PROJET DE CROISADE
jM’inces cl de seigneurs de la cour (1). La croisade fui prêclice par loul le royaume. Philippe de Valois devail fournir à lui seul vingl mille chevaux cl cinquanle mille fanlassins. Gènes, Venise cl Fisc prclaienl leurs navires pour le Iransporl de celle immense expedilion (2). Enfin, l'année suivante, Jean XXII crut les choses assez avancées pour fixer le passage général à l'année 1556. 11 le fil solennellement au milieu d'un grand consistoire tenu le 20 juillet, et où prêcha l'archevêque de Rouen; nomma le roi de France chef de l’entreprise, et lui accorda, pour subvenir aux frais, les décimes de six années sur les biens du clergé. Les ambassadeurs du monarque, qui assistaient au consistoire, jurèrent, en son nom, sur les Evangiles, qu’il effectuerait le voyage en personne, ou se ferait remplacer par son fils Jean, si quelque raison légitime devait le retenir dans scs États (3). Encore une fois, ces brillants préliminaires n’eurent aucun résultat. Philippe de Valois voulait peut-être sérieusement l’entreprise ; mais moins que jamais la situation politique de la France pouvait permettre de songer à une expédition lointaine. Ses rajv ports avec l’Angleterre se compliquaient d’une manière fâcheuse; elle avait besoin de la présence de .son roi et de ses chevaliers pour faire face à l’orage qui se formait de l’autre côté de la Manche. Peut-être des débats ihéologiques, qui prirent alors un caractère passionné, contribuèrent-il.s à faire tomber dans l’oubli la délivrance des Saints Lieux.
Depuis un certain nombre d’années on s’inquiétait, dans le monde savant de l’époque, de ce que devenaient
(1) Preuves de ITiisloire des cardinaux français, p. 530. — Michaud, Histoire des croisades, t. V, p. 175, édit, de IS'il.
(2) Raynald, ann. 1355, nMI.
(3) Baluze, Vilæ, t. I, p. 175.
niSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. VI.
les âmes des justes immédialcmciil après la mort. Or, ici, comme il arrive toujours dans les questions où la raison humaine est livrée à scs seules lumières, on se jetait dans le champ des conjectures. L’attention générale des esprits, sur une matière aussi intéressante qu’ohscurc, éveilla la curiosité du pape, qui, au milieu des soins les plus absorbants de l’administration universelle, aceordait une large part aux recherches théologiques. Ses études sur ce sujet lui inspirèrent cette singulière opinion : que les âmes des justes, avant la résurrection des corps et le jugement général, ne jouissent point de la vision intuitive, qu’elles demeurent jusque-là sous l’autel, c’est-à-dire sous la protection et la consolation de l'humanité sainte de Jésus-Christ; mais qu’ après le jugement général, elles seront sur l’autel, c'est-à-dire que, par la vertu de cette humanité, elles contempleront la divine essence. Jean XXII indiqua d’abord ce sentiment dans deux sermons préchés, le premier, pendant l’a vent 1520; le second, le jour de Tous les Saints 1331 ; enfin il le développa dans un troisième, prononcé la veille de l’Épiphanie 1332 (1), mais par forme d’assertion, sans vouloir en faire un point de dogme, le discutant en théologien, et cherchant à l’appuyer sur l’autorité des Pères.
Il y avait dans ces propositions un côté spécieux fait pour séduire un esprit théologique. N’était-il pas, en effet, naturel dépenser que la personnalité humaine ne devra être admise à la vision de Dieu qu’après avoir complété de nouveau sa nature par la résurrection? Pourquoi l’àme jouirait-elle avant le corps du plus grand des biens que la révélation nous promet? Le corps n’a-t-il pas été pendant cette vie mortelle le compagnon inséparable de l’âme? n’a-t-il pas
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(1) Baluze, Vilæ, 1. 1, ad Notas, p. 788.