‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 14 sur 146 · AFFAIRE DE LODIS DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE LODIS DE BAVIÈRE

empereur Henri YIl; révoquer les donations des terres de l’ÉgI ise qui avaient été faites au nom de l’Empire; promettre qu’elles seraient à l’avenir respectées, et que les • sujets du Saint-Siège ne subiraient plus de vexations. Ils devaient en outre accepter pour leur maître toutes les peines qu’il plairait au pape de lui infliger; jurer en son nom que, lors du couronnement, il n’entrerait à Rome qu’au jour assigné, et en sortirait immédiatement après la cérémonie; désavouer tous les actes de juridiction qu’il s’était permis en Italie, et satisfaire la cour romaine sur une foule d’autres points moins importants (1). Louis laissait du reste ses envoyés arbitres de tout.

Une soumission aussi entière devait, ce semble, lever tout obstacle possible à la réconciliation. Marquard de Randeke, dans un discours dont l’éloquence excita l’admiration des assistants, demanda, en effet, que l’absolution de son maître ne fût plus différée. Le pape, en lui répondant, témoigna qu’il était satisfait, ajouta que toute la cour romaine éprouvait la plus vive joie de pouvoir enfin rattacher au tronc de l’Église un si noble rameau, s’étendit longuement sur l’éloge de Louis, et fit espérer son absolution pour le lendemain (2).

Mais, dans ces entrefaites, arrivèrent de la part du roi de France deux archevêques, deux évêques et deux seigneurs, et autant de la part du roi de Naples. Ils demandèrent audience, et firent observer au pape que c’était une étrange erreur de préférer un hérétique comme Louis de Ravière à des monarques tels que ceux de France et de Naples, de tout temps dévoués de cœur et d’âme à l’Église romaine; que le pape devait craindre de passer pour fau-

(1) J. üeorg. Herwart, p. 637 et seq.

(2) Alb. Argent., p. t26.

S6 mSTOmE DE LA PAPAUTÉ, LIV. VI.

leur d’hérétiques. Celle opposition inattendue déplut 5 Benoît XII, cl il s’ensuivit une altercation assez vive entre lui cl les députés. « Que veulent donc vos maîtres? s’écria- « t-il, qu’il n’y ait plus d’Empire? — Non, Saint-Père, ré- « pliquèrcnl les députés, ne supposez point à nos maî- « très ainsi qu’à vos serviteurs des intentions qu’ils n’cx- « priment nullement. Nous n’atLaquons pas l’Empire, « mais la personne réprouvée de Louis; » et ils firent une longue histoire de ses torts envers l’Église. Ici Benoît répondit « que c’clail bien plutôt à Louis de Bavière à se « plaindre de l’Église, qu’il serait venu le bâton à la main « SC jeter aux pieds de son prédécesseur si celui-ci avait « voulu le recevoir, qu’on l’avait forcé à la rébellion. Quant « à vos maîtres, ajouta-t-il, ils onlplusà espérer des bonnes « dispositions de Louis que s’ils le tenaient renfermé dans « une tour. » C’était là désavouer la conduite de Jean XXII

Cependant, ces belles paroles n’aboutirent à rien. Le roi de France ordonna la saisie des revenus que les cardinaux retiraient du royaume, et ces derniers, qui avaient d’abord montré un grand zèle pour la réconciliation, ne la poursuivirent plus que faiblement. Un autre incident la leur fit abandonner tout à fait. Iæ roi de Bohême, le roi de Hongrie et le duc de Bavière, mécontents de Louis, donnèrent l’espérance qu’en réunissant leurs efforts ils viendraient à bout de créer un autre roi des Romains. Les cardinaux profilèrent de celle circonstance, cl remontrèrent au pape que Louis étant devenu odieux à tout le monde, il serait impolitique de s’exposer à une improbation générale pour le soutenir. Benoît XII craignit d’être téméraire, et la réconciliation fut ajournée (1).

(1) Alb. Argent., p. 120. — Genn. Chron., 1. XXIV, p. 857.— Raynald, ann. 1555, n®* 6 et 7.

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