VIII. en accusation contre la mémoire de Bonirace, que
le haineux Philippe poursuit avec une espèce de
rage, il refuse cependant d'y donnȔr suite et de
flétrir la mémoire de ce Pontife.
Sa conduite vîs-à- Qn croll généralement que Philippe lui arracha
VIS UPS Templiers ^ i i i
pfus'une^œnc^s- du molus la condamualion des Templiers (1).
siou aux passions
cUi souverain fi an- Le JPapc sc boma à Ics Supprimer par manière de provision plutôt que de condamnation, dit
(J) Cette comlamnalioii avait été ^généralement attribuée, par les contemporains et les écrivains qui les copièrent plus tard, et comme à sa principale cause, à la cupidité de Philippe qui trouva, au-delà de ces bûchers, d'immenses trésors. Mais des documents contemporains (Voir surtout F. Theuier, dans la ncvue r'r Tuhingen 1832, p. 681) très-conformes en cela avec les intuitions de l'esprit qui cherche à saisir le véritable caractère des faits historiques dans les circonstances générales au milieu desquelles ils se produisirent, nous révèlent qu"i;n séjour trop prolongé de ces oJievaliers pou instruits parmi les musulmans, en avait faii des incrédules sur le dogme fondamental du christianisme, la divinité de Jésus, tJindis que Timmoralilé de l'Orient, et le vice qui en est l'excès le plus honteux, avait trouvé presque désarmés es religieux militaires, sans cesse exposés à tous les dangers de la vie des camps. C'était donc là un danger pcrm'iae:U pour la foi et les mœurs chrétiennes. Et l'on ne saurait reprocher à un Pape et à un Concile de n'avoir pas défendu cette institution ainsi dégénérée.
Fleiiry (1). Cependant, comme il attribua leurs biens aux liospitaliers de Saint- Jeau-de-Jérusalem, réservant seulement la question des personnes, qu'il cassa Tordre et Tabolit, ou doit conclure que lui et le Concile, ainsi que presque tous les évêques de la chrétienté qui s'étaient occupés de celle grave affaire, les avaient trouvés réellement coupables. Quant à l'excès de la peine, ù sa violente cruauté, ce n'est ni au Pape ni aux évêques que l'on peut en demander compte (2).
Vous voyez que Clément V ne fut pas un pur instrument entre les maiLS du roi de France, ni ^^ cardinal dossa,
, , , ^, , Jean XXH, raal-
le conclave non plus, car après la mort de Clément gré son serment.
' "^ ne peut revenir a
1316;, il dirigea son choix sur le cardinal d'Ossa,
(1) Liv. 9f, 8 55.
(2) Les regards de Li postérité se sont tournés de préférence et avec une horreur marquée vers ce bûcher où moururent le grand maître et le visiteur de Normandie, en appelant Philippe au tribunal de Dieu. Mais il est certain que ces deux dignitaires de Tordre, ainsi que deux autres enveloppés dans le même jugement, n'ava'ent été condamnés par les commis-
.saires du Pape qu'à la prison perpétuelle, et que c'est parce que Philippe craignait l'acquittement des deux premiers, dont on avait suspendu la sentence sur ce qu'ils avaient rétracté les aveux faits précédemment, qu'il se hâta de les envoyer à ce bûcher qu'il avait^ fait dresser à cet effet dans une petite île de la Seine, entre le jardin du roi et les Âugustins
ne peut revenir f H- une.
évoque de Porto, à qui il fit promettre de retourner à Rome après sa consécration. Celui-ci, Jeau XXII (lâlô-â/i), n'était pas français (1), et malgré sod serment, il pensa, vu rélat des choses, ne pouvoir pas y revenir. Vous allez voir s'il se trompait. A Rome il eût été entre les mains de Tempereur. Louis deBaTiùreet Cclui-ci était Louts do Baviërc, ou du moins Louis
8a conduite vis-àvis du Pape, de Bavière avait pris ce titre au moment où Frédéric d'Autriche était tombé entre ses mains. Sur ce que le Pape lui avait reproché d'avoir mis la main sur la couronne impériale (2), il traita le Pape d'hérétique, publia un manifeste à cet effet, et l'accusa de tous les maux qui désolaient l'Italie et l'Allemagne. Que serait-il arrivé si Jean avait été entre ses mains, car c'était là une de ces époques
(1) C'est l'opinion la plus probable, celle de Baluze.
(2) Toute Targumentation du Pape contre Louis ne vapaî^ plus loin; il se plaint, dans la monition qu'il lui adressa, que tandis que son élection était douteuse, car plusieurs électeurs avaient donné leurs voix à son compétiteur Fjédéric, duc d'Autriche, il avait tranché la question à son profit, sans recourir à la décision du Saint-Siôgo, qui avait le droit incontesté de juger en semblable circonstance. Le Pape ne dit pas un seul mot de son droit d'élection ; ce dont il se plaint, c'e?i qu au titre de roi d'Italie, qu'une élection de ses pairs aurait pu seule lui donner, Louis a ajouté Texercice des prérogatives impériales, ce que pouvait seul donner la consécration pontificale.
néfastes où toutes les pensées sont tournées aux viDieures et aux côtés absolus du despétisme (1).
Il va sans dire que Louis de Bavière créa un ^"clîte .?n aiîîf-paîS
Nicolas V.
Pape à lui, du nom de Nicolas V. Jean XX11 mourut dans son triomphe, .après avoir vu toute TAIlemagne et le rcstd de la chrétienté se déterminer pour lui dans sa lutte avec Louis de Bavière ; mais,
(i) Dans le Defensorpacis, Marselius de Padoue, et quelques maîtres de l'Université de Paris, soutenaient que le pouvoir législatif et judiciaire de TEglise avait sa source dan^ le peuple et n'était transmis au Pape et aux autres membres du clergé que par délégation, sous la pression des nécessités et convenances extérieures, et que l'administration extérieure, le gouvernement appartenait à l'empereur qui, en cette qualité, avait le droit de déposer les Papes. Dans son ouvrage de la Monarchie, le Dante, sans entrer dans la question du pouvoir spirituel de l'Église, attrib le à l'empereur comme succédant à la plénitude de pouvoir du premier empire romain, et aussi comme délégué par Dieu à cet effet, une autorité absolue qui est la même sur les états romains quo sur tous les autres. Aussi ne soyez pas surpris de trouver Louis de Bavière, en 1327, à Rome, entouré d'évôques et fie moinefl schismatiques, décréter la peine de mort contre tous ceux qui serant reconnus coupable de lèse-majesté, ou d'hérésip, ce qui est la même chose, puisque fui, Louis de Bavière, esta la fois et le pouvoir émané de Dieu et la vérité émanée de la même source, poussant cette doctrine, comme pour la mettre hors de toute atteinte, à son extrémité, en faisant déclarer Jean XXII coupable de lèse-majesté et d'héré- . sie, et de ce chef le faisant condamner à mort.
encore une fois, que serait-il advenu de lui s'il a^ait Técu en Italie, toute acquise à la folie du césarisme arrivé à son dernier excès (1) ? La mort de Jean XXII ne changea en rien Tattitude de Louis de Bavière, un moment submergé par le déchaînement de Topinion qui s'était produit contre lui, mais ramené sur Teau par la levée de Finterdit qui signala Tavénement de Clément Vil (13Ù2-52).
