‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 40 sur 146 · ASSASSINAT DU ROI ANDRÉ · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU ROI ANDRÉ

tirée du sommeil, empêchèrent les meurtriers de faire disparaître les traces de leur forfait (I).

Pendant que cette catastrophe s’accomplissait presque sous les yeux de Jeanne, que faisait celte reine? Aucun historien ne dit qu’elle ail interposé ses efforts pour sauver son malheureux époux. ( Voir Pièces justificatives, n° 2. ) Le bruit public l’accusa d’avoir été le complice du meurtre, et un chroniqueur affirme même qu’elle en avait tissu l’instrument (2). Elle reprit, le lendemain, la route de Naples, où le corps d’André, non par ses ordres, mais par ceux du duc de Duras, du prince de Tarenle et de Bertrand des Baux, comte de Monlecaglioso, fut bientôt rapporté. On lui fit, sans pompe, dans l’église de Saint-Janvier, des obsèques auxquelles le peuple de Naples et les amis particuliers du prince mêlèrent seuls quelques larmes; après quoi ces derniers, ne trouvant aucune sécurité pour eux dans le royaume, s’enfuirent en Hongrie. L’inlernonce Guillaume Amici et Philippe de Cabassole avaient, pour ainsi dire, été les témoins de cet attentat. Effrayés, ils SC hâtèrent de quitter, le plus tôt qu’ils purent, une terre souillée d’un si grand crime. Le premier retourna tout d’un trait à Avignon, où il en porta la nouvelle. Le second, rappelé à Naples par la reine, y revint d’Hercu-

<t) Dom. de ürav., p. 559. — üiov. Vitl., 1. XII, c. i. — Chron. Estensc, l. XV, p. 42t. — Baluze, I* et II* Vila démentis VI.

(2) Si disse che con ordine delta moglie... se rero tu, corne corse la fatna piuvicanu'nte , ordinarono di Tare morirc... re Andreasso. (Giov. Vill.. 1. XII, c. L.) — Fertur etiamnum publiée Napoli Andreassum aliquando cum reginam cerneret bene crassam cordant aureis fliis texere et adornare, quæsivissc ex illa... in quos usus tam crassam cordam pararet, et respondissc illam subridendo, ut ipsum suspenderet; atque illc horao simplex, non mullum curavil : seculus est tamen evenlus. (Collemuccii, Hist. Ncapol., Basil., in-4“, 1622, I. V.) — Nauclerus dit : conscia uxore, t. 11, p. 589. — Bonfini : consentiente uxore Joanna, 1. X, dec. n.

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HISTOIRE DE I.A PAPAUTÉ, LIV. Vil.

liinum pour tenir sur les fonts du baptême un enfant dont elle venait d’accoucher, et qu’on nomma Charles Martel. Mais, la cérémonie achevée, l’évêque se remit en mer (I).

La nouvelle de la catastrophe d’Aversa se répandit bientôt dans toute l’Europe, où elle souleva la plus vive indignation. Pétrarque nous a laissé un monument de la sienne, dans une lettre à Barbote de Suhnone : « J’avais prédit « des calamités au royaume de Naples, dit-il, mais je n’a- « vais pas prevu qu’un jeune roi innocent serait la prec< mière victime qu’on immolerait. Une barbarie de cette « espèce ne s’était pas présentée à mon esprit. Je n’ai rien « lu dans les tragédies anciennes qui ait pu m’en faire « naître l’idée. Notre siècle, si fécond en crimes, a pro- « duit des scènes d’horreur inconnues aux siècles pa.sscs O et qui pourront servir de consolation à la postérité.

« O malheureuse Aversa! qu'ajuste titre tu portes ce « nom odieux ! c’est dans ton sein qu’on a violé les droits « les plus sacrés de la fidélité que les sujets doivent à leur c< roi et à l'humanité même... Un jeune prince a été « étranglé comme un voleur, des bêtes féroces l’ont déo chiré (2). » La ville de Marseille envoya au souverain pontife une adresse spéciale pour demander un châtiment exemplaire des auteurs d’un si affreux attentat (ô). En effet, Clément VI, qui n’avait pu le prévenir, s’apprêta à le venger. Après en avoir fait, devant le consistoire, le sujet d’une véhémente allocution, il lança tous les anathèmes de l’Église sur les meurtriers du prince (l), et nomma,

(t) De Sade, t. tl, ji. 2oO. — Daluzv, It* ViU Clenientis VI, p. 270.

