CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET SOMMAIRES SUR LE MOYKNAGB
Coup d'œil rétrospectif sur le xiv* siècle et la partie parcourue du xv«. — Sur quels hommes s'exerce Taction de l'Église pendant le moyen-àge. — L'Église adopte les Barbares que repoussait l'ancienne civilisation. — DifTérence entre son action et celles du Brahmanisme et de Tlslaniisme. — Elle se mêle à toute Faction sociale ; efEcacité du temporel sur cette action régénératrice. — Pourquoi les Barbares vont à elle. — En se mêlant aux pouvoirs féodaux, les évéques les régénèrent et préparent la Qn du règne de la guerre permanente. — Action de la législation et de la discipline ecclésiastiques. — Pourquoi TÉglise n'abolit pas tout d'un coup le servage. — L'égalité introduite dans la hiérarchie ecclésiastique. — Elle est le germe de l'égalité civile. — Ce que prouve, sous ce rapport, l'exemple de la société Indoue. — Influence de la notion de Dieu, père de tous les hommes, sur l'égalité. — - Pendant la période féodale, il n'y a pas d'autre police que celle de l'Église. — Comment l'Église, par l'unité qui part de Rome,
et par les fiefs et autres béaéfices ecclésiastiques répandus en tous lieux, obvie aux deux vices essentiels du système féodal. — Importance, au point do vue social, des immunités ecclésiastiques. — Avantages pour la société des grands biens de l'Église. — Le droit d'asile. — Immensité de la charité ecclésiastique au moyen-âge. — Paroles de saint Simon sur l'organisation sociale au moyen-âge. — Littérature et beaux-arts chrétiens. — La scholastiquc. — Les universités. — Abélard. — Les ordres religieux ; leur vaste unité. — Caractère général des hérésies au moyenâge ; en quoi la création des ordres mendiants y fait face.
— Pourquoi, en particulier, l'ordre des frères prêcheurs.
— Résultats importants, au point de vue social, de Tinstitutlon des Franciscains. — C'est à l'influence chrétienne qu'est due la paix sociale du moyen-âge. — Institution chrétienne de la chevalerie que l'Église fait aboutir à un résultat d'ordre général par l'institution des divers ordres de chevaliers. — C'est la Papauté qui fait aboutir tous les éléments du moyeu-âge en" les coordonnant et en les fécondant.
,. . Nous voici arrivés à ia fin de cette époque connue
Coup dœil rétros- "^ ^
Si I"îa partie sons Ic uom (le moyen-âge, et qjii nous a occupés
parcourue du XV*.
pendant le cours de ce volume.
Ce siècle cl demi qui vient de nous occuper en dernier lieu, fut surtout couvert par les ténèbres de celte division et de cet exil de la Papauté que nous venons de raconter. Contentons-nous de dire en deux mots que c'est pendant ces jours néfastes que surgirent Dante, Pétrarque, sainte Catherine
de Sienne, sainte Brigitte, et bfttons-nous de profiter de ces dernières pages pour quelques considérations générales sur l'ensemble du moyen-âge.
Ce qui produit le plus souvent les erreurs de la critique sur cette époque, c'est le défaut de précision et de profondeur de l'idée que Ton s'est faite de cette époque historique.
Le Christianisme y agit dès les premiers jours ^?e?e,îL^•Sd;
. . . * . * ^1 . l'Église peDdam le
dans toute sa vigueur et tout son élan, mais sur moyeoage. une matière encore informe, les Barbares. 1^'anciennc civilisation a disparu, la nouvelle est à faire. L'ancienne a disparu, parce qu'il n'y avait plus en elle que les vices qui dissolvent, et qu'avaient dis* paru les vertus qui agrègent les éléments et perpétuent ainsi la vie. Les matériaux nouveaux sont bons, solides, mais informes ; il faut les régulariser pour les faire entrer dans une œuvre solide. L'Église a ^t^H*® ^^""^^ *««
^ Barbares que re-
seule ce courage ; elle va au-devant des Barbares, SrS?iiiMUoi®"" ne les repousse pas, ne les combat pas, et ceux contre lesquels l'ancienne civilisation avait employé toutes ses forces pour les refouler, l'Église les embrasse et en fait ses enfants. César ou l'ancienne civilisation, même lesTrajsins et les Marc-Aurèles avaient refoulé ce monde nouveau; Léon-leOrand,
Grégoire-le-Graud , tous les Papes lui tcudenl la
Diticrcnce entre aon maffl. Que serail-U adveuu sî le Christianisnies*était
action çt celle du ^
^ mûmiTne. *^ Tcplié daos la solitude, comoie le brabmisme,oa avait
combattu le cimeterre au poing comme Tislamisme:
Le sommeil comme dans les Indes, ou les ruines
comme dans tous les pays encore aujourd'hui mu-
^rL^'JS'lti^^^^^ C'est en se mêlant à tout que l'Église a
^reunrcetie'l?- tout régénéré; il n'en eût pas été ainsi si elle n'avait
lion régénétrice.
eu qu'une puissance purement spirituelle, si elle n'avait pas eu une place prépondérante dans le temporel.
