger, et garottant ses ministres avec la double chaîne de la violence et de la séduction ? L'accusation d'athéisme était - elle donc moins grave que celle de despotisme ? et qu'est-ce que l'athéisme autre chose qu'une solennelle protestation contre toute religion , et l'anathème déclaré contre le divin auteur du Christianisme?

A l'occasion de moindres erreurs , S. Bernard ne craignait pas de faire éclater et son indignation et ses alarmes : un nouveau Goliath, s'écriaît-il, parlant d'Abailard, s' avance contre le camp du Seigneur , il insulte les forts d'Israël , il nous brave , et dans son orgueil insolent , il se vante que pas un adver-

(d) Paroles d'un Croyant, p. 70, 71.

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saire n'osera lui résister (4). Et l'on se tait ! et l'on craint de se mesurer contre lui ! Cependant ses livres vont au loin répandre leurs poisons au sein de nos villes et de nos campagnes! Un nouvel Evangile se proclame impunément (2).

Quoi ! vous frémissez d'entendre ces Conjurés se dire les uns aux autres : « Abolis- (r sons la science et la pensée ; abolissons « toute association des esprits et des intelff ligenc€S; épuisons la force et l'énergie et '< le courage par la corruption ; divisons « pour régner (5). » Ces frénétiques paroles vous laissaient saisi , pénétré d'horreur corhtre le calomniateur de l'humanité. Vous avez peine à contenir votre indignation , en voyant , dans cet amas d'impostures , notre église de France , la plus belle portion du

(1) S. Bernard, ejo»«^ CLXxxix,p. 182,édit. Mabill.

(2) Volant lihri ; urhihus et cnstellis ingernntur^ in melle venennm passim omnihvs propinatur. {Ihid. )

(3) Paroles d'im Croyant , \i, G7.

troupeau de Jésus-Christ , l'église des docteurs et des martyrs , accusée de collision avec la tyrannie , dénoncée comme un réceptacle àkQ faux prophètes y ne sachant que tromper la conscience des^ oppresseurj du peuple (1); nos Bossuet,»nos Fénélon , a leur tête le Prince des prêtres de la nouvelle alliance , confondus , dans une même proscription, avec les Scribes el les Pharisiens d'autrefois, tramant, dans leurs cpnciliabules impies , la mort du sauveur des hommes (2) ! Mais auparavant avait -il mieux dissimulé sa pensée dans cette longue suite de chapitres diflfamatoires , oîi il prête à tous les gouvernemens de l'Europe les mêmes complots , oii il les charge éternellement du reproche d'administrer arbitrairement et sans autres règles que leur§ caprices, d'enchaîner l'enseignement, de le corrompre par système, d'abrutir les intelU-

(1) Paroles d^UH Croyant, p. 17i.

(2) Ibid., p. j 49, 123. 98.

gences,defairede toutes les maisons d'éducation , autant de cloaques d'impiété et de mauvaises mœurs (i ) ; d'avoir , depuis plusieurs siècles, trop bien réussi a rompre l'unité de l'Eglise /h concentrer tous les pouvoirs dans leur unique despotisme, a détruire complètement l'ordre religieux , en le soumettant contre sa nature, à l'ordre politique ; et qu'il fait peser le reproche jusque sur Jésus- Christ même , puisque c'est de Jésus-Christ que vient la maxime : Bendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César.

Le Tribun vous révolte , parce qu'il étale sous vos yeux les tableaux de la destruction, de la vengeance et de la mort, qu'il en paraît savourer les sanglantes images : le Publiciste se montrait-il plus humain , quand il tressaillait d'allégresse au devant des sinistres présages qui les annoncent? N'est-ce

(1) Paroles d'un Croyant, p. 196, 105. M. La" cordaire, Considérations, etc., p. 185.

