MORT DE GRÉGOIRE XI. 4S
sentant sa dernière heure imminente, il fit venir auprès de son lit tous les cardinaux ; lè, après leur avoir de nouveau communiqué ses appréhensions avec cette lugubre solennité que donne aux paroles la présence de la mort, il les supplia de garder entre eux la plus étroite union, et d’élire son successeur sans délai, à la pluralité des voix, sans s’inquiéter de la neuvaine d’usage pour les obsèques du pape, ni de la constitution Ubi niajus, dont il suspendait les décrets pour cette élection (1).
Un écrivain grave ajoute que, sur le point de rendre le ilernier soupir, les yeux fixés sur le corps de Jésus-Christ, qu’il tenait entre ses mains, il recommanda encore à ces mêmes cardinaux de se garder soigneusement de ces hommes et de ces femmes qui, sous le voile de la religion, débitent les visions de leur tête ; que c’était pour s’être laissé séduire par leurs conseils qu’il avait amené l’Église sur le penchant d’un schisme, dont la miséricorde seule de Uieu |K)uvait la préserver (2). Ces paroles, qui tombent visiblement sur sainte Brigitte, sainte Catherine de Sienne et le bienheureux Alphonse d’Aragon, ont toujours paru extraordinaires dans la bouche de Grégoire XI. Ni l’autorité de Gerson, qui les rapporte, ni les justes préoccupations dont l’état alarmant de l’Église agitait l’àme du pape mourant, ne nous semblent de nature à les justifier; et, si nous les rapportons, c’est uniquement pour ne pas manquer à l’impartialité que nous nous sommes constamment imposée.
Grégoire XI est le dernier des pontifes que la France ait donnés à l’Église. Quand il quitta la Provence pour retourner en Italie, il y avait soixante et onze ans trois mois et huit jours que la Papauté résidait en France. Lui-même
(1) Raynald. ann. 1578. — Baluze, t. I, p. 12*22 et 12*24.
(2) Gerson, Tract, de examinât. Doctrina, pars II, consid. ni.
mSTOlRB DE LA PATAUTÉ, UV. XII.
porta la tiare sept ans deux mois et vingt-huit jours. De tous nos papes avignonais, il futle moins heureux. Son règne si court fut rempli de calamités. Cependant, si l’on regarde aux qualités morales de l'homme, à sa douceur, à sa libéralité, à sa modestie, à sa générosité, à sa justice, nul ne mérita mieux que Grégoire d'être révéré et chéri comme un père, etla moitié de l’Italie se souleva contre lui comme contre un tyran. Si l’on regarde ensuite à la supériorité de ses talents, à son activité, à sa science des affaires, nul ne devait mieux que lui encore espérer un règne glorieux et prospère, et le sien ne fut qu’un enchaînement de projets avortés. C’est ainsi que la Providence divine rend inutiles parfois la vertu et le génie , lorsqu’elle a résolu d’exercer sa justice sur les hommes.
Le corps de Grégoire XI devait être porté au monastère de la Chaize-Dicu, où l’attendait celui de son oncle. Clément VI ; mais les circonstances ne permirent pas d’accomplir en ce point les suprêmes volontés du défunt, et il repose dans l’église tic Sainte-Marie-Majeure. On lit sur son mausolée cette inscription d’une date bien postérieure :
cnn SAL
ORKOOniO XI. LEMOVICE.NSl lIVSIAMTATE, IHICTRINA, PIETATEQVE ADMIRABILI, yVl VT ITAUÆ SEÜITIONIBVS I.ABORANTI MEDEBETVR, SEDEM l’OSTIFICIAM AVtNlOXEM lUV TRANSLATAM, lllVIXO AEEATVS SVMISE, UOMINVMQIJE MAXIMO PLAVSV POST AN.XOS SEPTVAOIMA ROMAM FELICITER REDVXIT,
POXTinCATVS SVI ANNO Vil.
S. P. Q. R. TanUc religionis et boncficü non immeinor, tiregorio XUl. Pont. Opl. Max. coniprobantc, enno ab orbe rejempto N. D. LXXXIV, F. os.
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
NUMÉRO i.
JtigcmenI de Jean XXII par Sisniondi.
Voici le portrait que Sismondi a tracé de Jean X.VII dans son Hitloire des républiques italienues, t. V, p. 197 : « Le pape Jean XXll, 1 dit-il, qui avait mieux aimé vivre sujet à Avignon que souverain à s Rome, paraissait bien moins le chef de la chrétienté que la créa- « ture et l'instrument du roi de France. Luxurieux, avare, vindica- « tif, il bouleversait l’Empire par des prétentions ambitieuses dont ses partisans eux-mémes reconnaissaient l'injustice; il troublait lu « paix de l'Église par des questions oiseuses, qu’on le vit agiter avec « les Franciscains, sur la pauvreté du Christ; avec ses cardinaux, et • ensuite avec la Sorbonne, sur la vision béatifique. Il mettait ù l'enn chère les dignités ecclésiastiques ; il permettait, il encourageait « peut-être par son exemple, la corruption des mœurs, qui faisait de « sa cour le scandale de la chrétienté. Cet homme, si peu fait pour « porter le titre de Père des fidèles, avait nommé, pour le représen- « ter en Lombardie, le cardinal Bertrand du Poyet, qui se disait son « neveu, mais qu’on croyait être son fils. »
Quoique la biographie que nous avons écrite de Jean XXII réponde suffisamment à ces infâmes calomnies, nous éprouvons le besoin de les relever plus particulièrement et de les marquer du sceau de l'indignation.
Jean XXII, qui avait mieux aimé vivre sujet à Avignon que souverain A üome. Sismondi est-il pardonnable, lui qui a tracé le tableau de l’état où se trouvait l'Italie sous le pontificat de Jean XXII, est-il
460 , NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
pardonnsble, dis-je, de faire d’Avignon un lieu de servitude pour les souverains de Rome? N’esl-il pas de notoriété de fait que l’autorité des papes n’était plus que nominale en Italie? qu’avant de se réfugier en France, ils avaient été forcés d’errer dans l’État ecclésiastique bien plus en fugitifs qu’en souverains? et Sismondi n'a-t-il pas raconté comment les papes, selon lui si souverains à Rome, se sont vus obliges, pour y rentrer, de faire la conquête de cette ville et de son territoire, pour ainsi dire, pied à pied?