Il ne faut i)as croire qu'en dehoi*s de l'Église, les Barbares aient rencontré une action civilisatrice autre ; les arts , la littérature , avaient continuellement dégénéré depuis le ii* siècle de Tère chrétienne ; le droit lui-même était devenu corn- Pourquoi les Bar- plétemcut césaricn. Si l'Église fut seule respectée,
barei Tont à elle.
c'est que seule elle était réellement respectable ; si elle fut seule écoutée, c'est que seule elle parlait des choses divines, et, d'une manière digne, des choses morales ; si seule elle ne fut pas jetée par terre, c'est qu'elle était seule à ne pas mériter ce chfttiment. Les Barbares se soumirent à elle parce qn'elle avait non-seulement les paroles de la vie éternelle^ mais encore celles de la vie présente.
Ils ne Taisaient, en cette occasion, aucune perle. Tonl ce qui avait mérité d'ôtre conservé* Tavait été parTÉglise. « Pendant longtemps, ditSchœll (1), » les gens d*église furent chargés exclusivement » du maniement des affaires d'Etat, et les places » de chanceliers, de ministres, de notaires, de » secrétaires, leur furent réservées. Ce fut ainsi 9 que le mot de clerc^ perdant sa signification pre- » mière, devint synonyme d'hommes de lettres. »
Lorsque les Barbares se trouvèrent en face de rÉgUsc, ils se trouvèrent en face de tout ce que l'ancienne civilisation avait laissé de vraiment grand. C/est dans ce cadre magnifique que TÉvangile apparut aux Barbares, excitant leur admiration par sa simplicité divine, sa charité, sa doctrine sublime, par son grand aspect extérieur, ses pompes, agissant à la fois sur leur cœur naïf et droit, sur leur grande imagination remplie encore des grandes scènes des solitudes (i^iMIs venaient de quitter et du spi'ctacle saisissant du vieux monde qui venait de leur être livré, surpris dans ses fêtes et dans ses palais.
En partageant le pouvoir féodal à ses degrés
(I) Histoire des Etats européens y tom. I«^
En se mêunt aaz divers, Ics évêquei rennoblirent, TépurèreDl, le
pouvoirs féodaux.
^ntreSHt^^ît sacrèrent inèmc, ce pouvoir qui n'avait été jusqu'ici SS'^edeîagaerre qu'un Instruiuent (le lutte ou d'oppression, et
permanente.
préparèrent ainsi, lentement, graduellement (1) , la transition de Tétat de guerre permanente à un autre ordre des choses où celle-ci n'apparaissait que par exception, avec des digues pour la limiter et la contenir, des règles pour la juger et Tadoucir, et un tribunal de Topinion qiui lui devenait de jour en jour plus opposé.
Action de la logisia- 0" «c fait pas toul OU uu jour, et rÉglisc ellecipune ecciésiu- mèmc cst soumisc à cet ordre général de toute pro-
tiquei.
gression établi par la Providence elle-même. Les premières lois que T Église fît accepter par la barl^arie rappellent, sous plus d'un rapport, la multiplicité des prescriptions judaïques. Mais il le Tallait, comme à un cheval indompté il faut des liens qui se fassent sentir à tous ses membres; p^us il s'assouplit et plus on le débarrasse. 11 y avait aussi des réformes radicales k faire dans les coutumes des
(1) Ceci ne va pas contre ce que nous avons déjà dit que les populations, afTolécs de terreur, avaient créé le pouvoir féodal en cherchant un maître qui pût les défendre ; car ce maître.créé par elles, après les avoir défendues, les avait op> primées.
Barbares ; il Tallait même, sur ccrlaios points, y iolrodiiirc plus de sévérité ; pour le nipurtrc, par exemple, que Ton pouvait racheter à prix d'argent.
On accuse l'Église de n'avoir pas aflFranclii immé- ^°X^ ^<^Z
. , . V »• i d'un coup le ser-
diatemcnt le servage, qui élail une espèce d escla- vage. vage. Mais elle n'aurail pu le Taire qu'en jetant au milieu de cette société, si profondément remuée par son travail d'organisation, une foule d'hommes qui eussent été les plus dangereux de tous, parce qu'ils irauratent rien possédé. Elle fit beaucoup plus, mais sons le couvert d'une mesure qui fut plus eflScace (|ue si elle avait été radicale : eu admettant aux ordres socrés les serfs de son domaine qu'elle en trouvait dignes , elle leur ménagea nonseulement raffranchissemcnt , mais une position honorée, et sous beaucoup de rapports prépondérante,, C'était une porte toujours ouverte à l'affrauchissement, mais qui heureusement pour la société ne l'était qu'au seul mérite.