Mais n'anticipons pas ; entre le pontificat de
Clément Vl et celui de Jean XXII, s'était placé
Benoit XII ccluI dc Bcuoit XII (1333-42). Ce fut là une vraie
nomination avignonaise, mais à Tunanimité, et sur
(1) Nous avons dit, dans une des notes qui précèdent celleci, que le peuple de Rome était, sous Clément V, tout tourné à cotte chimère de la résurrection de la république romaine ; comment pouvons-nous le montrerentier au césarisme, sous le successeur immédiat de ce même Clément? Telle est cependant la vérité. Dans la réponse que ût le Pape à la demande que lui avaient adressée les Romains d'avoir à revenir parmi eux, car cette pièce a un singulier ton de menace, nous voyons que les nobles avaient été chassés. Les nobles, c'étaient les Gibelins, les féodaux, les partisans de l'empereur ; voilà le peuple vrai républicain , radical, se suffisant à lui-même. Lorsque Louis pénétra dans Tenceinte de la cité, ce furen^ des acclamations sans fin : Vive notre seigneur, le roi des Romains, car, ajoutent Yillani et les autres historiens du temps, le peuple aimait sa domination.
t'iodication du cardinal Jean de Gomminges, le plus romain de tous les cardinaux. Il avait débuté par être bénédictin, et c'est pour cela qu'on rappelait le cardinal blanc. Il se montra digne de cette première vocation. Ceux qui se plaisent à considérer les Papes d'Avignon comme des Pontifes fastueux, livrés au népotisme et à tous les goûts séculiers, devraient s'arrÊler à contempler ce Pape, uniquement appliqué à la réforme de T Église, et appelant le Giotto pour lui faire peindre sur les murs de son palais les scènes principales des Actes des Martyrs. La mort empêcha le maitre italien de se rendre à ce désir.
Pour en revenir à Louis de Bavière et à Clé- f^Sidii contre
Louis de Bavière.
ment YI, nous dirons que la miséricorde du Pape n'influa en rien sur la conduite de l'empereur, car celui-ci continua à accorder des dispenses matrimoniales, et le divorce fut même permis par hn à son propre fds, ne laissant debout aucun des droits de l'Église. Celait trop ; Clément ramena contre iicstforcédexcom-
'^ ■ manier ce prince
lui les terribles foudres de l'excommunication, sous PontiKuarbfî lesquels il succomba et mourut. Il est si peu vrai, ainsi que s'exprime le chanoine Dœilinger, « que n la cour d'Avignon remplaça en cette circonstance
tre de i'Ëurope.
» par la violence de son langage ce qui lui man- » quait du côlô du droit et de la justice, » qu^en même temps ce Pontife restait Tarbitre vénère et écoulé de TKurope entière, plaçant sur le trône impérial en le Taisaut couronner à Aix-la-Cbapelle, uu fils du roi de Bohême, Charles IV, rétablissant la paix entre la France et F Angleterre, la Hongrie et Naples, Venise et Gênes. Voiis voyez que la conr d'Avignon, dYii partait une telle influence, n^était ni esclave ni méprisée (1).
Innocent VI ; siiua Voîlà pour Fcmpirc ; quaut à Home elle-même,
tion de Rome sous
ce poniife. gj y^^^g voulcz saislr le travail des esprits qui s'y Tait, vous n'avez qu'à y jeter vos regards, lorsque
(t) Clément VI a été vivement attaqué par Fleury, ne faisant que reproduire Villani, tout dévoué à Louis de Bavière j mais nous préférons au témoignage de cet historien, celui de Pierre Thomas d'Aquitaine, qui est un saint canonisé et qu* n'aurait pas consacré douze discours à célébrer la mémoire d'un pontife dont la vie n'aurait pas été tout à fait recomm&ndable. On a reproché à Clément le népotisme ; il est certain que la bienveillance, qui était son caractère dlstinctif, au dire môme de Pétrarque, laisse supposer qu'il a trop penche de ce côté. Si on veut une nouvelle preuve de l'impossibilité où étaient les Papes do revenir à Rome, on la trouvera dans les propositions que lesRomains firent porter à Clément, et qui consistaient à le rappeler comme patricien, non comme souverain.
soas Taustère Innocent YI (1852-62) (1) qui a luccédé à Clément YII, le tribun Nicolas de Rienzi, ayant ramassé tous les pouroirs municipaux entre ses mains, mande, devant son tribunal, non-seulement le Pape et les cardinaux, mais encore les deux empereurs rivaux, Louis et Charles, ainsi que les princes électeurs. Devant cette folle usurpation qui étonne Thistoire, le Pape et l'empereur se trouvent d'accord, et les armées dé Tub et de l'autre descendent en Italie, mais non pour y produire un effet durable, car le successeur d'Innocent, Tabbé du monastère de Saiut Victor de Marseille, promu sous le nom d'Urbain V (1362-70), malgré urtjijj^ j«^^ de hautes vertus qui sont restées incontestées, iviglToo!"^^'^
{!)* Qu'on nous permette, à propos de ce Pape, une réflexion que Fon pourra étendre à peu près à tous ceux qui séjournèrent à Avignon, à savoir que loin d'avoir été nommés par des influences de cour, et notamment de celle de France, ils étaient de naissance médiocre ou môme infime, et presque tous sortant d'oTdrcs religieux, parmi les plus austères. Une autre réflexion qui s'étend aussi à presque tous, et qu'il faut, en particulier , appliquer à Innocent et à son prédécesseur, ce sont leurs efforts pour ranimer le feu des croisades, en s^appuyant sur l'empire grec et les Arméniens catholiques ; vu le grand développement des ordres militaires, il y avait là, avec ces deux points d'appui, grande cliapce de succès.
malgré son armée et celle de Gbarles lY, malgré rinflueiice presque européenne de sainte Brigitte, rentré à Borne aux acclamations de la chrétienté entière, ne peut s'y maintenir et revient à Avignon pour y mourir (1). Ce Pape était cependant un Giigoiroxiesisur- saint ct uu liommc courageux, Grégoire XI (1370-
pns par la mon c? » o \
étoi"frcé°dVrenl 78) y rcutra et y passa son court pontificat au
irer en France .,, • , . -,* • m, m
milieu de luttes incessantes, Rome, pour se dérober au Pape, tendant la main aux autres villes d'Italie et le tenant enlacé dans un réseau inextricable (2).
