‹ Histoire de la papauté. Moyen-âgeChapitre 9 sur 23 · I . . « i« « «.•<.«• ticulier, l'ordre · texte numérisé non relu

I . . « i« « «.•<.«• ticulier, l'ordre

preoîier de tons qui impose à Tordre qu il fonde le ^gl^^*^**' p"*vœu de pauvreté, établit en même temps la confrérie des Frères de la chevalerie de Jésus-Christ, composée de laïques auxquels il impose l'obligation de dérendre les biens de PÉglise. Ce qui distingue donc les quatre ordres mendiants, les Dominicains, les Franciscains, les Carmes, les Ermites de saint Augustin, c'est un grand respect pour l'état de l'Église tel qu'ils le trouvent à leur apparition, joint à la pratique la plus sévère de cette même pauvreté d'où parlent tous les hérétiques de celte époque pour Taire la guerre à l'ordre général des choses de la chrétienté. Et il ne Tant pas croire que les efforts de ces fanatiques Tussent restés impuissants. Saint Bernard parlant des Albigeois dans leurs commencements, s'écrie : « Les églises sont vides, les » peuples sans prêtres, les sacrements sans hon- » neur. i^e peuple meurt sans secours religieux, )> sauspénitcnce,S;iusconTession.))Avantde mourir, Raimond, comte de Toulouse, constatait que les censures ecclésiastiques avaient perdu tout leur effet, et contre un mal général qui avait un côté social et politique de révolution radicale, il s'érriait

que ses armes n'y poavaient plus rien, et en appelait à celles du roi de France.

1^'ordrc des Frères prêcheurs avait été institué pour éviter cette triste nécessité de Tintorvention des armes pour redresser un mouvement hérétique. Le succès Tut grand, mais non complet ; plus lard, il fallut recourir à une répression sanglante, mais la faute n'eu Tut pas à T institution elle-même ; il est des maux, et ce sera toujours là le secret de la l^rovideuce, dont la guérison ne peut êlre menée à bonne (in que par des remèdes violents. Les sociétés humaines n'existent pas d'aujourd'hui seulement ; elles n'ont pu, en aucun temps, abdiquer entièrement la tutelle de l'ordre par le glaive. Nous avons déjà parlé de l'Inquisition, nous en reparlerons encore lorsqu'elle sera appliquée d'une manière plus générale. Nous ne nous déroberons jamais à ce qui ne doit pas être évité par l'histoire ; celle-ci n'a aucune raison de redouter cet examen. Pour le moment, il doit nous suffire de constater que le but primordial, unique de l'institution de l'ordre des Frères prêcheurs fut d'attaquer et de vaincre l'hérésie par la seule prédication. Il arbora dans cette* guerre toute de persuasion l'étendard le plus pacifique,

celui de la douce mère de Dieu. Rîch ne montre mieux le Tond de r&ine de sainl Dominique, toute composée de Icudrcsse; ce fut i'Inunacuiée Concepiion qui Tut son cri de guerre.

i;insiitulîon des I^ranciscains, celui des Ordres ^Irtl'^'an'Tin't

(lo vue social, de

lueudiants, qui rivalisa de popularilé el d mllucnce nnsiiuiion ds avec celle des Frères prêcheurs, n'eut pas absolument le même but. tl Tut créé moins contre les hérétiques que pour Tinstruction et le soulagement spirituel des délaissés de ce monde. Le mariage mystique de son fondateur, le séraphique iTançois d'Assise, avec la divine pauvreté, donne le mot de sa fondation. C'était là un des besoins les plus pressants et les plus généraux du moyen-âge, car la nature même de la féodalité, les maux qu'elle entraînait forcément après elle, concentraient entre quelques mains seulement les richesses et laissaient à l'infiniment grand nombre la pauvreté comme unique partage. Go ne peut pas échapper à celle-ci lorsque Ton ne peut pas devenir propriétaire, et le serf, rhoinme à peu près universel du moyen-âgo, ne le pouvait pas. Il fallait donc consoler cet état (le choses, sans essayer de le transformer subitement, car te transformer subitement u'eAt été pos-

sible que par iino révolution sociale radicale qui eût emporté dans sa timpôtc les pauvres el les riches. C'est vraiment admirable que la consolation qu'apporta saint Fra^îçois k cet ordre général des choses, que nous osons appeler providentiel parce quMl était un pas en avant sur Tesclavage antique, et comme la transition nécessiiire avec l'état moderne de la propriété. On hésite à appeler saint Fi*ançois un grand homme, même à ce point de vue social, car, en dehors même de sa sainteté, il Tut plutôt sublime, héroïque, chevaleresque, que grand dans la sèche acception du mol. Oui, il aima, adora la pauvreté, sans se séparer de l'Église qui était alors un des plus grands propriétaires de l'étal Téodal, faisant profession de ne servir qu'elle, de ne relever que d'elle, el de créer un ordre qui devait prendre rang parmi ses derniers serviteurs. C'est lui surtout, lui le premier entre tous, qui apaisa la querelle éternelle entre les pauvres et les riches, qui eût été, sans lui, aussi terrible au moyen-âge que de nos jours. Vous entendrez dire qu'alors les pauvres ne pouvaient pas se réunir comme de dos jours, à cause du fractionnement de la chose publique par l'indépendance à peu près souveraine de tous les