Et quand Jean XXII aurait été aussi souverain à Rome qu’il le dit, s’ensuivrait-il qu’il était sujet à Avignon? N'y était-il pas dan’s son domaine? n’y commandait-il pas à des sujets? y subissait-il la suzeraineté de qui que ce fût? Que veut donc dire Sismondi quand il avance que Jean XXll était sujet à Avignon? 11 va peut-être nous l’expliquer en s’écriant : qu'il y paraissait moins le chef de la chrétienté que la créature et l'instrument du roi de France. Quelle insigne fausseté! Nous connaissons la vie de Jean XXII, nousavons vu s’il a été le chef de la chrétienté , et s’il y a eu beaucoup de papes qui aient déployé dans l'administration de l’Église une vigueur pareille à la sienne. Eh quoi ! Jean XXII la créature et Vinslrumént du roi de France I On est la créature de quelqu’un quand on tient tout de lui, et Jean XXll n'a jamais été redevable de quoi que ce fût au roi de France, pas même de l évêché de Fréjus. On est l’instrument de quelqu’un quand on n’agit que par sa volonté. Et quand donc Jean XXll a-t-il réglé ses démarches sur les volontés du roi de France? Est-ce, par exemple, quand il refusait de mettre à sa disposition le trésor du Saint-Siège, ou bien les décimes pendant six ans sur tous les biens de l’Église, ou bien d’appliquer celles qu’il lui accordait û d’autre usage qu'à celui de la croisade (1)? ou bien encore lorsqu'il menaçait ce monarque de l’anathème s’il venait à Avignon autrement qu’avec un cortège pacifique (2)? Si ce sont là les actes d’un instrument, il faut avouer qu’il n’était guère docile.
Luxurieux. Jean XXll luxurieux ! un pape dont tous les historiens, à commencer par Villani, ont loué la moralité; un théologien qui ne quittait son cabinet d'étude que pour se rendre au consistoire, qui n’était entouré que de théologiens et de canonistes, qui se levait la nuit pour prier, dont le palais ne fut jamais oifvert à aucune femme I
(1) Gior. VUl., I. Il, c. cxcïiii.
(2) Biovius, ann. 1334, n° 8
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. -161
Un tel homme luxurieux I mais il faudrait donner au moins quelques preuves d'une accusation si étrange et ne pas se contenter de la formuler.
Avare. Ici Sismondi ne récuserait pas, s'il vivait, le témoignage d'un contemporain, surtout si ce témoignage est un blâme. Eh bien I voicicequele chroniqueur Albert de Strasbourg reproche à Jean XXII; Ille ad niagnificandum d ditandum consanguineos, ad vestiendum annuatim plut quam LXX comités et milites inlendebal. P. 125.) Or, peut-on dire qu'un homme à qui on peut reprocher sa libéralité soit avare? Mais Jean XXII a laissé à sa mort la somme exorbitante de 25,000,000 de florins. Et qu'importe I on n'est avare qu'autant qu'on recueille des richesses pour soi; et si Jean XXII ne les a amassées, comme nous l’avons montré, que pour servir l’Église, la défendrecontre ses ennemis, la rendre plus grande, plus protectrice, plus bienfaisante, où est l’avarice? A ce prix, tout prince qui cherchera à accroître les flnances de son royaume devra mériter le reproche d’avarice. Y a-t-il rien de plus absurde? Au reste, nous faisons observer que nous n’admettons pas le blâme d’Albert de Strasbourg.
Vindicatif. Nous avons feuilleté bien des chroniques et nous n'iivons trouvé dans aucune cette épithète de vindicatif, si ce n’est toutefois dans une petite chronique de Bernard de la Motte, éditée parDuchesne, dans les preuves de Y Histoire des cardinaux françois, page 289. Et, disons-le, Sismondi n’y a point puisé, car il l’aurait citée avec triomphe. Mais ce n’est point le témoignage qui prouve, c’est sa valeur. Or, quelle est la valeur de la chronique en question? Nous ne la connaissons pas; son auteur est obscur; sa brièveté extrême ferait croire qu’elle a été un recueil de notes personnelles plutôt qu’une œuvre destinée à devenir publique. Elle ne se distingue par aucun des caractères qui recommandent un récit, et un des traits .sous lesquels est peint Jean XXll serait seul capable de faire douter du jugement de son auteur. Le pontife y est appelé nimis credulus. Qui croira, en effet, que Jean XXII, l'homme de son siècle le plus savant, le plus expérimenté, le plus fin, le plus initié aux mystères des passions humaines, était crédule? D’ailleurs, pourprouver que Jean XXII fut vindicatif, la chronique ne cite que le fait d’un certain baron de Lombardie que le pape fit punir du dernier supplice, fait dont on ne rencontre aucune autre trace dans les monuments de l’époque. Ce n’est point sur une pareille autorité qu’on peut baser une qualification aussi grave que celle de vindicatif.
464 NOTiy ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
Il bouleverta'U l’Empire par des prétentions ambitieuses. Établissons un principe. Était-ce le droit consacré au quatonièroe siècle que la dignité impériale dépendit d'une élection accomplie selon les formes légales et de la confirmation pontificale? Je ne crois pas qu'on puisse nier ces deux points sans nier en même temps l’anthenticité de toutes les pièces dans lesquelles ce droit est reconnu. Cela posé, peut-on dire que Louis de Bavière eût pour lui une élection légale, lui qui n'avait été nommé que par une portion des électeurs légaux? Peut-on dire ensuite que son élection eût été ratifiée par l'approbation pontificale, quand on voit que le Saint-Siège ne cessa pas un seul instant de réclamer contre elle? Mais, si l’élection de Louis de Bavière ne jouissait d'aucun des caractères qui devaient la rendre légitime, je le demande à tout lecteur de bonne foi, lequel bouleversait tEmp’ire par des prétentions ambitieuses, ou de Jean XXII qui défendait la constitution de l’Empire, ou de Louis qui In violait indignement en usurpant des droits et des titres qui ne lui appartenaient point?