(1) Presque tous les historiens ont, à la suite l'un de Tautre, mis sur le compte de ce Pontife son retour à Avignon, et ont avancé qu'il n'avait eu nullement à se plaindre des Romains. Aucun de ces historiens n'oserait nier le mérite tout à fait exceptionnel de ce grand et sage pontife. Il faut donc admettre que s'il revint sur la grave et périlleuse résolution qui l'avait ramené à Rome, ce ne fut pas sans motif. L'empereur et le comte de Savoie avaient tenu chacun un des côtés de la bride de son cheval dans cette rentrée, et dans son trajot il avait été escorté par des galères représentant presque tous les Etats do l'Europe, et surtout les grandes cités de l'Italie ; ce retour était donc une décision à laquelle l'Europe s'associait. Comment, en outre, était-il arrivé qu'Urbain n'a%7Lit pu séjourner à Rome et avait été forcé de se retiter à Viterbe? Gomment expliquer encore qn'il y ait été constamment bloqué par les habitants des environs, que l'on désigne sous le nom générique de Perugins ?
(2) Nous ne pourrions pas exprimer, aussi vivement que nous l'éprouvons, notre étonnement de voir la coalition de
C'est ici que se place une des pages les plus tristes de Thisloire de la Papauté, counue sous le nom de grand schisme, triste époque où Ton rit à la fois à Rome et à Avignon des Papes rivaux se disputer la foi et rattachement des fidèles, et des
tous les historiens non-seulament Italiens, mais même de ceux que l^on désigne comme gallicans contre les Papes d'Avignon. Je ne citerai que Bercastel : a Quoique ces Pontifes » fussent tous, sans distinction, illustres par leurs talents et 1) par leurs lumières ; que la plus grande partie d'entre eux se 9 distinguât par la sainteté de leur vîe, et que plusieurs eus-
» sont eu le don des miracles L'étrange translation du
» Siège apostolique en France^ ce fait seul imprime à leur » nom une tache et une souillure que l'éclat de tous leurs » talents, uni à beaucoup de vertu, n'a pu effacer et que le » cours de tant de siècles ne peut tout au plus qu'affaiblir. » /Histoire de l'Église, t. xiv). Le lecteur qui nous a suivi jusqu'ici jugera s'ils n'y furent pas forcés.
Savez- vous quels sont les deux autorités historiques qui ont le plus contribué à discréditer les Papes d'Avignon ? Ce sont deux poètes, Dante et Pétrarque. Pétrarque ne tarit pas sur la dissolution des mœurs de la cour pontificale ; cependant il ne cessa d'ôtre comblé par elle de faveurs qu'il n'eût garde de refuser. Ce satirique austère laissa deux bàtardsd'une mère inconnue ; et lorsqu'il rbain V, car il n'était pas dans les ordres sacrés, voulut légitimer sa passion pour Laure en daignant demander sa main pour lui, il refusa parce que, dit-il, il ne pourrait plus faire des vers sur elle, ce qui luj convenait mieux, il nous l'apprend lui-même. Il ne rêva toute sa vie que le laurier païen qu'il reçut au Capitole. Je ne
Conciles, réunis pour mettre fin à cet état de choses si lamentables, outrepasser le but louable qu'ils s'étaient proposés en se réunissant, et arriver jusqu'à mutiler ce pouvoir pontifical quMls voulaient sauver, et qu'ils ne pouvaient sauver qu'en se soumettant à lui.
Considérations gô- ^ qQQî pourrait servir de montrer d'un côté à
nèrales sur le i r
schisme dAvi- ^^^^ ,gg pj^p^jj U|,,^.^ Yj (4378^89)^ Boniface IX (1889-140a),InnocentVIl{l40/i-1406),GrégoireXn (1Ù06-1409) et à Avignon Clément VII (1378- 1389) et Benoit XIII (139&), chacun d'eux, fort du sentiment de sa légitimité, s'excommuniant l'un l'autre et déchirant en deux la robe du Christ ?
suis pas plus embarrassé avec Dante, malgré son imposante figure ; il fut grand esprit, poète sublime, mais pauvre caractère ; il lui convenait moins qu'à personne d'accuser les Papes d'Avignon. Guelfe de naissance et de principes, toute sa vie à peu près se passa dans les rangs des Gibelins. Ce pur républicain condensa toutes ses idées en politique dans son ouvrage sur la Monarchie universelle, absorbant républiques comme toutes autres monarchies. Ce patriote ardent (mais vous ne me croirez pas, et je vous renvoie à ses œuvres) fut assez malheureux pour écrire à Tempereur d'Allemagne en lui désignant ainsi Florence ou il était né, et dont il était citoyen : « Elle est la vipère qui se redresse contre les entrailles » de sa mère, la brebis contagieuse qui souille le troupeau. a Tu dois tuer Thydre, en coupant sa tète. »
C^est certainement ici le cas de sMncHner devant les desseins mystérieux de la Providence, et de donner à la pcirole terrible, mais trop vérifiée de saint Paul « il faut qu'il y ait des scandales », une application nouvelle. Il a fallu que la Papauté traversât cet orage pour montrer et rendre évidente sa vitalité intime et divine, ainsi qu'il a fallu à la vérité révélée, également sacrée et d'essence inaltérable, cette autre traversée, au milieu des hérésies se succédant l'une à l'autre, pour faire éclater cette force intérieure qui Tanime et la mène, et que nos faibles regards ne peuvent constater que dans les phénomènes extérieurs qui la révèlent.
Ce sur quoi Ton ne saurait trop insister, c'est que cet état déplorable des choses, au xiv* comme au £* siècle, doit être mis à la charge non de la Papauté, mais de la situation de Tltalie. Je n'ai pas à excuser les cardinaux presque tous Français qui opposèrent Clément VII à Urbain YI dont ils avaient
Vie erraDte d'Ur-
d'abord reconnu la légitimité. Mais il appartient à îîîiJne'P"8^du?on l'histoire de constater que la Papauté, bien loin ^^''"'^' d'avoir fui Rome sans nécessité absolue, y rentra dans la situation suivante. Les cardinaux qui élurent Urbain avaient été obligés de se mettre sous la
protection d'une forteresse, aux portes de Rome. Aussitôt installé, le Pape est réduit à se réfugier à Tivoli d'où il ne revient que sous la garde de Farmée de Jeanne, reiae de Naples. Il y eut plusieurs émeutes à Rome sous le pontificat d'Urbain ; Tune le rejeta violemment sur la route de Texil. Il erra plusieurs années sur tous les chemins de ritalie, et lorsqu'enfin, chassé de ville en ville, il jugea qfie le séjour de Rome n'était pas plus dangereux pour lui que celui de Bologne, Gènes, Pise, Florence, à peine rentré dans sa capitale, il y mourut empoisonné.
