LIVRE V
DKPUIS LB PONTIFICAT DE LUCIUS III JUSQU'A CELUI DK BENOIT XI (1181-1303). - LES ALBIGEOIS. - LES FRÈRES MENDIANTS; LES ORDRES HOSPITALIERS ET MILITAIRES- - SUITE DES CROISADES.
Pontificats de Lucius III. Urbaia III, Grégoire VIII, Clément 111, Célestin III. — Etat de l'Europe à l'avènement d'Innocent III. — Sa conduite vis-à-vis do Philippe-Auguste. — D'où vient l'insuccès de la croisade prèchée par Innocent. — Quel était le fond de l'âme d'Innocent. — Son action en Espagne. — Eh Angleterre. — Contre les Albigeois. — L'inquisition. — Quel fut le vrai caractère de son action générale en Europe. — Le 4« concile de Latran réunit les évoques (Je l'Orient à ceux de l'Occident. — Coup d'œil rétrospectif sur le xii« siècle. — Les frères mendiants. — Les ordres hospitaliers et militaires. — Honorius III. — Grégoire IX. — L'empereur Frédéric et ses tentatives de despotisme universel. — Célestin IV. — Innocent IV ; le premier Concile général de Lyon ; saint Louis. — Clément IV et Charles d'Anjou. — Grégoire X ; le 2* Concile général de Lyon. — Innocent V, Adrien V, Jean XXI, Nicolas III, Martin IV, HonoriusIV, NicolasIV.
saint Célestin V. — Boniface VIIl. — La maison de Hasbourg remplace sur le trône impérial celle de Souabc. — C'est du Pape qu'Albert d'Autriche reçoit la couronne impériale. — La vérité sur les doctrines théocratiques reprochées à Boniface, et sur son ambition. — Sa conduite visà-vis de la maison de France. — Coup d'œil rétrospectif sur le xni« siècle. — Roger Bacon, les Croisades.
poniificau de Lu- Pendant les ponlificals de Lncius III (1) 1181liroK^rnSS), Urbain m (2) (H 85-87) , Grégoire VIII
Clément III, Ce- ^' \ J \ ^ ' o
ie.tin III. (1187), Clémenl 111 (1187-91) et Cé^cslin 111 (S)
(i) Nous avons du pape Lucius l'épitaphe que nous repix»duisons, parce qu'elle peint parfaitement l'état tourmenté du pontificat romain à cette époque :
Luci, Lneca tibi dédit ortum, pontificaturn Ostia, papatum Roma, Verona mort ; Immo Verona dédit tibi verum vivere, Roma ExîUnm, curas O^ia. Lucca mon.
(2) C'est sous le pontificat d'Urbain III que Jérusalem tomba sous les coups de Saladin, 88 ans après que Godefroi, poussé vers l'Orient par la parole d'Urbain II. Tavait conqui.*ic sur ces mêmes musulmans. Urbain III, mourut à Ferrare où il avait été pour recruter des secours aux chrétiens d'Orient, en apprenant la nouvelle de cette catastrophe, et probablement de la douleur qu'elle lui causa.
(3) C'est sous le règne de ce Pontife que se termine la troisième croisade e.t que fut inaugurée la quatrième. Un acte admirable de ce Pape fut d'excommunier l'empereur Henri VI, pour l'acte de corsaire par lequel ce brigand jeta en prison Richard, roi d'Angleterre, à son retour de la croisade, pour «n toucher une rançon.
(1191-98), qui vont de 1181 à 1198, nous n'avons à remarquer que le changement profond qui s'est ^ïiyéSenfercPîn* opéré dans rattilude de l'empire vis-à-vis du Saint- Siège, et que nous caractériserons par un seul fait, Frédéric avait fait décider à Bologne, en 1158, par les docteurs en droit, que l'empire du monde entier lui appartenait et .que lopinion contraire était une hérésie, d'après la manière de s'exprimer de Voltaire (1 :, Son fils et son successeur à l'ompire, Henri Vi, voulant régner dans les deux Sidies, en demandait rinvesliture au souverain Pontife, prêt à se faire l'homme-ligc du Pape. Il est vrai que plus tard il s'en empara par les armes ; mais il est bon de constater, en un certain moment, son attitude vis-à-vis du souverain Pontife.
Avec Innocent 111 (1198-1216; recommencent les jours les plus éclatants de la Papauté.
Du moment oii il fut assis sur la chaire de saint Pierre, Innocent reprit les traditions des plus grands Papes et se mit en rapport avec toutes les parties, et même les plus éloignées de la chrétienté.
On sent qu'il y a le retour d'un esprit qui paraît à toutes les grandes époques de l'histoire ecclésias-
( 1 ) Essai sur les Mœurs, chap. 48.
tique, s'incarne dans le successeur du prince des Apôtres etdeRome, agite et vivifie toutes les parties de la terre.
La guerre, non-seulement entre étrangers, mais même entre membres d*une même famille, sé?it partout, et surtout aux extrémités : on Portugal, dans les divers royaum'^s de TEspagne, en Suède, en Norvège ; partout aussi c'est le libertinage, les Temnies légitimes répudiées, les concubines mises en leur place, le scandale sur les troues. Le roi d'Angleterre, avant de mourir, a vu tous ses eufanls, successivement, se lever contre lui ; en, ce moment, c'est le dernier, le plus odieux, Jean-sans-Terrc, en divorce aussi et en pleine débauche. 11 vient d'être cité devant ses pairs, par son suzerain, pour ses terres de France, Philippe-Auguste, pour avoir d'abord irailreuscment incarcéré son neveu Arthur, qu'on lui a livre sous serment qu'il ne lui serait fait aucun dommage, et puis de l'avoir -assassiné.
Bientôt le nouveau Pontife a reconnu que, pour être utile, son action doit se condenser sur un seul point. Il attaque le plus important, le plus dangereux, celui dont le retentissement doit avoir le plus d'efficacité.
Philippe- Auguste avait épousé Ingerburge, fille du roi (le Danemark, et après plusieurs années de mariage Tavait abandonnée pour Agnès de Meranie, se rappelant, lorsque celle passion s'était déclarée, qu'il y avait entre Ingerburge et lui des empêchements basés sur des motirs de parenté. Quelques évêques du royaume entrent la Taiblesse, sur un semblable motif, de casser le mariage.
(^pendant, le roi et même le peuple de Danemark étaient outragés, el se plaignirent au Pape, leurb ambassadeurs assurant par serment que, lorsqu'il est temps encore, Philî])pe n'avait jamais prétexté de cette parenté, qui d'ail leurs n'était pas un motif suffisant.
Le Pa|)e, mis en demeure, appela à lui cette sa conduite vis-à-
vis de Philippe--
cause dont les évêques, d'ailleurs, n'auraient jamais Augmte. dû connaître, car parmi les causes réservées au tribunal suprême du souverain Pontife, c'était une de celles sur lesquelles l'on ne pouvait conserver le moindre doute.
Philippe refusa de comparaître. Le Pape ne pouvait pas reculer, car ce n'était pas là une cause sur laquelle son pouvoir pût être douteux. Il s'agissait bien ic|, d'ailleurs, d'un des points les plus impor-
taots de la morale évangélique el de la discipline ecclésiastique.
Pour traiter celle grave affaire, il envoya un légat en France. Rien de plus doux, de pins prudent, de plus paternel que les instructions qu'il lui donna. 11 lui écrivit que, sans restreindre ses pouvoirs, sou avis était, en cas d'obstination dans la désoI)éissauce au Saiul-Siége, de limiter Tinterdit au roi et nux gens do son domaine. I.e légat alla plus loin, lança Tinterdit sur tout le royaume ; le Pape ne le désavoua point, cl l'évèncmenl prouva qu'en étendant rinterdit atout le royaume, le légat du Saiut-Siége n'avait pas manqué de prudence, car, ainsi que la suite le montra, cette extrémité était nécessaire.
C'est à grand'paiae si elle fut sullisante pour déterminer Ptiilippe ik un semblant de séparation avec Agnès, et de retour vers 1 ngcrburgc. La mort d'Agnès intervint pour tout rcmeltre à sa place : triste victime, qui mourut en donnant lo jour à un prince qu'elle nomma du nom même de la tristesse, Tristan (1 .
(I) Los bistorieus les plus hostiles au Pape, ceux qui out le plus Réclamé sur cette iujustice de frapper tout ua peuple
Tout le uioode sait qae la croisade prëchée par ce doù vient linsuo.
, ces de la croisade
Pape n'eut pas tout lesuccèsqu il étaiten droitd en prêchêe par innoaUeudre (1) ; mais la responsabilité de cet échec
pour atteindre un seul homme, sont obligés 4e recounaitre qu'en cette circoni^tance la nation entière, grands et petits, laïques et ecclésiastiques, reconnut la justice de la sentence et s'y soumit.