(2) Religion considérée , etc., p. 81.

pas le même qui avait fait retentir ces paroles : « Non , mille fois non , vous ne ferez f< pas de nous un peuple d'ilotes. Non , la « richesse ne sera pas souveraine ; non , il « n'y aura pas deux nations en France : « l'une privilégiée , l'autre esclave. Nous « résisterons à toute mesure qui violerait « nos libertés ; nous les maintiendrons de ii fait contre toutes les attaques de l'arbi- (( traire ; nous lutterons pour elles sans re- « lâche ; nous amasserons et nos griefs et K notre indignation jusqu'à ce quela mesure «( soit comble et que le vase déborde (i). » Eh bien ! s'est écrié le soldat de Lyon ou de Paris, la mesure est comblée , le vase a débordé : oii sont mes armes ! à l'instant je pars pour la sainte croisade, je vais combattre pour déUvrer mes frères de l'oppression , pour briser leurs chaînes et les chaî-

(1) Paroles d'un Croyant, p. 149, 12o , 190. M. Lacordaire , Considérât. , p. 185.

(2) Avenir, n. \i.

S96 HISTOWE

nés du monde (1)j et il lui a été répondu : que tes armes soient bénies, sept fois bénies! jeune soldat (2). Et sur quel autel ira-t-il les prendre? sur celui que M. de La Mennais avait dressé long-temps à l'avance , l'autel sur lequel se lisaient tracés par les mains de M. de La Mennais, ces paroles : « Le « Christianisme a pour toujours délivré « l'homme du joug de l'homme (5). » Il n'avait donc pas attendu si long-temps pour proclamer ses droits de l'homme, sa liberté pleine , absolue , indéfinie , son égalité radicale des hommes , et sa loi agraire, le téméraire écrivain qui , depuis quinze ans , travaillait à régénérer Le catholicisme , à réparer l'édifice tout entier de la société dissoute dans ses fondemens ! L'accusons^nous vainement, quand il s'en est vanté luimême ? quant) le parti tout entier de l'in-

(1) Paroles d'un Croyant, p. 202.

(2) Ibid., p. 206.

(3) La Religion considérée, etc., p. 8.

crédulité lui en a fait un litre de gloire ('!)? Tout drame ne peut que dérouler successivement ses actes ; et le dénouement se découvre dès son exposition. Nous croyons l'avoir démontré aux plus incrédules. Dès la

(1) Voici comme s'en exprime un des journaux les plus accrédités : « Dès-lors (dès son premier ou- <i vrage de l'Indifféretice), se manifestait chez M. de << La Mennais une tendance secrète vers la démo- << cratie. Sous couleur de ruiner la raison indivi- <« duelle , TabbédeLa Mennais avait produit ,<^a « fameuse doctrine du consentement universel , la- « quelle ressemble si fort à la souveraineté du peu- « pie. Censuré par le Saint Siège, il cède, il se rc- « tracte, il se condamne au silence; jusqu'à ce « qu'enfin , étouffé par un silence de deux années , « plein de l'instinct démocratique qui bouillonne « en lui, il lance au monde une parole qui le fait « frémir, une parole de désespoir et d'amère ironie. « Nous nous réjouissons de la Nouvelle Hérésie du « XIX* siècle, etc. {Le Temps ^ 31i.invier 183â). Un autre journal , qui s'intitule la B.cvue dfs doua: Mondes , le prend sur un ton encore plus haut : « M. de La Meunais s'est comporté avec audace. Par « un hardi changement de lui-même, il a grandi au- '< dessus de tous. 11 a changé, voilà sa gloire vt .sa « force. » [l"' septembre 1834, p. 500. )

première partie de cet ouvrage , nous eu avions fait l'observation ; et à Dieu ne plaise que ce soit pour nous en faire un mérite ! Plus d'un lecteur judicieux l'avait dit avant nous et mieux que nous , avec l'autorité nécessaire pouren être cru sur parole, puisque c'étaient nos évêques. Mais il fallait que la séduction eut son cours , et que l'hérésie accomplît sa destinée (1). Que si nous avons osé entrer, à notre tour, dans la lice , nous réputés, avec plus de raison qu'aucun autre, parmi ces vieillards septuagénaires , jusqu'à V imbécillité y ne viuarit que de souvenirs d'école^ ou cauteleux adulateurs du pouvoir (2) ; c'est qu'en nous élevant malgré toute notre indignité au nombre de ceux à qui elle a conféré le droit et le devoir d'enseigner , la divine Providence nous commande à tous de rappeler sans cesse le mol

(1) Oportet hœrescs fieri, I. (or., xi, 19.