Nous n'avons rien à dire de Clément YII que l'on opposa à Urbain , et qui doit être par conséquent considéré comme un anti-pape.
Boniface IX suppri. Sous Ic pontificat dc Bonifacc IX, les troiijiles
me les libertés de . , r^ «. .- -
Rome. 8v fortifie, prirent un tel caractère à Rome que ce Pontife fut
et c est dans udo ^ '■
bie"*qur ÏSSuiê obligé de retirer tous les droits que ses prédéces-
le pontificat d'In- . • . , .
nocentiv. seurs avBit accordés au peuple, de régner despotiquement, et de faire de sa résidence pontificale une véritable forteresse. Malgré cela, il fut plusieurs fois sur le point de succomber dans les embûches qui lui furent tendues, par les Golonna principalement. On conviendra qu'un tel régime est nne
dure extrémité pour uq Pontire, et quMI eût été fort difficile à un Pape de mœurs plus douces, et qui o'anrait pas eu ce grand courage de Boniface dont nous entretiennent ses contemporains.
Son successeur, Innocent ^YII, fut comme lui un homme de courage et de détermination. Cependant son palais fortifié ne lui parut pas une protection suffisante ; il s'enfuit à Yiterbe, et n*en retint qu'après aroir fait prendre par ses troupes possession de tous les points fortifiés de Rome.
Le pontificat de Grégoire XII nous le montre vî© errante de Gréerrant sur tous les chemins de l'Italie ; il est vrai que Ton peut en donner pour motif les diverses tentatives qu'il fit pour s'entendre avec lanti-pape Benoit XIII ; mais il n'est pas démontré que la situation du Pontife, à Rome, n'eût pas été à ellt seule déterminante. t
C'est alors que l'Église entière, représentée par LesconciieBdePise
et de Bâle ; fin
vingt-trois cardinaux appartenant aux deux obé- ^i e ManS^V ^"^ diences, quatre-vingt-douze évêques présents, et cent deux procureurs d'évêques absents, quatrevingt-sept abbés et deux cents délégués, les généraux des quatre ordres mendiants, cent vingt maîtres en théologie, trois cents docteurs et licen-
ciés en droit romaiu et en droit caoon, les princes régnants par les ambassadeurs d'Angleterre, de l'^rance, de Portugal, de Bohême, de Pologne, de Sicile et de Chypre, se réunit à Pise. La première session s'ouvrit le 25 mars l/i09.
Malheureusement ce Concile (1&09J, ainsi que celui de Constance qui lui succéda quelques années plus tard iHiiti-iliiS) ne remédièrent à rien, et on n\i pas lieu de s'en étonner lorsqu'on voit les fâcheuses doctrines au nom desquelles ils avaient été réunis et qui continuèrent à inspirer leurs délibérations. Elles se résument en celte prétendue supériorité du Concile œcuménique sur le Pape, absurdité évidente au simple bon sens, en dehors de tout recours à la théologie, car ce n'est autre chose que la mutilation du corps du Christ, et dans cet état de séparation des membres d'avec le chef, la prétention des membres àa^ir tous seuls et à se passer du chef. La solution vint de la Providence ellemême par un concours de ch*constances qui fit que de trois Papes, Jean XXIII put être déposé malgré sa vive et habile opposition, Benoit XIII et Grégoire XII amenés à abdiquer, et que l'Ëglise entière se trouva soumise à un seul Pontife, de mœurs
saintes et de caractère prudent, le cardioal Otiion Colouna, promu sous le nom de Martin Y (1&17- 1431).
C'est ainsi que finit cette fatale division de^^^TS: TEgUse qui avait son principe dans le choix que Avignon. plusieurs Papes avaient fait de la ville d'Avignon pour résidence. C'est cette dernière détermination qui a été si vivement reprochée à ces Papes par la plupart des historiens. Le lecteur, après tout ce qui a été mis sous ses yeux sur ce sujet, appréciera si ce malheur n'est pas plutôt imputable à des circonstances fatales que la volonté de ces Pontifes ne put dominer. On s'est plu à répéter à ce sujet que c'est la partialité en faveur de la cour de France qui avait entraîné les Pontifes, presque tous français, comme si la France en proflta en aucune manière, au préjudice du reste de la chrétienté. On a parlé de l'air pur de la Provence et des délices d'Avignon I La vues$ule de ce qui rests, dans cette ville, du palais des Papes, et qui est d'un aspect de forteresse, de sombre manoir, suffirait à révéler que là aussi lu Pa|)auté dut lutter, se défendre, et n'eut pas les loisirs de la vie facile. Comme séjour délicieux et attachant, est-ce que
Rome ne vaut pasÂvignoo, etTItalie la Provence?
^u^'auJèrForTiéX PouF cu revcnir à Martin (1), ce Pontife profita de
Pape tur lecon- ^ ^^^ j^^ ambassadcuri de la Pologne lui avaient
demandé de censurer un libelle injurieux à leur nation, pour proclamer solennellement que : per-
{{) Les opinions que condamna ce Pape trouvèrent leur formule définitive, appuyée à grands frais d^érudition et môme d'une apparence de science, car c'est ainsi qu'il convient de s'exprimer à propos d'opinions erronées, dans l'ouvrage que Nicolas de Gusa publia en 1433, sous le nom de Coneordia catlwlica lihri très. Ce que nous voulons dire par ce moi science, appliqué à un tel ouvrage et à un tel docteur, c'est que Nicolas de Gusa n'était pas un simple érudit ni son ouvrage une simple compilation. G'est l'exposé fait avec art et intelligence des opinions soutenues en ce temps-là par Gerson, d'Ailly, Nicolas de Glemeinges, et une foule d'autres docteurs, surtout de l'Université de Paris. Cette œuvre embrasse l'Église sous ses trois aspects de militante, souffrante et triomphante, touche à tous les points importants de son histoire, de sa hiérarchie, de sa discipline. Ge que nous avons à y remarquer, c'est d'abord l'opinion qu'il n'est pas nécessaire qu'un Concile, pour être œcuménique, soit convoqué par le Pape (livre II chap. 25). En second lieu, cette autre que le Concile œcuménique a seul le droit de faire des décrets généraux (liv. II, chap. 9) auxquels chacun est tenu de se soumettre. — Remarquez aussi comme fausses, celles-ci : Les décrets du Pape acquièrent force de loi et la même autorité que les décrets d'un Concile œcuménique, non par la plénitude du pouvoir pontifical, mais par leur promulgation et *leur acceptation par toute l'Église. — Le Pape et le Concile général sont les
sonne n'avait te droit d'en appeler du Siège apottolique ou de rejeter ses décisions en matière de foi. GersoD, qui avait été amené à créer les opi- Dioos connues plus tard sous le nom d'opinions gallicanes , par ce qu'il croyait être les besoins de rÉglise au moment de la réunion da Concile de Pise, s'appuya encore sur elles pour s'élcTcr contre ce décret.