11 faut prendre les choses dans leur réalité gêné- ''daÎ8Uih?é^"hîî raie et de première institution. Il pouvait se faire •^**'»"''^"«que le prince, le baron eulrés dans le clottre y cooservaaseiit quelques privilèges. Mais ces privi-
léges restaient contraires à Jiarègle qui éiait bgsée sur Tégalité absolue, en dehors des degrés hiérarchiques, presque toujours franchis par voie d'élection : d'ailleurs Tégalité reparaissait sous une multitude de formes. C'est là le creuset où s'élabora
Elle e«i le germe de ,„,,., . , ,. .
légalité civile, longtemps l œuvre do légalité sociale et politique; c'est dans les couvents et dans tons les rangs de la hiérarchie ecclésiastique que se trourèrent réunies, pendant des siècles, sur un pied de parfaite égalité, toutes les classes de la société, avant que celte égalité eût apparu dans l'ordre général de la société civile.
Ce itie prouve. MUS Si VOUS voulcz lugcr dc l'importauce de cette
cerappori.l'exeni-
fnfiouc.*'' ''^.'''^^' révolution, toute pacifique en ce qui concerne l'Église, vous n'avez qu'à comparer notre société à celle qui en est tout l'opposé ^ous ce rapport, la société indoue, chez laquelle se perpétue depuis tant de sièclcî> la distinction des castes. Eh bien ! c'est qu'aux Indes le corps sacerdotal est fermé, appartient à une seule caste, et que les rois eux-mêmes ne peuvent pas y pénétrer.
mnueDce de la no- Par rcffct inêmc de la première, entre (eûtes, les
tioQ de Dieu, père
de tous les hom- véritésouc prôchc le Christianisme, l'unité de Dieu,
mes, sur légalité. ^ '^
l'égalité de tous les hommes devant lui et dans le
partage df.s biens permaoeats se réfranditidsiift le inoDde. L'égalité civile devait ii;;ttrc de i'égaiité religieuse, tôt ou tard. '
De DOlre temps, on est fort enclin à 5'indigner Pendant u période
"^ " féodale il n'y a
contre la police. Cependant jamais un Etat n'a été ^ecelHe^it^ bien ordonné et surtout durable sans elle. Les sauvages seuls peuvent s'en passer, parce que Templm de la force brutale est chez eux sans Frein, et qu'au fand, s'il peut y avoir en eux quelques vertus ton* cliantes, il ne saurait y avoir ni ordre social ni progrès surtout. Or il n'y avait, sous le système réodal, de police possible que celle de l'Église, et cette police n'employait guère que des moyens moraux, religieux presque toujours. Ses règlements étaient édictés par des conciles : de Pépin-le-Bref jusqu'à l'ayènemcnt d'Hugues Capet, en 235 ans, on en compte 201 dans les Etats des rois carlovingiens.
Le système féodal était un progrès indiscutable ^°™"®°nni^*^'"( sur les diverses Tormes politiques de l'ancien monde pil^\effiff8?t\u-
tres bénéfices ec-
qui tîntes, par des voies diverses qut paraissaient ''Jf*d^J'''er tSt» parfois tout-à-fait contraires, partaient de l'agita- deïx'viSrLwn-
tiels du système
tion démocratique pour aboutir au silence d'abord f^^»^ et puis à la mot*t par le despotisme. Le grand avan*tage du système féodal fut que toutes les positions
y étaient parfaitement nettes, définies, stables, et permettaient aux diverses couclies sociales qu'elles encadraient ainsi dans cet ordre, la lente élaboration des germes divers qu'elles contenaient. Mais il y avait en lui deux lacunes fatales, deux vices d'organisation. L'empire de la force brutale y éuiit à peu près assuré par Tisolemeut des faibles et le fractionnement^du pouvoir ; d'autre part, ce défaut d'unité, de centralisation, pour nous servir d'un mot moderne, était de nature à empécber toute marche d'ensemble, et par conséquent toute civilisation progressive. 11 fallait donc deux choses pour parer aux vices constitutifs et qui paraissaient essentiels à ce système, établir un lien d'unité et d'ensemble et empêcher l'abus de la force. C'est ce que l'Église fit dans la mesuri' déterminée par la Providence elle-même pour la marche des événements, selon qu'elle avait gradué elle-même cette marche. Le lien d'unité partit de Rome, c'est ce qui résulte de toute cette histoiâ^e ; il y eut, au milieu de cette désagrégation universelle, l'unité la plus forte, la mieux servie qui ait jamais paru au milieu des affaires humaines. Quant aux diverses positions que l'Église prit pour atténuer les abus