C'est certainement un triste spectacle que celui do la France entière couverte de ce crêpe immense de l'interdit, sous lequel foute respiration de vie parait s*étre éteinte : plus de chants reUgieux, les vastes églises ot les plus humbles abandonnées parce qu'elles sont interdites à la prière, les statues voilées ou couchées par terre, les cloches silencieuses. On pourrait accuser celui qui a pris la responsabilité d'un tel état (les choses, si c'eût été par caprice, colère ou vengeance. Mais lorsque eette vaste désolation devient la promulgation saisissante de la vérité morale la plus nécessaire à la société, la punition du crime dont reflet peut être le plus désastreux, on doit suspendre sa critique. Quant au peuple puni pour le prince, ce n'est pas le p^îpo Innocent qui a t'ait cet état des choses, et le mal du prince sera toujours le mal du peuple.
(I) On a été généralement injuste envers Innocent pour la croisade qu'il prêcha.
On nous permettra, dans cette note, d'ajouter quel(|ues réllexions qui, unies à celles qui se trouvent' dans le texte, à ce sujet, l'aurdicnt démesurément allongé.
Si elle vint perdre toutes ses forces à Constautinople, suus le prétexte de replacer sur le trône le suuverkin légitime, et en réalité par un principe de rapines, de soifs de nouvelles [»rincipautés, ce ne fut certes pas la faute du Pontife, qui employa tout ce que l'activité la plus grande peut suggérer
oe doit pas remonter jusqu'à lui, et voici les raisons principales quMt ne pouvait pas prévoir. En premier lieu, la passion du gain se hâta, dès
de moyens pour la détourner de ce chemin funeste et la conserver tout entière pour la délivrance de Jérusalem. G est par là qu'elle pécha, et non pas par impuissance primi- | tive. Innocent ne fut donc pas téméraire en la suscitant; il i est vrai que sou àme était déjà d'un autre âge ; la foi avait | baissé. Mais il n'ost pas permis de dire avec F eury. criii- | quant la circulaire du Pap.^ que c'était une orrour de faire ' parler Jérusalem et le tombeau du Christ, car, spjouto le grave , historien, à la différence du judaïsme qui était attaché à uu i sol particulier, l'essence du Christianisme est d'être spirituel, | et par conséquent de ne pas tonir à c^ qui est extérieur; ' cosmopolito, pai'coisôque U partout clicz lui, Fleury n»^ se ^ connaissait pas lui-même, el pour lui comme pour toute àme , chrétienne, Jérusalem est une ville sacrée entre toutes, et i*» tombeau du Christ, la relique la plus précieuse, la plus salutaire, et celle dont la profanation évcnlle la douleur la pl'Jî= vive jidnui celles que peut éprouver la foi chrétienne.
C'y que l'on a n^proché p.ïcrore à Innoconf, à nropos de cette croisade, c'('>it d'avoir évoillo, pour la précipiter dans tous le^ dangers d'aventures militairt's la foi et tous les sentiments chrétiens. Ce fut là la proinicrc raison que trouvèrent d'emblée, pour couvrir leur tiédeur, les couvents et autres maisons reli.^icusos, auxquels le Pape demandait de concourir à la croisade, au moins par des sacrilic^s d'argent. La piété ne demande-t-ello pas, par-dessus tout, le calme de la vie régulière? C'est encore une objection qui convenait au génie de Fleury, et qu'il a ramassée avec soin dans les document? où il compilait avec zèle ses arguments contre les Papes le>
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les commeDcements, de tourner à son profit le courant généreux ; le doge de Venise, le vieil aveugle Dandolo, pour quelques marcs d*argent qui ne lui avaient pas été payés sur le prix général convenu pour le transport des croisés sur les galères de la république, les dirigea vers Zara, ville chrétienne quMl voulait reconquérir sur le royaume chrétien de Hongrie. Ce ne Tut pas là la seule déviation; Gonstantinople, la ville aux dômes dorés, aux palais somptueux, ce musée qu'avait créé Constantin pour y mettre à Ta^iri les plus belles œuvres du monde païen et les transmettre, sauvées ainsi du torrent des invasions, au monde nouveau, attira ensuite les croisés et les détourna
plus pénétrés de leur mission. Et. il oppose aux chrétiens, s'exposant aux dangers d'entreprises lointaines pour faire pénitence de leurs péchés, les premiers chrétiens se renfermant dans le recueillement et l'exercice d'oeuvres purement édifiantes, comme si l'on pouvait comparer les rares pénitents de la primitive Église aux peuples entiers qu'a baptisés l'Église du moyen-âge ? Certes, les croisés, et surtout ceux des dernières croisades, ne furent pas purs de tout excès ; mais la seule pensée du saint-sépulcre suffisait à jeter quelque chose de noble, de grand, de désintéressé, au milieu de leur ardente barbarie ; c'était faire œuvre sage, autant que haut et sublime, de tourner vers un but divin tant de passions grossières et mortelles à la patrie et au Christianisme.
de Taustère Jérusalem. On ne doit pas en jeter la responsabilité sur Innocent. V.n vain les croisés lui écrivirent-ils de Conslantinople que Toccupation de Teinpire grec par les Latins était sa reslitution à Téglise latine ; cette âme aflTamée de justice ne voulut pas d'un pareil langage ; il n*y vit que des chrétiens alta(ii:és par des chrétiens, et Jérusalem gufiêtaiiiefona.ie oubiléc. C'cst c.ttc soifde la justice, que lui avait
\ ame il Innocent. ^ ■
léguée son prédécesseur Grégoire VII, qu'il applique aux intérêts de la société chrétienne; tel est le fond de cette nature qui éblouit et retient. Ce fut là le ressort de toute sa conduite et le carac-
Son action en Es- . , . ,, . *-i « ^
pi^ne. tère de son génie politique. En Espagne ses foo-
dres portèrent sur la tête de plusieurs rois pour y pulvériser le fléau, sans doute accru au contact des Mabométans, des unions Illicites ; ce n'était ni colère, ni orgueil, mais sentiment de paternité universelle, car avec quels soins, quelles dépenses de son activité et de toutes les ressources du souverain pontificat, vint-il aux secours des mêmes souverains, et, entre autres, des rois de Castille et d'Aragon contre les Sarrasins ? Si en France il étendit avec une force souveraine le bras pour briser les passions hautaines et implacables de
Philippe, il Thouora ensuite assez pour lui rendre Tamour de ses sujets, et il ne sortit do ses mains que plus grand et plus noble. Il est vrai qu'il Tarrêta au moment où il s'embarquail pour aller arracher à son vassal félon, Jean-sans-Terre, sa couronne ; mais T Angleterre eût été pour lui un abinie où se seraient engouffrées des forces qui lui étaient nécessaires pour la frontière, qui alors comme aujourd'Jiui était celle où doivent se jouor nos destinées, la frontière de l'Est. Quant à l'Angleterre, En Angleterre. lorsqu'il en accepta la suprématie pour la dérober à la ruine, ou du moins à la servitude, qui pourrait affirmer que ce fût par ambition ; et Innocent n'étaitil pas autorisé à n'y voir que la simple restitution d'un droit que la conquête normande avait voulu abolir, mais qui avait son principe inaliénable dans la volonté toute spontanée des premiers rois Saxons. Pourquoi le Pape n'aurait-il pas reçu le serment de vassehge d'une couronne, lorsque de toutes parts le droit public européen autorisait les églises, les évécbés, les monastères, à recevoir des donations semblables, dans un ordre inférieur !
L'action d'Innocent eut cet effet, en Angleterre, d'aboutir (15 juin 1225) à la grande charte des
libertés civiles, base de la constitution actuelle, et à la reconnaissance de la pleine liberté religieuse *> et en France, de mettre dans la boucbe et dans le cœur de Philippe, au moment de la bataille de Bouvines : « Toute notre espérance est en Dieu ; )> Tempereur et son armée sont excommuniés par » le Pape ; ce sont les ennemis et les destructeurs » de l'Église ; el l'argent dont on les paye est le » Truit des larmes du pauvre et du pillage des )> églises et du clergé. Pour nous, nous sommes » chrétiens, et nous jouissons de la communion el » de la paix de rÉglise. Quoique pécheurs, nous » lui sommes unis de sentiment, et nous déreo- » drons, selon notre pouvoir, les libertés du clergé. D Cest pourquoi nous devons attendre, avec con- » fiance, de la miséricorde de Dieu, quMI nous )) tasse triompher de nos ennemis (i). »
Nous n'hésitons pas à placer en première ligne,
parmi les services rendus à l'Europe, la croisade
Contre les Albigeois, qu'lunoccnt suscita contre les Albigeois (2). Nous
(i) GesU Philippi Augusti, Francorum Régis. — CoUecU de Duchesne, tom. III.