(2) Avenir, n. 3S<), et Lettre à Mgr. Tarchev. do Paris,

de Saint Paul : Fuyez les productions vaines et profanes , les nouveautés trompeuses y qui, de plus enplus, croîtront dans l'impiété, car leurs développemens insensibles 'sont ceux de la gangrène qui se propage avec rapidité {X).

On ne s'en défiait pas ; on buvait le poison a pleines coupes , on se laissait entraîner par le charme du langage.

Du temps que la première famille du genre humain , mise par le Seigneur en possession d'un jardin de délices , jouissait des fruits de l'innocence et de la paix, l'ennemi de son bonheur essaya d'entraîner nos premiers parents dans le même abîme où l'orgueil l'avait fait tomber lui-même. Ange de ténèbres , il se transfigura en ange de lumière , et vint leur tenir ce langage : Il vous a été permis de manger de tous les fruits du paradis à l'exception d'un seul le plus excellent de tous par Téclat de ses couleurs , par

(1) IlTim.,H, 10. 17.

le charme dû son paifuiri; il s'appelle le fniil de la science du bien el du mal j oubliez qu'il a été dit que si vous en mangiez , vous y trouveriez la mort ; non, vous ne mourrez point ! car Dieu sait qu'au jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez conime des Dieux sachant le bien et le mal (i).

Ilélas! qu'est-ce que nous avons gagné à croire ceux qui nous promettaient de nous rendre si savans et si heureux par la régénération de toutes les intelligences?

Que l'on se récric donc tant qu'on voudra , sur le mérite littéraire de ses productions : qu'on nous les vante comme des œuvres de génie ; nous souscrirons à ce jugement , sans excepter même les Paroles d'un Croyant , bien qu'une critique sévère mais impartiale lui reproche de manquer complètement d'ordre et de suite , ménippée « oiironpeutmcierlespagcsindiflféremment,

(J) Cicii., m . u.

DE LA NOUVELLE IlÉnÉSIE. oOl

« mettre les premières à la (in e( les der- « nières au commencement; point d'unité « que dans la colère et dans la liaine (1). » Nous accorderons , avec le même écrivain , que le style en est ardent , énergique y sublime par fois ; oui , ardent comme la torche de l'incendie, comme la flamme du volcan qui éclate, mêlée à la noire fumée jaillissante de son sein; énergique comme l'imprécation d'Ajax dans Homère , comme celle de l'Archange rebelle de Milton ; siihlime^ oui, comme il arrive par fois à l'imposteur de la Mecque lui-même , quand il unit la poésie de nos livres saints à son alcoran.

Mais qu'il se rencontre des hommes assex opiniâtres dans leurs préventions, pour se déclarer les Apologistes de sa doctrine; qu'on nous en présente les assertions « comme »f d'heureuses témérités, comme des élans « h la fois patriotiques et évangéliques, l'exaff gération d'un sentiment noble , vertueux

(1) Journal desDchnts. 21 mai J834.

« qui se révolte de rinjustice et s'indigne « contre l'oppression ; » que l'on nous donne CCS haines atroces de la part d'un prêtre de Jésus-Christ comme n'étant que de légitimes représailles contre les gouvernemens tyranniques ; que l'on vante la courageuse indépendance de l'écrivain mettant à nu Tégoïsnie et l'opiniâtre résistance d'un Sacerdoce hostile aux progrès de l'intelligence j que l'on vienne nous dire qu'i/j- a des préventions plus coupables peut-être encore y à savoir, celles du saint Siège Apostolique ; qu'on l'accuse de violer présentement la doctrine antique et régénératrice , de demeurer plus sourd que le rocher, sans pitié pour le peuple qui a soif dans le désert; qu'en conséquence, on ose aifirmer que les principes de M. de La Mennais sont irréprochables sous le rapport du dogme , et que s'ils peuvent devenir dangereux dans les mains de ceux qui les comprendraient vndX^ faits pour l'instruction de tous , ils devraient être pla-

ces sous le cheval du lit où donnent les grands et les riches de la terre :

