CONQUÈIK DU ROYAUME DE NAPLES
en observation devant Capouc. Pour lui, tournant à gauche par les comtés d’Alife et de Murcone, il se rendit à Béncvenl. Il se trouva dans cette ville à la tête de six mille cavaliers , sans compter une nombreuse infanterie de Hongrois, de I^ombards et de Romagnols (I); mais il n’eut pas besoin d’en faire usage. Pendant qu’il était occupé à Bénévent à faire le dénombrement de ces forces et à recevoir l’hommage des barons du pays, tout était déjà décidé.
Arrivé en face de Capoue, le comte deFondi ayant trouvé le pont du Vulturne fortement gardé, réussit à dérober un mouvement au prince de Tarente et à passer le fleuve à gué sur un autre point, après quoi il se dirigea promptement vers Capoue par Urlicelli. Au lieu d’attendre son ennemi dans sa position, le prince de Tarente se porta audevant du comte et osa lui offrir le combat. 11 fut battu; ses Napolitains efféminés luttèrent à peine contre les soldais hongrois : la majeure partie succomba (2) . Aussitôt tous les seigneurs qui accompagnaient le prince l’abandonnèrent lâchement et accoururent à Bénévent faire leur soumission au roi de Hongrie et lui rendre hommage (ô). Quant au prince de Tarente, il se sauva à Capouc ( {).
Jeanne, réduite aux seuls remparts de la citadelle de Naples pour se défendre contre une invasion si rapide, songea à la fuite avant que l’ennemi arrivât sous les murs de la capitale. Trois galères se trouvaient dans le port, elle y fit transporter sa famille et le peu qui lui restait du trésor de son grand-père, quitta secrètement Naples dans la nuit du janvier 1348, et fit voile vers la Provence, où
(1) Giov. Vill., toc. cil.
(2) Dom. de.Grav., p. S77.
(3) Giov. Vill., loc. cit. '
(4) Dom. de Grav., loc. cil.
<54 HISTOIRE DE LA PAPADTÉ, UV. VII.
le prince de Tarenlc ne devait pas tarder à la suivre (1).
Devenu maître, comme par enchantement, de la moitié de l'Italie, le roi Louis s’occupa d’y affermir sa puissance en s’assurant des personnages qui pouvaient troubler sa conquête. Dans ce dessein, il quitta Bénévenl le 16 janvier; et, au lieu de marcher directement à Naples, il vint d’abord à Mattalona, puis à Aversa. De là, il envoya à tous les princes du sang royal l’ordre de se rendre auprès de lui. Tous obéirent, aucun ne s'en dispensa, pas même le duc de Duras, quoiqu’il eût reçu plusieurs avis secrets de ne point se confier au monarque hongrois (2). Celui-ci les invita à souper, et, tant que dura le repas, fut aimable pour tous. Mais, au moment où les convives allaient se séparer, le roi changea tout à coup de visage, et, prenant un air sévère et irrité : «Scélérat! » s’écria-t-il, en se tournant du côté du duc de Duras, « je suis maître de toi, « et ta mort est résolue ; mais, avant de subir un supplice « mérité, avoue que tu as conspiré contre notre royale « maison ; avoue que ce sont tes intrigues avec le cardi- « nal de Talleyrand qui ont retardé le couronnement de « mon frère et causé sa mort (5). » A cette foudroyante apostrophe, le duc, d’une voix tremblante, murmura quelques excuses et demanda pardon. « Ab ! tu veux t’excu- « ser! » reprit le roi, dont le courroux était au comble; « comment oses-tu l’entreprendre? » Alors, tirant des lettres : « Eh bien ! reconnais-tu cette écriture, ce nom, ce « sceau? ne sont-ce pas là tes lettres à Charles-Artus, dans « lesquelles tu traitais avec lui de la mort d’André? Peux- « tu récuser de pareils témoins (4)? N’est-ce pas aussi
(t) Giov. Vil!., cap. cil.
(2) Dora, de Grav., p. 550.
(3) Dora de Grav., p. 582.
(4) Corne le puo’tu scusare? Honstrandogli lettere con suo sigello.
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