‹ Histoire de la nouvelle hérésie du XIX siècle: ou, Réfutation complète des ouvrages de l'Abbé deChapitre 25 sur 30 · XXX-XXXL · texte numérisé non relu

XXX-XXXL

Le chapitre xxx célèbre par un chant de jqie le réveil de la liberté universelle , dans le ton de l'idylle.

Celui d'après n'est encore qu'une invective

des plus amères contre les grands, comparés

à des arbres qui ne s'élèvent qu'au préjudice

du voisinage et du sol même où ils ont pris

naissance ; tout ce qui croît autour d'eux est

frappé de stérilité ( p . 1 70. ) .

S4â lUSVOIRE

Abattez donc ces beaux arbres où les oiseaux du ciel et le voyageur brûlés par les feux du midi trouvent une ombre hospitalière, et souvent des fruits savoureux ^ livrez aux flammes ces antiques forêts d'où sortent et vos maisons et vos navires. Ces montagnes, dont les cimes s'élèvent par dessus les plaines , images odieuses des grandeurs qui dominent dans la société , faites-les disparaître^ et tarissez à la fois les réservoirs qui épanchent dans les vallons leurs eaux nourricières du pauvre comme du riche. Guerre aui( palais, paix aux chaumières. Ces palais que les bras des pauvres avaient construits, c'est l'or du riche qui les paya : détruisezles i c'est vous qui frappez la terre de stérilité , vous qui privez le pauvre des ressources que lui donne son travail , anéantissez les arts , égorgez U société. Plus de palais, plus de temples érigés a la divinité. Les mêmes hommes qui parmi nous proférèrent le cri féroce : Guerre aux palais , paix aux chau-

DE LA NOUl/ELLB HÉRÉSIK. MS

mières , vous les avez vu» chasàier Dieu de ses sanctuaires ; et Thûinble crèche du Dieu Sauveur ne fut pas elle-même à l'abri de leurs sacrilèges jiîureurs.

Vous ne voulez plus de palais , plus de Louvre , plus de Vatican ; il ne vous faut que des chaumières; ces chaumières ,- comptez-vous qu'elles ne 3eront habitées que par des Anges ?Caïn etNemrod n'eurent d\d)ord que des chaumières. Bientôt la nécessité fit naître des villes. Une même habitation ne suffit plus aux nombreux troupeaux que possédaient Abraham et Loth ; il £mt se séparer (4). L'homme civilisé eut des vices ^ l'homme de la nature resta sauvage , oisif, sanguinaire , antropophage (2). Lequel vaut mieux?

K Qui est-ce qui se rassemble autour des

(4) Nec poterat eos capere terra ^ ut habitarent «tmul,et neqnibant habitare communiter,(ficu. xiii, 6.

(2) Voyez Robertson , hist, de VAmér. , t. ii , p. 166 61507.

1144 HBTOlmB MB LA NOUVBUB HteÉSlB.

« puÎMans du monde? » demande M. l'abbé de La Mennais.

Réponse : « Ce sont les flatteurs, les tr femmes perdues , les ministres infimes de « leurs plaisirs secrets , les agens d'oppres- « sion. j (p. 170). Est-ce tout? Non ! Remarquons ce trait : Les fous qui distraient leur conscience ^ ou les faux prophètes qui la trompent.

Donc, les Nathan ^ les Elies , les Jérémie , ne sont que des insensés , et de faux prophètes ipii trompent les consciences ou les distraient par de fausses terreurs.

Parabole. « Ua YÎeîlkrd chargé d'un £iix K de iftoftée regagnait lentement «a pauvre « cluniBiièr e ; il s'arrike «n pensant à «es ir manx : je n'avais qu'un fik , se dit41 , ils « me Pont pris , qu'une Tache , ihs me l'ont «c pme pour I'i«pôtde mon^sbamp. Gomme tf il était ainsi «'attristant , il est abovdé par «r un pèlerin qui^ pour le oonsoler^ iaî dit : « mon père, Dieu vous éprouve paria apaîa

246 flasTomB

tr des hommes; cependant il y a des misères « plus grandes que votre misère; ce n'est « pas l'opprimé qui souflfre le plus ;' ce sont tf les oppresseurs. Ce que maintenant vous tr ne croyez pas, vous le croirez bientôt ; et « l'ayant fait asseoir , il posa les mains sur «r ses yeux , et le vieillard tomba dans un <r sommeil semblable au sommeil pesant , €, ténébreux y plein d'horreur, qui saisit « Abraham quand Dieu lui montra les mal- « heurs futurs de sa race ; et il lui sembla « être transporté dans un vaste palais , près « d'un lit, et a côté du lit, était une couronne, tr et dans ce lit, un homme qui dormait, et « ce qui se passait dans cet homme , le vieille lard le voyait, ainâi que le jour, durant la ir veille, on voit ce qui «e passe sous les yeux. ft Et l'homme qui était là , couché sur un « lit d'or , entendait comme les cris confiis «d'une multitude qui demande du pain.

