PROCÉDURES CONTRE LOUIS DE BAVIÈRE. 9T
vés en cour de Rome dans ses essais de réconciliation, il ne cessait de mortifier cette cour en mille manières. Vers la fin de son pontificat, Benoît XII ayant envoyé en Allemagne, comme il l’avait fait en France et en Angleterre, des collecteurs chargés de recueillir des subsides pour une croisade, Louis avait expulsé ces collecteurs de ses domaines et confisqué le produit de leurs quêtes (t). Il ne s’en était pas tenu là, et chaque jour la renommée apportait à Avignon quelques nouveaux traits de sa tyrannie à l’égard de l'Eglise. On lui reprochait de publier des lois contraires à la liberté et à l’bonneur du Saint-Siège apostolique, de se moquer des interdits, de vexer ceux qui les respectaient. Un évêque ou un abbé avait-il été canoniquement promu à quelque évêché ou à quelque abbaye, les officiers de l’empereur étaient là pour l’empêcher d’en prendre possession, et amenaient à sa place un intrus, toujours choisi parmi des sujets excommuniés ou interdits, ou apostats de quelque ordre religieux (2). C’était le monarque lui-même qui, usurpant les droits pontificaux, nommait aux bénéfices, aux prélatures. aux abbayes et aux autres dignités ecclésiastiques (.}).
Clément VI, poussé à bout, n’attendait, pour agir contre l’ennemi de l’Eglise, qu’un résultat satisfaisant de la mission du cardinal Curtil. 11 ne tarda pas à apprendre qu’elle avait eu tout' le succès qu’il aurait pu désirer. Grâce à l’habileté du légat, les princes lombards avaient compris leur intérêt, ils avaient mieux aimé accepter des vicariats pontificaux que d’être les représentants d’un monarque
(1) Luduvicus cos expulit, et quam in quibusdam locis coegerant pecuniam, eripuil illis. (Mulius, Germ. Chron., I. XXIV, p. 881.)
(i) Processus Clementis VI, ap. Raynald, ann. 1545, n°* 55 et 56.
(5) Ludovicus conferl sacirdotia, episcopatus omnesque ecclesiaslicas dignilales ex suo arbilrio. (Mulius, Germ. Chron., 1. XXIV, p. 882.)
condamné par l’Église, et s’étaient réunis dans une ligue contre Louis ( I ) . Celui-ci s’avançait déjà du côté de l’Italie; mais, voyant la situation des affaires changée, il se hâta de retourner sur ses pas, ajournant ses projets. Les foudres du pape le suivirent. Le Jeudi-Saint -I Ziô, Clément VI Ht lire en consistoire et afficher aux portes des églises d’Avignon un long manifeste où , après avoir énuméré les torts de Louis envers le Saint-Siège, les censures qu’il s’était attirées, la profession publique qu’il faisait de l’hérésie, le schisme qu’il avait autrefois allumé, et la protection qu’il accordait encore aux schismatiques, la tyrannie qu’il exerçait à l’égard de l’Église, enfin le scandale récent qu’il venait d’ajouter aux griefs anciens, il lui donnait trois mois pour déposer les titres et les marques de la dignité impériale et en résigner les fonctions, sous peine de rappeler sur sa tête tous les anathèmes dont l’avait frappé Jean XXII (2).
Lorsque ce manifeste fut connu en Allemagne, les partisans de Louis en furent épouvantés, car il renfermait des censures terribles contre ceux qui continueraient d’adhérer à ce prince (3). Quant à lui, accoutumé qu’il était à de semblables sommations, il ne perdit point courage, et son premier soin fut de protester contre la légitimité du pontife ; mais l’opinion des peuples dans les querelles du Sacerdoce et de l’Empire était encore fortement prononcée pour le Sacerdoce. D’ailleurs, Louis, par ses vexations, s’était aliéné généralement les esprits. On commençait à être las d’obéir à un empereur constamment en inimitié avec Rome. Louis s’aperçut que de sérieux obstacles allaient
(1) Raynald, ann. 1M2, n“‘ 18 et 19.
(2) Raynald, ann. 1345, n° 43 et seq.
(3) Papa fulminibus terret mentes eorura qui adhærent Ludovico. (Mutius, Gcrm. Chron., I. XXIV, p. 882.)