Il troublait la paix de F Église par des questions oiseuses. Il nous semble avoir raconté avec assez de détails l'erreur franciscaine sur la pauvreté pour être dispensé ici de prouver que cette erreur,
, ipioique ridicule sous un point de vue, était loin d'être oiseuse, et (le justifier la conduite de Jean XXII é cet égard. Quant à la question (le la vision béatifîque, il n'est pas le moins du monde clair qu’elle soit plus oiseuse qu'une foule d'autres questions débattues entre les catholiques et les protestants, et que Sismondi, en sa qualité de dévot réformé, a dû regarder comme très-importantes. Du reste, il est toujours important que les esprits ne fiottent point indécis sur les questions dogmatiques, et, parmi ces dernières, C(>lles qui se rattachent aux mystères de la destinée humaine dans une vie future ont plus de rapports qu'on ne pense avec la tranquillité de la vie pre- .sente.
Il mettait h l’enchère les dignités ecclésiastiques. A entendre Sismoiidi, ne dirait-on pas qu'il y avait dans le palais d'Avignon des ventes par licitation où l'on venait miser des évêchés, des abbayes, des doyennés, des prébendes ? Mais y a-t-il, pendant tout le pontifical de Jean XXII, un seul exemple d'une dignité vendue? Peut-être Sismondi, sous ce terme d'enchère, veut-il parler des grâces expectatives. Dans ce cas, nous avouerons qu'il y avait dans la dispensation de ces grâces des dangers de simonie qui ont forcé plus tard l'Église
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 403
à les supprimer. Mais, à l'époque dont il s'agit, ces dangers ne s'étaient point encore montrés. Or, y a-t-il ombre de rapport entre ces grâces et une enchère ?
Mais voici le comble de l'iniquité ; Il permellail, il encourageait peut-être par ton exemple, la corruption des mœurs, qui faisait de sa cour le scandale de ta chrétienté. Nous avons étudié aussi sérieu- .senientque .Sismondi le poniiricat de Jean XXII; eh bien! nous lui donnons un démenti formel pour ce qui est des scandales de sa cour. Nous allons plus loin, nous délions qui que ce soit de prouver que celle cour n’a pas été aussi grave, aussi sévère, qu'aucune de celles qui l'avaient précédée. Mais, quand il s'y serait passé quelques-uns de ces scandales que suppose si gratuitement Sismondi, serait-il permis d'avancer, sans aucune preuve et sur la fui d'un peut-être, que ces scandales étaient encouragés par l'exempte du pape?
Cet homme, si peu fait pour porter le titre de Père des fidèles, avait nommé, pour le représenter en Lombardie, le cardinal Bertrand du Poyet, qui se disait son neveu, mais qu'on croyait être ton fils. Ici Sismondi, au moins, n’a pas le mérite de l inveution. Villani (1) avait déjà écrit ; Que quoiqu’on appelât Bertrand du Poyet neveu du pape, on le croyaitvulgairemenl son fils. La même chose est répétée par Pétrarque dans sa troisième lettre sine titulo ; Beaucoup de gens, dit le poète, assuraient que Bertrand du Poyet était le fils du pape. La raison que ces deux auteurs allèguent de cette opinion mérite d'être citée : le cardinal avait avec Jean XXII une re.«emblance frappante. Ainsi, tout homme qui ressemble â un autre devra être son fils, si ce dernier est assez âgé pour avoir pu lui donner le jour! Quelle logique I Aussi Yillani et Pétrarque croient-ils si peu â la vérité de ce qu'ils avancent, qu’ils n’osent en prendre la responsabilité et ne le donnent que comme un dit-on malin qui courait l'Italie. Certes, s'écrie ici Aubery (2), il faut que cette calomnie fût bien éloignée de vraisemblance, puisque ces deux auteurs, italiens de nation et par conséquent ennemisjurés des papes d'Avignon, ne l'ont pas Oté faire passer pour une vérité indubitable. Tous les biographes des papes, excepté un seul, Onuphre Panvini, en ont été révoltés et l’ont ou passée sous silence ou repoussée avec indignation. Nous avions droit, sans doute, d’attendre de Sismondi qu’il rougirait de relever
(1) l. H. c. VI.
(â) llist. ilci carJmaui frantai*, iil-4'’, 1. 1, article Jean X.XII.
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
un si ridicule mensonge. Mais qu’importe la calomnie même la plus inepte à l’homme qui s’est fait du dénigrement un système? ne faut-il pas qu'il parvienne à son but? Beaumarchais a dit : t Ca- (I lomniez, calomniez ; il en restera toujours quelque chose. »
Mais la vérité est que Bertrand du Poyet n’était pas même le neveu du pape. Villani est le seul qui indique cette parenté. Bernard Guido et Amauri Auger n'en disent pas un mot; on n’en trouve aucun vestige dans les actes où ce cardinal est nommé ; Duchesne, Baluze, Aubery, n’y ont pas cru ; elle ne soutient pas une discussion sérieuse.
Voilà donc à quoi se réduit le portrait que Sismondi a tracé du plus grand de nos pontifes, d’abord à des suppositions avancées gratuitement sans la moindre preuve, ensuite à des calomnies dédaignées par tous les écrivains graves, et ramassées seulement par ces écrivains décriés qui ne reculent devant aucune infamie; enGn à des traits malignement exagérés ou travestis. Sismondi, au reste, ne parle pas autrement des papes. A ses yeux, un souverain pontife est nécessairement un homme pervers et corrompu. C’est ainsi que la haine rabais.se des hommes de talent au niveau de cette stupide plèbe qui insulte quand elle ne peut déchirer.
par laqacllo la rrine Jf^anne donne avis au\ FlorenitnSf ses allU^, de la oiori du roi André, sou mari, et de la maui<;re dont il avait été assassiné. (.\rch. de Floreuce.)
Joanna Dei gratia Jérusalem et Siciliæ regioa, saluteni et sinceritatis affectum. Infandum scelus, sceleste nefas, piaculare flagitium , Deo ahominabilemundoquehorrendum, in personam quondam domini viri noslri per impiorum dextras, innoxii .sanguinis effusione cruentas, immani severitate commissum , ad notitiam vestram gementes ac flcnles, ac doloribus vehementibus saucie vidimus perferendum... Dum quidem, octodccimo hujus mensis , ipse dominus vir noster tarde, bora intrandi cubiculum, dcscendisset ad quemdam parcum contiguum Gayfo aule nostri bospitiiin Aversa, imprudenter et incaute imo juveniliter, sicut fréquenter ibi et alibi suspecta horaabire consueverat, nullius in hoc acquicsccns consilio, sed tantum sequens motus précipites juventutis, non admittens socium, sed ostium
post se timans, oosque expectasseinus eurndem, jamque in ipso cubiculo capte fuissemus a somno, ex mora nimia quant trahebat, nutrix sua bona et honesta domina ipsum cum caudela cepit anxie querere, et tandem propc murum dicti parci cum reperil jugulatum. De quo quantum nobis lugondum occurrat nos cogilare non possumus, usque in cor posset ascendere alicujus; et licet de illo nequam inauditi hujus sceleris patratore fucrit, quantum exquiri et considerari potuit, crudelis facta justitia, tamen respectu malignitatis presumpta omnis rigiditas debet facilitas reputari.
