‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 132 sur 146 · VOYAGE DU PAI'E EN ITALIE · texte numérisé non relu

VOYAGE DU PAI'E EN ITALIE

qui commencèrent à se déchaîner contre la flotte dans les parages de Toulon, de Fri^jus et de Saint-Tropez. Elles devinrent bientôt si incommodes, qu’on fut obligé de relâcher au port de Villa-Franca, afin de s’y reposer quelques jours. On n'en put sortir que le 15, et, le 18, on arriva en vue de Cônes (1). Le pape et les cardinaux prirent encore un repos de onze jours dans cette ville. On remit à la voile le 29; mais la violence de l’orage obligea de chercher un abri à Porto-Fino, où le Saint-Père descendit à terre et alla célébrer la fête de tous les Saints dans le monastère bénédictin de San-Cirolamo. Il arriva le 7 novembre à Livourne, reçut là des rafraîchissements envoyés par la ville de Pise, et y prit terre encore pendant onze jours (2). De Livourne à Piombino, la navigation fut assez calme; mais, au sortir du port de Piombino, l’orage redoubla de violence ; la flotte fut dispersée, plusieurs bâtiments perdidirent leurs agrès, et l’on se vit dans la nécessité de rentrer à Piombino. Les équipages étaient rendus. Les cardinaux de Glandèvc , d’:\jniens, de Narbonne, étaient malades. Ce dernier surtout, d’un tempérament usé par l’âge, ne put SC remettre de ses fatigues ; transporté à Pise, il y expira quelques jours après. Enfin, après avoir relâché encore une fois à Orbilello,, on aborda au port deCorneto le G décembre (5).

Grégoire XI s’arrêta plus d’un mois dans cette petite ville, soit pour s'y reliure des secousses d’une si pénible navigation, soit pour y expédier quelques affaires ; il la quitta le 15 janvier 1577, remonta le Tibre, et, le 17, vint débarquer à Saint-Paul. L’allégresse des Romains en

(1) Itinerariura D. Gregorii XI, etc., p. 311.

(2) IJ., p. 312 et 313.

(3) Id., p. 513, 314 et 313. — Baluze, t. I, p. 434. — Cron. Sanese, t. XV, p. 231.

rcToyant leur évêque fut incroyable. Ils se portèrent en foule sur son passage; les toits des maisons étaient chargés de spectateurs ; les femmes pleuraient de joie, l/e 18 janvier, le pape, à cheval, se rendit, vers le soir, en procession à Saint-Pierre. Â mesure qu’il passait on lui jetait des roses ; on éclairait sa marche avec des flambeaux. Toute la ville retentissait des cris de : « Vive lo « pape ! » auxquels se mêlaient le bruit de toutes les cloches et les fanfares de la musique. Pendant cette procession triomphale, le grand maître Jean-Ferdinand d'Ueredia portait la bannière de l'Église devant le pape, et, à sa suite, venaient le sénateur, les conseillers et les bannerets, revêtus de leurs costumes somptu eux. Une foule d’évêqu&s, de prêtres, en habits pontificaux et sacerdotaux, terminaient le cortège. Rien ne manqua à la pompe de celte solennité (I). Si l’illustre |>octe qui avait si souvent appelé de ses vœux le retour des souverains pontifes dans la ville éternelle eût eu le bonheur de contempler celui-ci de ses yeux, il en serait peut-être mort de joie; mais il ne pouvait plus en être témoin.

Depuis 1370, la santé de Pétrarque n’avait fait que décliner. Pour la rétablir, il se retira à Arqua, village riant près' de Padoue, où il avait fait construire une maison de campagne dans laquelle il habitait avec ses livres, se livrant à I étude comme s’il eût été encore dans la force de l’âge et la plénitude de sa vigueur (2). Le 19 juillet 1574, ses serviteurs, en entrant dans sa chambre, le trouvèrent près de sa bibliothèque, incliné sur un livre et sans mouvement. Comme ils l’avaient vu souvent passer dos journées entières dans cette attitude, ils n’en furent pas d’abord

(1) Ilinerarium D. Cregorii XI, etc., p. 516 et 517. — Baluie. t. I, p. 455.

(2) De Sade, t. III, p. 749 et 750.

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