S'il en était ainsi , au lieu du blâme universel que l'ouvrage a excité , l'auteur avait droit kdtous les hommages de l'estime et de l'admiration , comme étant le bienfaiteur de l'humanité. Que l'on amène des victimes au nouveau Dieu de l'éloquence : qu'on lui décerne des couronnes civiques, et que, sur sa statue érigée en regard de celle de Simon le magicien , on lise cette inscription qui nous est fournie par son panégyriste : « M. de La Mennais s'est comporté avec au- « dace j il a jeté à la face deRome unpoëme, « un pamphlet, un tonnerre, il a éclaté avec (( un irrésistible fracas , il a rempli les peu- « pies d'espoir et les rois de stupeur; il a « consterné l'Eglise en la désertant , couraff geux , nouveau , grand , sublime , le seul « Prêtre de l'Europe (1).

(1) La Revîie des deux Mondes (article signé M. L'Hermiuier ) , i" septembre ^834, p. 560.

304 nisTOiRE

Que les ennemis déclarés du nom chrétien applaudissent , qu'ils se félicitent de rencontrer dans l'Apostat de l'Evangile une conquête inattendue , nous savons , et nous le publions avec joie , que M. de Lu Mennais n'a pas voulu de ces éloges qui le calomnient. S'il oublia qu'il était Prêtre catholique, du moins il n'a pas permis qu'on effaçât de son front le sceau du Chrétien. De pareils panégyriques étaient un premier châtiment dont la justice divine châtiait ses blasphèmes. Mais pourquoi aussi son désaveu n'est-il pas l'expression du repentir? S'il repousse les adulations du saint-Simonisme, est-ce pour faire amende honorable à cette épouse de Jésus-Christ qu'il a livrée aux sar^'asmes de ses plus cruels ennemis? ÎNon : infidèle h la promesse solennellement donnée dans ses précédentes déclarations de suivre uniquement et absolument la doctrine exposée dans l'Encyclique pontificale de Sa Sainteté le pape Grégoire XVI , bien

loin de renoncer aux erreurs qui s'y trouvent condamnées , il les aggrave : il en ajoute de nouvelles. A toutes les condescendances de la bonté paternelle du Chef auguste des Chrétiens , il ne répond que par les plus sanglans outrages , par la révolte la plus déclarée, par la menace d'un nouvel écrit, encore, nous dit-on, plus violent, en justification de sa doctrine, A l'exemple de ce femeux Novateur dont saint Bernard démasque si éloquemment les dangereux paradoxes contre la raison et contre la foi , l'aitdacieux hérésiarque convoque le ban et l'arrière-ban de son parti (1), relève les courages abattus, dénonce a l'univers chrétien qu'il va renouveller le combat , par la publication d'un nouveau système de philosophie religieuse. Attendez -vous à une éruption nouvelle du volcan.

(1) Ille nihilliominns , imo et amplitis levavit vocem, vocavit multos, congregavit complices. (S. ^erjMxrd, De Ahœî.,Fpist., 1S9, col. 183, édit. Mabill.) T. ni. 20

Qu'est-ce donc , grand Dieu ! qui se remue au fond de cet abîme? quels nouveaux scandales se préparent? et, s'il n'y avait eu jusqu'ici que des essais de l'alliance projetée entre la philosophie et la Religion, a quel dénouement viendra donc aboutir l'œuvre d'iniquité réservée à l'avenir (1)?