de la force, elles ont été, elles aussi, successivement éclairées et désignées dans le cours de ces récits et des réflexions qui les accompagnent. Rappelons sommairement la Trêve de Dieu et la Ligue (!e la paix. Faisons observer, ensuite, Tavaniage du système féodal, sous ce rapport, lorsque les fiefs, au lieu d'être entre les mains d'hommes de guerre, se trouvaient eutre celles d'évêques ou autres bénéficiers k qui tous les canons de l'Église interdisaient do répandre le sang et commandaient de défendre l'opprimé et de le prendre sous sa protection. Le droit d'asile élait la reconnaissance quasi- oflicielle de ce droit et de ce devoir. Le droit d'asile et la richesse des bénéfices ecclésiastiques formaient les secours principaux de la faiblesse contre la force. Il arrivait souvent qu'une population considérable était réduite à la misère par les dévastations de grands vassaux en lutte les uns contre les autres. A côté se trouvait un riche bénéfice ecclésiastique qui l'accueillait et la nourrissait. Souvent d'autres populations étaient chassées , poursuivies par des bandes armées de mercenaires qu'un grand feuda taire voisin avait enrôlées pour ajouter à ses propres forces et triompher ainsi dans
une lutte avec uu antre Teiidataire aussi puissant que lui. Cest dans l'abbaye, ou l'église épiscopaie la plus proche, qu'elles étaient récueillies et mises en protection.
iniiM)rt«Dceau point C'cst à cc poîut dc vue surtoul qu'il Tant se placer
de vue social, des
j^^™|;j;;^^^ ®'^''^- pour apprécier avec justice les immunités ecclésiastiques au moyea^âge, du moins au point de vue social. Que seraient devemis tous les infortunés, les. diverses victimes d'un état de clioses eif forma^ tion et en fermentation, si les biens de l'Église n'avaient pas été privilégiés par les chartes ou royales ou impériales, et protégés par les censures ecclésiastiques? Ces propriétés seraient tombées presque immédiatement après leur fondation entre les mains des pillards de toutes sortes, bauts fcudataires, nouvelles invasions, ou simples bandes de mercenaires en congé.
Avontagcs pour la Si VOUS voulez avoir une idée exacte de ce que
société des grands
biens de lEgiise. \g^. Providciice avait accumulé de richesses entre les maios du clergé potu* Taire de cette accumulation même une loi générale et nécessaire de l'ordre et de la paix au moycn-l^e, vous n'avez qu'à vous rappeler les paroles prononcées au début de cet ordre de choses, avant qu'il eût pris tout son déve-
loppement, par Cbîlpérïé et rapportées par Grégoire de Tours (1) : « Notre fisc devient pauvre ; nps » richesses sont transrérées aux églises ; ce sont » les évoques qui régnent ; notre dignité périt et » leur est transportée. » Et ainsi il convenait, car ce n'est pas le roi Chilpérîc qui aurait accueilli et nourri les pauvres opprimés par ses hauts barons.
Quaat au droit d'asile, pour en prendre une idée Ledroiidasiie. exacte, il suflQt de ces paroles de M. Guizot dons sa notice sur Grégoire de Tours : « C'était dans )> quelques cités fameuses, près du tombeau de » leurs saints, dans le sanctuaire de leurs églises, » que se rerugiaientlcs malheureux de toute condi- » tion, de toute origine, le Romain dépouillé de » ses domaines, le Franc poursuivi par la colère » d'au roi ou la vengeance d'un ennemi, des » bandes de laboureurs Tuyant devant des bandes » de barbares, toute une population qui n'avait » plus de lois à réclamer, ni magistrat à invo- » quer, qui ne trouvait plus nulle part pour sa » vio ni silreté, ni protection. Dans les églises » seulement, quelque ombre de droit subsistait » encore, et la force se sentait saisie de que que
(1) Lit. VI, chap. 46.