Tout le but de cette œuTre , fruit des ténèbres du temps, est, redisons-le encore, de trouver des remèdes à une crise aussi terrible que relie que veoait de traverser TÊglise, si jamais elle se représentait. La suite montra, presque aussitôt, que vouloir isoler les Conciles généraux du chef qui doit les
représentants de l'Église ; mais cette représentation est plus exacte, plus complète dans le Concile. — Le Concile est donc préférable au Pape ; ses décisions sont plus certaines et plus vraies (liv. II, c. 18). — En un mot, le Concile est au-dessus du Pape (liv. II, chap, 17). — Le Pape est une partie éminente du Concile, mais le tout est au-dessus de la partie (liv. II, chap. 15). — En vertu de la supériorité du Concile général sur le Pape, celui-ci est le j'^ge du Pontife, et peut le déposer pour d'autres méfaits que pour celui d'hérésie. — Rien de plu« naturel que cette supériorité de pouvoir, car les Conciles sont tenus de remédier aux maux de l'Église en punir les auteurs, quand môme ce seraient des Papes (liv. II, chap. 17).
diriger, du principe qui doit les animer, c'était les
jeter sur le chemin de tous les excès. Sans la prn-
,. . „... ,, dence extrême du pape Eugène IV (1481-47?,
Lanli-pape Feux V '^ ^ ^ ^ ''
agissemei?ts™'d" le Concllc dc Bâk, dès ses premières sessions, serait
concile de Baie. , , -«.t. , * >n, . , .
arrivé aiix derniers excès. Nicolas de Cusa, qui était à la tête de Topposition contre la souveraineté pontiQcale, était sincère, et c'est par un élan de droiture et d'indignation quMl se rejeta du côté du Pontife que le Concile, par tous ses actes et toutes ses tendances, tendait à humilier. Uesprit qui menait ce dernier était, en effet, bien réellement un esprit de schisme ; ce Tut bientôt un esprit de fureur. On déposa le Pape. Il ne restait plus que les meneurs, vingt-cinq évoques. Les autres, ébranlés d'abord par Texemplc de Nicolas de Gusa, et puis tout-à-fait déterminés par ces scènes d'où avait disparu tout sentiment hiérarchique, s'étaient retirés peu à peu. Cependant les vingt-cinq continuèrent leur opposition, et aboutirent ù cette élection d'Âmédée de Savoie, qui prit le nom de Félix V, épisode presque EnK<nciv. le con- burlesque au milieu de ces scènes désolantes. La
ci le (le l'Moronco
iEpL'*^"^loiqne ^^'*"^^* partie du Concile de Bâle se réunit à Ferrare, a lEgi.sL- utino. ^^ ^^j^^^ j^^,^ ^ Fjorcncc oti eut lien un acte qaî eût
élé un des plus importants de l'histoire deTl^igUse,
si le mouvement des Croisades avait abouti, je veux dire la réunion de TËglise grecque à I^Église latine par la reconnaissance formelle que flrent les évoques grecs de la plénitude du pouvoir apostolique en la personne de Tévêque de Rome. Mais Tépée de rislamisme pressait vivement Gonstantinople ; Eugène, Tauteur de cette réunion éphémère, doit être, sans doute, considéré comme heureux d'être mort avant de l'avoir vue frappée au cœur par la chute de l'Église grecque en esclavage. Ce Tut sous Nicolas V (1447-55), son successeur, qui en mourut ^'^^*îjj„®{i^gjijî de douleur. Le poids des chaînes et les œuvres de f^Meh rœuvra
de Léon X.
la ruine étouffèrent l'œuvre de la réconciliation. L' Église grecque, séparée de l'Église latine par la barrière que l'islamisme éleva entre elles, s'affaissa sur ce mouvement de renaissance, n'ayant plus la force de le suivre.
L'Église romaine n'avait pas pu sauver TÉgliise grecque ; au dernier moment Nicolas, mais inutilenîent, quoiqu'il offrit à cette entreprise toutes les ressources de la caisse pontificale, avait prêché une suprême oroisade. Ce Pape Tul magnifique dans r hospitalité qu'il offrit aux épaves de la civilisation qui venait de succomber. Peut-être Tut-it plus grand
que Léon X lui-même dans cette magnificeDce ;
tous les mauuscrits grecs recueillis, et ils furent
achetés à des prix inouïs, furent traduits à grands
frais par les hommes les plus compétents de TOcci-
dent. Rome s'embellit de monuments nouTeaux,
comme pour enchâsser les reliques qui lui venaient
de Constantinople. Et nous devons ajouter, au risque
de nous répéter à satiété, qu*au milieu d'une telle
œuvre, Nicolas, loin d*être secondé par les romains,
faillit être assassiné et dut réprimer souvent.
poniificafâ d^^ca- Le» Papcs quî suivirent, Galixtc 111 (1455-
Û^itâill 1458) (1), Pie II (1458-1464) (2), Paul II (1464-
Aiexandrc VI. ^^^^^ ^^-^ ^.^^^ ^^ (147M484) (4), Inuoceut VIII
(i) Le pontificat de Galixte fut-illustré par un fait qui n'a presque pas attiré l'attention de l'histoire, parce qu'il y est isolé, mais étonnant en lui-même, et qui doit être remarqué aussi comme la continuation du zèle des Pontifes romains pour la défense de la chrétienté, la défaite de cent mille turcs devant Belgrade , par les chrétiens conduits par Huniade , Voïvode de Transylvanie, assisté du légat pontifical, Carvaj al.
(2) La plus grande partie du pontificat de Pie II fut empl jyée à des voyages pour réunir contre les Turcs une croisade à la tête de laquelle il allait se mettre lui-même lorsqu'il mourut à Ancône.
(3) Je remarquerai de ce pontificat qu'il s'était formé à Rome une académie de nom et de morale païenne, directement organisée contre le christianisme et la papauté ; Paul la supprima.
(4) Sous le pontificat de Sixte, les Tores, malgré la briUante
(1484-1492) (1), Alexandre VI (1492-1503), n'eareot que deux pensées priucipales sous lesquelles se raugèrent presque tous les actes de leurs pontificats, et qui, en tous cas, résument ce qu'il reste de vraiment historique de cette époque : assurer la paix à Rome par la soumission des grandes familles qui i'avaient troublée jusqu'ici, et élever une I)arrière contre Tinondation musulmane qui, du haut de la corne d'or, menace désormais toute l'Europe (2).
défense de Rhodes par les chevaliers de ce nom, prirent Otrante et parurent devani Ancône.