(2) Quelle était la doctrine des Albigeois? Nous avons quelque peine aujourd'hui à le distinguer avec une entière clarté ; ce qui parait le plus probable, c'est qu'elle était une
ne pensons pas que jamais un historien sincère consente à ineltre à sa charge tontes les horreurs qu'entrafna cette guerre civile, et nous répudions même ia part arbitraire que l'on a Taite, dans ces horre'irs, au représentant de l'ordre et de TÉglise, Simon de Monirort. I^a guerre était légitime ; le péril était social et universel ; le roi d'Angleterre, qui n'était pas directement menacé, se joignait au roi de lM\ince, dans les Etats duquel avait éclaté ce violent ora^e ; plus tard, nous trouvons le bon saint Lonis aussi liMTible contre les restes de cette universelle anarchie que Tempereur Frédéric II. Parmi les seigneurs qui prirent la croix des croisés contre cet ennemi de l'intérieur, l'on trouve, et en foule, des Flamands, des Normands, des Bourguignons, le duc de Bourgogne, le comte de Nevers. L\>nnemi était redoutable autant par son hypocrisie,
continuation ou une restauration jeléo en Europo. l'on no, sait trop comment, de l'hérésie ries Manichéens, dont le fondement était la dualité des principes du hien ot du mal. Le danger de cette hérésie était encore moins dans la partie doctrinale, quoique celte dernière vînt ahoutir à la destruction de la morale, par la fatalité du mal, que dans son attitude extérieure, sociale et politique, les Albigeois se faisant appeler les purs et attaquant le Christianisme et l'Eglise par leurs calomnies contre l'épiscopat et le reste du clergé.
qui le faisait se cacher (1), que par l'arcleiir de sa pro|)agande. Innocent dirigea contre eux les armes de la société civile, comme il avait dirigé ces mêmes armes contre les musulmans qui Tattaquaient aux frontières ; mais il se servit aussi contre eux des armes spirituelles. C'est le grand Pontife qui envoya
(1) C'est sous ce rapport qu'un historien éminent. Heurter, nistoirc d'Innocent III, compare h*s Albigeois aux francsmaçons : « Si nous comparons l'organisation intérieure et » les tentatives dirigées contre les bases spirituelles et tem- » po relies do la société par une secte de la Révolution Iran- » r-aise, les iVancs-ma^ons, avec ce que nous connaissons de » l'hérésie des Cathares (Heurter a raison de confondre les Albigeois avec les Cathares; ils n'en étaient que la continuation), « on remarquera de nombreux rapprochements dans » toutes les deux, la môme séparation de l'homme avec toute » autorité supérieure à celle qu'il reconnaît en lui- môme, et M la même haine contre les institutions sociales, mais prin- » cipalement contre l'Égliso et ses ministres ; les mêmes » mystères communiques seulement à ceux dont on s^était » assuré par une longue épreuve, la môme obligation sévère » de garder le secret confié, môme envers les parents les plus » proches ; l(?s mêmes chefs inconnus à la foule, la même » division en provinces sous des chefs particuliers, les mômes » signes dans la manière de parler, et dans les gestes pour » ceux qui se reconnaissent et s'entendent ; de sorte qu'il » serait presque permis de dire que les francs-maçons ont » continué de nos jours l'œuvre de leurs ancêtres par tout îe » bouleversement qui, depuis un demi-siècle, ruine les fon- » déments de la société européenne. »
contre enx, et pour les réduire par le glaive de la parole, un gentilhomme de Gastillc, Dominique Gusman, qui devint le saint fondateur de l'ordre des Trères prêcheurs. C'est ainsi que les détracteurs de l'Église font remonter jusqu'à Innocent les invectives que l'on ne manque jamais de lancer lorsqu'il s'agit de l'inquisition, sans y regarder de plus près. L'on ne réfléchit point qu'en envoyant, au L'inquisition. milieu de populations entraînées par des Turieux et des hypocrites, des saints qui reproduisaient au milieu d'elles les vertus de la primitive Église, des prédicateurs instruits, éloquents et irréprochables, en chargeant des hommes que toutes les pratiques de la vie religieuse tournaient à la douceur et à la charité, des devoirs et des pouvoirs d'une justice que réclamaient les premiers besoins d'une société menacée jusque dans ses fondements, et alors que le mai s'était étendu sur la plus grande partie de cette société, le grand Pape avait résolu, de la Taçon la plus heureuse, le grand problème de l'union de la charité apostolique et de la vigilance de la magistrature souveraine ;1).
(1) Pour être tout-à-fait exact, il faut faire remarquer que tout d'abord Innocent avait chargé de cette mission deux
Quel tui le vnii ca^ En Ailemagiic, InnocclU altendit longtemps avant
racière île son ac-
Enroi"^"'"'''' ^" ^^ ^^ prononcer entre Philippe et Olhon ; lorsqu'il le fil en ftiveur de ce démit r, celui-ci était le plus
moines do Tabl^aye de ('iteaux, Rait.ier et Pierre de Castelnau. O fut la inênni [»enpr>o et !c môine principe il-adiuinis- Iratiou spirituelle ([ui le porteront à ou charger plus particulièrement, j)lastard, Dominique et ses compagnons. Ce pondant ce ne fut que Grégoire IX qui chargea les frères prêcheurs, en 1233, de Tinquisition, d'une raaniôro tout-à-fait spL'«cialo, en déchargeant tous autres ecclésiastiques de ce soin. Cxî qui paraît inconlestalde, c'est que saint Dominique ne fut point chargé de procéder judiciairement contre les hérétiques, et que rorganisatii)n do l'inquisition en tribunal ré.'jjnlier ne remonte qu'à Gréi^oire JX. Il me semble qué l'on jieut saisir - toute la pensée d'Innocent dans les canons du quatrième concile doLatran, qu'il présida de sa personne. Le troisième, qui ordonne de livrer les liérétique» au bras séculier, doit être rapproolié du dix-huitième qui défend aux clercs vc prononcer une condamnation qui irait à verser du sang. La mission qu'il donna aux divers légats qu'il envoya pour mettre tin à l'hérésie des Albigeois, et qui ne dut pas être au fond autre ^ ({ue celle qu'il confia d'une manière plus durable à saint
l)omini(|uo et à son ordre qu'il encouragea de toute manière, l'ut donc di; tontoj', partons les m >yens spirituels qui étaient à leur disposition, la conversion dos hérétiques et de ne les livrer au imuvoir séculier que lorsque tout espoir de conversion serait évanoui, sans s'employer en rien à la procédure de leur jugomonl. L'organisation de l'inquisition par Grégoire IX ne s'écarta pas des princijies qui avaient dirîffé Innocent sur cette qucstiou, puisque la sentence du tribunal ecclésiastique s'arrêtait à la j)eine qui était du ressort <\u
Taible et u'avait pour Inique le droit électir, encore en pleine vigueur au moins pour la succession au
bras séculier; cepondaiit il est à croire que, sur les instances successives dos trois plus grands souverains de la chrôîiauté BlancliR do C4astille, saint Louis et Frédéric IT, et eu présence de ce que présentait de menaçant pour l'Europe la persistance de ce vaste niouvcnient des Albigeois, ce dernier Pontife dut organiser ce qu'Innocent n avait fait qu'ébaucher, et donner à l'inquisition une organisation puissante et durable. Le lecteur doit remarquer avec soin qu'il ne faut pas confondre les règles de procédure que Grégoire donna à ces nouveaux tribunaux av^c ceux que, plus de deux siècles plus tard, le cardinal Torquemada donna, tout en résistant de toutes ses îorces à un courant j>lus sévère, au(juel il ne pouvait pas se dérober conijdétement, à ceux d'Espagne, et sur lesquels seuls tombent à peu près tous les reproches que l'on a fails il cette institution. Une autre observation, fort importante îiussi, à faire sur l'institulion première, c'est qu'elle prit son nom d'Inquisition, nom qui a quelque chose d'odieux en lui-même, du fait mémo de société secrète qui était le principal caractère de la secte contre laquelle elle était dirigée. La pensée fondamentale était donc la recherche et la découverte des sectaires qui se cachaient ; mais, malgré les victimes qu'elle fit et la terreur qu'elle répandit dans certaines contrées, qui pourrait nier que, môme au point de vue social, la pensée n'en fût pas heureuse et bienfaisante. Que de maux on aurait épargnés à l'Europe, si quelques condamnations ju iiciaires avaient pu, ainsi qu'il était arrivé des Albigeois, extirper ou du moins arrêter dans sa marche le protestantisme, par exemple, de qui sont nées tant de guerres fratricides, et la division de l'Eglise en deux fractions qui n'ont pas encore déposé les armes ?
