CONQUETE DU ROYAUME DE NAULES
ville conquise (1). Le roi de Hongrie était naturellement cruel, et alors il avait besoin de vengeance. La mort du duc de Duras ne fut que le signal des châtiments qu’il se proposait d’exercer. Les informations recommencèrent avec activité. Un grand nombre de coupables, qui s’étaient soustraits aux premières enquêtes, furent découverts et subirent le dernier supplice. Parmi ces derniers, on doit compter Goffridi de Marsan, comte de Squillace, et Conrad Catanzane. Plusieurs alors, comme il arrive souvent dans les réactions politiques, prolitèrent de la circonstance pour se défaire, par de fausses délations, de leurs ennemis personnels, et il y eut des victimes innocentes. Louis s’en aperçut, et ordonna contre les délateurs des enquêtes sévères qui les réduisirent au silence (2). Peu de complices de la mort d’André restèrent impunis.
Cependant, celui de tous que Louis jugeait le plus coupable, qu’il aurait eu le plus à cœur de punir, lui avait échappé. Jeanne, après cinq jours d’une navigation assez heureuse, aborda au port de Nice. Mais ses épreuves n’étaient pas finies. Elle avait à peine mis le pied sur le rivage, qu’elle se vit arrêtée par ordre des seigneurs provençaux, et menée, avec toute sorte d’égards sans doute, mais menée prisonnière au château d’Aix, Villani donne pour motif à cette arrestation extraordinaire d'une reine par ses propres sujets, la crainte de ceux-ci ([ue Jeanne ne fût venue pour traiter avec le dauphin de France, qui se trouvait à la cour d’Avignon, d’un échange de la Pro-
(1) Giov. VilL, 1. XII , c. m. — Gaufridi, llisl. de Provence, l. I, I. VI. p. 219. — Sponde, Annales, ann. 1348, p. 495. — Dom. de Grav., p.584.
(2) Muiti alii Neapolitani et regnicolæ accusantur, quis odiose Belo mendacio æmulorum... rex aulem videns quainpiurium accusatorum malitiam , mitigato furore, ordine juridico contra talcs accusantes procedi mandavit. (Dom. de Grav., p. 585.)
HISTOIRE DE LA PAPADTÉ, UV. Vil.
vence contre d’autres domaines (I). Le prince de Tarente arriva lui-même le H février à la vue de Nice; mais, ayant appris sur son bord la manière dont Jeanne avait été reçue, il passa outre, et alla prendre terre à Aigues-Mortes, d’où il se rendit à Avignon par le Rhône (2). Il n’eut aucune peine à obtenir l’élargissement de Jeanne; il s’opéra sur un ordre de Clément VI (3). La captivité de cette princesse avait duré plus d’un mois. Dès qu’elle eut recouvré la liberté, elle se mit en roule pour .Avignon, où tout était préparé pour la recevoir en reine. Elle fit son entrée dans la cité papale sous un dais, le 13 mars 1348. Tous les cardinaux allèrent au-devant d’elle en ravalcata. Clément VI l’accueillit avec cette politesse et cette courtoisie qui le rendaient le plus aimable des hommes, et lui donna audience en plein consistoire (1). Sur la réquisition des ambassadeurs hongrois, il avait été donné commission aux cardinaux Bertrand de Deux, Gaillard de la Molle et Guillaume d’Aure, de faire des procédures relativement à la mort du prince André (3), cl d’examiner si Jeanne ne s’en était pas rendue complice. Mais, dans ce célèbre consistoire, celte reine se justifia, dit-on, elle-même si pleinement, que le pape et le Sacré Collège prononcèrent son innocence tout d’une voix (Ü). La principale raison de la dé-
(t) La reina con cortese guardia menarono al caslcllo Arnaldo... irapero ch’ erano entralti in sospelto e gelosia , ch’ ella non faccasc «cambio delta contea di Francia con messer Gianni. (Giov. Vitl., 1. XII, c. exiv.) — Gaufridi, llist. de Provence, I. VI, p. ilî).
(2) Giov. Vill., loc. cil.
(5) Raynatd, ann. 1548, n° 11.
(4) Giov. Vill., I. XII, c. exiv. — Summonte, t. H, 1. Ht, p. 432.
(5) Ep. démentis VI, op. Raynatd, ann. 1548, n° 4.
(H) In publico consistoro, con Uintn ingegno c facondia difese la sua cosa, che papa Clemente con il suo collegio... havendo cognosciuto che la regina vcramenle non era colpela in cosa alcuna. (Summonte, loc. cit.t