URBAIN V NOTIFIE SON DÉPART POUR ROME
« la cité des Apôtres (1). » Il fil une réponse semblable l’année suivante aux ambassadeurs romains venus à Avignon pour solliciter son retour (2). La meme année, visitant sa chère abbaye de Saint-Victor, il confirma celle résolution en annonçant qu’il irait en Italie et il Rome, quand ce ne serait que pour réveiller la dévotion des fidèles (5). Pétrarque applaudit avec transport à celte parole dans une lettre qu’il écrivait à Urbain en 1360; il la juge digne d'une éternelle mémoire, et déploie toute son éloquence pour en amener la prompte réalisation. Heureusement le pape n’avait pas besoin de telles excitations; s'il avait différé jusque-là d’annoncer officiellement son dessein, c’est que, d’un côté, la guerre de l’Église avec Bernabos, la lutte engagée en Toscane entre les deux républiques de Florence ' et de Pise, cl qui troublait la paix de l’Italie ; de l’autre, les compagnies qui ravageaient la France et menaçaient le Comtat-Venaissin, ne lui avaient pas permis d’en préciser l’exécution. Mais, en 1366, aucun de ces obstacles n’exislail plus : la paix était faite avec Bernabos, la concorde rétablie en Toscane, les bandes de routiers dispersées ou transportées au delà des Pyrénées. Urbain V informa donc le monde chrétien qu’il fixait son départ pour l'Italie au temps de Pâques de l’année 1367. En môme temps il écrivit au cardinal .Albornoz de disposer le palais de Viterbe, où il comptait faire quelque séjour, et de seconder Gaucclin de Pradalho, qu’il envoyait devant lui pour réparer celui de Rome. Des ordres furent également expédiés pour
(t)Liccl non solnm desiderium, sed etiam propositiim habeamus. lEpust., ap. Raynald, ann. 1364, n° 11.)
(2) Id., ann. 1365, n° 9.
(3) Scnil., I. VII, cp. I. Dixisli inter milita : quod nisi esset alla causa Romam atquc Italiam petendi nisi ut devotionem Gdelium excitares, abunde quidem hæc sola sumccret.
HlSTOinE DE LA PAPAUTÉ, LIV. XI.
préparer les livrées des cardinaux. Le gouverneur du Patrimoine, le chapitre de la basilique de Saint-Pierre, le sénateur et le peuple romain, reçurent des lettres spéciales(l).
A cette nouvelle, la ville entière tressaillit d’allégresse ; on y célébra des fêtes, la joie publique ne connut plus de bornes. Des ambassadeurs partirent immédiatement pour aller déposer aux pieds d’Urbain l’expression de la fidélité et du dévouement de tout le peuple (i). 11 y eut rivalité entre les divers États maritimes de l’ilaliepour fournir au .souverain pontife les moyens d’accomplir son voyage avec la splendeur qui convenait au chef de l’Église. Naples offrit cinq galères, Pisc trois. Gènes quatre, Venise dix, Lucqueset Marseille deux. Urbain accepta ces offres. L’empereur, de son côté, lui proposa de précéder son départ ou de le suivre avec une armée, demandant son choix (5).
Au milieu de ces téinoignagnes d’intérêt qu’excitait le projet d’Urbain V, un seul homme montrait de l’indifférence, et même ne pouvait déguiser son effroi : c’était Bernabos Visconli. Ixj bruit des apprêts militaires de Charles IV inquiétait son oreille. II laissa percer sa dé/îance jusque dans les hommages qu’il porta aux pieds du pape, Urbain crut devoir écrire au duc pour lui annoncer le but de son voyage en Italie, l’inviter à ne pas troubler la paix publique par de nouvelles guerres, et le rassurer sur les armements de Charles IV, qui n’avait, disait-il, aucune intention hostile ({). Bernabos, en effet, ne troubbi point la paix, mais nous verrons bientôt qu’il se préparait sourdement à la guerre.
Tandis qu’au delà des Alpes une jubilation générale des
H) Raynald, ann. 1366, n" 26.
(2) Id., n° 26.
(3) Id., n° 26. — Cron. di l'isa, Murat., I. XV, p. 1049.
(4) Raynald, ann. 1366, n° 27.