(1) C'est sous le pontificat d'Innocent que Grenade fut prise» le mahométisme chassé d'Espagne, et l'Amérique découverte par Christophe Colomh.
(2) Quelques-uns de ces Pontifes, Sixte IVet Alexandre VI, ont laissé derrière eux un triste renom de moralité, Alexandre VI surtout. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit, à propos du schisme d'Avignon, de la vraie signification de telles pages dans l'histoire générale de la Papauté. Si l'on veut s'y arrêter, par un autre esprit que celui d'une vaine et stérile curiosité, il convient d'y constater le seul effet d'ensemble qui en résulte, à savoir que l'institution elle-même est bien forte et bien franchement divine, puisque de tels désordres ne lui laissèrent aucune atteinte sérieuse. Que l'on ne nous parle pas de Luther qui s'éleva, diUon, trente ans après la mort d'Alexandre VI. Trente ans, môme en histoire générale, ce n'est pas un effet immédiat ; les pontificats de
C'est sous son pontificat que Ferdinand Y, roi de Castille et d'Aragon, qui avait déjà repris Grenade, Tut salué comme le Tainqueur de IMslafflisme
Jules II et de Léon X avaient été assez caractérisés pour effacer toutes autres traces. Puis Luther, c'est le fond de TAUemagne ; tandis qu'à Rome^ où r«ffet aurait dû d'abord se produire, jamais Tinfluence de la papauté ne se montra plus intacte. Et cette confiance, cette amitié presque, cette alliance du plus honnête de nos rois, Louis XII, avec Alexandre ? Ce que Ton ne pourra jamais admettre, à moins que Ton n'ait réfléchi profondément sur l'histoire de l'humanité, c'est la place qu'y occupe souvent la calomnie en maîtresse incontestée. Je l'ai déjà dit : les crimes légendaires d'Alexaudre VI ne prouvent rien contre la Papauté ; cependant, une histoire sérieuse doit faire tous ses efforts pour arriver à la lumière sur ^ce point. Alexandre humilia les grands de Rome, la plupart des cardinaux, presque toutes les villes d'Italie ; ce furent là des ennemis ; ce sont eux qui ont formulé tous ces réquisitoires. Les discuter tous, est-ce possible, surtout dans une histoire abrégée ? Les dernières accusations, celles qui touchent aux derniers moments de cette carrière orageuse, sont les plus terribles.
Quelle que soit la confiance que nous ayons pu inspirer à ceux qui nous lisent, il est probable qu'ils admettraient jusqu'à un certain point un parti pris de notre part. Est-il un plus fougueux ennemi des choses du Christianisme en général, et de la Papauté en particulier, que Voltaire ? Il ne ménage pas Alexandre ; mais sa critique perçante et son esprit primesautier l'entraînent parfois vers la justice. Si je le cite, ce n'est pas tant pour ce qu'il dit que pour les horizons qu'il entr'ouvre. S'il y a eu calomnie ici> pourquoi pas ailleurs?
sor toute retendue des Espaguet ; mais il eu resta eucore un certain nombre disséuiiué sur divers
Lisez-le surtout avec la pensée qu'il faut étendre bien plus loin qu'il ne le fait les revendications de la justice historique: « Bientôt {Essai sur les mœurs, chap. 101) après, » ritalie fut délivrée d'Alexandre VI et de son fils. Tous Us » historiens se plaisent à transmettre à la postérité que ce 9 Pape mourut du poison qu'il avait destiné dans un festin à » plusieurs cardinaux, trépas en effet digne de sa vie ; mais 9 U fait est bien peu vraisembiable. On prétend que, dans un
• pressant besoin d'argent, il voulut hériter de ces cardinaux; » mais il est prouvé que César Borgia emporta cent mille » ducats d'or du trésor de son père après sa mort ; le besoin » n'était donc pas réel. D'ailleurs, comment se méprit-on à » cette bouteille de vin empoisonné qui, dit-on, donna la 1 mort au Pape et mit son fils au bord du tombeau ? Des » hommes qui ont une si longue expérience du crime ne » laissent pas lieu à une telle méprise ; on ne cite personne 9 qui en ait fait l'aveu ; il parait donc bien difficile qu'on en
• fût informé. 6i, quand le Pape mourut, cette cause de mort f avait été sue, elle Teùt été par ceux-là même qu'on avait f voulu empoisonner ; ils n'eussent pas laissé un tel crime
• impuni ; ils n'eussent pas soufiert que Borgia s'emparât » paisiblement des trésors de son père. Le peuple qui liait 9 souvent ses maîtres et qui a de tels maîtres en exécrât ion, 9 tenu en esclavage sou9 Alexandre, eût éclaté après sa mort ; 9 il eût troublé la pompe funèbre de ce monstre ; il eût déchiré
• son abominable fils. » Ceci est péremptoire, mais l'application doit non-seulement en ôtre faite aux derniers moments d'Alexandre, mais à toute sa vie.
« Enfin, le journal des Borgia porte que le Pape, âgé de
points, el ce no fui qu'en 1610, sous Philippe III, que la Péninsule Tut toul-à-ruit rendue à la croix.
» soixante-douze ans, fut attaqué d'une Gèvre tierce, qui )» bientôt devint continue et mortelle ; ce n'est pas là Teffet » du poison. On ajoute (jue le duc Bor^ia se fit enfermer » dans le ventre d'une mule. Je voudrais bien savoir de quel » venin le ventre d'une mule est l'anlidote; et comment ce » Borgia moribond serait-il allé au Vatican prendre cent » mille ducats d'or? Etait-jl enfermé dans sa mule quand il » enleva ce trésor?
• Il est vrai qu'après la mort du Pape, il y eut du tumulte » à Rome. Les Colonnes et les Ursins y rentrèrent en » armes ; mais c'est dans ce tumulte même qu'on eût di\ » accuser solennellement le père et le fils de ce;crime et de » tous les autres. Enfin le pape Jules II, mortel ennemi de 9 cette maison, et qui eut longtemps le duc en sa puissance, » ne lui imputa point ce que la voix publique lui attribue. » Ici Voltaire se trompe sciemment, car la voix publique c'est le peuple, et il vient de constater lui-môme qu'il ne s'éleva jamais contre la mémoire d'Alexandre.
