‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 128 sur 146 · AMBASSADE DES FLORENTINS AU PAPE · texte numérisé non relu

AMBASSADE DES FLORENTINS AU PAPE

Saint-Siège, 'et, pendant que leur angélique ambassadeur s’elTorçait d’aplanir les voies 5 la paix, ils lui suscitaient par-dessous main de perfides entraves (1). En envoyant Catherine à .Avignon, ils s’élaient engagés à la faire suivre immédiatement par des députés qui ne devaient agir que d’après ses ordres. Or, ces députés se mirent en roule si tard que tout espoir de les voir arriver semblait perdu à la cour, et que le pape dit un jour à la sainte ; « Croyez- « moi, Catherine, ils m’ont trompé et ils vous trompe- « ront : ils n'enverront point d’ambassade; ou bien, s’ils en « envoient une, elle sera telle qu’il n’en résultera rien. » Grégoire avait deviné juste. Les députés arrivèrent enfin ; mais, lorsque la sainte se présenta à eux pour leur rappeler la promesse que la seigneurie lui avait faite et leur exposer les pleins pouvoirs dont le pape l’avait investie, ceux-ci lui répondirent qu’ils n’avaient reçu aucun ordre de s’entendre avec elle, et que leurs instructions étaient de traiter simplement avec le pape (2).

Ils furent en effet admis à s’expliquer en plein consistoire devant le souverain pontife. La curiosité avait réuni ce jourlà dans la salle un grand concours de spectateurs. Donato Barbadori, chef de l’ambassade, prit la parole; il s’étendit longuement sur les injustices des représentants de l’autorité pontificale, à l’égard des républiques de la Péninsule, sur les entreprises qu’ils avaient formées contre leur indépendance; il parla ensuite avec complaisance de la fidélité inébranlable, du dévouement, que les Florentins en particulier avaient manifestés dans tous les temps envers l’Église romaine, des sacrifices d’hommes et d’argent

(1) Verum quidam viri qui regebant tune civitatem jirædictam, lied verbo se dieerent petere paeem, intrioseeus (amen pleni omoi dolo, no inlendebant ad paeem. (Vila, c. vm, n° 420.)

(2) Vita, ubi supra, n° 420.

ipi'ils n’avaienl cessé de faire pour la défensè de ses intérêts ; il ajouta que rien n’aurait pu les déterminer à prendre les armes contre cette Éf^lise si ellene les eût menacés de leur enlever un bien dont ils jouissaient depuis quatre cents ans, et que chaque citoyen estimait à l’égal de la vie : la liberté ! Puis il supplia le pape de ne point ajouter foi aux calomnies de leurs ennemis, et en appela à sa justice (1).

Ce discours, prononcé avec émotion, arracha des larmes à l’auditoire ; mais il renfermait plus de talent que de bonne foi, plus d’éloquence que de vérité. Si l’on y touchait quelques points de la question, on taisait ou on dénaturait les autres. Grégoire XI n’eut pas de peine à montrer qu’on exagérait de beaucoup les torts des légats , que les prétendues entreprises contre l’indépendance des villes avaient bien plus de réalité dans les défiances et les préventions qu’on avait su . malignement inspirer aux peuples que dans les intentions de ses ministres ; qu’il y avait surtout de la dérision de la part des Florentins à vanter leur dévouement et leur fidélité à l'Église romaine, quand ils promenaient partout dans ses domaines le drapeau de la révolte.

La conclusion de la réponse de Grégoire fut la conÜr- . matiou de toutes les censures déjà portées dans la bulle. Les députés florentins éuûent présents lorsque le pape prononça cette deuxième sentence, et l’on dit que Uonato Barbadori, se retournant alors vers l’image du Clirist placée au fond de la salle, l’apostropha en ces termes d’une voix haute, et de manière à être entendu du souverain pontife :

« Juste Dieu, nous en appelons à la justice suprême de

(I) Poggii Bracciot. tlor., I. XI, p. *229. — S. Anton., pars lit. lit. XXII, § m. Leonard. Aret., Dist. florenl., 1. IX.

