RÉFORMES DE BENOIT XII. 7T
spontané de son admiration, le proclama le premier poète du siècle. Mais telle est la vanité de la gloire humaine, que la plus brillante de toutes peut-être parut bientôt fade au cœur de notre poète. Plus lard, dans sa vieillesse, il regrettait ce jour. Ses lauriers lui semblaient prématurés, et leurs guirlandes flétries ne lui laissaient plus voir que les traits hideux de l’envie qu’elles avaient déchaînée contre sa renommée (1).
Les actes les plus considérables de Benoit XII furent des réformes. Par de sages constitutions, il abolit plusieurs exactions arbitraires dont quelques évêques, sous prétexte de redevance, grevaient les ecclésiastiques dans leurs visites pastorales (2). Il s’efforça de ramener dans les cathédrales l’exactitude du service divin, qui est l’Ame de la piété. L’ambition, l’oubli des vertus monastiques, avaient graduellement diminue l’esprit religieux chez les chanoines réguliers, les moines noirs de Saint-Benoît et les Cisterciens ; Benoît fit de salutaires règlements pour raviver dans ces trois ordres la régularité, l’amour de l’élude, la ferveur, en un mol (3). 11 défendit aussi, à moins d’une permission spéciale du Saint-Siège, le passage des moines mendiants aux ordres contemplatifs, passage devenu trop fréquent, et qui était le plus souvent provoqué plutôt par l’inconstance personnelle que par le désir de vivre avec plus de perfection (4).
Les finances, sous Benoit XII, continuèrent à être florissantes. Le trésor apostolique s’accrut même d’une manière assez notable. 11 est vrai que notre pontife détruisit les réserves et les expectatives. Mais, comme il ne soutint
(t) Senil., 1. 1, ep. I.
(2) Baluze, Vilæ, t. I, p. 207.
(3) Id., p. 20S et 206.
(4) Id., p. W7.
aucune guerre, que l’économie la plus sévère présidait aux moindres détails de l’administration, les dépenses du gouvernement ne devaient point excéder le revenu de ses capitaux. D’ailleurs, Benoît trouva le moyen de combler en partie le déficit causé par la suppression des réserves et des expectatives en vendant les vicariats inipériaux de l’itajie. A ce titre, il recevait de Lucchino Visconti et de son frère, l’arclievôque Giovanni, un tribut de ^0,000 florins; de Mastino délia Scala, de Vérone, 5,000 florins; d’Alberto Scaligeri, de Vicence, une égale somme; de Guillaume de Gonzaga, dcMantoue et de Reggio, d’Alberto de Carrara, de Padoue, 10,000 florins; d’Obizzo d’Este, pour Modène et Ferrare, 10,000 florins. Quand Bologne, coupable de l’expulsion du légat a}K>stolique Bertrand du Poyet, eut fait sa paix avec le Saint- Siège, elle s’engagea à payer 8,000 florins. C’était donc près de 50,000 florins qui tombaient annuellement dans les caisses pontificales. Cette somme, jointe à celles des autres contributions, suflisait à entretenir la prospérité des finances ecclésiastiques.
Benoît Xll était incommodé d’un embonpoint extraordinaire. Cette obésité engendra chez lui une surabondance d’humeur qui se déclara, dès l’année 1340, par des plaies aux jambes. D’abord cette infirmité n’empêcha point le pape de vaquer aux travaux du gouvernement, et de tenir régulièrement les consistoires, qu’on assemblait dans sa cbambre. Mais le mal fit insensiblement des progrès que l’impéritie des médecins ne sut ni prévenir, ni arrêter, et Benoit mourut le 25 avril 1342, après un règne de sept ans quatre mois et six jours. 11 fut enseveli dans l’église cathédrale d’Avignon, dans une chapelle qu’on bâtit exprès (1),
(<] Baluze, p. 212.