‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 13 sur 146 · DÉCISION SDR LA VISION BÉATIFIQUE · texte numérisé non relu

DÉCISION SDR LA VISION BÉATIFIQUE

Villeneuve, dont l’origine ne remontait pas au delà de 1292 (I), et qui alors éLiità peine un village, devint rapidement une cité brillante où les grands seigneurs et le roi de France lui-même eurent des hêtels(2).

Jean XXII, en mourant, avait laissé à son successeur trois grandes affaires à terminer, la question de la vision béatifiquc, la querelle de Louis de Bavière avec l’Église, et la croisade. La controverse sur la vision béatifitjue avait eu trop de retentissement, et l’intérêt qu’y prenaient les princes, les docteurs, les théologiens de l’époque, était trop ardent pour qu’il fût possible d’en décliner la décision. D’ailleurs, cette question tenait au cœur de Benoît XII ; il avait écrit beaucoup sur elle, et il désirait vivement que la croyance des fidèles ne demeurât pas plus longtemps en suspens sur sa valeur dogmatique. Aussi, le jour même de la Purification de 1355, moins de deux mois après son élévation au souverain pontifical, il prononça un sermon dans lequel il embrassait ouvertement l’opinion contraire à celle que Jean XXII avait d’abord soutenue ; puis il convoqua près de lui les théologiens qui affirmaient que les âmes des justes demeuraient privées de la vue de Dieu jusqu’au jugement dernier, afin d’apprendre d’eux sur quoi ils fondaient leur opinion. Les conférences sur ce sujet durèrent jusqu’au mois de juillet à Avignon, et elles continuèrent au Pont-de-Sorgue, où Benoît XII se rendit pour échapper aux ardeurs de l’été. Enfin, après un mûr examen, le IV des calendes de février 13.56, au milieu d’un consistoire solennel (3), il publia la décrétale BenelUcius Deus, dans laquelle il définit, en vertu de l’autorité apostolique, que les âmes justes à qui il ne reste aucune

(1) UisUiire du Languedoc, l IV, p. 76.

(2) Joudou, Avignon, son histoire, ses papes, etc., in-I2, p. 476.

(5) Raynald, ann. 1535, n" 8, et 1556, n<» 2 et 5.

mSTOIRE DE LA PAPALTÉ, LIV. VI.

faute à expier jouissent immédiatement après la mort de la vision intuitive, c’est-à-dire du bonheur de contempler Dieu face à face et dans son essence (I). Ainsi toute opinion aujourd’hui qui tendrait à reproduire, de quelque manière que ce soit, l’opinion proscrite par cette décrétale, serait une erreur contre la foi.

Bien que moins sérieuse au fond qu’une controverse sur un point dogmatique, la querelle du Saint-Siège avec Louis de Bavière n’était pas susceptible d’une solution aussi facile. Benoît XII entreprit de la terminer par les moyens de douceur, car la mansuétude de son caractère ne se prêtait pas aisément aux mesures rigoureuses. Aussitôt qu’il le put, il écrivit aux princes allemands qui pouvaient exercer quelque influence sur Louis, et notamment à Albert d’Autriche, pour l’exhorter à reconnaître .sincèrement l’autorité de l'Église. Il écrivit egalement à Louis, lui projwsa les conditions auxquelles il attachait sa réconciliation, et envoya en Allemagne des nonces spéciaux chargés de s’entendre avec le monarque sur ces conditions (2).

Ces avances généreuses touchèrent Ijiuis de Bavière, et il y répondit par une ambassade solennelle, composée du comte d’OEtingen, de Henri Sephingen, commandeur de l’ordre Teutonique, d’Eberhard Tumouen, archidiacre d’Augsbourg, de Marquard de Randeke, chanoine de la même ville, et de maître Udalrich, protonotaire impérial. Ces députés étaient munis de pleins pouvoirs pour annuler les procedures accomplies, soit contre Jean XXII, soit contre ceux qui s’étaient montrés les adversaires du défunt

(1) Hac 1d perpeluum valilura constitulione auctorilale apostolica definimus quod... animæ sanctorum omnium... anlc jiidicium generale... vident divinam essenliam visiooe intuitiva et ctiam faciali. (Bulla : Benediclus Deus.)

(2) Raynald, aun. 1555, n°* 1 et 2. — Alb. Argent., p. 126.

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