» respect. Les évêqiies n'avaient , pour défendre
» cet unique asile des Taibies, que raulorité de leur
» mission, de leur langage, de leur courage; il
» fallait qu'au nom seul de la foi, ils repoussassent
» les vainqueurs féroces ou rendissent quelque
» énergie à de misérables vaincus. Chaque jour, -
» ils éprouvaient Tinsuffisance de ces moyens;
» leurs richesses excitaient Tenvi, leur résis-
» lance le courroux. De fréquentes attaques, de
» grossiers outrages venaient les menacer, ou les
)> interrompre dans les cérémonies saintes ; le sang
» coulait dans les églises, souvent même celui des
» prêtres. EnGn ils exerçaient la seule magistrature
» morale qui demeurât debout au milieu de la
» société bouleversée, magistrature à coup sûr la
» plus périlleuse qui Titt jamais. »
immensiiê de lâcha- Si 1^ Icctcur désirc avolr, par approximation, une
riié eoclésiasiiqQe . . , , ' , , .
au moycD-fige. idéc dc cc qu| était comme le roulement ordinaire et régulier de la charité ecclésiasti(|ue au moyenâge, il lui suffira de savoir que, dès le commencement, la part des pauvres, toujours sacrée et réservée, entra pour un quart dans les revenus des églises, que, dès 8 16, le règlement général enjoignait à tous les évêques d'élever des hospices et de les
doter ; et que, dès celle date de 816, les revenus des chapitres, dont le quart, ainsi que nous venons de le dire, était réservé aux pauvres, étaient tels que les chapitres de première classe étaient ceux qui possédaient plus de soixante et dix mille hectares de propriétés foncières ; ceux de deuxième classe en posbédaient plus do vingt mille, ceux Ao troisième classe au moins trois mille cinq cents. Quant aux abbayes, un seul exemple sutlira, celui deCluny qui secourait dix-sept mille paiivres. Dans les nécessités graves, tout allait au secours des indigents, l'or même des vases sacrés. C'est ainsi qu'en 49/1, saint Epiphaoe, évoque de Pavie, acheta la liberté de ^x mille prisonniers de guerre, et en 510, saint Césaire racheta tous les Francs et Gaulois que les Goths avaient Hiit prisonniers, les habilla et les nourrit.
Quant aux influences morales, constatons, comme la principale et la plus salutaire, celle contre laquelle le xvrir siècle s'est élevé avec le plus d'emporlement et de légèreté, le refus de sépulture contre ceux qui étaient moils en dehors de la communion de l'Église. Cette censure, aucun n'osait la braver, dans ce siècle de foi, Ct*r elle portait audelà de cette vie où la force peut, jusqu'à un certain
point, braver les lois morales et leurs sanctions, et venait l'alleintire là où elle est réduite à la poussière du tombeau.
Voici comment un des liommes qui ont le plus profondément creusé la question sociale dans notre siècle, et qui malheureusement lui a imprimé une direction Tuneslc entre toules, résumait cette action de rÉglise au moyen-âge, dans un manifeste adressé aux Parlements de France et d'Angleterre ; c'est saint Simon qui parle :
(( Avant la Tin du quinzième siècle, toutes les » nations de l'Kuropc formaient un seul corps poli- . )> tique, paisible au-dedans de lui-même, armé » contre les ennemis de sa constitution et de son )) indépendance.
^To^sÎMoï'in^ » La religion romaine, pratiquée d'un bout de mii"en-â^è*^^ "" )) F Ëuropc à l'autrc, était le lien passif (?) de la » société européenne ; ie clergé romain en était le » lien actif. Répandu partout, et partout rie dépen- » dant que de lui-même, compatriote de tous les )) peuples, et ayant son gouvernement et ses lois, » il était le centre duquel émanait la volonté qui » aniiuait ce grand corps, et l'impulsion qui le » faisait agir.
n Un* territoire iodépendant de toute dominatfon » tcmgprelle, trop grand pour être facilement con- » quis, trop petit-pour que ceux qui le possédaient » pussent devenir conquérants, était le siège des » chefs du clergé. Par leur pouvoir, que Topinion » élevait au-dessus du pouvoir des rois, ils met- >» taient un frein aux ambitions nationales ; par n leur politique, ils tenaient cette balance salutaire » alors, et devenue si funeste, depuis qu'un peuple >i s'en est saisi.
» Ainsi la cour romaine régnait sur les autres » cours, de la même manière que celles-ci régnaient » sur les peuples, et l'Europe était une grande aris- » locmtie, partagée en plusieurs aristocraties plus » petites, toutes relevant d'elle, toutes soumises à » son influence, à ses jugements, à ses arrêts. »
J'aurai tout dit de la littérature au moycii-âRe, Liitéraiureetbcaax.
