‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 123 sur 146 · PROJETS DE CROISADE · texte numérisé non relu

PROJETS DE CROISADE

tendre. La conquête du premier Frédéric fut reconnue, le successeur de ce prince proclamé roi, et Jeanne dut renoncer pour toujours à la possession de l'une dos plus belles portions de ses États. Seulement, en compensation de ce grand sacrifice, on statua que le nouveau royaume serait un fief de celui de Naples ; que ses souverains, en raison de leur vassalité, rendraient l’Iiommage lige à la reine ainsi qu’à scs successeurs ; leur payeraient annuellement un tribut de 5,000 onces d'or; seraient obligés à leur fournir, en cas de guerre, un secours de dix galères et de cent hommes d'armes, et devraient, à perpétuité, se contenter du titre de rois de Trinacrie. A ces conditions, réciproquement consenties par les souverains et ratifiées par le chef de l'Église, en 1572, la Sicile fut déchargée du terrible poids des anathèmes ecclésiastiques, et rendue aux affections du Saint-Siège. Les négociations qui amenèrent celte importante pacification furent habilement conduites par Jean de Révellon, évêque de Sarlal et légat du pape (1).

Ces différentes réconciliations que Grégoire XI tentait ou effectuait n'avaient pas simplement pour but de rendre à la société chrétienne sa bonne harmonie, elles devaient encore fournir au pape les moyens d’organiser une expédition contre les ennemis de la foi en Orient. C’était aussi là le rêve de Grégoire : ses lettres l’attestent. Ici le xèle du pontife pour la guerre sainte avait été réveillé par les cris de détresse de Marie, reine d’Arménie, qui réclamait le secours de l’Occident pour arracher aux Turcs son époux et ses enfants. Grégoire aurait bien voulu répondre sur-lechamp aux vœux de la princesse par une croisade; mais on ne pouvait rien faire sans la France, et il ne fallait rien

(1) Baluze, 1. 1, p. 452. ■— Raynald, ann. 1572. n» 5 et seq.

attendre de cette puissance tant qu’y durerait la lutte avec l’Angleterre. Dans l’espoir de faire plus un jour, le pape se contenta de prier, par scs lettres, le prince de Tarente, oncle de Marie, le roi <lc Hongrie, les doges de Venise et de Gênes, le prince d'Aiilioclie, régent de Chypre, et le grand maître des chevaliers de Rhodes, de s’intéresser au sort d’une princesse qui tenait par le sang à ce qu’il y avait de plus illustre en Europe. Et, pour que leur intervention produisît plus d’effet, il exhorta ces princes, Frédéric de Sicile, ainsi que Jean Paléologue, empereur deConstantinojde, les seigneurs, évêques et prélats de la Grèce et des îles de l’Archipel, à tenir à Thèbes, au mois d’octobre de l’année 1575, un congrès où serait organisée une ligue contre les Ottomans. De son côté, pour subvenir aux frais de cette expédition projetée, il nomma des collecteurs chargés de parcourir les divers royaumes de l’Europe, afin d'y quêter des subsides (l). Mais ces efforts du pape restèrent sans effet. La discorde qui se ralluma violemment entre les républiques de Venise et de Gênes empêcha la tenue du congrès, et l’Orient demeura exposé, sans défense, à la fureur des Ottomans. Dientôt le pontife eut lui même des embarras qui lui firent bien oublier les soucis de la croisade.

Au milieu de ces préoccupations toutes politiques, Grégoire veillait soigneusement aux intérêts spirituels de l’Église. Quoique l’empereur Jean Paléologue eût abjuré les erreurs et le schisme des Grecs, il n’avait point entraîne dans son retour à l’unité sa nation, qui continuait à repousser la suprématie de Rome. Conséquemment, le pape envoya à Constantinople deux religieux, l’un de Saint-Dominique, l’autre de Saint-François, avec des lettres pressan-

(1) Raynald, ann. 1375, n« 30 et seq.

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