AMBASSADE DE RIENZI A AVIGNON
lures, également éprises d’amour pour l’antiquité et Rome. Le poète était alors au comble de la gloire. L'amilié dont il honora Rienzi dut être, pour ce dernier, une brillante distinction (1). 11 s’en acquit lui-méme une autre non moins flatteuse, car, s’il faut en croire son biographe, le discours qu’il adressa à Clément VI, au nom du peuple romain, plut si fort à ce pontife, l’un des hommes les plus lettrés de son siècle, qu’il en mandait chaque jour l’auteur au palais pour goûter les charmes de sa conversation (2).
La faVeur dont il jouissait auprès du royal pontife favorisait le but que s’était proposé Rienzi en venant à Avignon ; il en profita. Dans une de ces fréquentes audiences que lui accordait si libéralement Clément VI, il fit tomber adroitement la conversation sur l’état moral de Rome ; et, avec cette éloquence qui lui était naturelle, il peignit si vivement les injustices, les rapines, les cruautés, les débauches des seigneurs romains et la désorganisation sociale qui en était la suite, que le pontife s’émut d’indignation contre ces nouveaux barbares. Mais ici sa hardiesse lui devint funeste. Rienzi avait parlé en présence du cardinal Giovanni Colonna, et ses plaintes n’avaient pu manquer d’atteindre quelques-uns des membres de la famille de ce prélat.Giovnnni Colonna étaitlout-puissant:c’étaitleMécène de la cour de Clément VI. C’en fut assez. Dès ce moment, les portes du palais pontifical furent fermées à Cola ; tout son crédit s’évanouit. Délaissé autant qu’il avait été naguère recherché, il tomba dans une misère si profonde, qu’étant devenu malade il fut sur le point de se rendre dans un hôpital (3).
(1) Petrnrch., Ilortatoria, édil. Basil., p. K96.
(2) La Vila, c. i. Mollo aimnira papa Clemenle lo bello slilc de la lingiia di Cola -, ciasche die vedcrelo vole. (Loc. cil.)
(SI Venne in tanta povertade, e in tanta infermitade, che poca dilTerenza
HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Vlll.
La fortune de Rienzi était modique : il avait brigué la mission d’ambassadeur dans le but unique d’arriver à la réalisation de ses projets de réforme (i), sans exiger de subvention. Cela explique comment, tombé en disgrâce, il fut réduit ü celte détresse, qui paraît d’abord incroyable; mais elle dura peu. La môme main qui l'avait renversé le rétablit; il recouvra la bienveillance du pontife, qui lui accorda de nombreuses faveurs, et le nomma, au mois d’avril 1344, notaire de la chambre apostolique à Rome, dignité lucrative dont les émoluments montaient à 5 florins par mois, outre la nourriture et d’autres avantages (2).
A quelle époque retourna-t-il à Rome? L’histoire ne le note point. Mais il est à présumer que son séjour à Avignon ne se prolongea pas au delà de l’année 4344. Nul doute qu’ayant déjà formé le plan d’une grande révolution. il n’eût hâte de revenir promptement à Rome en préparer les éléments. La situation de cette ville devenait de plus en plus anarchique; plus que jamais l’ordre social y était menacé d’une dissolution complète. L’autorité avait perdu toute considération ; les sénateurs, pris tantôt chez les Colonna, tantôt chez les Orsini, quelquefois chez tous les deux, avaient assez à faire de maintenir l’équilibre des partis qu’ils représentaient ; le bien public les intéressait peu.
era da gire a lo spedale. (La Vila. c. i.) — Diario ex ms. Vatic., n“ 5.
(1) Per suo frocaccio. (La Vita, c. i.)
(2) La Vila, c. i. — De Sade, citant le rcgesl. Clément VI, dit que les émoluments de celte charge claienl de 5 florins par jour. Nous croyons qu'il y a là une erreur : 5 florins par jour auraient fait une somme énorme. Une instruction du roi Robert de l'année 1354 porte pour les notaires de la chambre : Pro mense florenos auri quinque, libram unam cere per hebdomadam quamlibet, et robbam unaro ac victum. (Vitale, Storia diplom., 1. 1, p. 245.) Un semblable traitement était beau pour l'époque.