M. Lacordaire , cherchant à nous expliquer le changement de doctrine et de laneasfe de son maître , en rend cette raison : «f Une philosophie, dit -il , tombe de la <' plume éloquente d'un écrivain renommé. « Elle fait des disciples; elle est défer^due i< avec un zèle inconcevable ; elle constitue « une école qui devient comme une puis- <' sance. Le monde lui-même s'émeut; il V proclame l'écrivain et le philosophe chré- « tieri comme le seul sauveur de l'Eglise ^

(1) M. de La Mennais ne l'a pas laissé longf-teraps attendre. A la tète de ses Troisièmes Mélanges qu il vient de mettre au jour, il a placé une Prèfave où il semble renchérir »ur les emportemens de ses précédentes compositions.

«. si l Eglise peut être sauvée . Il s'étonne que • « l'Eglise ne dise pas comme lui ; il l'accuse , <j d'ingratitude ; il prophétise sa ruine (i). » Jurieu l'avait prédite avant lui pour l'an 1689, Voltaire et Condorcet pour la fin du xviii^ siècle. L'Eglise a répété avec le saint Patriarche de Constantinople : « Jugeons de (( l'avenir par le passé. Que de guerres alff lumées contre l'Eglise ! que de puissances K conjurées à sa perte ! que de bras armés tf pour sa ruine ! Si elle pouvait périr, depuis « long-temps elle ne serait plus. Le glaive « des tyrans, l'impiété des Barbares, l'au- '< dace des novateurs , la multitude des peu- «f pies séduits , la rage des enfers n'ont « abouti qu'à des efforts impuissans. De t( nouveaux ennemis ont remplacé les pre- « miers; l'Eglise a vu tomber les uns et les « autres (2). >>

(']) ConsirJérnt. sur le Syst. de M. de La Mennais, p. 200.

(2) Dans Bihlioth. choisie des Pitres, t. Xfll , p- 109.

Cependant la prédiction a trouvé de nombreux échos. Elle a retenti dans le camp du Socinianisme. Un de ses plus fervens adeptes contemple a l'avance les funérailles du Christianisme , et déjà ne le compte plus que parmi les ruines déposées dans la mémoire des hommes. Tout au plus le Catholicisme se survit-il à lui-même dans une orthodoxie morte et pétrifiée (1) , soutenue sur le penchant de sa ruine par M. de La Mennais , seul capable de la sauver, si elle pouvait l'être. Frêle espérance! « Nous croyons, «< ajoute-t-il, que la Réforme et la Philosophie V du xvni" siècle ont laissé dans le monde « une trace iHeffaçable; nous croyons que « le dogme chrétien est appelé a subir une •<f transaction immense. » Comme s'il y en avait de légitime entre Jésus-Christ et Bélial ! comme si le Christianisme pouvait se réduire a la confession du Vicaire Savoyard,

(1) T^oyea le journal intitulé le Temps, 34 janvier 3S34.

et qu'il fût au pouvoir des hommes d'anéantir la parole de son divin Fondateur! Le ciel et la terre passeront plutôt qu'un seul iota ne soit effacé du livre de son Evangile (i ).

Il est aisé de le comprendre que, ou la Religion chrétienne n'est qu'un vain mot, ou l'on doit là retrouver telle que Jésus-Christ l'établit dans son Ecriture et dans la Tradition de nos saints Docteurs.

D'après ce principe qu'on ne nous contestera point , puisqu'il fait la base du Catholicisme , nous pouvons présager ce que doivent être les nouvelles productions de M. de La Mennais. H est écrit ; Un abîme en appelle un autre (2). M. de La Mennais n'est resté nulle part stationnàire; il étMtenprogrès. Voyez Luther : cet homme emporté , dont l'âme semblait n'être qu'un assemblage de passions violentes que nourrissait un orgueil sans bornes, s'était montré d'abord

(1) Matth., V, 18.

(2) Ps. XLI, 8.

