‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 29 sur 146 · COUR DE CLEMENT VI · texte numérisé non relu

COUR DE CLEMENT VI

songeait qu’à faire des heureux? Du reste, Clément VI remplissait exactement tous les devoirs d’un chef de l’Église. Il tenait les consistoires aux époques réglées, disait la messe, célébrait les saints offices avec gravité, et prêchait lui-même son peuple (1). Il est vrai qu’on trouve dans sa vie publique des espaces remplis par des délassements et des fêtes, mais son étonnante facilité à expédier lt*s affaires lui ménageaitdes loisirs que les autres ignorent.

La cour romaine partageait admirablement l’esprit et / les goûts de Clément VI. Jamais elle n’avait été plus noble et plus magnifique. On y voyait Giovanni Colonna, le protecteur des lettres, dont la maison était une académie.

On y voyait Jean Raymond, de l’illustre maison de Comminges ; Guillaume d’Aure, dont la généalogie comptait des rois; Bernard de la Tour, fils de Bernard VllI, comte d'Auvergne ; on y voyait surtout Élie de Talleyrand et Guy de Boulogne : entre tant de hauts personnages, c’étaient les plus grands (2). Élie de Talleyrand appartenait à la maison de Périgord ; il était fils de la célèbre Bruiiissen de Foix. On disait de lui qu’il trouvait plus beau de don ner le souverain pontificat que de l’obtenir (5). Guy de Boulogne tenait par son père à la maison d’Auvergne, et par sa mère à celle de Flandre (4). Ces deux prélats étaient unis par le sang ou l’amitié avec toutes les têtes couronnées de l’Euêope.

Les Romains n’eurent pas .plutôt appris l’élévation de Clément VI, qu’ils crurent l’occasion favorable pour solli-

(!) Baluze, I* Vita, p. 265.

(2) Froissarl, 1. I, c. ccxvi.

(5) Aliquanto enim altius videtur papas faccrc quam papam esse. (Ve •

Irarch., Fami)., 1. XIV, ep. ii.) —Baluze, Vit* pap., 1. 1, ad notas, p. 770 et aeq.

(4) Baluze, Histoire do la maison d' .Auvergne, l. I, p. t20.

citer de nouveau la restauration du Saint-Siège à Rome. Le caractère élevé du pape, son amour pour tout ce qui était grand, leur faisaient espérer que Clément VI, plus que ses prédécesseurs, aurait à coeur de résider dans la ville éternelle, et ils lui envoyèrent une ambassade plus solennelle que toutes celles qu’on avait encore vues. Elle était composée de dix-huit membres, pris dans les' trois ordres de la république. A leur tête on voyait figurer le vieux Stefano Colonna, l’un des sénateurs de l’année, Francesco Vicb, que les chroniques appellent un personnage vénérable (1), et Lelio, fils de Pietro Stefano de’ Cosecchi, syndic de la ville. Pétrarque, qui, depuis son couronnement au Capitole, était devenu citoyen romain, faisait partie de .la députation. *

Outre la restauration du Saint-Siège à Rome, ces envoyés étaient chargés de faire à Clément VI deux autres propositions : la première, d’accepter les litres de sénateur, de capitaine de la ville, non comme pape, mais comme seigneur Roger ; la seconde, de vouloir bien réduire de cent ans à cinquante le temps du jubilé institué par Roniface VIII. Ce furent Stefano Colonna, Francesco Vico, Lelio et Pétrarque qui exprimèrent au pape ces trois souhaits du peuple romain. Nous avons la harangue que Pétrarque prononça. C'est un discours en vers latins, où le poète fait de nouveau un usage brillantde'sa figure favorite d’une femme abîmée de douleur qui vient sc jeter aux pieds de son époux (2). Clement VI reçut et entendit les ambassadeurs avec cette politesse et celle grâce qu’il déployait avec tant de supériorité dans les occasions d’éclat. Mais leurs demandes exigeaient de sérieuses réflexions, et il

(1) Venerabilem vinim. (Baluze, lit* Vila, p. 287.)

(2) Carm., 1. 11, cp. v.

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