trôDC impérial, et ses promesses de fldélité à l'Église. Si le Pape rexcommuDia plus tard, il n'excommunia eu lui qu'un ingrat, un parjure, qui avait tenté d'usurper la Sicile qui relevait du Saint-Siège. Eu Hongrie, il réconcilia les deux fils du roi, et il avait mérité cet ascendant par la noble et courageuse indignation avec laquelle il avait flétri l'entreprise des croisés contre Zara, ville de ce royaume. Eu Pologne, il releva TÉgliso, en appuyant celui qui s'en était érigé le réformateur, et en lui donnant l'autorité de légat du Saint-Siège, Henri, évêque de Gnesen. En Norvège, il soutint la liberté de l'Église contre Swerrer-le-Graud. A Rome , l'hospice du Saint-Esprit , qu'il dota de ses biens patrimoniaux, est resté, jusqu'à ces derniers temps, le plus grand et le mieux ordonné entre tous ceux de l'Europe. Dans toute sa conduite à l'égard des Albigeois, tout lecteur qui ira au fond trouvera une continuité admirable d'efforts pour ne pas se départir de la justice et de la mansuétude évangélique ; on ne peut mettre au compte de ce Pontife des excès qu'il ne pouvait ni réprimer ni même connaître, le plus souvent, à la distance où il était placé et au travers de tant de passions
qui sMulerposaieot. La vue de ces excès devrait bien au moins servir, à ceux qui les font sonner si haut, à apprécier à leur juste valeur toutes les tentatives qu'avait faites ce grand PontiFe pour jeier tant d'éléments de force indisciplinée sur le chemin qui pouvait ramener vers nous les ennemis nés de la chrétienté.
Mais la grande œuvre d'Innocent fut le douzième Concile œcuménique, quatrième de Latran. Là fut ^Latnm^réanît les
évêqnes de l'O-
aflermie et placée en dehors de tous nuages la doc- foccidtnt;*"* "^^^ trine catholi(|ue sur T Eucharistie, qui n'avait pas cessé d'être attaquée depuis Bérenger et ne cessera pas de l'êlre jusqu'à Luther. Soixante et dix canons furent édictés par ce ('oncile pour former un ensemble complet de discipline ecclésiastique. Mais ce qu'il faut surtout remarquer, à propos de ce Concile, c'estqu'il réunit quatre cent treize évêques, les légats des patriarches d'Alexandrie et d' Antioche, des patriarches de Constantinople et de Jérusalem. C'est un spectacle qui ne se reproduira plus dans l'Église,, et qui présente le magnifique couronnement du pontificat qui, sans aucun conteste, ne le cède à aucuu autre.
Ce grand Pontife fut un savant et un auteur dis-
- 37G — Coup (laii ivuos- tÎDgiié I). Il vivait, craîUeiirs, dans iiu siècle qui
peciif bur lo xii' , • r . -
sicic. eut une luOuence décisive sur les lettres et les
sciences. Jusque-là, les uues et les autres avaicnl végété, côte à côte, dans une certaine confusion, sous la rubrique fort vague des sept arts libéraux. Ce fut au douzième siècle que lettres et sciences entrèrent dans la voie d'un progrès véritable, en se d'^gageant de toute alliance, et en entrant chacune dan» son ornière propre. L'immortelle décou\ ertc des Pandectcs de Justinien, fuites à Amalû par l'empereur Lotliaire II, inaugura l'étude du droit romain, et fit disparaître, ainsi que des ombres devant le soleil, les diverses jurisprudences barbares. Par une réaction ualurcUe, le droit canon se dégageait et était inauguré, avec sa place à pari, par les décrélales de Justinien. Les écoles de droit civil et ecclésiastique se fondaient eu face Tune de l'autre, et les universités naissaient du prîncips solide et vital de la distinction des sciences, la théologie prenait place parmi elles, et par le nom de scholastique elle inaugurait une ère d'ordre, de clarté, de principes solidement posés. Encore aujourd'hui nous nous étonnons du champ immense
(I) Voir ses lettres et autres ouvrages.
qu'embrassa la philosophie rendue à elle-môuie ; l'économie politique et sociale y prenait place à côté de la métaphysique ; elle s'étendait jusqu'à Iraiter de la navigation, de la chimie, de Tagriculture. Ainsi des belles-lettres, qui, à l'élude de la grammaire ajoutaient celles de la rhétorique, de la dialectique, de la composition, de la sophistique. Les écoles de Salerne, de Montpellier, devenaient célèbres à leur naissance même, par leurs excellentes méthodes, dans l'élude de la médecine. C'est l'époque oii l'éloquence d'Abélard attirait à Paris des élèves de toutes les parties de l'Europe. Ce siècle, tout de formation chrétienne, mériterait bien mieux le nom de Renaissance que celui qui a usurpé ce nom. Saint Bernard obtenait, au milieu de foules plus oombretises, des effets d'éloquence plus glorieux que ceux de Cicéron et de Démosthènes ; il ne serait paç téméraire d'avancer qu'il s'exprimait avec autant de feu et de pureté qu'eux, et certainement avoc des accents plus élevés. Pierre Lombard avait autant d'érudition et de critique que les meilleirs parmi les savants du xvi* et du xvii' siècle ; Jeau de Salisbury est un digne précurseur d'Erasmo ; Hugues de Saint- Victor de Bossuet pour la fécon-^
Los onlros lios|>it«ilieibei militaires.
dite du génie, la sûreté du coup d'œil, retendue des connaissances, et Richard de Saint- Victor de Fénelon, du cardinal de Bérulle, de M. Ollier, par l'élévation et l'élenduc de ses œuvres mystiques. Mais la gloire la plus haule du xir siècle fut «''»nts. 1 expies on d esprit religieux qui le signala. Saint François d'Assise, saint Dominique, appartiennent à ce siècle par leurs commenconicnls. Mais c'est surtout la crcalion dos ordns militaires et des templiers qui en fait Tlionncur principal. Tout le monde en connaît les origines , car personne n'ignore que ce fut pour loger, nourrir, soigner dans leurs maladies les pèlerins en terre sainte, pour les escorler dans leurs trajets, pour les arracher à la captivité, que les plus nobles cœurs de la chrétienté se condamnèrent h une vie dure, exposée à tous les dangers, au milieu des infidèles. Rien de plus admirable dans toute l'histoire ; rien de plus héroïque que la vie des hospitalfers de Saint- Jean, des chevaliers du Temple, de ceux de Tordre Teutonique. Ce furent là les géants et les héros de notre hisloire ; ils furent les premiers parmi ces chevaliers que chantèrent nos poètes, les trouvères, et qui nous donnèrent le Tasse. Ils ne leur
avaient pas élé siipérictirs, ceux dont la Grèce avait Tait ses dieux et ses demi-dieux.
Pour en revenir à la suite de notre histoire, nous ferons remarquer que l'œuvre d'Innocent lui survécut ; sous le sage et doux Honorîus III, qui occupa la chaire pouliflcale de 191 6 à 1227 (1), Frédéric il, qui n'avait été élu empereur que grâce à Tascendant (rinnoceni en 1212, et qui avait été obligé de le reconnaître en 121â devant la Uiète réunie à Egor, comme son bienraitenr cl Tautenr de sa TortuMe impériale, croyanl le moment venu par la disparition de la scène du monde du grand Pontire, voulut soumettre à la fois au despotisme impérial et la liberté de l'Eglise et les libertés municipales des villes d'Italie, et s'emparer de la Sicile qu'il avait juré de respecter comme Tief papal. Il fut obligé de se rétracter pour recevoir la couronne impériale ; mais cette couronne, une fois
(1) C'est sous le pontificat (rilonofius qu'il faut placer l'or^^a' uisation de l'ordre des frères prêcheurs par saint Dominique, car ce fut par une bulle de ce Pape, du 22 décembre 1216, qu'il fut approuvé ; le premier chapitre générai, en mai 1219, ries Franciscains et l'approbation pontificale de l'ordre des Carmes, à la date du 30 janvier 1226, fondé par le B. Albert, patriarche de Jérusalem, le 13 janvier 1171.