Ad causam namque instigationis sue nequam ipse patrator adduxit, quod verens inferendum sibi mortis supplicium ex provocatione ipsius quondam domini viri nostri, propter sua démérita contra eum, cogitavit sicut aliter Judas, desperationis ausura, quem tantum modo cum uno famulo non adltuc reperto, peregrina iniquitate perfecit... Üatum Aversæ, subannulo nostro secreto, die 22 septembris 1545.
Exirail rl<> la Icilrc du |)apc Clémrm VI ) Louis, roi de Hongrie, au sujet de l'assassinai de son frire André. (Ap. Itaynald, ann. <5t6.)
Super.eo quod postulas, ut tibi et præfato Stefano germano tuo præfatum regnum Siciliæ dare et locare velimus, breviter respondemus, quod licet desideremus tibi et dicto germano tuo, quantum cum Deo et rationabiliter possemus, istis præsertim temporibus, quibus vobis sic diu afflictis compatimur, eomplacere ; attamen scire potes et debes, fili dileciissime, quod hoc facere sine offensa Dei et læsione justitiæ, præsentialitcr non valemus : cum enim dicta Joanna regina Siciliæ, ad quam dictum regnum hereditario et successionis jure pervenit, in possessione paciiica dicti regni existât, pro quo nobis et Ecclesiæ romanæ fidclitatem et homagium ligium præstitit, et investituram ipsius a nobis recepit, prout prædecessorum suorum tempore extitit observatum, nondum de dicto scclerc convicta sit aut confessa, nec judicialiter dicto regno privata, vel quod dictum regnum perdiderit declaratum, et ob hoc nondum sit certum, prædictum regnum ad nos et romanam Ecclesiam ob causam hujusmodi vel alias dcvolulum ; videat et prudeuter attendat, quæsumus, regia T. II. 30
NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
oelüiiudo, quomodo id, quod ipsa regina tanquani domina pussidel, et quod adhiic nostnim osset non apparet, nec ad manum nostram et romanæ Ecclesiæ pervenisse, possimus tibi concedere, et in boc eum alterius injuria et læsione justitiæ complacerc.
lo hoc autem fîduciam te volumus habere, quod si dictam reginam de nece prædicta culpabilem reperiri, et ob hoc regnum ipsum ad nos devolvi contingat, super quibus et aliis supra dictis si vias alignas aperias, justitia et ratloue suffultas, eas quantum cum Deo et justifia tien poterit, favorabililer admittemus : ad le enim et germanum tuum prædictum, directe de domo Siciliæ procedentes, specialem et patcrnam considerationem habere iniendimus, et inter alios tam ex causa prædicta quam in consolationis deflebilis (vicem) favorem aposloliriini sine alterius præjudieio, exhibere.... Porro super dispensatione matrimonii dictæ reginæ, super qua nihil tibi scripsisse reperimus, proqua non ficnda devotins supplicasti, rescribimus, quod licet pro ubtinenda dispensatione prædicta multoties, et a multis magnæ aurtüi'itatis viris nobis fueril supplicatum ; attamen supplicationem hujusmodi noluimus exaudire , nec ad conccdendam dispcnsationem liujusmodi intendimus propctare, nec ad ipsam faciendam proredere, nisi justæ et rationabiles causæ suaserint, quæ ad concedenduni dispcnsationem prædictam movcre merito dcbeant sers'itutis apostolicæ puritateni.
lllud ncmpe non omittimus, quod mirari non debes, fili amantissitue, neque nobis aliquid iinpulare, si negotium coronatbnis An-' dreæ fralris tui prxdicti non per aunos, ut scribis, sed per menses aliquos est dilata : scis enim quod negotium de se crat arduum , insolitum, et non clare sub juris regulis liroitatum : propler quod utrura de jure posset hoc fieri, mnlti magnæ auctoritatis viri probabilité!' dubitabant, assercntes quod coronatio magis ex gratia quam justitia dependebat : et super ordinandis caulelis, quæ in coroualione adhiberi debcbant, non modica fuit allercatio, prout negotii qualitas exigebat. Kt ideo tum ex iis, tum etiam quia ambassiatores tui super provisione coronalionis ticndæ vias varias tetigcrnnt, quæ dclibcrationes habuerunt necessario prorogare, cum etiam propter diversa negotia, ad sedem apostolicam (indique confluentia , quæ intermiiti totaliter non decebat, negotium coronationis prædictæ aliquandiii extitil necessario prorogatum.
Denique, fili cliarissime, micari cogiraur, quod celsitudo regia ililcctum lilimn nostrum Tallavrandum lit. S. Pétri ad Vincula, pres-
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
byterum cardinalem, de scelerala lue germani lui couscium litterarum prædictarum sérié descripsisti : licet enim ip.se iu negolio dicti regni Siciliæ pro nepotibus suis iiiterdum insiiterit, eorum justitiam allegaiido, et pro eorum provisioue sine juris alterius prxjudicio pure iu ipso oegoiio procedendo ; non debuisii propterea vel quivis alius existimare, quod idem cardinalis, qui de præclaro et anliquo genere trahens origiuem , magna probitate et litteràrnm scientia exisiit præditus, et mulliplicibus virtulibus insignitus, tant! sceleris eonscius fuerit, vel ei dederit iniliUm, consilium,' auxilium, vel favorem : nam, ni cum veritale loquamur, audita nece prædicla, indicia evidentia, signa patentia ingenlis trisliiiæ et doloris noscitur ostendisse. Cessante igitur, quæsumus, apud te suspicione prædicta, qux caret procul dubio verilate, credas quod prædictus cardinalis in prædicti legni, vel quocumque alio negotio, nihil scienter agerei, quod divinam crederet offendere majestatem, aut maculam in gloxiam suam ponerei, vel suam et domus suæ nobiliiatem aliqnaliter denigraret... PostremoSerenitatemTuam logamus, obseeVamus, et in Domino exbortamn.r, quatenus progenitorum tuoruni clara sequens vestigia, qui tanquam benediclionis Glii devotione purissimn romauam Ecclesiam matrem suam siinl siugulariier prosecuti ; considerans quoque favores et bénéficia, quæ progenitores toi reges Lingariæ ab eadem Ecclesia reeeperunt, in devotionem ejusdem Ecclesiæ studeas perseverare conslantcr ; et ipsips tanquam piæ matris cousiliis et bcneplacilis te coaptans , nihil minus sano ductus consilio attentare procures, quod posset in offensionem Dei et prxdictæ Ecclesia: reduodare. Dat. Aveni. Il id. Marlii, pontif nost. ann. IV.