« Mais d'un autre côté, pourquoi le cardinal Bembo, Gui- » Chardin, Paul Jove,Tommasi et tant de contemporains s'ac- » cordent-ils dans cette étrange accusation ? Pourquoi » nomuie-t-on l'espèce de poison dont on se servît, qui s'ap- » pelait cantarella ? On peut répondre qu'il n'est pas difficile » d'inventer quand on accuse , et qu'il fallait colorer de » quelques vraisemblances une accusation si horrible ; que » ces écrivains ne se faisaient pas scrupule de charger 1 Alexandre d'un forfait de plus, et qu'on pouvait soupçonner » cette dernière scélératesse, lorsque tant d'autres étaient » avérées. »
Nous devons ajouter ici, pour compléter les observations si
Ce fut par des paroles qu'a conservëeslMiistoire et, ^^^^ ^^ ^ ^^^ eo tous points dignes d'elle qu'Alexandre VI donna, "'*' ^°'^'* '' eofaveur de Ferdinand, roi de Càstille, la fameuse
judicieuses de Voltaire, que Guichardin, Bembo» Paul Jovei Tommasi, ne font que reproduire Burchard, et que seul ce dernier est original ; que la chronique de Burchard est un tel tissu d'invraisemblances qu'à la simple lecture non-seulement elle éveille les doutes, mais même inspire un dégoût invincible ; que Guichardin écrivait à Florence et Bembo à Venise, les deux centres les plus animés contre les Borgias ; que Paul Jove est un écrivain très-peu estimable. C'est un protestant, Gordon, qui s*est chargé de jeter dans notre monde moderne cette inqualifiable légende, et son récit n'est qu'une aveugle reproduction de Burchard. Tous les historiens on^ suivi à la file.
Les autres récits sur Alexandre sont autrement invraisemblables que celui de sa mort. Pourquoi Voltaire ne s'appliquet-il qu'à ce dernier ? Je n'en sais rien, mais je puis certifier que la plupart des autres scélératesses que Ton reproche aux Borgia sont plus invraisemblables encore, et pour toutes l'on pourrait faire valoir les raisons générales que donne ici Voltaire. — Que dirai-je de ces incestes du père et du fils avec Lucrèce , mère de l'un , fille de l'autre , et que l'on éloigne cependant en la manant successivement à deux princes qui étaient loin d'être des maris complaisants ?
César Borgia eut assez de délicatesse de conscience pour résigner le cardinalat, à une époque où il était, après la papauté, la plus haute dignité, et le seul apanage qui offrît quelque sécurité à un neveu de pape. Alexandre avait été, ses ennemis en conviennent, très-rigide avant son pontificat sur les convenances de son état. Tous conviennent aussi
bulle que Fleury relève avec une si ardente vivacité : (( Je ne vois pas par quelle autorité les Papes
qu'après la mort de son oncle , Galixte III , il ne brigua pas le pontificat. Il n'y parvint qu'après plusieurs pontificats intermédiaires ; il ne le considérait donc pas comme un moyen de s'affranchir des convenances imposées à une condition plus humble.
Nous terminerons par d'autres aveux de Voltaire : c C'est à lui que Rome dut sa grandeur temporelle, et ce
> fut lui qui mit ses successeurs en état de tenir quelquefois » la balance en Italie. Son fils perdit tout le fruit de ses f crimes (?) que l'Église recueillit. — Tout fut pour le Saiat- » Siège, à qui sa scélératesse fut plus utile que ne l'avait été » l'habileté de tant de Papes, soutenue des armes de la reli- • gion. Mais ce qui est singulier, c'est que la religion ne fut
> pas attaquée alors. »
C'est l'aveu, entre tous, que nous voulions ; quant à ceux qui croient à l'utilité des crimes pour les causes sacrées et immortelles, ils peuvent seuls excuser la légèreté de Voltaire et admettre cette odieuse considération. Si la famille des Borgia ne profita pas de l'œuvre générale de son pontificat, qui fat si utile à l'Église, c'est qu'en laissant de côté sa moralité privée, ce fut un des plus grands Papes, si l'on considère la direction générale de ses efforts et de ses actes, et même les résultats qu'il obtint.
Parmi les détracteurs d'Alexandre VI, qui ont contribué, chacun pour sa part, à lui faire cette légende scandaleuse qu'on ne parviendra jamais à remplacer par l'histoire véritable, il faut citer surtout Guichardin. Dans sa lettre sur La mort d'Henri IV, Voltaire lui adresse cette véhémente apostrophe qu'il avait certainement méritée : a J'ose dire à Gui-
» prétendaieut doDuer la propriété des terres nou- » vellement découvertes ^Ij. »
Le lecteur attentir appréciera qu'il appartenait saus conteste au cher de la cliréticnté de désigner qui il voulait pour la conversion de ces nouveaux barbares, et que, sMI y ajoutait, par une pente inévitable, le don des terres nouvellement découvertes, c'était par le droit que la civilisation s'est toujours reconnu yis-à-vis de la barbarie. D'ailleurs, en ce cas, en particulier, c'était aller au-devant des malheurs que devait entraîner la compétition des puissances rivales dans ces régions récemment découvertes : remarquez que le Pape ne les donnait pas pour les opprimer, mais pour les convertir à la foi chrétienne.
« Vous vous étiez proposé depuis longtemps la » découverte des terres qui ont été jusqu'ici incon- » nues, pour y faire prêcher la foi chrétienne. )» Mais ce pieux dessein a été retardé par la con-
» Chardin : l'Europe a été trompée par vous, et vous l'avez été » par votre passion. » — Il est probable que Guichardin , comme Bembo et autres , ne fut qne Tinterprète des haines violentes de Tlta ie contre cet étranger qui avait humilié si profondément son orgueil.
(1) Hist. eccL, liv. 140, § 31.
» quête du royaume de Grenade. Celle*ci étant
» heureusement acheTée, vous avez envoyé Chris-
» tophe Colomb, homme capable d*un« telle entre-
» prise, qui a découvert des îles et d'autres terres,
» dout les habitants pourraient aisément, comme
» l'on croit, être amenés à la vraie religion. C'est
» pourquoi nous vous exhortons à vous appliquer
)) à cotte bonne œuvre, et pour vous y encourager,
» nous vous donnons et accordons toutes les terres
D que vous découvrirez désormais , pourvu que
» ces nouvelles découvertes n'aient été possédées
» par aucun prince avant la Tête de Noël dernier ;
» et en même temps nous vous ordonnons d'eii-
» voyer dans ces pays des gens vertueux et capa-
» blés d'instruire les habitants dans la fof et les
» bonnes mœurs (1). »
(!) Il est de la plus haute importance de montrer que celle bulle d'Alexandre VII n'est point un acte d'usurpation de l'ambition pontificale, ainsi qu'on n'a cessé de le redire.
Il est, en effet, incontestable que le Pape ne faisait dans cette bulle que se placer au môme point de vue que le reste de la chrétienté ; pour lui comme pour la république chrétienne, le but que l'Europe allait poursuivre dans le nouveau monde n'était autre que la conversion des infidèles ; c'est sous ce rapport que cette conquête relevait directement du pouvoir pontificÉil.
