‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 52 sur 146 · ETAT DE ROME · texte numérisé non relu

ETAT DE ROME

Cet état de choses allait toujours s’aggravant davantage, et l’on conçoit aisément quels désordres affreux devaient résulter d’une semblable anarchie. En effet, la force brutale était devenue le droit : plus de respect pour les lois, plus de garantie pour les propriétés, plus de sécurité pour les personnes ; on n’entendait parler que de meurtres et de brigandages ; les pèlerins qui se rendaient aux tombeaux des saints apôtres étaient dévalisés, les paysans spoliés aux portes de la ville ; on violait les femmes et les jeunes filles; l’iniquité siégeait dans les tribunaux, l’immoralité dans le sanctuaire, la misère au sein des familles (1).

Le spectacle de cette désorganisation sociale réveilla les souvenirs antiques de cette Rome, naguère si glorieuse, et alors si profondément abaissée; car il est à remarquer que la résurrection de l’esprit de l’antiquité, en Italie, coïncide précisément avec l'excès de barbarie que nous signalons. Il y eut des âmes généreuses qui frémirent de contempler la ville éternelle aux mains d’une poignée de tjTansqui s'en disputaient les ruines. Il faut lire, dans Pétrarque (2), comment les grands esprits de l’époque déploraient les malheurs de la reine du monde et en concevaient la restauration. Les idées de grandeur temporelle s’alliant chez eux aux idées de domination spirituelle, ils voulaient que Rome devînt le centre de l’Empire, comme elle était déjà celui de l'Église, et que l’empereur et le pape, réunis désormais dans un majestueux concert, travaillassent à lui rendre la double suprématie qui entrait dans sa destinée (3). Un homme se crut appelé à remplir cette mission.

(t) Fragmenta Historiæ romanœ, ap. Muralori, Anliquitales italicæ niedii ævi, t. III, I. II, c. v.

(2) Oper., édit. Basil., t. III, p. 90.

(5) Petrarch., Rerum Para., ep. vi. Merveilleuse utopie, belle comme

ISO IIISTOIIIE DE LA PAPADTÉ, LIV. Vlll.

Cet homme était Nicolas Gabrini, plus connu sous le nom de Cola di Rienzi ou Rienzo, qui n’est qu'un diminutif de Laurenzo. Son père exerçait la profession de cabarefier, et sa mère , Magdelaine , était blanchisseuse et porteuse d’eau (1). Mais l'esprit de Cola se trouvait au-dessus de cette condition vulgaire. De bonne heure, il s’appliqua à l’élude de la grammaire, de la rhétorique, de l’éloquence, et y fit de rapides progrès. Son goût naturel le porta ensuite vers l'histoire, et surtout vers l’histoire de Rome. Tite- Live, Sénèque, Cicéron, Valère Maxime, César, étaient ses auteurs favoris ; il les avait sans cesse dans les mains, et meublait sa mémoire de leurs récits. C'est là qu’il apprenait à connaître, par leurs belles actions, les personnages illustrés des temps antiques. Après quoi il allait chercher leurs noms et leurs titres dans les inscriptions des monuments dont les ruines entouraient déjà la cité papale. Dans l’enthousiasme que lui inspiraient ces débris glorieux de leur- mémoire, il évoquait leurs ombres. Son imagination s’exaltait à la pensée que les héros avaient jadis foulé ce sol, y avaient empreint la trace de leurs pas; il conversait

un beau rêve de poète ! mais qui n’avait qu'un défaut : celui d'ètrc impraticable. En elTel, réalisée , elle aurait réduit la Pajiauté à la misérable et servile condition du patriarcat de Constantinople.

(1) L'opinion que Rienzi tirait son origine de l’empereur llcuri VU ne repose que sur un bruit populaire du temps, et a été abandonnée par tous les historiens graves. — Voir Rienzi et Rome à son époque, par Félix Papencordt, trad. française de Léon Boré, Paris, 1843, p. 70. — Voir également la Vita di Coladi Rienzo da Zephirino Ile. Cesenate, in-8*, Forli, 1838. Cet auteur a donné à l'histoire de Rienzi, éditée en jargon italien dans les Antiquités italiennes de Muralori, une forme meilleure. Cette édition est précieuse par les notes savantes dont clic est enrichie ; mais elle ne dispense point de recourir au texte plus complétée Muratori, non plus que la chronique publiée par Bzovius, au t. XIV de ses Annales, sous le nom de Diario ex mt. Falicaito, et qui n'est qu’une trad'jction latine abrégée cl assez inexacte de la Vita.

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