‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 45 sur 146 · CONQUÊTE DU ROYAUME DE NAPLES · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DU ROYAUME DE NAPLES

« pour nous trahir et te défaire de nous que tu nous as « appelé dans ce royaume? » Leduc était atterré ; il reprit pourOmt : « Seigneur roi, vous me montrez un visage ter- « rible, c’est pourquoi je suis glacé de frayeur. Pardon- « nez-moi si je vous ai offensé, mais Dieu m’est témoin « qu’en vous appelant dans ce royaume je n’ai eu aucune « pensée perfide. Ce sont de mauvais conseillers qui vous « ont irrité contre moi. Je n’ajouterai rien de plus, Votre « Majesté ne m’écouterait pas : j’attendrai que son cour- « roux soit passé. » Le roi ne répondit point, mais il ordonna que les princes fussent tous renfermés jusqu’il ce qu’il eût pris une décision à leur égard. Le lendemain matin, des soldats hongrois vinrent dire au duc de Duras cjue le roi les envoyait pour le mener au lieu où le prince André avait été assassiné et l’y faire mourir. A cette nouvelle, le malheureux duc devint pâle comme la mort; mais il se souvint qu’il avait des péchés à confesser. On appela donc un moine du couvent voisin, qui se hâta d’accourir. Les exécuteurs attendirent que le duc se fût réconcilié avec Dieu, puis ils le conduisirent à la funeste galerie ; là, on le fit mettre à genoux, et l’un des soldats, nommé Philippe, le saisit par les cheveux et lui trancha la tète. On précipita ensuite son cadavre dans le jardin. Le roi voulut qu’il y demeurât trois jours sans sépulture. Quant aux autres princes du sang, ils furent menés à Ortona, d’où on les transporta en Hongrie pour y être gardés dans la citadelle de VVisgrad (1). Ijî duc de Duras était-il coupable de l’assassinat d’André? Des historiens contemporains et graves

ch’ elli havea mandate a Carlo d'Aslurgio del trattato délia morte d'Andreasao. (Giov. Vill., 1. XII, c. en.) — Et siquidem negare volueris hæc non fuisse per te patrata, ccce quas sigillo tuo litteras tu scripsisti; licet clam scripseris, in publico te accusant. (Dom. de Grar., p. 582.)

(t) Dom. de Grav., p. 683. — Giov. Vill., 1. XII, c. ch. — BooGni, Rerum

HISTOIRE DE LA PAPAÜTÉ, LIV, VH.

disent que non (1). Il est certain, en effet, que sa conduite depuis la mort du prince avait été de nature à repousser tout soupçon de complicité dans cet attentat. Mais nous ne connaissons pas la valeur des preuves que le roi Louis pouvait avoir entre les mains, et les lettres à Charles-Artus, dont Gravina et Villani ne nous ont point donné le contenu, et dont on ne retrouve la copie nulle part, seront longtemps encore un terrible mystère.

L’épouse du duc apprit bientôt à Naples l’atterrante nouvelle du supplice de son époux. Celte princesse infortunée, toute en larmes, demi-nue, et traînant avec elle deux filles en bas âge, s’enfuit d’abord au monastère de Sainte- Croix, pour se soustraire à la colère de Louis; mais bientôt, ne se croyant point en sûreté dans cet asile, elle le quitta déguisée en religieuse, et, sous la conduite de l’évêque de Caserte, suivie de peu de gens, elle se rendit à Montefiascone, auprès du cardinal de Saint-Marc, d’où elle parvint à rejoindre, en Provence, la reine sa sœur (2).

L’exécution du duc de Duras avait eu lieu le 24 janvier ; le même jour, à la tète de son armée, couvert de scs armes et revêtu d’un manteau de pourpre semé de perles, le roi de Hongrie marcha vers Naples, et fil solennellement son entrée dans celle capitale. Son air était sombre et irrité. Les habitants avaient préparé un dais pour le recevoir ; il refusa cet honneur, ne voulut écouler aucun compliment, se contenta d’accueillir la soumission et le serment de fidélité de tous les ordres de l’État, et alla s’enfermer au château Neuf, d’où il se mil à traiter Naples en

Hungar., loc. cit. — Summonte, t. Il, I. III, p. 450. — Thwrora, Chron. Ilungar., 1. III, c. xi.

(1) Malt. Villani, 1. I, c. x.

(2) Dom. de Grav., p. 584.— Giov. Vill., I. XII, c. cxi.

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