« C'était un bruit pareil au bruit dus flots « qui brisent contre le rivage pendant la

Dfi LA NOUVEULE HÉRÉSIE. 247

ff tempête. Et la tempête croissait, et le brait « croissait; et Thomme qui dormait voyait « les flots monter de moment en moment , *c et battre déjà les murs du palais , et il fai- «c sait des efforts inouïs comme pour fuir, et « il ne pouvait pas , et son angoisse était «extrême.

<c Pendant qu'il regardait avec frayeur, <c le vieillard fut soudain transporté dans « un autre palais. Celui qui était couché la (c ressemblait 'plutôt à un cadavre qu'à un « homme vivant.

« Et dans son sonmieil , il voyait devant « lui des têtes coupées; et, ouvrant la bouir che , ces têtes disaient :

« Nous nous étions dévoués pour toi , et ce voilà le prix que nous avons reçu. Dors , «dors, nous ne dormons pas, nous. Nous <c veillons l'heure de la vengeance : elle est w proche.

tf Et le sang se figeait dans les veines de « l'homme endormi. Et il se disait : Si au

MB BBTMUE

tf moins je pouvais laisser ma couromie k cet if enfant : et ses yeux hagards se tournaient « vers un berceau smr lequel on avait placé te un bandeau de reine.

« Mais , lorsqu'il commençait k. se calmer c< et à se consoler un peu dans cette pensée, « un autre hoinme , semblable à lui par les fc traits , saisit Tenfiint et l'écrasa contre la <c muraille.

i< Et le vieillard se sentit défaillir d'hor- « reur.

<( Et il fiit transporté au même instant en « deux lieux divers ; et , quoique- séparés , « ces lieux, pour lui, île formaient qu'un «' lieu.

« Et il vit deux hommes , qu'à l'âge près, « on aurait pu prendre pour le même : et il ff comprit qu'ils avaient été nourris dans le «r même sein.

<r Et leur sommeil était celui du condamné «f qui attend le supplice k son réveil. Des i< ombres enveloppées d'un linceul ganglant

ce passaient devaht eux, et chacune d'elles, «r en passant, les touchait, et leurs metnbres K se retiraient t^.t se contractaient , Oomme V pour se dérober a cet attouchement de la (f mort.

« Puis ils se regardaient l'un Tautre avec (f une espèce de sourire affreux, et leur œil « s'enflammait , et leur main s'agitait con- «r vulsivement sur un manche de pcrignard.

« Et le vieillard vit ensuite un homme « blême et maigre. Les soupçons se glis- <r sàieni en foule près de son lit, distillaient « leur venin sur sa face, murmuraient à voix « basse des paroles sinistres , et enfonçaient c< lentement leurs ongles dans son crâhe it mouillé d'une sueur froide. Et une forme

« humaine , pâle comme un suaire , s'àppro- <c cha de lui , et , sans parler, lui montra du •r doigt une marqué livide qu'elle avait au- « tour du cou. Et , dans le lit où il gisait , <c les genoux de l'homme blême se choqûè- « rent, et sa bouche s'entr'ouvrit de terreur,

S50 msTOiaE

(( et ses yeux se dilatèrent horriblement.

tf Et le vieillard, transi d'effroi, fut transce porté dans un palais plus grand.

c( Et celui qui dormait la ne respirait qu'a- « vec une peine extrême. Un spectre noir «r était accroupi sûr sa poitriiie et le regar- « dait en ricanant. Et il lui parlait à l'oreille , « et ses paroles devenaient des visions dans « l'âme de l'homme qu'il pressait et foulait « de ses os pointus.

« Et celui-ci se voyait entouré d'une in- « nombrable multitude qui poussait des cris « eiOBrayans :

K Tu nous as promis la liberté, et tu nous <f as donné l'esclavage.

« Tu nous as promis de régner par les K lois, et les lois ne sont que tes caprices.

« Tu nous as promis d'épargner le pain « de nos femmes et de nos enfans , et tu as « doublé notre misère pour grossir tes tré- « sors.

« Tu nous as promis de la gloire , et tu

DE LA NOUVELLE HBHÉSIE. SBt

« nous as valu le mépris des peuples et leur « juste haine.

« Descends , descends , et va dormir avec « les parjures et les tyrans.