Honorius IJI.
obtenue par de fausses promesses, ce fourbe, (OuiQîc il en osi peu de pareils dans riiisloire, agit en Sicile comme s'il n'avait rien promis, fait mourir de douleur le sainl Pontife qui s'est confié en sa parole, tomi)e sons i'excomniuiïic ition du snccc?- «iiKuir. L\. senr d'Honorius, Grégoire IX î227-/il;, n'eu pari pas moins pour la Croisaîc, va jouer à Jérusalem un rôle d'empereur de théalre, conclut, avec le sultan, un traite qui laisse Jérusilom démantelée, sous la puis.^ance souveraine des Musulmans qui se jouenl de ces murs en ruines et de ces églises sans défense, revient en Europe, fait rédiger par Pierre ' r'i"'(l''s«s^in^^^^^^^ de Vigues i 1231 ), sous le titre de Recueil des Lois mo. univers ti. (Ic SiCilc, Ic viai codc du cesarisme, y placo l'Église sous la protection de l'empire, présentaut le pouvoir impérial comme une délégation du Christ, toute justice comme émanant du roi, d'après la loi dile regia qu'on va délerrer sous la poussière séculaire de la Rome païenne. Dans cet intervalle, à force de promesses, appuyées par les instances des évoques et princes Allemands, et mises cw mouvemeni et en relief par le dominicain Qualo 28 août 1230 \ il s'était fait relever de rexcommunication.
Pour en revenir au code de Frédéric, nous ajouterons (|uMI étail un défi non-seulement au Saînt-Siége, mais à riiisloirc et à la raison. Le pape Grégoire se contenta de discuter et de pulvériser les principes sur lesquels il s'appuyait dans les cinq livres de Décrétalcs qu'il promulgua. Ct ce qui est d'une charité vraiment divine, lorsque le fils de ce fourbe, de ce despote, se fut révolté conlrc lui à la tôle do toute rÂlIemagne, Grégoire écrivit à tous les princes et prélats Germains 13 mars 1235) qu'il désapprouvait et blâmait hautement leur conduite, qu'ils ne devaient travailler qu'à ramener la concorde entre le père et le fils, et que, par-dessus tous les antres crimes, était condamnable l'i révolfe d'un fils contre son père. Le noble Pontife mourut viclime de son héroïsme, car pour toute réponse lYédérlc tomba sur la haute cl basse-Italie, le jour de l'excommunication qu'enfin (1239) Grégoire s'était décidé à lancer contre lui, fil capturer par son bâtard Ëntius, à qui il vient de donner la Sardaigne, le navire qui porte à Rome les évé(iues que le I ape y a convoqués pour un Concile, en lue plusieurs, et gorde les autres comme otages. Cependant s'arrètaut, comme tous les fourbes et tous les
pervers de haute lignée, sur le cheiniD du crime pour se donner des airs de modération et de possession de soi-même, il permet un conclave à Naples. cêipsiin IV. Célestin IV (12/|1) y est élu et meurt au bout de Innocent IV: le l'r dlx-hult jours. C'csl Inuoccnt IV qui lui succède
concile pénéial do . ^ c\ ê n i^ i \ ^ • xi ^ «ii
I von ; saint Louis. ^1243-5û), ct qui couvoquc à Lyon un Concile, le premier de ce nom, le treizième œcuménique (12â5) cil est maintenue rexcommunication contre Frédéric qu'innocent n'a jamais voulu lever, préférant la Tuite. La justice arrive. Deux empereurs, le landgrave de Thuriuge, Henri Raspon, en 1246, et après sa mort, Guillaume, comte de Hollande, en 1247, sont opposés à Frédéric, à son fils Conrad IV, à son bâtard Entins. Ce dernier est pris par les {Polonais. C'est eu marchant à la délivrance de ce bâtard, le plus chéri de ses enfants, que Frédéric meurt en 1250, ayant eu occasion, avant sa mort, de se faire le justicier de la liberté civile et de la liberté ecclésiastique, en faisant crever les yeux à son conseiller Pierre de Vignes, auteur de son code de despotisme, le Recueil des Lois de Sicile. 11 est salutaire que de tels exemples soient donnés pour l'édification de ceux qui seraient tentés de sacjifier la liberté et la dignité humaines aux caprices des tyrans.
Pendant que ces dernières convulsions du despotisme impérial agitaient jusque dans leurs fondements l'Allemagne et l'Italie, la France voyait les jours pacifiques et chevaleresques de Blanche de Castille et de saint Louis. T^o Christianisme, déshonoré par la politique basse et tortueuse de Tempereur Allemand auprès des Musulmans chez qui vivait dans toute sa force le souvenir du grand Saladin, était hautement relevé devant cesinGdèles par Théroïsme du roi de France. Peut-être ne serait-il pas osé de dire que sa défaite et sa captivité firent mieux pour notre prestige en Orient qu'une suite de victoires.
Après la mort d'Innocent IV , les pontificats
■^ '^ Clément IV Cl Char-
d'Alexandre IV (lî25M261) et dUrbain IV ( I26t- ^'' ^'^"J^»* 126/i) (1), n'ont d'importance générale que celle des derniers agissements de la maison de Sounbc qui s'abîme sous le poids accablant qu'elle a amassé sur elle. Un des derniers rejetons, Manfred, ne peut même pas tenir en Sicile ; c'est la maison royale de France, qui malgré elle, et après beaucoup d'hési-
{[) C'est le pape Urbain IV qui établit la fôte du Saint- . Sacrement, et ce fut par son ordre que saint Thomas-d'Aquin composa l'office de cette fête.
talions, ne cédant qu'aux instances de Rome, y envoie Cliarles d'Anjou.
Ce fut sous le poulîfical de Clément IV (1265- 68 . Leçon mémorable de ce que peuvent, même sur les cœurs les plus fermes, les excitations d'un pouvoir souverain, surtout lorsqu'il est vivement disputé ! 11 n'est pas contestable, surtout d'après le portrait que uous eu a laissé Villani, que Charles, au moment où il prit possession du pouvoir, ne Tût un prince admirablement doué; cependant, à quelque temps i\c la, ou le trouve se couvrant do honte eu faisant monter sur un échafaud, oii il exerce ime atroce vengeance en môme temps qu'il y avilit la dignité royale, Conradin , petit-fils de Frédéric 111.
C'est pendant l'interrègne qui suivit la mort de ce Pontife, et qui futdetrois ans (1268-1271), qu'en 1270 mourut saint Louis, qui était reparti, comme chacun sait, pour une nouvelle croisade.
Nous nous contenterons d'ajouter, à ce que nous avons déjà dit de ce prince, que son nom
([) C'est à tort qu'on a accusé Clémenl IV «l'avoir pnr.s.-ô à cette tiM'rible exécution. Fleury lui-:n«*'Tne détruit ceU»* calomnie.
seul nous parait la jnsUQcatioo et des deux eipé* dilions quMl entreprit contre les infidèles^ et de celles qui les avaient précédées (1), cap malgré sa sainteté ardente, Tauteur de la pramagtique sanction (2), le juge du chêne de Vincennes, l'arbitre
(1) Ou s'est trop habitué, surtout dans notre siècle, à ne considérer saint Louis que sous son aspect de sainteté et de chevalerie ; vis-à-vis de ce grand roi, le xvm« siècle, malgré sa légèreté et son impiété, a été beaucoup plus juste ; voici ce qu'en dit Voltaire :
a Louis IX a rendu la France triomphante et policée, et, » en tout, il a été le modèle des hommes. Sa piété, qui était » celle d'un anachorète, ne lui ôta pas les vertus royales. Sa » libéralité ne déroba rien à une sage économie ; il sut oc- » corder une politique profonde avec une justice exacte, et peut- » être e-st'il le seul souvei'ain qui mérite cette louange. Prudent » et ferme dans le conseil, intrépide dans les combats sans 9 être emporté, compatissant comme s'il n'avait jamais été » que malheureux, il n'est guère donné à l'homme de pouf^ser o la vertu plus loin. •
(2) L'on a souvent et à tout propos dirigé contre la Papauté le n« 6 de la pragmatique sanction de saint Louis, queFlcury résume ainsi :
« Nous ne voulons aucunement qu'on lève ou qu'on re- B cueille les exactions pécuniaires et les charges très-pesantes » que la cour de Rome a imposées ou pourrait imposer à » l'Église de notre royaume, et par lesquelles il est miséra- » blement appauvri, si ce n'est pour une cause raisonnable » et très-urgente, ou pour une inévitable nécessité, et du
de TEurope, d* aurait pas exposé le sang de ses sujets pour des entreprises qui n^auraient pas été parraitement sages et utiles à la cause de la république chrétienne.
» consentement libre et exprès de nous et de TËglise. » (Fleury, Hist. eccL, liv. 86«).