510 IIISTOIAE

résolu à courber son front superbe sous l'autorité des premiers pasteurs et de leur chef. Mais lorsque ses erreurs eurent été proscrites h Rome , lorsque le rapide accroissement de son parti eut porté son audace au comble : ne prenant désormais conseil que de ses propres ressentimens, il changea tout à coup de langage ; et ne gardant plus de mesure, lança, dans sa fureur, anathème contre anaihcme, et arbora hautement Tétendard de la révolte (1). Entraînés malgré eux-mêmes dans le tourbillon oii ils se sont jetés , ces fougueux novateurs ne savent plus où s'arrêter. L'Esprit Saint lui-même a tracé leur liistoire dans ces paroles du Psalmiste : « Leur " langue est comme une épée dont ils ai- <f guisent la pointe, et leurs paroles amères " sont comme des flèches qu'ils tiennent >' toutes prêtes sur leur arc; ils tirent en " cachette sur l'innocent; ils le percent d'un

(1) M. de La Meiinais, Essai sur l'Indiffar., t. i, p. 108.

D8 LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 5il

* coup sans être retenus par aucune crainte, « et s'endurcissent dans leurs desseins crier minels. Leur malice est profonde, ajoute « le saint Prophète , et leur cœur est un tf abîme. Mais le Seigneur a aussi ses flèches « dont il les percera tout-a-coup , et ils se « trouveront frappés de ses plaies. Leurini- « quité retournera sur eux-mêmes; et, qui- «c conque les considérera , reculera d'hor- '< reur et d'épouvante (1). »

Dieu n'a pas abandonné son Eglise; sa voix s'est fait entendre par la bouche du Pontife. L'Encyclique de Grégoire XVI a confondu l'erreur ; et tous ceux qui ont le cœur juste et droit se sont réjouis dans le Seigneur en qui ils ont mis leur confiance (2).

(1) Exacueruntrit gladium lingiias suas; inter.derunt arcmn rem, amaravi, ut sagittent in occultis immaculattim. Subito sagittabunt eum , et non tiniebufit , firmaverunt sibi sermonem neqiiam, etc. Ps. Lxiu, 4-9.

(2) Lœtabitur justus in Domino et spcrabit in eo, et laiidabnntur omnes recti corde. [Ihid. , ii. )

POST SCKIPTUM.

Le $aint Père avait terminé son Encyclique par l'expression du vœu tout paternel que le téméraire écrivain , revenu de ses erreurs , en réparât le scandale par un retour sincère aux traditions catholiques j rien n'a pu fléchir ce cœur intraitable.

Un pamphlet récent , publié par lui dans la Revue des deux Mondes ^ reproduit ses paradoxes révoltans , ses reproches calom-

HISTOIRE DE LA iVOLIVELLE HERESIE. 315

nieux , ses chimériques utopies , ses sinistres prédictions. Tous les poisons répandus dans ses écrits précédens , il les ramasse dans celui-ci. Ce qu'il dit aujourd'hui, il l'avait dit antérieurement, et dans les mêmes termes ; il le redira dans les Nouveaux Mélanges y que l'avidité des spéculatenrs obtient si facilement de sa plume féconde (1). Nulle différence, a proprement parler, que celle du titre de l'ouvrage , si ce n'est qu'entraînée par la pente du terrain où elle s'est engagée, l'erreur ne saurait y tenir ferme. Marche , marche : impossible de remonter ;

(i) Troisièmes Mélanges, par M. l'abbé F. de La Mennais, 1 vol. in-8', Paris , février 1835; précédés d'iuie préface de plus de cent pages. Ce "volume , de 436 pages , contient , à la suite de sa longue préface (où l'aUteur ne fait que répéter les doctrines de ses précédens ouvrages), Réflexions sur le Procès intenté à certains articles du Constitutionnel et du Courrier, relatifs à l'état ecclésiastique. Lettres ail Rédacteur du Mémorial Catholique , sur le jugement rendu par le tribunal de police correctionnelle , dans le procès de M. de La Mejinais. Lettre au Rédacteur delà Quotidienne, contre M. l'arche-

il n'y a plus qu'a descendre. L'abîme est au fond ; c'est l'Apôtre qui l'a dit : Fuyez à leurs commencemens ces discours vains et profanes; car ils croîtront de plus en plus dans V impiété, {\).