•* ^ ' artt chrétiens.
lorsque j'aurai fait remanjucr qu'elle fut presque exclusivement sacrée. Ce sont des sermons soit de dogme, soit de morale, des commentaires de T Écriture, des traités de théologie, des panégyriques ou des vies'de saints. De celle-ci, la seule collection connue sous le nom de Boliandistes, contient plus de vingt*cinq milles; ce n'est que plus tard, au
moment historique connu sous le nom de Renaissance, qu'apparaîtra un mouvement général de littérature prorane, car ce mouvement de littérature proraue limité à quelques œuvres que nous avons signalées, à Toccasion, dans ce volume, et qui est visible pour Tobservateur dans toute la durée du moyen-âge, n'y était qu'a l'état intermittent et ne produisit pas un ensemble d'œuvres, tel qu'on puisse y jecounaiire une marche continue. Ce qui était en travail, au moyen-âge, c'était Tânie, le cœur, et non pas la passion profane. Là est la vraie distinction du moyen-âge, sa gloire immortelle, et à le dire il n'y a aucune exagération. Le moyen-âge recherche toutes les traces qu'ont laissées la charité, la sainteté, et ne se complait que dans cette vue ; il a composé tous les matériaux qui doivent servir à régénérer le monde. La poésie des âges qui ravalent préc édé avait chanté les dieux de la lorce brutale, ceux de la volupté, de la fraude, et s'était complue aussi à diviniser toutes les énergies de la matière : le moyen-âge en détourna les yeux et Ht bien. Il souffrait trop dans les commencements pour se plaire à de tels spectacles ; plus tard, à ses derniers jours plus calmes, il se trouvait
avoir acquis des pensées trop hautes, des sentiments trop purs. Il avait une poésie, mais celle du cœur régénéré ; le monument le plus solennel en est cet admirable ouvrage que nous connaissons aujourd'hui sous le nom d'Imitation de Jésus-Christ et qu'il avait connu sous celui: De la consolation de rame chrétienne (!)• Mais il n'est pas le seul ; les effusions de saint Anselme, ses méditations, les élans de saint Bernard, les profondes et calmes considérations de saint Thomas-d*Âquin, un monde d'hymnes touchants, de prières naïves et ardentes, composent un trésor littéraire qui sera à jamais celui des cœurs purs, des âmes divines, de tous ceux qui, comme la Temme de Loth, ne se retournent pas en arrière pour jouir par la vue des feux qui consument Sodome. Tout est poésie au moyenâge, la pierre, le bois, le verre, tous les matériaux qui entrent dans la construction et Tornementation des églises. Pas un de ces matériaux qui reste à Tétat inerte ; tous deviennent ornements et tous
(1) Le titre ne fat presque jamais identique ; il y eut des variantos. Dans un manuscrit de 1472, on trouve : Liber internœ consolaiioniSy dans un autre do la même annét^ : Incipit liber consolatorius, etc., etc.
ont leiir vie propre. Les uns s'étancent vers ie cM dans l'attitude des mains qui s'unissent pour prier ; les autres se replient dans une extase intérienre et expriment toutes les émotions des saintes âmes coniemplîilives : ceux-ci s'&mparent des diverses couleurs, les sombres pour le mystère, les plus éclaianles pour rappeler l'apothéose des saiats, de laVicrge-mère, de l'homme-Dieu, les plus délic»les pour les figures des vierges, parfois les plus criées et les plus heurtées pour représenter les souffrances el la morl des martyrs. Encore une fois, crtln poésie n'est pas la peinture des vices et des travers des Jiommes, ni celle non plus de leurs passioBs si coktagieuises; surtout elle ne cherche pas à divinise ce qu'il y a (!e plus détestable dans notre nature et de plus condamnable dans Tbistoirc ; c'<^t la poésie du Christianisme, tout l'opposé de celle du paganisme. Nous la devons nu moyen-âge, qui continua, sous ce rappori, comme sous tous les autres, quoique avec des nuaucos diverses, la tradition des quatre premiers siècles de l'Église, et tout ce qui a été Adt h l'opposé est une déviation de la tradition chrétienne.