Je dirai sur ce sixième article toute ma pensée, et je commence par déclarer qu'il est fort rare que Ton se trouve en face d'un texte dont le caractère apocryphe soit plus saillant.
io II est d'abord en opposition évidente avec les cinq articles qui le précèdent, et qui tous sont dirigés à sauvegarder, pendant l'absence du roi, les libertés^ immunités et privilèges de l'Église, contre les emportements que le sage roi pouvait redouter de la part de son ûls, que ses contemporains ont si bien surnommé : Philippe -le -Hardi. Ceux qui liront ces cinq premiers articles seront bien étonnés qu'on ait pu les "^considérer comme dirigés contre les empiétements du pouvoir ecclésiastique. Ce sixième article est surtout en opposition flagrante avec cette recommandation que le saint roi adresse à son fils : c Sois dévot et obéissant à notre mère » l'Église romaine, et au souverain Pontife comme au père » spirituel. » (La pragmatique sanction n'était qu'une suiie de conseils de Louis à Philippe, et non une ordonnance fameuse, comme dit Fleury, ou une loi d'Etat, comme on n'a pas hésité à le dire depuis lors). Philippe se montra digne de cette recommandation, en restituant an Pape le comtat Vénaissin, aussitôt son père mort. Aurait-il agi ainsi, s*il avait été jeté en défiance par ce 6* article ?
2* Fleury prétend que les cinq premiers articles sont destinés à sauvegarder les libertés et droits des églises particulières contre les emportements de la <y)ur de Rome, « tout
Fidèle à la loi que nous nous sommes imposée de ne nous arrêter qu'aux points culminants de cette histoire si vaste et si compliquée de la Papauté, afin de laisser quelque lumière dans Tesprit du lecteur, noas allons, après avoir indiqué Tesseutiel sur ces
» en avouant que le saint roi puisse avoir en vue les entre- • prises des seigneurs et des juges laïques. • Mais il n'y a pas un mot dans ces cinq articles qui puisse laisser supposer qu'il s'agit des empiétements du pouvoir spirituel, et tous, au contraire, contribuent à faire ressortir cette vérité, que le •pieux souverain a voulu sauvegarder et protéger l'action des règles ecclésiastiques, et les privilèges et immunités accordés par lui ou ses prédécesseurs aux diverses églises.
3<> Depuis quelques années, ajoute Thistorien gallican, « il » (le roi) avait ou des différends fâcheux avec le Pape, quoi- ■ que d'ailleurs son ami ; > mais le gi;^ve historieu ne peut citer que deux contestations sur des objets minimes, dans lesquels le Pape céda toujours de son droit , sans attendre môme la revendication du roi. Et l'on pourrait nous faire admettre que le roi si grave, si pieux, était parti de là pour parler d'exécutions, de charges très-lourdes, de royaume appauvri ? En vérité, c'est à ne pas y croire.
A^ Quel est le critique, de quelque mince valeur qu'il soit, qui puisse admettre un pareil langage, non pas de la part d*un César d'aventure, mais d'un roi de tradition, de race, de si haute gravité, de si exquise chevalerie ?
h** Le roi Charles VU, lui aussi, fit sa pragmatique sanction en 1438, en vingt- trois titres ; mais, saos l'excuser, on le ^ comprend ; car c'était en bien d'autres circonstances, pendant le schisme d'Avignon. Cependant Pie U protesta et
pontiGcats intermédiaires, car nous ne rencontrons^ dans cet intervalle rien qui sMmpose à rhistoire par son caractère général et ses attaches avec ce qui précède et ce qui suit, passer de l'élection de Grégoire X , en 1272 , au pontikcat de Boniface VIII (1296-1303).
Louis XI retira cet édit. A qui fera-t-on admettre que Louis XI ait voulu céder de ses droits, et que Grégoire X, pendant ses contestations avec Philippe-le-Hardi, n'ait pas protesté contre un article plus oppresseur qu'aucun des vingt-trois de la pragmatique de Charles YII ? Si ce Pape avait été faible à ce point, comment admettre que cette faiblesse coupable se fût perpétuée parmi ses successeurs , et qu'aucun d'eux n'eût réclamé, pas môme celui qui canonisa Louis IX ? Certes, celui-là au moins aurait été en droit d'exiger qu'on ne laissât pas peser sur cette sainte mémoire le reproclie d'avoir calomnié le Saint-Siège, car c'eût été le calomnier que de le présenter comme un pouvoir d'exactions et d'usurpations.
6® Ce sixième article n'est cité que dans les remontrances des Etats réunis à Tours en 1483, et dans l'acte d'appel de l'Université de Paris en 1491. Là, il était à sa place, puisqu'il s'agissait de faire annufer l'acte par lequel Louis XI avait cédé aux instances de Pie II ; mais pourquoi ne se trouve-t-il pas ailleurs ? Il semble, entre autres, que c'eût été une pièce rare et singulièrement opportune dans la pragmatique de Charles VU.
7° Peut-on admettre qu'au moment de mettre la mer et l'inconnu des événements entre lui et son fils, le sage Louis ait laissé à celui-ci, dans toute la fougue de la jeunesse, de telles excitations.
8o Ce sixième article est donc supposé ; ceux qni vou-
De ce ponlîficat de Grégoire X (1272-76), nous Grégoire x; ie2.
, concile général de
ne mentiooDeroos que le deuxième concile général ^^oq. de Lyon, dont le résultat fut la réconciliation de TËglise grecque ayec TÉglise latine ; c'était pour la quatorzième fois. Innocent V (1276) ne fit que ^"y^^^^^^^t" passer sur la chaire de saint Pierre ; de même îv%onoriî?nrî Adrien V, la même année. — Jean XXI (1276-77) ne régna que huit mois. Nicolas III lui-même (1277- 80;, dans un règne de moins de trois ans, n'eut pas le temps d'asseoir son administration. Son successeur Martin IV (1281-85), nommé à Vîterbe, consacré à Or vieto, mort à Pérouse, image trop réelle de la papauté pendant presque tout le moyen-âge, n'eut guère quele temps de flétrir, en excommuniant ses principaux auteurs, le crime resté célèbre sous le nom de Têpres siciliennes.
(iraient avoir des preuves plus positives de cette supposition n'ont qu'à recourir aux Dissertations du Père Alexandre, xin* siècle , chap. 10 , art. 2. J'oserai môme conseiller la lecture de la Défense de la Déclaration de Bossuet, car tout en faisant de cette prétendue pragmatique de saint Louis une arme contre le Saint-Siège, Bossuet, avec sa rare impartialité, reproduit si exactement les arguments principaux contre l'authenticité de la pragmatique, que, quoique je ne me sois pas servi des mômes arguments, ceux-ci m'avaient déjà fait clairement entrevoir la vérité sur ce point.
Nous D*avons, non plus, rien de particulier sur les règnes si rapides de Honorîus IV (1285-87),
Nicolas IV, SillDl ,, - ___ ,,^r\r\ ^-k\ • . ■ r« • ▼
ciicsiinv. Nicolas IV (1288-92), qui vit tomber Saint -Jean-r d'Acre, et de saint Célcstin V (1294-96)^, qui se démit après deux ans de pontificat.
Cependant la dynastie de Sotiabe a disparu du
La maison do Has-
L'JîrTe tiSnTlm^ ^^^^^ Impérial en la personne de Conrad IV ; celle Kbe/^"'' "^""de Hasbourg lui a succédé en la personne de Rodoli)he I", premier empereur de la maison d'Autriche et vingt-huilième empereur d'Allemagne. Un pauvre gentilhomme, de la maison de Nassau, avait été élu à cause de son peu d'importance, et afin qu'il restât en la main des électeurs. Albert d'Autriche supporte impaliemment la suprématie de ce parvenu, et Voltaire lui-même (1) reconnaft qu'il « envoie à Rome solliciter la couronne impériale. » c est du Pape qu'Ai- Six ans plus tard, toujours d'après le même his-
bert d'Aulrlchc j »
l'Spuriaie^^ ^rien (2), « le même Albert reconnaît que l'empire » a été transréré des Grecs aux Allemands par le » Saint-Siège ; que les chrétiens tieincnt leur )» droit du Pape, et que les empereurs et les rois » reçoivent de lui le glaive. »
(1) Annales de l'empire ^ année 1297.
(2) Annales de l'empire, année 1303.
Daos ses démêlés avec le roi de FraDce, dit Tbis- Lavéritésariesdoc-
trines thèocrati-
torieu AIzog (1), Boniface, qui succéda à Gélestin, âoulfîSe'^it^uî « se défendit comme d'une falsification de sa bulle, "^^ "^^'*^° » d'j avoir aflSrmé, ainsi que Ten accusaient les » Etats, que le roi Pbilippe tenait la France en » fief du Pape ; il protesta que Pbilippe était » soumis au Pape, non pas comme prince {ratione » dominii), mais comme chrétien, sous le rapport » spirituel, et pour les cboses temporelles [ratione » peccati], et qu'enfin il était loin de nier la diffé- » rence des deux puissances instituées de Dieu. » On voit, par conséquent, que Boniface n'eut pas le tort de renouveler ce qu'on appelle les doctrines de Grégoire YIl (2), dans un siècle qui aurait eu d'autres idées. Il avait sur son propre pouvoir des idées plus modérées que la plupart de ses contemporains , et les historiens qui croient être trèsbienveillants pour lui, sous prétexte qu'ils ne l'accusent que d'un défaut de mesure, se trouvent, sans le savoir, injustes à son égard.