Dans l'une ei l'autre production, M. de LaMennais*essaie de se soustraire a la condamnation portée par le Saint-Siège, en donnant, sous le nom d'Exposition de ses doctrines politiques et religieuses , une sorte

vêque de Paris , à l'occasion du Mandement où le prélat réfute les erreurs de M. df La Mennais. Exposition apologétique des srntimcns des catholiques Belges , et sur deux mandemcns ôpiscopaux (l'un de M. l'évéque de Strasbourg, l'autre de M. l'évêque de Saint-Brieuc). Ces lettres et cette exposition sont écrites dans le style des Paroles d'tm Croyant. Recueil àc% articles publiés dans le journal l'Avenir, depuis la page 91 jusqu'à la page 359. Histoire des anciens peuples Italiens, fragment de traduction de l'ouvragfi sous ce titre public en 3 vol. in-8 , ]tar Josepli Micaii. Dialogues sur V absolutisme et la liberté. Deux dithyrambes intitulés, l'un : Les morts, l'autre : A la Pologne.

{\j Profana autan et raniloquia devita ; multum enim profiriunt al impietatem. (II Tira., ir, 16.)

d'apologie de sa conduite et de ses systèmes. Elle y est présentée à la fois comme l'explication du passé , la condamnation du présent , et la prophétie d'une nouvelle ère sociale (i ).

Ne vous attendez donc à aucune rétrac-^ tation de sa part. Quelque puisse être l'autorité du Tribunal auguste qui l'a condamné, et des réfutations auxquelles il n'a répondu jamais que par l'outrage et le sophisme, et des nobles exemples qui l'invitaient à la soumission , dût-elle aller jusqu'k la complète abnégation de soi-même, et il l'avait solennellement promise : Nous n'avons, dira-t-il encore ici . a désavouer aucune de nos paroles (2). Et l'ouvrage entier fournit la preuve authentique de cette déclaration. « M. de La Mennais , s'est- écrié a cette oc- « casion l'un de ses panégyristes , s'est com- « porté avec audace. On le croyait abattu,

(!) Ze Temps, \o Février 183o.

(2) Préface des Noureaua; Mélanges , p. v.

516 UISTOIKE

<( il s'est levé j soumis, il s'est révolté. 11 s'est « préservé de l'imitation de Fénelon; il a u été lui-même (1). »

Non content de reprendre en sous-œuvre

son système de métaphysique , déclaré obs"

cur et inintelligible , faux et incohérent dans

ses principes, il lui prête les sophistiques argumentations si prolixement développées dans sa Défense de V Essai sur VlndifjerenceÇit). A des principes vrais et reconnus universellement comme étant la conscience du genre humain j il applique les consé-quences les plus arbitraires , comme appartenant au domaine de la liberté , et rentre éternellement dans le cercle de ces propositions auxquelles on a si solidement opposé le reproche qu'elles attentent également aux droits de la raison et de la foi; que, sous prétexte d'amener l'examen , elles appellent le scepticisme , jettent des nuages sur le

(1) Revue dos deux Mondes, 1*' septembre 1834 , p. 560,

Çl) Préface, p. xxxv-XL.

dogme de la Catholicité de l'Eglise , autorisent lès préventions de l'Hérésie et les attaques du philosophisme (1).

Mais n'importe : ici encore on se retranche à dire que l'on n'a pas été compris, que ce sont là toutes questions vagues, obscures, livrées a la controverse , enveloppées de formules abstraites, où il est permis à chacun de douter, et qui long-temps encore attendront leur solution (2) , bien que depuis long-temps nos Docteurs et nos Philosophes les aient décidées. Et, sans respect pour le jugement doctrinal, que l'on sait bien être intervenu, sans s'eiETrayer, autrement qu'en paroles, des conséquences graves, inhérentes à un système qui met radicalement le Catholicisme en dehors delà société, anéantitdans l'homme l'exercice de la raison individuelle

(1) Voyez les Examens qu'en ont fait MM. Boyer, Rozaven; nous-même , dans les chap. ii et suiv. du le' livre , et dans tout le second livre de celte Histoire de la nouvelle Hérésie du xii* siècle.