ElUail do roiUrai de vnite <l<« la tÜI«> d*4viffoon.
In nomine Domini, amen. Universis præsentes litlerasseu præseus instrumentum publicum inspecturis, Joanna, Dei gralia Hierusalcui et Siciliæ regina, Provinciæ et Foreniquerii coreili.ssa, et domina civitalis Avenionensis, salutem et præseniibus perpetuam dare Gdem. Notum facimus , quod in præsenlia notariorum publicorum infra scriptorum, ad et proxime infra scripta coram nobis acccrsilurum speciàliter et vocaiorum, personaliter exislentes, gralia, .sponte et
m NOTES ET PIÈCES JÜSTIFICATH’ES.
non coacla, non seducta, nec ab aliquo in aliquo circumventa, sed ex mera, libéra et spontanea animi voluntate nostra super hoc ducta, et ex certa nostra scienlia, de et cum voluntate et consensu illustrissimi viri domini Ludovic! de Tharenta, comitis Provinciæ, legitimi viri et mariti nostri, ad hæn præsentis, et ad infra scripta licentiam et auctoritatem, si et quatenus, in bac parte indigemus, nobis super omnibus et singulis sequentibus præstantis; vendimus, cedimus, et ad perpetuum quitlamus pro nobis et hæredibus ac successoribus nostris quibuscumque, sanctissimo et beatissimo patri, domino démenti, divina providentia papæ VI, sacrosanctæ romanæ ac universalis Ecclesiæ romanæ , venerabili viro niagistro Guillielmo de Malesicco, clerico cameræ ipsius domini nostri papæ ac procuratoris in bac parle per eumdem domjnum nostrum papam, tam pro se, quam etiam nomine dictæ romanæ Ecclesiæ ad bæc légitimé constitulo, ibidem præsenii et recipienti , ar pro ipso domino nostro papa, ejus successoribus ac Ecclesiæ memoralis, super singulis infra scriptis solemniter stipulant!, ac in ipsos dominum sanctissimum pontificcm, ejus successorcs et Ecclesiam prælibalam, titulo procuratorio perpetuæ venditionis transferimus irrevocabiliter pleno jure, ad babendum, tenendum, et perpetuo ac paeiiice possidendum per dictum dominum nostrum papam et ejus successores-ac romanam Ecclesiam supra dictam, et aliter ad faciendum eorum omnimodam voluutatem, videlicet, nostram civilatem Avenionensem cum toto terrilorio et confinibus quæ prætenduntur intra territoria et conlinia castrorum ad pontem Sorgiæ et Vedena Caslrinovi, et de Cavis montibusex parte una, et Comitatum Vencsim ex alia, et territoria Castrinovorum, Casiri Raynardi et de Borbentinoe ex alia; et terriloria castrorum rupe Mauræ et Podii alti, Rupe fortis de Sado, et de termine ac ilumine Rhodani, quantum ad nos speelat, secundum conlinia et limites civitatis ejusdem ac terrilorii ipsius et reliqua; ac omnibus et singulis villis, castris, burgis , locis adjacenlibus, pertinenciis et sequelis üniversis, hominibus, vassallis, emphyteutis, nomine homagiis, feudis, retro-feudis, forlalitii ingressibus et egressibus, ac omni dominio, et omni jurisdictionc et justitia alla, media et bassa, roero et mixto imperio, superioritate, omnique actione reali et personali ad nos pertinenlibus ralione prædictæ civitalis Avenionensis cl aliorum præraissorum, vel alicujus ex bis infra fines territorii et dislriclus ipsius civitatis consistentium, et cum omnibus et singulis censibus, redditibus, resideutiis, juribus, de-
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 169
veriis, honoribus, servitiis, emolumenli et explectis, quos, qnas et quæ habemus et babere possumus et debemus, qiioquo modo ea ad nos spectant et pertinent, quacumque causa .seu ratione in civitate prædicta ejusque territorio et districtu et pertinenciis eorunidem ; nibil actionis, peiitionis, possessionis, proprictatis, dominii, jurisdictionis, meri et mixti imperii, honoris, ressorti, superioritatis, servitutis, emolumenli seu explecli, seu cujuscumque alicujus juris nobis seu successoribus nostris in prædictis, seu prædiclorum aliquo penitus retinendo; pro pretio videiicel ocluaginta millium florenorum de Florentia, boni et legilimi ponderis.
Quos quidem octuaginla mille florenos auri, nos dicta regina xenditrix, recognoscimus publiée et in verilalc légitimé conlitemur nos habuisse et récépissé plenarie et intégré pro pretio ante dicto, per manum reverendi patris in Cbrisio domini Stephani, Dei gratid episcopi Saneti Ponlii, thesaurarii camerarii ejusdem domini nostri papæ et apostolicæ sedis, in bona et electa pecunia numerata. El de quo quidem pretio præfatum dominum papam, et ejUS successores, atque Ëcclesiam romanam, pro nobis, hæredibus et successoribus nostris, in perpetuum solvimus, quitlamus oninino, cum pacto solemni et valido per boc super nos interposito, de ulterius ab eisdem domino papæ, ejns et successoribus et Ecclesia romana, causa vel ratione hujusmbdi aliquid non petendo. Cujusmodi pecuniam nos dicta regina recognoscimus in evidentem utililateni nostram ac pro necessariis et ulilibus negotiis fuisse conversam.