(1) /rw^ecc^, tom, II, § 226. •
(2) Nous renvoyons le lecteur, pour qu'il soit édifié à nouveau, si besoin en est, pour ce reproche fait à Grégoire VII, à ce que nous en avons dit dans le III« livre de ce volume.
Yoyons maiutcuant si, ses principes mis de côté, il ne Tut pas, jusqu'à un certain point, coupable des événements orageux et terribles de son pontificat, et si cette culpabilité ne doit pas être mise au compte de son ambition et de son orgueil, et de l'injustice des desseins qu'il poursuivait.
Le point le plus sombre n'est pas cette fois du côté de l'empire. I.à, il soutint, jusqu'à la mort de celui-ci, la cause d'Adolphe de Nassau, qui rependviut avait été élu sans que les électeurs attendissent le consentement qu'ils avaient Tait solliciter auprès de lui.
Sa conduite vis-à- Du côté dc la Francc, i* n'eut jamais qu'un but,
VIS de la maison '* ^
de France. cclul dc la remettre en paix et bonue concorde tantôt avec l'Angleterre, tantôt avec l'empire. Sa préférence marquée était pour la maison de France ; c'est par son propre choix que Charles de Valois, frère de Philippe, fut appelé à recueillir la succession du* trône de Constantinople. S'il ne voulut |)as permettre que Philippe levât des impôts sur le clergé, sans son consentement, ce ne fut qu'en usant de ses droits, qu'en remplissant un devoir de protection, le clergé ne pouvant pas se servir des armes pour s'affranchir des exactions d'une
royauté toujours aDamée. Si enfin le Pape usa de l'arme de rexconimunicatiou, c'est qu'il avait été iusultc en ces termes : u A Bonirace, prétendu » Pape, peu ou point de solut ; que votre très- » graude Tatuité sache que nous ue sommes soumis » à personne pour le temporel. » Yollaire assure, cl*après le léuioignaga d'un écrivain u judicieux et » instruit » que cette lettre est conservée dans les archives du Vatican. S'il y eut des assassins, ils partirent de la cour de Philippe, car il est à croire que les hommes de Philippe Tauraient assassiné s'ils n'avaient pas reculé devant cette magnanime figure ; eu tons cas, ils portèrent la main sur lui pour le jeter en prison, et l'outrage fut assez sanglant pour ([ue le Pontife en mourût quelques jours après 1).
Tel est ce Pontife sur lequel Dante a jeté sa parole qui s'est attachée à lui comme un vêtement dont sa mémoire est encore enveloppée aux yeux
(1) Je ne parlerai pat» ici do la bulle in cœna Domini, par l'impossibilité de tout embrasser; co serait d'ailleurs répéter ce que j'ai eu occasion plusieurs fois de dire à propos des doctrines théocratiques qu'on lui a reprochées. Il me sufQt de reuvoyer le lecteur ù l'analyse trùs-spirituellemcnt faite qu'en donne M. de Maistre, dans son livre du Pape,
de plusieurs. Les historiens frauçais, par esprit de parti\ eut suivi, irop heureux de ce chef de file ; surtout l'historien des Républiques italienn€$, SisoioDdi. On lui a reproché d*avoir poussé hors du pontificat son prédécesseur, pour prendre sa place ;
Roger Bacon, les Croisades.
cependant Thistorieu contemporain de Célestin j n'en dit rien, à propos de la démission de celui-ci. ' On dirait que certains personnages sont les victimes prédestinées des haines de l'histoire. Coup d œil réircs- ^^ ponlificat de BonifacuVIII avait fermé le
pectif sur le xiip I
siècle. xiir siècle. Ce siècle qui fut celui de saint François,
saint Dominique, saint Bonaventure, saint Thomas- i d*Aquio, Roger Bacon, est trop connu pour que j*insis(e. Je ferai œuvre plus utile, il me semble, à | m'arrêter un moment à ce qui a été si souvent reproché à la Papauté, en particulier, à propos des prétendues persécutions qui unissent le nom de ce moine à celui de Galilée dans les mènes diatribes. Roger Bacon était un homme de géniie, mais un téméraire et un maître fort dangereux dans un siècle surtout aussi impressionnable que le xui% et sur lequel restaient encore tant d'ombres. Si on Tcût laissé complètement libre , il eût été un maître en alchimie et en astrologie, auxquelles il
croyait, et sur lesquelles il a beaucoup écrit. Taut quMLfut sage en sa métliode, on lui vint en aide à UD point qui nous ctoime encore aujourd'liui, rar les cent mille livres en monnaie de ce temps que l'on mit à sa disposition pour qu'il pût achctercequi était nécessaire à ses expériences, formeraient une somme énorme en mouuaie de notre temps. Il n'est pas prouvé qu'il ait été, ainsi qu'où le dit généralement, jeté eu prison ; ou le pria de garder sa cellule, ce qui était son devoir de moine, d'interrompre les expériences qui lui toui*naient la tète et l'engageaient dans une voie fausse et dangereuse, et oû rempècha de répandre ses ouvrages au dehors. Sa vie ne dut pas être fort dure, car il mourut à 78 ans. Les vrais savants n'étaient pas persécutés ; témoins saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure.
Je ne dirai aussi, en rejetant une plus grande étendue de développements dans une note (1),
(1) Nous ne mentionnons dans le texte que les résultais indirects des croisades. Mais les résultats voulus, cherchés, poursuivis? la justice de la cause considérée en elle-môme? Nous ne dirons encore là-dessus que l'essentiel, dans cette note, aûn que le lecteur n'ait pas à charcher ailleurs les éléments d'une réponse à un des lieux commuas de la lihre
qu'un mot sur le résultat principal des croisades que ce xiii* siècle vit tomber, car il n'y eut plus tard que des tentatives partielles, comme des campagnes isolées.
Toute l'antiquité a admiré Caton et son delenda
pensée, quoique, depuis Voltaire elle ait bien baissé le ton de ses récriminationg contre ces guerres essentiellement chrétiennes de but et d'inspiration.
Attaquée jusqu'au cœur do la France sous Charles Martel, sans cesse harcelée et entamée en Sicile et dans rilalie méridionale, bloquée pendant plusieurs siècles par l'occupation permanente de l'Espagne, insultée à Jérusalem, dépossédée en Asie, en Grèce, sur toute la côte de Syrie, menacée par l'occupation de toutes les côtes de l'Afrique, par les croisades, l'Europe chrétienne n'avait fait que réagir, se défendre, recouvrer et réoccuper ce qui lui avait appartenu ; car c'est bien sur des chrétiens qu'à l'exception de la Perse, et encore la Perse était en partie chrétienne, les Arabes d'abord, et puis les deux invasions turques avaient opéré leurs conquêtes.
Il est à peine croyable qu'avec de tels faits sous les yeux, si généraux, .si saillants, presque tous les historiens, jusqu'à ces derniers temps, Fr» soieiit arrêtés à ne voir dans les croisades que ce qu'ils ont presque tous nommé une sublime folie, tant il est vrai que l'histoire est presque entièrement à refaire, môme sur les points les plus importants !
Les croisades n'aboutirent, il est vrai, qu'à un des deux
effets que s'étaient proposés les grands esprits qui las avaient
suscitées, celui de mettre une digue au torrent. Mais pour
être pleinement jusfes envers elle, il faut considéror un autre
ésultat qu'elles auraient obtenu -si elles avaient pleinemen*
CarthagOj et les mêmes bistoriens qui reproduisent cette admiration de l'antiquité n'ont pas même une excase pour des entreprises qui allèrent frapper au cœur, c'est-à-dire chez eux, les ennemis héréditaires de la chrétienté qui tenaient les portes
abouti. Les Papes qui les éveillèrent, les soutinrent, leur rendirent quelque vie dans leurs nombreuses défaillances, et qui essayèrent de les diriger sans presque y aboutir jamais, s'efforcèrent toujours de dégager simplement Gonstantinople, et protestèrent, avec force, surtout Innocent III, contre son occupation par les croisés. Ils firent marcher parallèlement toujours deux œuvres aussi importantes l'une que Tautre : la guerre contre les Musulmans, la conversion de PÉglise grecque. L'on ne saurait accuser ce dernier effort d'avoir été mal dirigé, puisqu'il aboutit à la réunion des deux Églises dans le Concile de Florence; et si cette œuvre capitale fut, ainsi quç nous l'avons déjà fait remarquer, submergée à la fin. ce ne fut que par la même catastrophe qui fit disparaître Tempire grec lui-môme.
