‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 113 sur 146 · DÉPART D’URBAIN V. 57S · texte numérisé non relu

DÉPART D’URBAIN V. 57S

bandonner qu’à regret le délicieux pays de France. Toutejuis, du pont de Sorgues il se rendit tout d’un trait à Marseille (1), où l’attendait la plus brillante réception. Il alla prendre son logement dans l’abbaye de Saint-Victor, qu’il avait restaurée, embellie, enricliic et dotée des plus rares privilèges. Là, il accrut sa cour en élevant au cardinalat Guillaume d'Aigrcfeuillc, jeune ecclésiastique de vingthuit ans seulement, mais du plus haut mérite, neveu de Guillaume d’Aigrefcuille, déjà cardinal du titre de Sainte- Marie au delà du Tibre. 11 trouva dans le port une flotte de vingt-trois bâtiments qui l’attendait (’2).

Le séjour de Marseille se prolongea jusqu’au 19 mai. S’il faut en croire Pétrarque, lorsque la flotte mit à la voile les cardinaux firent une dernière tentative pour dégoûter le pape de son dessein, et plusieurs d’entre eux l’accablèrent de reproches (3). Mais Urbain resta impassible. La flotte suivit la côte, relâcha .successivement à Toulon, au port Saint-Étienne, à Albenga, et fit, le 23, son entrée dans le port de Gênes. L’allégresse que la présence du chef de l’Église répandit parmi les habitants fut telle, que plus de mille personnes se vêtirent de blanc (4). Urbain laissa à Gênes le cardinal de Viterbe pour y négocier la paix entre la république et Bernabos, et en repartit le 28.- Il fit une halte de trois jours à Porto-Venerc, se remit en mer le 31 , visita en passant Porto-Pisano, Piombino, sans vouloir s’arrêter à Pise, quoique cette ville eût fait de grands préparatifs pour le recevoir et envoyé de riches présents à la cour romaine; ce qui mortifia vivement la républi-

(1) lier ilalicum, p. 768.

(2) Baluze, t. I, p. 376. — RufB, Ilisl. de Marseille, in-fol., t. I, p. 200. — lier ilalicum, loc. cit,

(3) Seuil., 1. IX, ep. ii.

(4) Annales Genuenses, Murat., t. XVII, p. 1099.

que (1). Enfin, le 3 juin, il aborda au port de Cornelo (2). En descendant à terre, il fut reçu par le cardinal Albornoz, au milieu d’un immense concours de seigneurs et de prélats de l’Étal ecclcsiîislique. Le rivage était couvert de tentes, les unes de soie, les autres de feuillage. Le pape entra dans celle qu’on lui avait préparée, y prit quelque repos, assista à une messe solennelle offerte sur un autel improvisé, puis il monta à cheval et se rendit à Corneto. Il séjourna dans celte ville jusqu’au 8 juin, y célébra la fête de la Pentecôte, et y reçut une ambassade des Romains qui vint déposer à scs pieds la souveraineté de Rome avec les clefs du château Saint-Ange. Le 0, il fil son entrée à Viterbe. Cette ville fut aussitôt remplie par les ambassades que les diverses puissances chrétiennes envoyaient pour le complimenter sur son heureux voyage. L’empereur, la reine de Naples, le roi de Hongrie, la république de Toscane, semblèrent lutter, en cette occasion, de magnificence et de dévouement (ô). Au reste, l’on peut dire que jamais hommages ne furent plus sincères. Le patriarche de Constantinople, accompagné d’un certain nombre de grands seigneurs orientaux, vint augmenter ce concours ; il apportait la nouvelle du retour de rcmj)creur grec à l’unité catholique et de la prochaine arrivée de ce prince à la cour pontificale (4).

A ces congratulations des princes et des peuples, Pétrarque, ivre de joierosa joindre les siennes. «Saint-Père, « écrivait-il à Urbain, Israël est sorti de l’Égypte, la mai- « son de Jacob n’est plus au milieu d’un peuple barbare.

(t) Cron. Sanpse, .Munit,, t. XV. p. 192.

(2) Iti r italicum, p. 768.

(5) Cron. Sanrso, Murat., t. XV, p. 192. — Biovii Annales, ann. 1307. n"11l.

(1) lier italicum. p, 769 — Vitæ. t. I, p. 578 et seq., et 406.

Page 1