‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 41 sur 146 · LE ROI DE HONGRIE · texte numérisé non relu

LE ROI DE HONGRIE

les frappait à coups de fouet, leur lançait des pierres. Robert de Cabanes expira avant d’arriver au lieu du supplice; les autres terminèrent leur vie dans les flammes. La Catanaise, vieille et cassée, mourut des douleurs de la question ; on lui arracha le cœur et les entrailles ; sa tête fut exposée sur une des portes de la ville; on brûla les restes de son cadavre |1). D'autres complices, moins coupables peut-être, furent punis avec moins de rigueur.

Cependant les seigneurs fugitifs avaient porté à Rude la nouvelle de la catastrophe d’Aversa. Le roi Louis, frère d’André, en écoula le récit avec une sombre douleur. Son premier soin fut d’envoyer au pape des lettres où il accusait le cardinal de Tallcyrand de complicité dans la mort de son frère, se plaignait des lenteurs que la cour romaine avait apportées dans l’affaire du couronnement d’André, lenteurs qui, selon lui, n’avaient pas peu contribué .à préparer cet affreux événement ; il demandait, en outre, que justice fût faite ; que le royaume de Naples fût enlevé à Jeanne, et l’administration de l’État confiée ;i Étienne, waivode de Transylvanie, jusqu’à la majorité de Charles, dont l’éducation devrait être donnée à la reine mère Élisabeth. Clément M répondit aux plaintes amères et à la demande violente de Louis avec cette raison calme qui est le caractère traditionnel des chefs de l'Église. (Piècn jmtificatives, n°3.) Il trouva de nobles paroles pour justilier aux yeux du monarque hongrois le cardinal de Périgord, ijui pouvait bien s’être laissé égarer un instant par ses sympathies pour ses neveux, mais qui avait le cœur trop haut et trop pur pour se lier avec des assassins. Il prouva que des considérations de droit national, et non des motifs intéressés,

(t) Dom. de Grav., p. 367. — Istor. Pistol., p. 197. — Boiifmi, Rcriim Hungaricarum, 1. X, dcc. ii. — Bouche, llist. de Provence, l. II, p. 571. — Hist. de Jeanne P', c. vi. — Costaïuo, 1. VI, p. 100.

128 IIISTOIRE DE LA l'Al'AUTÉ, I.IV. VI!.

avaient seuls retardé le couronnenient d’André. Pour ce qui était d’ôter à Jeanne le royaume dont le Saint-Siège lui avait donné l’inveslilure, le pape demandait du temps, faisait observer à Louis que Jeanne, accusée il est vrai, n’avait point encore élc reconnue coupable, et qu’il y aurait une odieuse violation des règles sacrées de la justice à lui infliger, par prévention, un châtiment qui ne devait être que la conséquence de la vérité juridiquement constatée. Quant à l’enfant d’André et de Jeanne, le jeune Charles, le pape ajoutait que l’évêquc de Padoue, Ildebrand, avait déjà été envoyé à Naples pour veiller sur ses jours et le remettre entre les bras de la reine Élisabeth (I). (Voir les Pièces juslificatives, n° 5.)

Une réponse aussi modérée ne contenta point l’impé. tiieuxroide Hongrie; il convoqua auprès de sa personne les barons de son royaume, parut devant eux en habit de deuil, et, déployant à leurs yeux une bannière sur laquelle était peint un glaive couleur de sang, il appela leur vengeance à l’appui de la sienne. Dans celte circonstance, les physionomies mâles cl sauvages de ces seigneurs exprimèrent l’indignation la plus vive, et, d’une commune voix, ils jurèrent de venger l’humanité et l’honneur de la Hongrie outragés (2).

.Au milieu de cette émotion guerrière de la noblesse hongroise ei de son chef, tout à coup arrive un message du duc de Duras. Ce prince s’était présenté à la reine Jeanne, en qualité de son beau-frère; il lui avait demandé en fief le duché fie Calabre, apanage de son époux défunt, et cette grâce lui avait été refusée. Irrité de ce refus, il venait prier le roi Ivouis de se rendre, avec, une armée, dans le royaume de Naples, lui promettant de remettre entre ses

(1) Raynnld, .inn. 151G, n°’ o3 et sr<|.

(2) Chron. Esteiise, l. XV, |i. 424.

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