(2) Fam., I. VI, ep. v.

(3) Raynald, ann. 1545, n° 30.

(4) Raynald, ann. 1316, n“ 44. a rapporté en entier cette bulle. Comme sa forme a quelques rapports avec la lettre de Pétrarque , de Sade pense que le poêle pourrait bien en être l’auteur. (T. II, p. 253.)

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pour informer contre eux et remplacer l’évêque de Cavaillon dans l’administration des affaires, le cardinal de Saint-Marc, Bertrand de Deux (I). On a dit que ce prélat avait l’ordre de pousser l’enquête jusqu’à la reine et aux princes du sang. Toutefois, les lettres pontificales qui lui furent adressées recommandaient de ne point ébruiter les informations, au cas que la reine et les princes du sang fussent chargés par quelques dépositions. On devait, en effet, d'autant plus craindre de trouver les véritables auteurs de l’attentat, que l’opinion publique n’avait qu’une voix pour en accuser la reine et les princes du sang, et que la politique aurait suscité de grands embarras à la justice (2).

Quoique la commission donnée au cardinal de Saint- Marc fût datée du mois de février 1346, ce légat, à cause de sa santé, ne put se mettre en route pour ITtalie qu’au mois d’août (3). Il fut mal reçu à Naples par la reine et les princes. On ne lui permit point d’exécuter son mandat, et il se vit obligé de se retirer à Bénévent (1). Clément VI donna alors la commission des informations à Bertrand des Baux, comte de Montecaglioso et grand justicier du royaume. Ce magistrat fut plus heureux que le légat. L’impunité des coupables commençait à faire murmurer le peuple. Jeanne fut donc obligée de permettre au justicier d’instruire uu procès (5). Le duc de Duras, qui

(1) Raynald, anu. l5tG, n" dO.

(2) PonliGcem enim Bcrlrando imperia dedisse vidimus. Ht si regina regiive principes criniinis pailicipos reperirentur, rem sileiitio premcrel... sedique aposiolicæ refcrrcl, ne regntiin in majores tumuUus conjiceret, sibique reginæ judiciuin reservarct. (Rayuald, ann. 1546, n”o1.1 — Costanzo, 1. VI, p. 161.

(5) Raynald, ann. 1346, n° 44.

(4) Id., ann. 1546, n° o8.

(5) Histoire de Jeanne !"•, c. vi, p. 104.

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voulait sans doute par là montrer son innocence, rendit un vrai service à la justice en lui prêtant l'appui de son autorité (1). Thomas Face et le notaire Nicolas Miliczano, convaincus d'avoir tué le prince de leurs propres mains, furent condamnés à être traînés à la queue de chevaux indomptés (2). Le comte de Terlice et Sancia, femme de Charles Gambatezza, furent ensuite arrêtés et appliqués àla question. Jeanne voulait sauver, on ne sait pourquoi, les deux accusés ; elle envoya Raymond de Gatane et quel- (|ues-uns de ses conseillers pour réclamer leur mise en liberté; mais le duc de Duras, sur l’ordre duquel les prévenus avaient été saisi, leur lit répondre que, sauf l'honneur de la reine, la justice devait avoir son cours, A cette réponse, les envoyés proférèrent des paroles menaçantes. Ces paroles furent rapportées au duc; on s’empara de Raymond de Catane, on l’appliqua lui-même à la question, et il chargea laCatanaise, Sancia, Robert de Cabanes, Charles Artus, Bertran*! son fds, les comtes d’Evoli et de .Murcrone, Jacques de Leonessa, et plusieurs autres. Aussitôt on court au château de l’OEuf, et l’on en arrache tous ceux de CCS personnages qui n’claient point déjà en prison. Charles Artus cl Bertrand son lils furent les seuls qui échappèrent aux investigations de la justice : ils s’étaient réfugiés sur les terres de l’impératrice, qui refusa constamment leur extradition. Tous ces accusés, convaincus de complicité dans le meurtre d’André, furent condamnés à mort. On leur lit souffrir les plus cruelles tortures; les bouricaux les promenaient par les rues en leur arrachant la chair avec des tenailles brûlantes. La populace, toujours sans pitié quand elle est irritée, leur crachait au visage,

(1) Dora, de Grav., p. ."Mît.

(2) td., loc. rit.

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