‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 111 sur 146 · NICOLAS ORESME · texte numérisé non relu

NICOLAS ORESME

peuples célébrait d’avance le retour du souverain pontife, tout se remuait en France pour l'empècher. Aussitôt »|ue Charles V fut instruit du projet d'Urbain, il lui envoya, de Paris, Nicolas Oresme, personnage qui jouissait alors de la plus haute renommée de savoir et d’éloquence, et auquel il accordait une confiance illimitée, l’ayant eu pour maître. Nicolas Oresme n’était point inconnu à la cour romaine; il avait déjà prononcé devant Urbain V, la veille de Noël 1362, un discours officiel sur les abus que l'administration ecclésiastique avait laissés s'introduire parmi le clergé, discours rempli de déclamations que ne justifiait aucun fait saisissable, et qui lui a mérité la faveur d’être invoqué par les novateurs comme une preuve péremptoirede la légitimitédeleiir réforine(l). Admisdevant le consistoire des cardinaux, l’orateur ne démentit point la réputation qu’il s’était faite; il prononça un long sermon farci de citations tirées de l’Écriture sainte, rempli de banalités, de ridicules et fausses applications des faits deUbistoire. En voici une qui peut faire juger de toutes les autres. Oresme appliquait à Urbain V ce trait de saint Pierre, qui, rencontrant Jésus-Christ, lui demanda : «Où « allez-vous?» à quoi Jésus-Christ répondit : « Je vais à « Rome ponr y être de nouveau crucifié. » Au milieu dece fatras, l’orateur s’efforçait de prouver au pape qu’il devait rester en France: parce que, dans les situations critiques,

les pontifes ses prédécesseurs y avaient toujours trouvé un asile sûr ; 2° parce que c’était le lieu de la terre où les sciences et les études ecclésiastiques étaient le plus en honneur, attendu que les études, ayant été transportées de Rome à Paris par Charlemagne, la gloire des Romains

(1) Flacctus lllyriciis, Catalogus Ustium vcritiitis, in-fol., 1S62, ei p. 612 usque <1(1 p. 519.

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avait passé aux Français ; 3° parce que ce n’était point Rome, mais Marseille, qui marquait le centre de l’Europe depuis que la Grèce était devenue schismatique ; 4° parce que la France était mieux gouvernée que l’Ilalie; 5° parce que c’était la patrie du pape, et que Jésus-Christ lui-méme n’était pas sorti de son pays; 6° parce que la situation dè la France facilitait au souverain pontife l’administration des diverses parties du monde chrétien; 7° enfin parce que la voie de la mer, que le pape choisissait pour retourner à'Rome, n’était point sûre (i).

Ces somnolentes inepties, exprimées dans un styhe lourd et trivial, n’étaient pas de nature à produire une grande impression sur l’esprit positif et éclairé d’Urbain Y. Pétrarque nous apprend que cette harangue opéra un effet contraire à celui que l’orateur s’était proposé, car elle fit hâter les préparatifs du départ (2). L’opposition que soulevait le Sacré Collège était plus sérieuse. Les cardinaux, presque tous étrangers à l’Italie, ou ne la connaissaient pas, ou n’avaient que des préjugés contre elle. Retenus par les charmes de la patrie, accoutumés au beau ciel de la Provence, aux paysages verdoyants du Comtat, aux nombreux hommages qu’ils y recevaient; affectionnés aux riches demeures qu’ils avaient fait construire, soit à Avignon, soit à Villeneuve, ils ne pouvaient se résoudre à retourner dans des campagnes désertes, brûlées, couvertes de ruines, au milieu de populations qui leur étaient in-

(1) Du Boulai, Ilist. universit. Parisiensis, t. IV, p. 597. L'origiaal de ce discours se trouvait, du temps de Du Boulai, dans les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Victor, marqué de ces deux caractères B. F. 51, sous le litre latin de : Notable proposition faite au pape Urbain V, en présence des cardinaux, de la part du roi de France.

(2) Non modo non distiilisli destinatum iter, sed accelerasli. (Ed. Basil.,

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