ARRIVÉE DES BRETONS EN ITALIE. i25

« l’inique sentence de ton vicaire (1). » C'était bien l’hypocrisie qui jouait cette fois le rôle de victime.

Pendant que les négociations des Florentins n’aboutissaient qu’à aggraver les censures qui pesaient déjà sur eux, le cardinal Robert de Genève, avec les dix mille Bretons à la solde de l’Église, franchissait les Alpes, et s’avançait, par Asti et Alexandrie, vers les frontières du Bolonais. En traversant les États des Visconti, il conclut avec ces seigneurs, au nom du Saint-Siège, une paix particulière, paix qui fit. peu d'honneur au talent ainsi qu’au caractère du cardinal, puisqu’elle livra sans garantie, à leurs plus mortels ennemis, les Guelfes qui avaient soutenu les intérêts de l’Église romaine (2).

A la nouvelle que les Bretons approchaient, l’armée florentine, sous la conduite de Rodolphe de Yarano, seigneur de Camerino, se porta précipitamment vers Bologne pour couvrir celte ville, et fit occuper toutes les issues des Apennins, afin d’empêcher le torrent de déborder sur le territoire de Florence. I/CS Bretons s’emparèrent successivement des châteaux de Saint-Georges, deCrespelano, d’Olivcto, de Monteveglio ; puis ils mirent le siège devant Bologne. La garnison de celte ville était nombreuse et commandée par le brave Rodolphe de Yarano. Ce guerrier expél imenté, sachant bien qu’il ne pouvait se mesurer en rase campagne avec ses fougueux ennemis, se borna à défendre les remparts de Bologne, et résista constamment à toutes les provocations que lui adressa le cardinal de Genève de venir le combattre hors des murs. « Je reste dans la ville, « répondait-il, afin que vous n’y entriez point. »

Ce qu’il avait prévu arriva. Les soldats de Sylvestre de

(1) Leonard. Aret., 1. IX. — Poggii Braccioi. hisl. flor., l. XI, p. 255.

(2) Baluie. 1. 1, p. 456. — Chron. Tlacent., t. XVI, p. 526.

Bude, s’ennuyant bientôt de combats qui ne leur rapportaient aucun profit, refusèrent de continuer les travaux du siège et se mirent à dévaster le pays. Le cardinal de Genève essaya d’abord de s’opposer à dos ravages qui déshonoraient la cause de I Église, mais scs représentations restèrent sans effet sur cette troupe de brigands indisciplinés, qui ne faisaient la guerre que pour le pillage. Ils transportèrent leur camp entre Bologne et Modène, cl y consumèrent tout ; ils se rendirent ensuite entre Bologne et Imola, puis à Bcrtinoro, où ils commirent les mêmes désordres. Enfin, l’hiver étant venu, ils se retirèrent à Césènc (I). Leur séjour dans cette ville devint bientôt intolérable par les excès de tout genre qu’ils s’y permirent. Les habitants portèrent des plaintes au légat, mais celui-ci était sans autorité sur des gens qui n’obéissaient qu’à leurs barbares instincts. Alors le peu))lc, poussé à bout, se soulève, le premier jour de février 1Ô77, -et, aux cris de: «Vive « l’Église ! meurent les Bretons ! » attaque brusquement ces bandits, auxquels il tue une centaine d'hommes. Ceux d’entre eux qui purent gagner la citadelle s’y renfermèrent: leresle fut obligé de quitter la ville. Cette justice peu légale, il est vrai, mais excusable de la part de citoyens exaspérés par les vexations d’une soldatesque brutale, irrita la colère du légat. Ilaukood, avec sa compagnie, était cantonné à Faenza depuis la révolte de Bologne, Robert de Genève lui envoie en toute hâte l’ordre de se rendre à Césène pour en châtier les habitants. Au rapport des chroniques, Haukood n’entra point sans coup férir dans l’infortunée Césène. Les citoyens, qui prévoyaient sans doute le sort qu’on leur résefvait, défendirent vigoureusement leurs foyers. Ce ne fut qu’après trois jours et trois nuits d’un

il) .Mural., Annali d'Ilalia, ann. 1376.

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