« Et il se sentait précipité, traîné par « cette multitude, et il s'accrochait à des «c sacs d'or, et les sacs crevaient, et l'or s'é- <r chappait et tombait à terre.

« Et il lui semblait qu'il errait pauvre « dans le monde , et , c(h'ayant soif, il de- « mandait à boire par charité , et qu'on lui « présentait un verre plein de boue , et que «r tous le fuyaient , tous le maudissaient , « parce qu'il était marqué au front du^igne tr des traîtres. •

tr Et le vieillard détourna de lui les yeux «r avec dégoût.

«c Et dans deux autres palais , il vit deux « autres hommes rêvant de supplices. Car , « disaient*-ils , où trouverons-nous quelque <r sûreté ? Le sol est miné sous nos pieds -, « les nations nous abhorrent ; les petits en-

9ttS HISTOIRE

« fans même, dans leurs prières > demandent f( a Dieu , soir et matin , que la terre soit « délivrée de nous.

i( Et Tun condamnait à la prison dure y « c'est-^à-dire à toutes les tortures du corps fr et de l'ame et à la mort de la faim , des « malheureux qu'il soupçonnait d'avoir pro- (( nonce le mot de patrie : et l'autre, après cr avoir confisqué leurs biens , ordonnait de a jeter au fond d'un cachot deux jeunes filles «r coupables d'avoir soigné leurs frères blesy ses dans un hôpital.

« Et comme ils se fatiguaient à ce tra- « vail de bourreau , des messagers leur arff rivèrent. • •

« Et l'un des messagers disait :. Vos proc< vinces du Midi ont brisé leurs chaînes ^ et t< avec les tronçons elles ont chassé vos gou- « verneurs et vos soldats.

« Et l'autre : Vos aigles ont été déchirées f< sur les bords' du large fleuve : ses flots en « emportent les débris.

DB LA NOUVELLE HÉRÉSIE. tttS

« Et les deux rois se tordaient sur leur « couche.

« Et le vieillard en vit un troisième. Il « avait chassé Dieu de son cœur , et , dans « son cœur, a la place de Dieu, était un ver ff qui le rongeait sans relâche; et quand Tanff goisse devenait plus vive , il balbutiait de « sourds blasphèmes , et ses lèvres se coûte vraient d'une écume rougeatre.

« Et il lui semblait être dans une plaine « immense , seul avec le ver qui ne le quit- « tait point. Et cette plaine était un cime- «r tière, le cimetière d'un peuple égorgé.

K Et tout-à-coup voilà que la terre s'émeut; « les tombes s'ouvrent , les morts se lèvent cr et s'avancent en foule : et il ne pouvait v ni faire un mouvement, ni pousser un cri.

Et tous ces morts, hommes, femmes, en-

• «r fans , le regardaient en silence : et après

« un peu de temps , dans le même silence ,

« ils prirent les pierres des tombes et les po^

«( sèrent autour de lui .

•fil en eut d'abord jusqu'aux genoux, puis « jusqu'à la poitrine, puis jusqu'à la bouche, t( et il tendait avec effort les muscles de son « cou pour respirer une fois de plus; et w l'édifice montait toujours , et lorsqu'il fut <c achevé , le faite se perdait dans une nuée « sombre.

fc Les forces du vieillard commençaient « à l'abandonner ; son âme regorgeait d'é*- « pouvante.

« Et voilà qu'ayant traversé plusieurs « salles désertes, dans ime petite chambre, « sur uh lit qu'éclairait à peine une lampe 4(.pâle, il aperçoit un homme usé par les i< ans. .....

(Suit une page de points.)^. 174 — 186.

On nous a dit que cette longue suite de points remplaçait , dans le manuscrit , une page d'injures contre nn personnage auguste, tellement atroces, qu'elles avaient soulevé l'indignation de ceux à qui l'auteur

en a^ait fait la confidence , et qu'ils en exigèrent la suppression . Nous ne crojf ons p^ C[ue le personnage désigné fôt le Souverain Pontife. Le Journal des Débats (1) reconnaît également le Pape dans ce vieillard qui parle de justice ^ en tenant et une main une coupe empoisonnée j et caressant^ de l* autre une prostituée j gui V appelle 'mon Père (pag. 161). Nous ne chercherons pas à pénétrer ici la pensée de l'écrivain. Quelle qu'elle soit , elle est toujours une calomnie sacrilège. C'eçt l{ien assez de ce qu'il nous en révèle dans tout le cours de son ouvrage, sans vouloir suppléer au silence de son abominable livre.