(2) Préface, p. vu, x. xiv.

518' rasTOiRE

pour l'assujétir exclusivement h la foi et a l'autorité du consentement universel (1 ) , il revient sans cesse à son point, de départ.

Ses idées théologiques ouvraient un champ bien plus vaste encore aux observations de la critique.

M. de La Mennais s'est vu lui-même contraint d'avouer que , sous plus d'un point de vue de grande importance, son zèle ne fut pas à beaucoup près suffisamment réfléchi(2). Sur quelles matières? L'une de celles qui se lient le plus intimement h tout l'ordre soô'ialj puisque c'est là le pivot sacré sur lequel porte, avec la divine Constitution donnée par Jésus-Christ à son Eglise, la distinction fondamentale des deux puissances qui régissent le monde. Ainsi ont parlé les Papes et les Conciles; des milliers de témoignages en font foi. La mettre en problème, c'eut été compromettre sa raison

(1) Préface des Nouv. Mélanges, p. xij, ix.

(2) Thid.,p. L\îx.

et sa fidélité^ avait dit dans d'autres temps M. de La Mennais(i ) . yout-à-coup il a changé de langage : i< Ce n'est plus là qu'une mon- « strueuse erreur, qui renverse le principe « fondamental de toute société humaine.

% La part qu'elle fait à la puissance sécu- « lière Hvre l'Etat au despotisme et aux « révolutions , détruit ses rapports avec « l'Eglise, avec la Religion , avec Dieu même, « ébranle l'autorité de la Tradition , et par « conséquent la base de la foi cathohque; « et epfin ôte tout moyen de connaître « avec certitude l'étendue du pouvoir spitf rituel : Persécution réelle, masquée sous le nom de protection. » Ainsi parlaitil k chaque page de ses livres de la Religion considérée j, etc., de ses Proo-rés de la Révolution y de son Mémorial catholique. Encore ces dures expressions

(1) Foycz au i" chap. àeV Essai historique sur la suprématie temporelle riu Pape {]). 30 et suiv.), un sommaire des contradictions de l'illustre écrivain.

étaient- elles ménagées auprès de celles dont il a rempli les c<^onnes de son Avenir; encore ces virulentes déclamations cèdentelles au frénétique emportement avec lequel il se déchaîne dans ses Paroles d'un Croyant contre la tyrannique ou astucieuse hypocrysie exercée par l'autorité temporelle.

Quant k sa politique : indifférent sur les censures qu'en ont porlées les Théologiens et les Publicistes , sur le solemnel jugement par lequel le Siège Apostolique l'a condamnée dans ses deux Encycliques, il n'en poursuit pas moins son système d'unité embrassant dans sa sphère les deux sociétés religieuse et civile, désormais confondues j et croit avoir renversé la barrière sacrée, posée par Jésus-Christ lui-même.

A tous ses sophismes anciens et nouveaux sur cette matière, reproduits dans cette Préface avec une opiniâtre persévérance, nous répondrons avec une égale assurance par les paroles auxquelles le grand évêque de

Meaux réduisait toute la controverse sur la souveraineté et l'indépendance respective des deux pouvoirs spirituel et temporel :

« Nous avons établi jusqu'à présent trois « propositions : la première, que, dès l'ori- « gine du monde, il y a eu, même parmi les « infidèles , des princes souverains et des (c magistrats dont l'autorité était légitime et « dans l'ordre , la seconde , que leur puis- (c sance venait de Dieu ; la troisième , que « cette puissance donnée de Dieu aux sou- « verains magistrats les rendait dépendans <( de Dieu seul, et les premiers en autorité (( dans les choses de leur ressort j de sorte <( que Dieu n'a établi aucune autre puissance <c a laquelle ils fussent assujétis par rapport (f au temporel. Personne ne di^)ute ces « principes , dont l'évidence est palpable ; « les conséquences en sont également cer- « taines. Il suit de ces principes avoués de « tout le monde, que dans quelque état que « se trouve la Religion, en vain les Pontifes

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