MARIAGE DE JEANNE
mains les meurtriers de son frère. Il se flattait d’obtenir par ce moyen, pour prix de son dévouement, le royaume même dont on lui avait refusé une province (1^. Louis, excité par de si puissants motifs, armait sans relâche et combinait, avec Louis de Bavière, une formidable expédition en Italie.
Jeanne, avertie de ces préparatifs, en instruisit son conseil, et lui demanda ce qu’il convenait de faire. L’avis unanime fut qu’elle devait repousser l’invasion par la force; et, afin qu’elle ne fAt pas livrée seule à elle-même dans des circonstances aussi difficiles, tous, luttant à l’envi d’adulation, opinèrent pour qu’elle se choisît un époux parmi les princes du sang royal (2). Le choix de Jeanne était fait depuis longtemps : personne ne l’ignorait; Louis, prince de Tarente, avait toujours été le plus aimé de ses courtisans. Compagnon assidu de ses plaisirs du vivant d’André, il était devenu, depuis la mort de ce prince, celui de sa vie habituelle, et il ne sortait plus du château de rOEuf (.î). Jeanne épousa donc Ix)uis de Tarente le 20 août 1546, onze mois après la mort d’André; et, comme si l’on eût pris à tâche de rassembler dans cette union précipitée tous les scandales, elle fut célébrée sans attendre la dispense de consanguinité que Jeanne avait vainement demandée jusqu’alors cà la cour d’Avignon (4). Jeanne envoya ensuite l’évêque de Tropea porter au roi de Hongrie
(1) Dom. de Grav., p. 564.
(2) Summonlc, 1. 11, 1. 111, p. 427.
(3) Dom. de Grav., p. 364.
(4) Uist. de Jeanne, c. vi, p. H2. — Rescribimus, quod licet pro oblinenda dispensatioue multolics, et a muUis raagnæ auctoritatis viris nobis focrit supplicalum ; atlamcn supplicaüoncm htijusmodi noluimus exaudire, nec ad concedendam dispensalionem hujusmodi intendimus properare, nec ad ipsam faciendam procedere , nisi juslæ cl raüonabiles cansœ suaserint. (Ep. Clementis VI ad regem fliing., ap. Raynald, ann. 1546, n° 64.)
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la tardive expression de sa douleur sur la mort d’André, protester de son innocence à cet égard, et solliciter la protection du monarque pour le faible enfant qui lui restait.
L’évêque de Tropea fut mal reçu à la cour de Hongrie, et, pour toute réponse, il ne rapporta à la reine que cette lettre, fameuse par son laconisme : «Jeanne, les dérégle- « ments de ta vie passée, ton obstination à retenir l’auto- « rité, la vengeance négligée, ton mariage précipité, tes « excuses, prouvent assez que tues coupable de la mort de « ton époux (t). »
Le trépas imprévu de Louis de Bavière ne fit point reculer le monarque hongrois dans son projet de vengeance. L’improbation du Saint-Siège, qui ne voyait pas sans inquiétude un roi puissant, belliqueux, irrité, se précipiter en conquérant sur l’un de scs fiefs, ne l'arrêta pas davantage. 11 envoya devant lui l’évêque des cinq églises, Nicolas Totli, avec deux cents nobles hongrois, bien armés, et un trésor suffisant pour gagner les barons de la Péninsule, enrôler des soldats dans la Romagne et la Marche d’Ancône, et se mit lui-même en mouvement au commencement de novembre 1347, suivi de mille cavaliers et de dix-huit légions d’infanterie. Il prit sa route le long de l’Adriatique, doubla la pointe de ce golfe, en passant par üdine, Padoue, Vicence, Vérone, Modène, Bologne. Excepté à Imola et à Faenza, où le comte de Romagne, Hector de Durforl, qui y commandait pour le pape, ne lui permit pas d’entrer, il fut reçu partout avec honneur et politesse. Comme il annonçait sur son passage que son intention n’était nullement de troubler la paix de qui que ce
(1) Summonle, t. II, I. III, p. <-27. — Iiiordinata vila præccdens, retentio potestatis in regno, ncgiecla vindicla, vir aller susceptus et eicnsatio subsequens, necis viri tui te probant esse parlicipem et consortem. (CoIIenuccio, Ilist. Neapol., I. V, p. 417,) — Costauzo, I. VI, p. 161.