‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 122 sur 146 · DERNIÈRE LÉGATION DE GUI DE BOULOGNE. ^OS · texte numérisé non relu

DERNIÈRE LÉGATION DE GUI DE BOULOGNE. ^OS

Grégoire XI réussit mieux en Espagne. Depuis le moment où celte péninsule avait alliré l’atlenlion du Saint- Siège, elle avait subi d'étranges révolutions : Pierre le Cruel, après avoir lassé la patience de scs peuples par ses débauches, sa tyrannie, ses excès de tout genre, venait enOn d’en recevoir la punition. Nous avons vu, en 1365, les compagnies passer les Pyrénées sous la conduite de Bertrand Dugucsclin pour aller soutenir les prétentions de Henri de Transtamarc au trône de Castille. Pierre ne put lutter contre cette terrible invasion, et fut obligé d’abandonner à son frère la couronne avec la vie, que celui-ci osa lui arracher de ses propres mains. L’année 1569 vit ce tragique dénoûmenl. Dans toute autre circonstance l’action de Henri de Transtamarc aurait excité une horreur générale; mais, après les excès de Pierre le Cruel, elle fut accueillie comme un bienfait et Henri comme un libérateur.

Cependant, si le calme était rendu aux peuples, la discorde divisait encore les princes, et la guerre menaçait de se rallumer entre la Castille, le Portugal, l’Aragon et la Navarre. Pour apaiser celte querelle naissante, Grégoire XI envoya en Espagne l’évèque de Brescia et Bertrand de Cosnac, évêque de Comminges, qui devint cardinal pendant celte légation (1). Ces prélats, après bien des démarches, parvinrent à moyenner une trêve, à Caslel-Fabi, entre la Castille et l’Aragon (2). C’était là un heureux préliminaire. Polir achever l’œuvre commencée, le pape jugea nécessaire la présence du grand négociateur qui avait déjà une fois paciiié l’Espagne, et il donna ordre au cardinal Gui de Boulogne de s’y rendre. Le légat mit la plus grande diligence dans l’accomplissement de sa mission, et arriva

(t) Raynald, ann. 157-1, n° 4.

(2) Ferreras, Hist. générale d'Espagne, t. V, p. ISO.

à Ciudad-Rodrigo, d’où il annonça à Henri le but de son voyage; puis, sans .s'arrêter, il passa en Portugal pour traiter avec Ferdinand. Tout lui réussit. Par sa sagesse, sa dextérité, il sut calmer l’aigreur des esprits, inspirer à Henri victorieux des propositions modérées, à Ferdinand l’oubli de la vengeance. Les deux monarques eurent ensuite sur le Tage une entrevue où ils arrêtèrent les condition d’une paix définitive, que vint bientôt cimenter le mariagede l'infant, donSanche, frère de Henri, avecdonaBéatrix, sœur de Ferdinand. Cette première paix fut bientôt suivie d’une seconde entre la Castille, la Navarre et l’Aragon. Le cardinal de Boulogne en eut encore la gloire. Choisi pour arbitre entre les parties belligérantes, il prononça avec cette équité souveraine qui commande la soumission, et, des deux côtés, on posa les armes. Cet acte fut le dernier de Gui de Boulogne. Ce grand politique finit peu après sa carrière à San-Dominico, où les conférences avaient eu lieu entre les deux rois (1).

Grégoire lermina encore à l’avantage de l’Église romaine une affaire qui avait été, pendant plus de soixante ans, un des plus grands embarras de la Papauté : la réconciliation de la Sicile avec le royaume de Naples. Depuis que le premier Frédéric d’Aragon avait usurpé cette île sur riiéritagede la maison d’Anjou, toutes les tentatives de concordats entre les Siciliens et les souverains de Naples avaient échoué, ce qui entretenait les premiers dans un état permanent d'hostilités avec le Saint-Siège. Grégoire voulut enfin régulariser uncsituation qu’il n’était plus au pouvoir de qui que ce fût de changer. Après quelques négociations avec les deux cours de Naples et de Palerme, ou finit par s’en-

(I) Ferreras, Ilist. gin. d Esp., p. 453 cl 436. — Raynald , ann. 1373. n" 25 cl 24. — Baluie, 1. 1, p. 430.

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