. Et ex nunc quidquid dicta civitas Avenionensis cum ejns territorio, pertinenciis et districtu, juribus supradictis plus valet seu in futurum plus valcbit pretio ante dicto; considérantes quod, secuiidum apostolum verba Domini Jcsu memorantem, beatius est dare quam accipere; ideo præfato domino summo pontiGci et dicto ejus procuralori recipienti et slipulanti ut supra, ac dictæ Ecclesiæ romanæ et certa scieotia, donatione pura, simplici et irrevocabili facta cum insinualione præsentium, solemniter inter vivos totum illud plus meliori modo et forma, quibus possumus, damus, cedimus, concedimus ad perpcluum, ac penitus quitlamus et donamus.
Cedentes nihilominus et quittantes nos dicta regina prædicta sanctissimo palri et domino nostro papæ, ejus successoribus, ac romanæ Ecclesiæ prælibaiæ, ac in eos transférantes litulo et causa prædictis, perpetuo, lotaliter, pleno jure, omnia jura, nomina et actinnes qnascumque et quidquid juris, actionis, jurisdictionis , meri
NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
«t mixti imperii, honoris, superioritalis, ressorti, census, reddilus, residentiæ, sorvitii, einolumenii et explecti, proprietatum, cogrtitionis, possessionis et deverii habcmus, habere debemuset possomus. quacumque causa seu ratione in dicta civitate Avenionensi, ejusque territorio et distrietu, villis, bui^s, locis, adjacenliis, confliiibus. seqnelis et pertincnciis eorumdem, ratione civilatis Avenionensis, ae in ?t cum omnibus liominibus, vassallis, subditis nostris, civilatis, lerritorii et districtus ipsius, cujuscumque conditionis existant, nec non ordines, actiones reales et personales, mixtas, utiles, prætorias ac civiles nobis et nostris immédiate competentibus et competituris io præmissis omnibus et singulis, ac contra quascumque personas. ratione et oceasione præmissorum seu altcujiis ex eis.
Ac insuper prdedirtum dominiim nosirum sanctissimum pontihcem, ejusque successores ae romanam Ecclesiam memoralos ex iiunc facimus et constituimus in omnibus et singulis prædictis, veros domipos proprietarios, possessores, procuratores , adores ut in rem suam propriam, devestientes nos de civitate prædicta, ejusque territorio et distrietu, pertinenciis, et scquelis, ac omnibus aliis universis et singulis, sicut præmittitur, per nos veiiditis perpetuo et quitlatis, et de omni jure nobis et nostris in præsenti et in futurum quomodo llbet et compelenli et compelituro in eisdem.
Rttrjil d‘uuc ctuirte ptirunl : he^u et emploi dt^ 80,000 nifriii» donues par le pape poar prii de la ville d'Avignon. (Arrhive$ de Naples.l
Eudovicus et Joanna, Dei gratia rex et regina Jérusalem et Sicilie , ducatiisApulie etprineipatusCapue, Provitieie et Forcalquerii ae Pedemontis comités ; tenore presentis linalis quietancie apodixe notum farimus universis tant presentibus quam Tuturis, quod olim infra annum proximo preteritc prime indietionis, nos in romana curia pro nostris agendis personaliterexistentes, non modica pecunie quanlitate nobis plurimum necessaria opus habentes, mandavimus ore tenus viro nobili Nicolau de Aezajolis, comiti Terlitii, et roagno regui nostri Sicilie seoescalco, dilecio consiliario, familiari et fîdeli nostro, ut requiri et recipi facerel nomine et pro parte nostra in eadem romana curia de ramera sanctissnni in Chrislo Patris et Pomini , do-
NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
mini démentis, divina providentia savrosancte romane ac universalit Ecclesie summis pontificis, du pccunia nobis débita per cameram ipsam, pro prelio civitatis no^tre Avenioncnsis, certo modo alienatc, per nos, eidem Domino summo poiitifici tloreiiorumde auro oclogiuta miliia, per cerlos ad hoc deputatus, prout de iiiteiitioiie ac plenaria conscientia et voluntate nosira processit; fccit ad opus et pro parte nostra de dicta curia recipi et haberi , de quibtis Nicolau.s ipsc ad diversa mandata nostra per nos ei ore tenus suis vicibus inde facta soivi fecit atque converti per eosdem, qui pecuniam prefalam, ut prefertur, receperant. ( Suit l'emploi de l’argent et le nom des personnes auxquelles il a été compté pour prix de leurs services. ) Datum Neapoli, per magistrus ratioiiales, anno Domini .MCCCXLVIII, die X° mensis julii 11 iodict., temporum nustri regis, anno 1° (Il faut anno 11° ) nosire vero regine anno VIII.
de Hieuzi 4 Kuoic.
L’abbé de Sade, et avec lui plusieurs historiens de marque, veu- • lent que Cola di Rienzi ait été adjoint à la grande ambassade envoyée par le peuple romain à Clément VI en l’année 1542. Cette opinion est inadmissible pour plusieurs raisons. l‘'D.’après l’auteur des Fragmenta , liisl. rom. (1. 1, c. xii), et d’après l'auteur contemporain de la troisième vie de Clément VI, dans Baluze (t. I, p. 28C), l’ambassade dont il s’agit est envoyée par le sénat, le clergé et le peuple romain ; celle au contraire où figure Rienzi est envoyée par les treize notables de Rome (I). 2“ Dans la première, c’est Stefano Colonna, sénateur de la ville; c’est Francesco di Vico, personnage illustre; c'est Lœlio, fils de Pietro Stefano di Cosechi, syndic de Rome, qui ont l’honneur de porter la parole (2), honneur que Pétrarque nous apprend avoir partagé avec eux (3). Mais ni l'auteur des Fragmenta, ni le biographe de Clément VI, ni Pétrarque, ne font mention de Rienzi. 3° Giovanni Villani (4) raconte la mission de
(I) Trcdcci buoni uomini di Rotna. ( La Viu, c. i. ) i3) Baluze, t. I, p. 287 (3) Ep. poetic. XI, 5.