Voilà dans l'ordre des sentiments. Dans l'ordre
^ FQDSieigQjÇineut dogmatique, Ja tltéolçgi^.Qe créa Lasoioiasiique. pas la scbolastiqae, mais lui donna une exieusiou générale, et presque cxclujsive, du moins pour renseignement didactique et scolaire. Et il n'y a rien de plus naturel et de plus indiqué par la nature même des choses, car l'enseignement théoiogique est tout l'oppose de renseignement philosophique, du moins de renseignement philosophique entièrement indépendant. Celui-ci est porté par sou indépendance à rejeter la majeure qui le dominerait et pourrait embarrasser son élan. Platon ne remploie pas, et Descaries la rejette, mais en ceci ce dernier opéra, dans un siècle de tradition chrétienne, une révolulion dans le sens philosophique le plus indépendant, et comme on dirait de nos jours, le plus libre-penseur. La philosophie orthodoxe ne saurait ellemême admettre entièrement cet affranchissenient, car il est beaucoup de vérités de Tordre philosophique, et les plus importantes, qui sont dominées, ou dii moins fortement aidées par |a révélation. Kn dehors de la révélation, jamais on n'a su faire une philosophie parfaitement dégagée de tout alliage ; et ce qu'on n'a jamais f-ut, on ne doit pas suppo^^r qu'on le puisse jamais. Les vérités philos^Q^Jh^cjues
ne se soutiennent pas toutes seules, et, si on dit qu'elles sont du ressort de In rjisoo, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une raison graifdement ébranlée etaiïaiblie. Mais il s'agit ici surtout de la théologie, cl comme elle n'est jamais, qu'elle ne peut être que l'explication, le développement ou l'application d'une vérité révélée, qu'elle n'a rien à trouver, rieu à inventer, qu'elle ne doit se servir que de matériaux traditionnels, acquis, sa forme rigoureuse est la sclîolaslique, qui rétreint,-rempêclie de dévier, et n'est, en aucune manière, un obstacle à ses développements les plus pleins, les plus détaillés. C'est même contre cet écueil, la subtilité, le raisonnement poussé à l'infini, qu'elle vint plus d'une rois se heurter *. cependant ou a beaucoup exagéré le résultat, non pas de son exercice-, mais de son abus ; il ne nous est resté de la schotastique aucun ouvrage qui ébranle les rendements de la foi ; et il nous en est resté d'admirables, dans lesquels l'esprit humain, se sentant soutenu par la foi, s'est avancé hardiment jusqu'aux dernières profondeurs et a atteint les extrêmes limites. LesimweisiuB. C'ost dans ics ordres religieux que se perpétua le pur enseignement de la théologie» car pour les
universités elles Turent très-rapidement envahies par un double courant qui altéra presque toujours leurs doctrines. Fondées, la plupart du nioins, par rinitiative du pouvoir séculier, qui s'adressa, à cet effet presque toujours aux Papes, el rarement aux évèques, malgré Tortliodoxie qui avait présidé à leur création, et leur avait imposé des règles, elles Turent presque toutes rapidement altérées par un esprit d'indépendance locale, par une déviation toute particulière vers une certaine prééminence accordée au droit civil au préjudice du droit canonique, et par un levain de laïcisme qui iermentait toujours et Taisait explosion lorsque Toccasion se présentait. C'est là où se Tormèrent les plus éminents parmi ces juristes royaux ou impériaux, et ce n'est pas là qu'il Taut chercher les meilleurs canonistes conservateurs des traditions de r%lise. Le voisinage, etparTois la prépondérance de renseignement de la philosophie et de la poésie proTancs y $;âtait la saine sève de T Évangile ; le droit romain, les iHStoîres de Rome et de la Grèce y primaient tout et y planaient sur tout. Presque toujours les Papes trouvèrent là des ennemis, et le pouvoir sécttlier des appuis. Les vraies écoles chrétiennes
étaient daDs les maisons religieuses ; tant il est vrai que le pur enseignement a besoin, pour se soutenir et se perpétuer, de s'appuyer sur une vie qu'il dirige lui-même et formée de sa meilleure moelle, les principes de la perfection évangélique. Les religieux eux-mêmes que leur propre génij jetait, entraînés par le succès, dans l'enseignement sientrainanl des universités 1), ne tardaient pas à dévier, Abailard. témolu Abailard, qu'ou venait entendre du fond de l'Italie, de l'Espagne, de l'Allemagne, successivement à Meinn, à Corbeil, sur la montagne Sainte- Geneviève, et qui passe pour avoir eu plus de cinquante évoques ou archevêques, et plus de vingt cardinaux pour auditeurs. Malgré sa forte éducation scholastique, sous Guillaume de Champeaux, il en arriva à faire disparaître le surnaturel eu voulant expliquer les mystères. En le faisant condamner, en ll&O, par le concile de Sens, saint Bernard ne fit pas preuve, en cela, d'un excès de zèle et d'emportement de caractère, mais de
(I) Abailard n'appartenait à aucune université ; son enseifçiiement était personnel ; mais cet enseignement s'adressait aux élèves do l'université de Paris qui existait déjà, quoiqu'elle ne prit cojnom qu'à dater de saint Louis. II est certain ({ue son enseignement était ppposé à celui de Técole épiscopale de Notre-Dame de Paris.
unité.
véritable iotuîtion théologiqiie, et d'une grande fermeté de saine doctrine.