châleau!i Téodaux, le déraut de communicalion et la diOiculté de transporter de grandes masses dMiommes, le manque d'enienle et d'esprit public, le peu de ressort des âmes abruties par le servage. Je ue sais ce quMI y a de vrai au foud de toutes ces assertions péreuiptoires, ni ne pourrais déterminer exactement les lignes qui séparent cet état des choses de celui sous lequel nous vivons. Mvis à ne prendre que les niouvcmenls généraux et incontestables de Thistoire, est-ce que le rractionneinenl réodai empêcha la levée en massif des hommes de ce temps pour les croisades ? lîsi-ceque cet enthousiasme dont le Teu embrasa aussi rapidement les serfs. que les hommes nobles, ne montre pas tout ce quMI y avait de vie et d'eiTiisiou dans ces âmes réputées viles ? Ce va et vient continuel entre TOccident et TOrient, ajusi que toutes les guerres de ce temps, ne sont-elles pas une preuve irrésistible de la facilité avec laquelle des armées entières franchissaient non-seulen)ent les montagnes les plus élevées, les contrées les plus étendues, mais encore la mer elle-même ? 11 est même une foule de circonstances qui porterait à apprécier qu'une révolution sociale eût été plus facile en ce temps-là qu'aujourd'hui,

car il n*y avait pas alors de pouvoir central Tortement organisé, ayant dans la main des armées passives et que Ton pût manier, au moins pour un certain temps, contre Topinion générale. La guerre de château à château, de royaume à royaume, la guerre continuelle r3isait disparaître, pour un temps dti moins, le poids Téodal et permettait de se soulever, de se grouper, de se diriger à sa guise. Les forets, qui couvraient encore en ces temps-là les deu\ tiers du territoire, les propriétés ecclésiastiques nécessairement neutres dans un toi mouvement contre lequel elles n'avaient guère que les armes spirituelles, étaient tout autant de points d'appui et de lieux de reHige en cas de danger ou de déroute. Ces développements peuvent paraître inutiles, mais ils ne le sont réellement pas, car il faut chercher ailleurs que dans les circonstances extérieuitîs le calme dont jouit le moyeu-âge sous le rapport de la question sociale. LMnfluence de saint François et de son institut en est une des explications les plus C'est H nnfluence générales et les plus incontestables. Ce cœur <Kvin

chn'iiennc qu est " '

dï^'raorèn-A^o*''' entreprit de faire aimer la pauvreté, cl il y |)arvini. Itiende plus touchant ne s'est jamais vu sous k; soleil, iie lieu qui fcU le loyer de ce mouvement aduiirablc,

Assise, restera toujours comme un vrai sanctuaire pour tons ceux qui ne sont pas insensibles aux choses di?ines. De là, de celte Ombrîe, oasis embaumé pour l'âme, jaillit le grand art chrétien. I^ Giolto lui donna sa naïveté et son mouvement, le Pérugin sa pbysionomie générale de (uireté et de contemplation ; Fra Angelo de Fiosèlc le fixa un moment dons Textase, et Raphaël, en lui laissant la trace de ce passage au travers des choses célestes, le ramena sur la terre, en Tondant pour lui, dans un ensemble qui restera toujours le secret et la gloire unique de son génie, la noblesse et Téloquence des attitudes, la perrection et surtout la grâce des formes, la profondeur et la variété des expressions, le rayonnement et Tauréole des pensées ( t des habitudes d'esprit supérieures.

Le lecteur sera bien étonné que nous rappro- ingtit^jon ch^chions riostitution de la chevalerie au moyen-âge vaie^feVe?!"

flisc fait aboutir

cependant le même ; l'opprimé, la victime de l'ordre diyl»"ord^'^dS

chevaliers.

général des choses, ce n'est pas seulement le pauvre mais encore celui qui, pour une raison ou pour une autre, se trouve sans défense. La chevalerie, ainsi que Tannonceat surtout la manière dont le chevalier

était aroié, les promesses quMI faisait, les vœux même religieux pour les chevaliers du Temple, ceux de Malte, ceux de Tordre Teutouique, ^tait une institution ecclésiastique. Ce Tut d'nbord la défense de Topprimé du système féodal, ou plutôt de ses fâcheuses conséquences, qui fut le but de la chevalerie ; plus tard, c'est le pèlerin en Orient ou tout chrétien qui y réside. Il n*y a eu certainement rien de plus merveilleux, et tout à la fois de plus profondément social, que d'avoir ainsi amené le noble ou rhomme de la force à se consacrer h la défense de rhomme faible.

C'est la papautéqiii 11 uous rcstc à tlrcr de ce qui précède une courait aiioiitlr tous

moyen-â|?eniisC'"S^^" ^I"'' uialgré SOU cxtrémo brièveté, fera

coordonnant et en . ., . »-.i-i * •.»

les fécondant, rentrer tout ce qui précède dans notre sujet. Au moyen-âge, comme avant et après, il n'y a pas d'autre principe de direction générale que la papauté. Vous avez bien constaté par vous-même que ce sont les Papes que les premiers barbares, ceux de l'Occident, les barbares de la deuxième période, ceux de l'Orient, trouvent devant eux ; ce sont eux qui animent tout le corps épiscopal contre la barbarie intérieure, celle de l'empire et celle de la féodalité. Elle seule peut amener à un ordre r^u-

lier, à une marche disciplinée, les éléments de bien qui sVIèvont de toules paris, ta passion de la pauvreté et de la souffrance qui, hors de son action, produisent les divers soulèvements socialistes, et qui sous son action forment les quatre ordres religieux mendiants ; celle du dévouement à Topprimé qui a créé la chevalerie chrétienne, laquelle a rapidement tourné à la chevalerie de nos romans, et ovec laquelle elle fait les ordres autant solides qu'héroïques de Rhodes, dcMalte, deSaîut-Jean-de- Jérusalem. Ce peu de mots suffisent, car vraiment nous ne pouvons quMndiquer, et non pas montrer dans son plein jour, que tout ce à quoi a touché la pa|)auté dans le moyen-âge, car nous n'avons à nous o:'cuper ici que de lui, est devenu vivant, et tout ce qui lui est resté étranger, stérile.

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