ACQUISITION D'AVIGNON PAR LE SAINT-SIÈGE
de ne point laisser refroidir les sympathies de ses sujets, elle résolut de retourner promptement au milieu d’eux (1). Mais son trésor était épuisé. Pour en combler le vide, elle sollicita d’abord près la cour d’Avignon un avancement de fonds. Le mauvais état des affaires de Jeanne avait anéanti son crédit; depuis plusieurs années les arrérages du tribut quelle devait au Saint-Siège s’étaient accumulés; cette demande fut donc repoussée (2). D’ailleurs le pape, qui travaillait à amener une réconciliation entre la reine et le monarque hongrois, craignait ajuste titre qu’un secours fourni directement par le Sacré Collège ne compromît aux yeux de ce dernier son caractère pacifique et médiateur. Mais il ouvrit volontiers l’oreille à la proposition que fit la reine de lui vendre la propriété d’Avignon. Cette ville, bien qu’enclavée dans le domaine ecclésiastique, appartenait encore aux souverains de Naples; les papes n’y étaient point chez eux. Clément VI ne pouvait qu’accepter avec joie une offre qui lui donnait l’occasion d’acquérir une belle capitale ; il traita donc avec Jeanne, et Avignon avec ses dépendances fut échangé contre la .somme de 80,000 florins, que le caniérierde la chambre apostolique paya comptant, comme en fait foi l'acte de vente, relevé par Nouguier, sur l’original gardé dans les archives de la ville. (Voir aux Pièces justifaatices, n°‘ 4 et 5.) L’empereur Charles IV , qui conservait des droits de suzeraineté sur Avignon comme lief détaché de l’ancien royaume d’Arles , ratifia le contrat par une lettre patente donnée à Goritz sous la date du mois de novembre 1348 (.)).
(1) Summonte, t. II, I. III, p. 432.
(2) Nullum in curia poteranl reprrire sub^idium. (Baluze, 1. 1, II* ViU Clemenlis VI, p. 272.) — Malt. Villani, 1. 1, c. iviii.
(3) Fantoni, Isloria délia cilla d'Avignooe, t. II, 1. 11, c. v, n* 24. — Nouguier. p. 143.
L’on a dit que les 80,000 florins n’avaienl jamais clé comptés à Jeanne; que la venle d’Avignon n’étail qu’une vente simulée pour compenser les arréragesque le royaume de Naples devait à la Chambre apostolique et pour obtenir une absolution (1). Mais en face de l’acte de vente, de la déclaration qu’y fait la reine, une assertion semblable n’est qu’une chicane. D’ailleurs, outre l’acte de vente, nous avons une charte authentique qui jusliflele payement et l’emploi du prix énoncé par le contrat. (Voir aux Pièm jmtificalires, n° 5.) Il est vrai que la faible somme de 80,000 florins ne pouvait être le prix d’Avignon ; mais, dans la situation où elle se Irouvail, Jeanne n’était pas libre de faire la loi à l’acquéreur. D’ailleurs, elle avait de réelles obligations au pape ; elle le reconnaît quand elle dit que, « comme il vaut mieux donner que recevoir, « elle faisait don au pape cl au Saint-Siège de ce qu’.Avi- « gnon pouvait valoir de plus (2). » Quoi qu’il en soit, l’aliénation d’un aussi beau lief déplut fortement aux Provençaux, qui la nommèrent malheureuse et maudite (3). Les habitants d’Avignon refusèrent tout d’abord de rendre hommage à Clément VI, cl ils ne consentirent à reconnaître le pape pour leur seigneur qu’après la mort de ce pontife (4).
(1) Noiigmer, p. 152. — Bouclip, l. II, p. ST.T. — Giuifridi, p. 220.— Pandolfo Collenuccio, ilist. Ncapol., I. V, p. 218.
(2) Nouguier, p. 154.
(5) Il y avait, du temps de Fornery (M.anusci'it, 1. V, p. 417), un original ou une copie authcntii|ue de rette vente dans le trésor des titres à Aix. qui était endossée : Maledicla rendUio.
(4) Bouclie, t. 11, p. 575. — Après la vente d'Avignon, les Avignonnais mirent dans leur écusson, au lieu de la ville carrée qu'ils avaient reprise depuis leurs podestats, trois clefs d’or sur un fond de sable, et ne conservèrent de leurs anciennes armoiries que les gerfauts pour support et la devise : A bec et griffes, qui faisait allusion à leur fidélité pour leurs maîtres. (Teyssier, Manuscrit, p. 19.)