Ce ne fut pas le seul service que les ordres reli- '^gieux'f 'leur vMiê giou.x rendirent à la société chrétienne, au moyenâge, quoique ce Tut le principal, de propager la pure doctrine évangélique. Saint Thomas-d*Aquin, saint Bernard, avaient été précédas par saint Bruno, saint Benoit. J^e premier, perpétué par son onire des Chartreux, s'était voué au silence, à la contemplation, et à la transcription des manuscrits sur lesquels s'exercèrent plus tard les doctes personnages de la scholastique ; le second avait dérriché les landes, desséché les marais, éclairci les bois et les forêts ou pût se bâtir sa demeure et trouver son pain la nouvelle civilisation. Ce qu'il faut bien remarquer, c'est que saint Benoit, qui s'était si fort inspiré des règles de saint Basile et de saint Augustin, s'en sépara tout-à-fait par la part considérable qu'il fit au travail des mains ; non pas que celui-ci n'eût été admis par les règles que nous venons de citer, et même par les traditions qu'avaient créées, avant elles, les exemples de saint Paul et de saint Antoine dans la Tbébaïde d'Egypte ; mais ce travail était pour ainsi dire purement personnel dans ces
premiers ioslituls, comme un complément et un soutien de la vie contemplative, tandis que saint Benoit rétablit, le dirigea dans un sens d'apostolat et de propagation, et pour subvenir à un besoin que n'avait pas connu une civilisation qui était en traînée à (h décadence, surtout parce qu'elle regorgeait de richesses, besoin qui était le principal de cette autre civilisation a créer sur ce désert que parcourait la vie nomade sans jamais l'ensemencer.
Lorsqu*on examine de près les divers ordres religieux qui Turent créés en si grand nombre, du dixième au quinzième siècle, ou voit que tous ont eu pour principe et pour ressort principal, pendant tout le cours de leur durée, un besoin particulier de r Eglise. Us se ressemblent tous en un point, c'est que ce sont de vastes associations propres à couvrir toute l'étendue de la chrétienté, à se porter là ou le besoin les appelle, en telle sorte que dans ce moyen-âge si fractionné, si morcelé par la Téodalité, si divisé, d'ailleurs, par les guerres intestines, les ordres religieux, à Tinslar de la papauté, répandent partout cette force incomparable qu'on apptflfe l'unité. 11 le Fallait en Tace des divers mouvements hérétiques qui se produisirent en divers lieux, pen-
daot cette période, et gui ne farent arrêtés daos caractère générai
des hérésies au
leur expansiou que parce qu ils trouvèrent uue ac- 21°oMâ^rèation tien contraire qui suivait tous leur pas, et les atta- duote^/fou^a^' quait là où ils s'arrêtaient un moment pour agir. Il est à croire que si le mouvement plus général du protestantisme n'avait pas trouvé toute prête pour le seconder Torganisation des ordres religieux, et n'y avait pas placé son premier centre d'action, il n'aurait pas pu se propager si rapidement. Ce qui parait animer, sous ses Termes les plus générales l'esprit d'hérésie au moyeq-ftge, c'est la prétention que lé véritable esprit de l'Évangile a abandonné l'Église à mesure qu'elle est devenue riche propriétaire ; tel Tut, entre autres, le principe du mouvement des Yaudois. Pierre Waldo, riche négociant de Lyon, se dépouilla i^ubliquement de ses biens, en 1160, et se présenta comme l'apôtre des pauvres. 11 prêcha que les pasteurs de l'Église devaient renoncer à leurs possessions et même à la dime, et il établit la communauté des biens. Cette secte se propagea rapidement dans le midi de la France, le Piémont, la Lombardie, et fit même des prosélytes en Allemagne. Les Albigeois condamnaient nou*seulemcDt les richesses de l'Église, mais même toutes les
choses visibles comme venant du mauvais principe. On trouve bien de temps en («mps des erreurs pincipalement spéculatives, on, pour être plus ex^ct, cjui partent d'un premier mouvement spéculaiir. Ainsi Amaury de Bène, David de Denain qui lui succèdent, professent des doctrines qui ne sont que la substitution de rêves philosophiques à la doctrine traditionnelle de l'Église. !\1ais tout mouvement qui a un caractère vraiment populaire s'appuie toujours sur ce principe de prétendu retour pratique au véritable esprit de rÉvangile. Ainsi des Frères apostoliques qui distinguaient le royaume de Dieu en quatre périodes, la première celle des juifs pieux avant le Christ, la seconde celle de TÉglisc pauvre de Christ à Constantin, la troisième qui part de Charlemagnc et est celle de Ta varice et du luxe, et la quatrième celle qu'ils vont inaugurer euxmêmes. Wieloff et Jean Hus, qui ne Tait que le continuer, ont, il est vrai, un ensemble de doctrines qu'ils opposent à celles de l'Église romaine ; niais la vie de leurs prédications, ou plutôt de leurs déclamations, c'est toujours le même thème, les richesses de TËglise. C'est donc à un besoin universel que répondent lesordres mendiants lorsqu'ils para is-
sent. Chose remarquable I saint Dominique, le poarqnoi, en par-