;4) L. XII, c. xc
172 NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
Rienzi, et ne lui assigne aucun collègue. 4° Le regestum de Clément VI, mentionnant la concession du notariat de la chambre faite i Cola, fixe la date de cette concession au mois d’avril I3i4. Or, est-il croyable que les ambassadeurs de l'année 1542 fussent restés deux ans à Avignon? 5° Dans la Vita, il est dit que : Rienzi, disgracié et devenu malade, fut sur le point d’aller à l’hftpilal. Mais une pareille eirconstanee serait-elle vraisemblable encore si Rienzi eût fait partie d’une ambassade composée de barons et de grands dignitaires civils et ecclésiastiques? Il est évident que les difficultés qui s’attachent à ce point d'histoire ne peuvent être levées qu'en admettant deux ambassades distinctes, l'une accomplie en 1542, et l’autre en 1345 (1).
Mais, tout en détachant de l’ambassade romaine de 1342 celle de Cola di Rienzi, Papencordt etM. Thomas Car, son annotateur, m’ont paru commettre une erreur quand, pour^ expliquer comment le futur tribun avait été envoyé à Avignon par les treize notables de Rome, ils supposent une révolution dans laquelle le peuple romain, après avoir chassé les sénateurs, aurait transféré le pouvoir suprême é treize notables (buoni tiomini), lesquels treize notables, remplissant leurs fonctions au nom du souverain pontife, auraient envoyé a Avignon l'ambassade dont Rienzi a fait partie, ou qu’il a constituée .seul, si on le veut. Ces treize notables ne sont autres que les treize* bannerets, choisis effectivement par le peuple pour présider aux treize quartiers de Rome, et dont les attributipns étaient très-étendues sous les pontifes d'Avignon. Les monuments écrits du temps n'indiquent aucune trace d’une révolution pareille à celle dont parlent les auteurs cités. De plus, il n’y a pas de lacune saisissable dans la succession des sénateurs à l'époque où l'on place cette révolution. Bertoldo de’ Figli d’Orso cl Stefano Colonna occupent la dernière moitié de l'année 1342, Matteo de’ Figli d'Orso et Paolo di Conti remplissent l'année suivante, et c’est dans le courant de cette année qu’a dû avoir lieu l’ambassade de Rienzi. M. Car cite à l’appui de son opinion un témoignage qui était bien capable de faire illusion; il est tiré de la Série chronologique tle» sénateurs de Vendetlini (2), où on lit effectivement que, dans la première moitié de l’année 1343, la ville de Rome se trouvait sOus le gouvernement de treize notables, députés
(I) Voir Zephirino lie, p. 389.
NOTES ET PIÈCES JÜSTIFIC \TIVES. t75
parle peuple avec l’agrément du souverain pontife. {Temporc regiminis XIII bonorum virorum ad tirbii regimen per Itomanum populum deputalôrum , nos XIII boni viri ad urbis regimen per populum romanum depulati ad beneplacitum D. nostri P. P.) Ce témoi-. gnage, qui parait victorieux de prime abord, perd bien vite de sa force quand on l’examine avec attention. L’année 1345 n’est pas la première où l'on rencontre treize notables députés par le peuple pour le gouvernement de la cité, avec l’agrément du pape. L'année 1335 avait déjà offert, sous le pontificat de Benoît XII, un exemple de cette magistrature. Nous voyous dans Vitale (1) : Tredici buoni uomini, deputali dal popolo roinano al reggimento di lîoma a beneplacito di Benedeto papa XII. Mais la preuve que l’apparition subite de ces treize notables n’était pas l’indice d’une révolution dans le gouvernement, c'est que l'on trouve en même temps deux sénateurs, qui sont Riccardo Fortebraccio de’ Figli d’Orso et Giacomo del Sig. Giordano di Colonna. Or, nous n'avons aucune raison de croire que ce qui avait existé en 1355 n’ait pas eu lieu en 1343. Il est facile d'expliquer l’importance des treize bannerets dans les annales par l’importance de leurs fonctions dans la ville, puisque à eux appartenait, dit Vitale, l’administration de la chose publique, comme qui dirait le gouvernement économique de Rome. Tels qu’ils étaient, les bannerets se trouvaient assez puissants pour envoyer, en leur nom, un ambassadeur au pape, sans avoir besoin de supposer que le pouvoir suprême leur avait été déféré par le peuple.
Lettre (le Ucinent VI à iUyiuuiui d'Orvicto et à CoU di liiciixi. (Munasc. de relzel.\
Venerabili fratri Raymundo episcopo Urbevetano ; nostro in spiritualibus urbis vicario, et dilccto filio Nicolao Laurentio civi romano familiari, dictæ urbis et districtus ejusdem rectoribus; inter cæ'tera desiderabilia cordis nostri ferveniibus desideriis affectamus, urbem inclitam ejusque populum et habitatores infra iiostra et sedis apostolice preqordia recumbentes sub cuitu fidelitatis et justitie , repressis multorum insolentiis, pacis et securitatis ubertate lætari. Nuper
1) Storia diplomatie», etc-, t I, p. 247.
n< NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
siquidem ad nostri apostolatus audientiam tam verbal! quant litierali relatione perducto, quod dictas populus in vigilia festi Penthckostes proxime prælerili ad ejusdem urbis Capitoliuni accedentes et sperantfs, quod statui dicte urbis repressis multis excessibus et insoleiitiis slatum predictum pacincum non parum turbantibus per vestrani circumspectant et fidelem diligenliam poterat divina et nostra vobis assistente gratia provideri, vos in rectores ipsius urbis et districtiis ejusdem, conûdentes de nostri beneplacito super biis, unanimiter et coDcorditer elegerunt, vosque attrndcnles prudentcr, quod olim in promolioiiis nostre ad apicem summi apostolatus primordiis prædiclus populus senatorie , capitaneatus, syndicatus et alia prefate urbis officia prout periinebant ad eos, nobis ad vitam iiostram sub propria voluntatc libéra et spontaiiea coucesserunt, sub nomiue et bonore iioslri et Ecclesie romane liujusmodi rectoiie suscepistis, ac illud exercuistis et exerdtis continue diligenter. Nos igitur, præmissis et certis aliis nobis circa ea seriosius expositis, plenius intelicclis et attento, quod sicut mullorum habeat asserlio nobis grata, per vestrum regimen eisdem urbi et districtui uec non et circumviciuis in eodcm cuitu obsenato jusiitie multa et diversa pervenerunt commoda, ut bona bujusmodi conlinuentur, et, sicut desideranter appelimus, augeantur, vos rectores urbis et districtus prædictorum, quousque aliud super hoc ordinaveriraus, tenore præsentium dcputamus, facieudi, gerendi , mandandi, statuendi, et picnarie omnia et singula que ad bujusmodi spectant officium exercendi vobis potesiatem plenariam concedentes. Quocircu discretione vestre per aposlolica scripta roandamus, qualeiius ea, que laudabiliter cepistis, ut premittitur, laudabilius prosequcntes, sic in eadem urbe ipsiusque districtuet pertinenciis observare ac observari cultum justitie, fidelitatis et pacis quibuscumque parcialitalibiis penitus relcgatis facere studeaiis, quod ex vestro regimine sperati fructus divina vobis assistente gratia proveniant, vosque proindc divinam et nostram et ejusdem sedis gratiam acquiraiis uberiusnon indigne. Dalum Avinion., VI kai.'julii, pontif. nostri anno VI.
NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
Lenre de Clcmeul VI au peuple romaiu. vMauusc. de iVIit'l.
Üilectis filiis populo romano nostris et Ecciesie romaoe lidelibus et devotis : quanto specialius urbs inclila, quam decoratam precipuorum aposlolonim saiigiiioe divina dispositio staluit caput orbis, intra pi-ecordia ’nostra et apostolice sedis recumbit, tanto eam ad' lolli potioribus bonoribus cupimus ac bonoriim spiritualiiim et teniporalium babuiidantius uberiate replei'i l’t in pacis, quietiset eecuritatis pulcliritudine status fuveatur ipsius, libciiter adhiberenius nos- Ire partes sollicitudinis, prout ad hoc nos susccpti regiminis cura .sollicitai, inducit ratio, et invitât spiritualis dilectionis affectus. Sane quamvis de turbationibus, oppressionibiis, gravaminibus, que hactcnus propter inordinata urbis cjusdem regimina tam vos quant nonnulli alii, sicut intelleximus, passi estis, quandoque nobis mentio extiterit aliqualiter, ilia tamen sic plene ac intégré, sicut a paucis circiter temporibus, ad nostraoi deducla uotitiam non fuerunt ; pro certo ilia nequaquam sub dissimulationis preterissemus negicctu, si nobis fuissent sic explicite ouuliata. Eis autem pridem non sine displicentia magna plenius et scriosius intellectis, mox cepimus sedulis studiis cogitare, qualiter et per quem modum possemus melius, celerius et otilius providere de opportune et salubri remedio super eis, et intérim ne status ejusdem urbis subjiceretur periculis, sed potius gravaminibus, oppressionibus et dispendiis, que patiebatur per mala regimina bujusmodi, posset relevari aliqualiter, quousqiie hujusmodi nostra provisio, circa quam intendèbanins solerti diligentia, suam realem consequereliir effeclum, nostras dilccto filio nostro Bertrando tituli Sancti Marci presbytero, cardinali apostolice sedis legato, disponebamus litteras destinare, ut ipse, si posset commode, ad urbero oamdem se conferens, alias autem discretas et providas partes transmittens, aliquos viros strenuos et providos circa urbem prædictam deputaret seu deputari auctoritate nostra faceret pro bono et utili regimine dicte urbis ; sed cum premissa cnm omni qua poteramus diligentia, studiosis sollicitudinibus ageremus, ad nos repente tam verbalis quam litteralis relatio lide digna perdiixit, quod vos in vigilia saneii Penihecostes proxime prelerila ad ejusdem urbis Capito-
NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
lium accedentes, oflicialibus qui tune erant ejectis et repulsis, et inde venerabilem fratrem Raymundum, episcoputn Urbevetanen.'em, nostrum in spiritualibus in eadem urbe vicarium, et dilectum filium Nicolaum Laurentium familiarcm uostrum, continue vestrum, in rectores predicte urbis confidentes de nostro beneplacito unanimiter et concorditer elegistis, eisdem pro hujusmodi regimine utilius exercendo non modicam annigere genlis multiludinem assignando. Et licet nos hiis auditis exinde ammirati fucrimus, non indigne procul dubio extimantes fuisse debitum et bonestunt pro nobis, quibus ad vitam iiostraiu senatorie capitancatus, syndiralus et alia urbis predicte officia, in quantum ad vos pertinere poterant, dudum propria voluntate vestra spontanea et libéra obtulistis, nos ilia pro certis protestationibus, modis et formis^duximus acceptanda, ut predictis notificatis primitus de beneplacito et voluntate nostris procederetur ad ilia, que circa premissa existèrent honesta et utilia in bac parte ; quia tamen ex hiis que facta sunt circa statuni ejusdem urbis et partium vicinarum*per predictoruni cpiscopi et Nicolai fidelcm et circumspectam prudentiam et diligentiam operosam miiltam commoda legalitatis audivimus provenisse, videlicet, quod ad præsens urbs predicta, vos et alii habitatores ejiisdem, repressisper viam justitiæ quorumlibet insolentium cxcessibus et presumptuosis temeritatis refrenatis, adeo serenitatis, justiiie, pacis et securitatis quiete letamini, quod quilibet suis cuntentus viribus, alicujus oppressiones et gravamina contra justitiam non aspirat, ac indigenis ac alienigenis itinerantibus, peregrinis et Bomipetis undecumque ad urbem accedentibus antefatam in personis et rebus eorum tam in urbe ipsa, quam circumpositc regionis locis securitas plena paratur, nos, qui ubique coli cultum pacis et justitic, et præsertim in urbe predicta intra nostra précordia jugiter recumbentc desidèranter affectamus, ex causis et cominodis reipublice hujusmodi, maxime cum ilia, que circa regimen urbis predicte facient, faciunt et fecerunt ad faonorem nostrum et ejusdem romane Ecclesie ab aliis exigendo et recipiendo, ut intelleximus, exultantes in Domino multiplicitcr et letantes, volumus et concedimus quod prenominati cpiscopus et Nicolaus, quem alias et experte novimus esse utilitatis ejusdem reipublice fervidum zelatorem, dicte urbis ejusque districtus regimen de beneplacito auctoritatis nostre, quousque aliud super boc ordinaverimus, valeant excrcere. Nos autem super hiis ncc non et cum litteris nostris confectis super ordinatione anni quinquagesimi jubilei certam personam provida dis-
NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES
cretione pollentein ad vos et urbemipsam destinare intendiraus, que vos de intentione nostra super predictis plenius et seriosius inforniabit. Dat. Avinion., V. kal. julii, ann. VI.