‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 47 sur 146 · JEANNE A AVIGNON · texte numérisé non relu

JEANNE A AVIGNON

fense de Jeanne se bornait pourtant à dire que l’antipathie pour son mari avait été l’effet d’un maléfice auquel la faiblesse de sa nature ne lui avait pas permis de résister, antipathie qui avait inspiré à des méchants le coupable projet de la servir en faisant mourir le prince André (1). Mais il faut croire que le spectacle d’une reine si jeune, si belle, d’une reine en pleurs, s’humiliant devant la plus haute puissance de la terre, d’une reine malheureuse, réduite à mendier un appui, et les raisons d’État, plaidèrent alors plus efficacement en sa faveur qu’un argument semblable, qui ne l’a point justifiée au tribunal de la postérité. Les ambassadeurs du roi de Hongrie, qui assistaient à cette plaidoirie, s’efforcèrent vainement d’en empêcher l’effet. Ils échouèrent encore dans une autre tentative : ils demandaient pour leur maître l’investiture du royaume de Naples. Celte demande leur fut constamment refusée, et Clément VI ne cessa de protester contre l’occupation arbitraire de cct État par le roi Louis (2). Le pape savait que la considération personnelle est nécessaire pour régner avec autorité, et il avait à cœur de rétablir celle de Jeanne, si fortement ébranlée. 11 finit par confirmer son mariage avec le prince de Tarente, le 27 mars. Il lui offrit la rose d’or, quoique le roi de Majorque se trouvât à Avignon, et, ce jour-là, il fut permis aux deux époux de se donner en spectacle à toute la ville, ornés des insignes de la majesté royale (ô). Clément VI leur assigna ensuite pour résidence le palais que le cardinal Napoléon des Orsini avait fait bâtir à Villeneuve, et qui était devenu la propriété des papes (4).

(1) SpODde, Annales, ann. 1551, p. 509.

(2) Ep. CIcmentis VI, ap. Raynald, ann. 1548, n°* 8 cl 9.

(5) Giov. Vill., loc. cil.

(4) Manuscrit de Teyssier, i. U, p. 15 (bibliothèque d'Avignon).

niSTOIHE DE LA PAPAUTÉ, LIV. VII.

La forlunc se retournait peu à peu du côté de Jeanne. Le roi de Hongrie, maître de Naples, commençait à éprouver qu’il est plus facile de conquérir un royaume que de le conserver; qu’un peuple vaincu n’est pas soumis; que l’honneur national ne compose point avec la tyrannie, et qu’à la lutte avec les armées en succède une autre plus difficile, plus longue, avec l’esprit public. Entouré d’hommages parce qu’il était viclorieux cl puissant, croyant sa domination sulîlsamment consolidée parce qu’on tremblait sous elle, il licencia une partie de ses Iroujxîs mercenaires, et, comme la peste faisait déjà sentir ses ravages, il quitta Naples après un séjour de quatre mois, se rendit à Barlette vers la lin de mai 1348, s’y embarqua pour éviter le fléau et retourna en Hongrie, laissant, pour défendre et gouverner sa nouvelle conquête, Conrad Wolfart, son frère Ulric Wolfart, auxquels il joignit Étienne, fils de Laezk, wayvode de Transylvanie, avec douze cents hommes d’armes (1).

Entre les Hongrois et !es Napolitains il y avait toute la distance qui existe entre des hommes à peine sortis de la barbarie et des hommes parvenus à la mollesse de la civilisation. Ceux-ci se lassèrent bientôt de l’administration dure et sévère, quoique juste et intègre, de leurs conquérants. La noblesse surtout se rappelait avec regret la cour si brillante de Jeanne, dont les divertissements et les fêtes donnaient un air d’allégresse et de splendeur à cette capitale, aujourd'hui morne et silencieuse. On se reprochait d’avoir abandonné celle reine pour se mettre sous le joug de l’étranger, et tous les regards se tournèrent bientôt vers le pays où elle avait été chercher un asile. Jeanne fut bientôt avertie de celle heureuse révolution, et, soigneuse

(1) Dom. de Grav., Chron., p. 586. — Malt. Villani, I. I, c. xui et n». — Thwrocï, Chron. Ilungar., pars III, c. xn.

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