Si les croisades avaient pleinement réussi, si les derniers efforts de la papauté n'étaient pas venus se perdre dans l'indifférence générale, non-seulement Constantinople n'aurait jamais succombé , mais même elle n'aurait jamais été attaquée. Il est bien vrai qu'ainsi que nous en avons fait nousmème la remarque en y insistant, les empereurs grecs avaient toujours trahi, et c'était même là un obstacle qu'il aurait fallu voir plus tôt. Mais pour s'assurer de Byzance, il n'était pas nécessaire de jeter bas le trône des empereurs grecs, et il sufQsait d'y appuyer cette action papale, toute d'union, que nous avons vu aboutir à Florence et qui fut toujours incessante.
de l'Europe en occupant les défilés des Pyrénées, et en campant non-seulement sur les principaui rivages de la Méditerranée, mais en Sicile, qui en était la clef. Gomment auraient pu surgir les villes commerçantes de Pise, Gênes, Venise, Marseille,
En tous cas, il n'était plus temps lorsqu'on y substitua uo empereur latin à l'empereur grec, car il fallut pour cela détourner les forces les plus considérables du but principal et les jeter en pure perte dans un gouffre. On est porté à croire que quelques vaisseaux dans le Bosphore auraient suffi pour intimider la trahison, si on s'y était pris à temps, qu'on eût agi avec tq(vJération, évitant de soulever le sentiment national en soumettant les Grecs à un homme venu de cet Occident qu'ils ne connaissaient guère que par ce reste de mépris qu'avait toujours gardé la vieille civilisation, surtout à son déclin, contre la barbarie même transformée par le Christianisme.
Que serait-il arlvenu si l'Occident catholique avait donné la main à l'Orient réuni, et se rajeunissant peu à peu au contact habituel de notre jeune civilisation ? Depuis Cadix jusqu'à Constant inople, en passant par Marseille, Gènes, Pise, Rome, Naples, la Sicile et la Grèce, de tous ces points à la tois, quand ce n'eût été que pour appuyer et développer le commerce déjà existant, seraient parties, les unes n*attendant pas les autres, des forces imposantes qui auraient dégagé le rivage opposé do la Méditerranée, celui d'Âfriqae et de Syrie et refoule l'islamisme de l'Asie centrale jusqu'à ces hauts plateaux d'où il venait de s'expatrier. C'eût été tout l'anciea monde romain réuni sous la croix de la coupole Saint-Pierre. De plus larges débouchés eussent été ouverts au commerce
si ces pirates n'avaient pas été refoulés ? Par quel autre moyen, si ce n'est par des guerres de ce genre, auraient pu se mêler les diverses nationalités de l'Europe ? Par quelle route nous seraient arrivés les lettres, les beaux-arts que nos ennemis
européen, et les palais de marbre de Venise, Gênes et Pise, auraient reculé jusque dans l'intérieur des terres, bien audelà du rivage de la mer. La Pologne, la Hongrie, la Bohême, dont la civilisation était déjà sensiblement plus avancée que celle de la Germanie, et surtout tout-à-fait supérieure à celle des pays qui forment aujourd'hui la Russie d'Europe et la Russie d'Asie, donnant la main tout à la fois à Rome et à Constantinople, à l'abri de ces excursions dts Musulmans qui prenaient le meilleur de leur sang et de leurs richesses, et surtout sauvées de cet isolement dans lequel les plaçait roccupation permanente des parties les plus riches de la vallée du Danube, au lieu d'être livrées, comme elles le furent successivement, aux peuples qui les poussaient au Nord et à rOuest,auraient continué l'Italie jusqu'au Bosphore. Le contraire arriva aussitôt que le souffle qui avait soulevé les croisades vint expirer sur les glaces d'une civifisation qui redevenait de plus en plus païenne. De Gonstantinople, le croissant vint insulter la croix jusque sous les murs de Vienne, et par un outrage permanent vint se placer sur le chemin de Constantinople vers l'Occident, envoyant les clefs du Danube CD trophée dans Sainte-Sophie, devenue mosquée. Gette noble mer intérieure, sur laquelle s'étaient jouées si souvent les destinées du monde, cette Méditerranée qui reflétait à la fois dans ses eaux les portiques de marbre et de bronze des villes libres de l'Italie, la coupole de Saint-Pierre, celle de Sainte-
avaient ramassés, comme des épaves, au Irayers de l'Asie, de la Grèce, de l'Afrique ? L'Europe étouffail sous le poids de la Téodalilé, les campagnes sous le château qui les dominait, les villes sous I^ comtes qui les possédaient, la royauté était ceroéc
Sophie, le parthénon d'Athènes, Carthage, Jérusalem, Alexandrie, devint aussitôt comme un lac solitaire sur lequel ne s^aventuraient qu'en tremblant et en se dérobant quelques vaisseaux, presque toujours chassés par des corsaires. Ce silence se communiqua aux villes riveraines dans lesquelles s'étaient concentrés jusqu'ici tous les échanges entre rOrienl et rOccidcnl.
Les croisades, ayant donc avorté dans quelques-uns de leurs effets principaux et voulus, en laissèrent d'autres que nous nous plaisons à redire encore. Ils sont d'ailleurs si évidents que même les historiens les plus injustei pour les croisades les ont signalés : rémancipation des villes et des campagnes, aidée par ce soulagement d'un poids transporté ailleurs, la noblesse arrachée à cette guerre de brigands que se faisaient entre eux la plupart des châteaux féodaux, et vivifiée par une large infusion d'esprit chevaleresque ; l'union des différentes classes do la société mêlées dans les mômes camps, dans les mêmes périls, parfois dans les mêmes aventures ; l'unité de la chrétienté mieux soudée par cette action plus générale des Papes qu'elles provoquèrent ; de Pair donné à l'Occident, qui étouffait ramassé sur lui-même et dans son lit trop étroit ; un vrai bénéfice pour les arts et pour les belles-lettres au contact de cette fine civilisation arabe, que n'avaient pas entièrement étouffée les diverses invasion! des Turcs ; un résultat semblable, mais beaucoup plus profond, et plus étendu, quand ce
par Tépée des grands feudataires, T Église foulée soas les pas de leurs collisions conlintielles. (llelSe-ci respira et acheta les biens, les villes conquirent Jeur indépendance ; le paysan, devenu le compagnon de son maître, fut presque partout affranchi ; la royauté dégagée commença son grand travail
n'eût été que par la vue de cette Rome de Constantin qui, attaquée jusque-là six fois par les Turcs, n'avait pu être entamée et conservait à peu près intactes toutes les choses magnifiques dont l'avaient embellie successivement les empereurs byzautîns. Il est à croire, en outre, que beaucoup de richesses de la Grèce et de l'Asie, menacées par les Turcs, étaient venues lui demander un asile.
Mais le résultat le plus sérieux des croisades, ce n'est pas dans les choses de l'étranger et qui ne sont que comme l'explosion au dehors de la civilisation, qui doit être surtout intérieure, qu'il faut le chercher. Les croisades, qui n'avaient pu dégager l'Asie et l'Afrique de ce filet de barbarie qu'avait jeté sur elles l'invasion musulmane, en avaient du moins préservé l'Europe. C'est le fond môme de la civilisation, son principe tout à la fois et son ressort principal qu'elles avalent sauvé ainsi. L'islamisme n'était . sous un de ses rapports principaux, que l'arianisme formulé d'une façon plus brutale, car c'était non-seulement la négation de Jésus-Christ, mais encore sa place marquée en arrière de Mahomet. C'était jeter la civilisation en plein déisme, c'est-à-dire en plein vague, et lui enlever son principe vivant. «C'était aussi ressusciter la morale du paganisme, avec une certaine aggravation et môme fort importante, car je ne saohe pas qu'un seul des
d'union. LMiéroïsme chrclien naquit d'une cause si noble ; la poésie parul comme la seule langue digne de chanter de si grandes choses, et les cathédrales gothiques s'élevèrent pour contenir un peuple de héros et comme un liommage aux idées chrétiennes qui s'étalent emparées de la société et avaient été l'âme de ses grands mouvements.
peuples païens eût osé donner les voluptés sensuelles comme sanction à la vertu, et sanction suprême, puisque c'était celle de la vie future. C*était aussi remplacer l'action purement divine et surnaturelle de l'Évangile par co qu'il y a de plu? opposé, la foi propagôe par les armes. Coût été aussi la mor{ des sciences et des belles-lettres, ainsi qifil advint dans t^us les pays soumis à l'islamisme.