Cependant , nous nous voyons contraints de rappeler un extrait remarquable de VAmi àe la Religion^ que nous avons cité plus haut (p. 80). Après avoir demandé si l'écrivain qui a tracé de pareilles images , a droit encore de se dire catholique : non , a-t-on ré-

(1) Journal àê$ DéhaU du 24 juin 1834, p. 464.

pondu ; non. Il a cessé d'être catholique ^ J|p prêtre de l'insurrection et du mensonge.

£t ce cri a retenti au loin et jusque dans le coQur de l'infidèle .

Quel est donc le crime de ce vieillard qui repose sur un trône fortifié /^arfe^an^? Son crime > c'est d'avoir fait briller aux yeux de M. de La Menn^is la foudre qui firi^ipa le Réformateur de l'Allemagne. Il a vu son école se dissoudre ^ et avec elle , cet espoir de régénérer le Catholicisme , dont son orgueil s'était enivré.^ Tout l'enfer a passé dans son cœur ; c'est L'Ange* superbe, déchu du ciel , a qui il faut la ruine du genre humain pour combler sa vengeance. Ce qu'il demande , celui-là , dans ses rêves d'une sacrilège démelice , c'est la destruction des Rois et des Pontifes.

Nous lisons dans l'histoire d'un Apostat célèbre que, pour anéantir dans sa personne le sceau du chrétien , il se fit descendre dans une fosse pour y recevoir sur sa tête le sang

des victimes. Cette cérémonie s'appelait régénération. Le proséljTte en sortait changé dans un nouvel homme (1 ).

Est-ce donc le sang des Rois et des Pontifes que convoite M. de La Mennais pour y retremper le Catholicisme et l'humanité ?

(i) F'ie de Julien , par La Bletterie , p. 179.

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« Les maux qui affligent la terre ne vien- « nent pas de Dieu. » ( p. 189. )

De qui donc ?

Son Ecriture nous répond : Arrivera-i-il dans la cité quelque mal qui ne vienne pas du Seigneur (\ )? •

Et encore : (Test moi, dit le Seigneur, qui

(1) Si efiJk malum in civiiatequod Dominus non feeeriif ( Amo8 m. 6. ) Videlicei in pœnam cuîpœ. ^ m reg, ix, 9. ).

mSTODUB DB LA NOITI'ELLE HÉHÉSIE. StiB

ai fait la lumière et les ténèbi'es ^ moi gui fais la paix et crée les maux (1).

Si M. de La Mennais n'entendait pas le sens de ces paroles , il pouvait en demander l'interprétation a quelques-uns de nos saints Pères ; tous la lui auraient doiiné uniformément. Saint Basile , dans un discours exprès sur ta question , lui aurait appris que « dans le langage de l'Ecriture , Dieu n'est K point d'une manière absolue , le principe «r et la cause du mal ; il s'en sert et ne le ff produit pas. Il fait les maux , c'est-à-dire , te ajoute l'éloquent évêque , il envoie au M pêcheur les châtimens dus k son iniquité ; V par exemple , la guerre avec la. longue « escorte des calamités qu'elle engendre , « la maladie avec ses angoisses ; il fait tout « cela par un juste jugement de sa colère, •e Rappelez-vous la yengeance exercée conr tre 'Sodôme qui l'avait provoquée par les « crimes les plus infâmes-, voyez la punition

(i) Ego Dàminus , et non est alter formons încem €t créons tsnebras, faeiens pacenk^ ^ ofseanê tnahêm : ego Dominus faeiens omnia hœc. ( ba. xlv< 7. ).

SSO UISYOIM B& LA NOUVKLUE BÉHÉSOL

« qui pèse sur Jéirusalem renversée de fond « en comble , et sur son temple livré a la n désolation. D'où viennent ces maux, sinon « du déicide dont elle s*est rendue ooupai( ble ? Par là s'expliquent les maladies qui '( affligent les cités et les nations , les séche^ (c. resses et autres fléaux de cette natiirey V dévastations, désastres, naufrages , wm* i< sacres. Le seul mal réel c'est le pécbé , K et celui-là est Tceuvre de Satan.» »

Ainsi parlent Tertullien , Origine » saînt Chtysostome , saint Àmbroiae, saînt, Augiis^* tin , tous les Pèrçs.

Ce que dit M. de La Mennaîs des deux cités , dans lesquelles se partage. le monde > nest pas cxacîb. «Vous avez , dit-il au peuple « Chrétien , à rebâtir la cité di^ Dieu . » (p , 1-92) il suppose; donc qu'elle a p^âri.- Los I>on^fifi|;es le disaient de leur temps, Lu^bep iBb Caltin Tant répété après* eux. Sf^ipt^^Au^ucltin et Bosquet ont répondu à tous que les praroles de Jésus- Chrjst étaieijit inviolable^., pt Vexpérieace.Fa pitouvé. .

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