Le successeur d'Alexandre YI, Pie III, ne fitsonachëTementpar
Jales II.
que passer sur le trône pontifical (1503), Jules II
Dam le conseil royal qui adopta, à la cour du Portugal, le projet de Colomb, voici comment s'exprima Pierre de Novohana, comte de Villareal, qui appuya ce projet et le fit adopter :
« L'expérience nous a appris qu'il n'y a point de nation » plus contraire à notre religion que les Maures ; allons donc » chercher des nations moins indociles et moins opposées 9 par leur génie et par leurs mœurs aux vérités de la loi de » Jésus-Christ. Si la gloire de la nation vous est chère, si » vous prenez intérêt aux progrès de la religion, et si vous » voulez voir le Portugal regorger de richesses, traversons » les mers immenses qui nous séparent des peuples orien- » taux ; établissons entre eux et nous un commerce floris* B sant : éclairons-les des lumières de l'Évangile, et n'aban- » donnons point honteusement des entreprises que nulle
» nation, excepté la nôtre, u'a osé tenter Ainsi je conclus
» qu'il sera juste, glorieux et utile d'aller à la découverte de » la route inconnue, de travailler à la conversion de tant de » peuples diCFérents qui vivent dans une ignorance profonde » de notre foi. » (La Clèds, Histoire du Portugal, t. ITI, édit. in-12, p. 498 et suiv.)
Voici comment Colomb lui-même s'exprime dans l'introduction du journal de son premier voyage, adressée à Ferdinand et Isabelle, qui nous a été conservée, ainsi que la journal lui-même, en partie du moins, par son ami Las-Casas, et qui se trouve reproduite par Navaretto, dans sa Relation des quatre voyages entrepris par Christoplie Colomb (tom. II, page première et suivantes).
« In nomine Domini nostri Jcsu Ckristi. — Très-hauts,
(1503-15) qui lui succéda, acheva l'œuvre d'Alexandre, car ce Pontife n'ayant pu que briser la tyrannie féodale des barons voisins de Rome qni étaient,
9 très-chrétiens, très-excellents et très-puissants princes, roi 9 et reine d'Espagne, et des iles de la mer. notre seigneur et » notre souveraine, cette présente année 1492, après que vos » Altesses eurent mis Gn à la guerre contre les Maures qui » régnaient en Europe, et eurent terminé cette guerre dans » la tros-grande cité de Grenade, où cette présente année, le V deuxième jour du mois de janvier, je \is arborer, parla • force des armes, les bannières royales de vos Altesses sur » les t'jurs de TAlhambra, et où je vis le roi Maure se rendre » attx portes de la ville et y baiser les mains royales de vos 9 Altesses et du prince mou seigneur, aussitôt, dans ce préi sent mois, et après les informations que j'avais données à » vos Altesses des terres de Tlnde, et d'un prince qui est » appelé le Grand-Khan, qui veut dire, en notre grande vul- » gaire, roi des rois, et de ce que plusieurs fois lui et ses 9 prédécesseurs avaient envoyé à Rome pour y demander » des Dpcteurs en notre sainte foi pour qu'ils la lui ensei- » gnatsent. Cîomme le Saint-Père ne l'avait jamais pourvu, » et que tant de peuples se perdaient dans l'idolâtrie et en m recevant chez eux des sectes de perdition, vos Altesses » pensèrent, en leur qualité de catholiques chrétiens el de n princes amis, propagateurs delà foi chrétienne, et ennemis 9 de la secte de Mahomet et de toutes les idolâtries et héré- » sies, à envoyer, moi, Christophe Colomb, aux dites coa- 9 trées de l'Inde, pour voir les dits princes, et les peuples, et 9 les pays, et leur disposition, et l'état de tout, et la manière 9 dont on pourrait s'y prendre pour leur conversion i notre » sainte foi. »
selon sa propre expression, les menottei de la l^apauté, Jules s'appliqua à éloigner l'autre danger qui menaçait son indépendance, la domination
Ainsi que tout le monde sait, Colomb trouva sur son pass«age le monde nouveau en cherchant, par TOccident, un chemin vers l'Orient, c'est-à-dire vers les Indes orientales. Ainsi qu'il nous l'apprend ici, ce qui lui avait fait concevoir ce projet, c'était de trouver par TOcéan atlantique, une voie plus courte, plus facile que celle qu'on avait suivie jusqu'ici au travers de l'Orient, et cela afin que les projets de conversion des Indes orientales, auxquels les Papes avaient été forcés de renoncer à cause de ces difficultés insurmontables de communications directes et ordinaires, pussent être repris par une voie plus facile. Colomb nous a appris que tel avait été le mobile principal de sa conduite, et nous n'avons aucune raison de nous refuser â le croire. D'ailleurs nous jtouvons très-facilement constater l'origine, chez lui, de ce projet, et cette origine concorde tout-à-fait avec ce caractère tout reli • gieuz de son entreprise.
Ce fut Toscanelli , géomètre italien , de qui il sollicita et obtint des renseignements sur les Indes, que Toscanelli connaissait d'une manière toute particulière par les relations qu'il avait eues avec les négociants génois, pisans et vénitiens, qui avaient fait le commerce de ces contrées. L'esprit de Toscanelli paraît avoir été surtout frappé du côté religieux de cette question , car voici ce qu'il dit dans sa réponse au chanoine Fernando Martinez qui fut communiquée à Colomb et qui fut le commencement de ses relations avec le célèbre géomètre. (Voir Alexandre de Humboldt , Examen critique , t. !•', p. 25-214 et 226).
c Plusieurs provinces et royaumes dépendent du Grand-
française qui avait succédé, en Italie, k la domination impériale ; la Papauté était désormais libre et son pouvoir temporel assuré.
» Khan^ qui est comme le roi des rois, et qui réside généra- » lementdansle Cathay. Ses prédécesseurs désiraient établir ■ des relations de commerce avec les chrétiens, et il y a » deux cents ans qu'ils envoyèrent des ambassadeurs aux » Papes, pour leur demander des instituteurs qui fussent en » mesure de les instruire dans notre foi. Mais ces ambassa^ • dcurs ne purent arriver à Rome et se trouvèrent forcés de 9 rebrousser chemin, à cause des difficultés qui s'opposaient à » Uur voyage. Sous le rogne d'Eugène IV vint un ambassa- » deur qui assura Sa Sainteté de l'affection que les princes » et les habitants de son pays avaient pour les catholiques. » Enfin, ce qui met hors de doute les 1-ntentions que Ton peut appeler apostoliques du grand navigateur, c'est que dans une lettre qu'il adressa de Grenade, en 1503, au pape Alexandre VII il dit, eu parlant du journal dont nous avons donné une partie de l'introduction, qu'il est dans l'intention de le soumettre à Sa Sainteté. Ce n'est donc pas dans son ambition que ce Pape a trouvé la pensée de se faire l'arbitre des découvertes du grand amiral.