‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 11 sur 146 · COMMENCEMENTS DE PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS DE PÉTRARQUE

sa prière, il aperçut une jeune dame vêtue d’une robe verte parsemée de violettes. Tout ce qui peut rendre une femme séduisante était réuni dans celle-ci. Le portrait que Pétrarque en a tracé dans ses vers nous la représente semblable à une belle statue antique de Phidias ou de Praxitèle. Cette beauté presque céleste étaitLauredeNoves, épouse de Hugues de Sade. Dès que Pétrarque la vit, elle fit sur lui une impression que rien ne put jamais effacer (I) : il lui consacra sa vie, il lui a, pour ainsi dire, dédié son talent. Chose étrange ! ce qui causa le tourment de Pétrarque, et ternit justement aujourd'hui sa gloire, a fait sa célébrité. Sans son amour pour Laure, nous aurions en lui un savant remarquable pour l’époque, nous n’aurions pas un grand poète. C’est à cet amour que nous devons ce recueil immortel de canzoni, que Ton n’a point encore égalées, et que l’on ne surpassera probablement jamais. Cet amour, du reste, était chez Pétrarque beaucoup plus romanesque que coupable. On le voit aux peinturés ëvidemment exagérées qu’il a tracées de la dame de ses pensées. C’est au point que l’on doute de l’existence de Laure. Heureux s’il s’en fût tenu là, et si l’on n’avait pas àdéplorer dans cet homme célèbre des amours beaucoup moins innocentes! Il faut le dire pourtant, Pétrarque se reprochait vivement ses galanteries : elles le faisaient rougir, et il cherchait quelquefois à s’y arracher. L’amitié qu’il avait contractée .à Bologne avec l’héroïque Jacopo Colonna, et qui se renoua à Avignon, lui procura d’abord une utile diversion. Jacopo l’emmena avec lui dans son évêché de Lombez, et Ty captiva quelque temps par le charme d’une amabilité qui n’avait chez lui d’égale que la piété (2). Plus tard, Pétrarque

(t) De Sade, 1. 1. p. 122 et suiv.

(2) Giuguené, Uistoire IlUérairc dTlalie, t. Il, p. 544.

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acquit à Vaucluse, près de la belle fontaine de ce nom, une petite campagne où il se retira avec ses livres, menant une vie solitaire, et visitant rarement la ville (1). Mais, à l’époque où Benoît XII annonça son projet de transporter la courromaine à Bologne, Pétrarque séjournait à .\vignon, occupé à fonder sa réputation littéraire parmi les beaux esprits qu'attirait la présence du chef de l’Église. Désolé que le pape choisît en Italie une autre ville que Rome pour y fixer sa résidence, il lui adressa une épître en vers latins, dans le but de l’engager à réformer son choix. La forme de celte pièce était originale. Rome y paraissait sous l’emblème d’une femme vieille et désolée qui appelait le souverain pontife son époux, embrassait ses genoux, et le priait de jeter quelques regards sur son infortune. Elle ne pouvait lui offrir à la vérité qu’un sein meurtri, un visage déliguré par l’âge et la misère; mais elle était grande encore par le souvenir de sa gloire et de ses triomphes, et sou amour pouvait remplacer la beauté qu’elle n’avait plus (2).

Cette fiction était neuve, hardie, insinuante, pleine de majesté, adiuirablement conduite pour produire de reffet, La poésie y répondait. C’était la première fois, depuis bien des siècles, qu’on entendait parler la langue de Virgile avec ce nombre, celle élégance, celle pompe, cette harmonie. Benoît XII en récompensa fauteur par l’investiture d’un canonical à Lombez, près de son ami Jacopo Colonna, et fexpectalive de la première prébende qui viendrait à vaquer dans le même évêché (5). Mais son éloquence ne fil point changer de résolution à Benoît XII, qui réglait sa conduite sur d’autres considérations. Bien-

(1) De Sado, p. 3-10.

(■2) Garni., 1. 1, cp. ii.

(3) Regestum Reuedieti XII.

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