CONSPIRATION DE RIENZI
Au milieu de cette indifférence des dépositaires du pouvoir pour tout ce qui regardait le bon ordre, Rienzi osa faire entendre la voix du devoir. Pendant que les puissants, les chiens du Capitole, comme les appelle son biographe (1), s’abandonnaient à la cruauté, au vol, à la corruption, lui, ferme, immobile, exerçait sa charge de notaire apostolique avec probité, désintéressement et justice. Cette courageuse protestation d'un seul homme contre la dépravation générale le fit bientôt remarquer de ses concitoyens, et lui acquit une popularité qu’il prenait soin d’accroître en signalant à propos, et avec son éloquence de feu, les rapines, les injustices des grands. Plus ces derniers se rendaient odieux, plus lui-même devenait cher au peuple, qui voyait en lui un ami et un défenseur. Rienzi suivait avec habileté les progrès de l’opinion publiqueensa faveur, et, au commenceinentdel’annéelSAT, il se crut assez fort pour tenter un coup d’éclat. Au milieu d’une assemblée où se trouvaient tous les conseillers, il se leva tout à coup : «Vous êtes de mauvais citoyens, dit- « il, vous qui buvez goutte à goutte le sang du pauvre peu- « pie, au lieu de le soulager!» Puis, continuant sur le même ton, il exhorta les officiers et les recteurs à pourvoir sans délai au bon état de la cité. Il achevait à peine cette brillante mercuriale, qu’Andreosso des Normanni, parent des Colonna, lui donna un violent soufflet (i). En même temps Thomaso Fortifiocca, scribe du sénat, accompagna d’un geste de mépris cette sanglante insulte (3).
Ce fâcheux début ne découragea point Cola ; il n’avait pu étonner les grands, il chercha à agir sur le peuple. La
(1) Cani di Campidoglio. (La Vils, c. ii.)
(2) Dettili una sonante gotata. (La Vila, c. ii.)
(3) Feceli la coda. Manière grossière de marquer le dédain , el qui se pratiquait eu frappant son bras avec la main. (Zephirino Re, p. 21.)
manière dont il s’y prit était neuve et attrayante. Il imagina des emblèmes qu’il lit peindre, tantôt devant le Capitole, tantôt sur les murs du château Saint-Ange. Le plus remarquable de ces emblèmes représentait un navire démâté, sans voiles, et à demi submergé par les flots d’une mer irritée. Sur ce navire, paraissait éplorée, les cheveux épars, en habits de deuil, .à genoux, les mains croisées sur la poitrine dans l’altitude de la prière, une femme audessus de laquelle on lisait : Rome. C’était l’objet le plus saillant du tableau. Autour de ce vaisseau en paraissaient quatre autres plus maltraités encore par les flots irrites. Chacun de ces vaisseaux portait une femme gisant sans vie. Le premierde ces navires flgurait Babylone, le second Carthage, le troisième Troie, le quatrième /érMsa/e»i, avec cette inscription : « L’injustice de ces villes a causé leur « perte. Rome a été la reine des cités, maintenant le mo- « ment de sa ruine approche. » A gauche, s’élevaient deux îles ; sur l’une, paraissait une femme dont tes traits exprimaient la honte : c’était V Italie. Elle semblait dire à Rome : « Tu as dépouillé chaque nation de son empire, et main- « tenant je suis ton unique sœur. » Sur l’autre île, on voyait les quatre Vertus cardinales, le visage tristement posé sur leurs mains, et les coudes appuyés sur les genoux ; ces mots sortaient de leurs bouches : « Toutes les « vertus furent tes compagnes, et voilà que tu es seule « abandonnée au caprice des flots. » droite, sur une troisième île de moindre grandeur, la Foi chrétienne vêtue de blanc, les mains et les yeux tournés vers le ciel, s’écriait : « Père souverain, mon Chef et mon Seigneur, si « Rome périt, quel sera mon asile?» Toujours à droite, et dans la partie supérieure du tableau, se groupaient sur quatre rangs différentes espèces d’animaux ailés, occupés à souffler sur la mer pour y soulever les tempêtes. On
CONSPIRATION DE RIENZI. 167
voyait au premier rang des lions, des loups, des ours, avec celte inscription : « Voilà les puissants barons et les reca leurs coupables ! » On voyait au second des chiens, des pourceaux et des boucs, avec cette autre inscription ; « Voici les mauvais conseillers des nobles. » Le troisième présentait des moutons, des dragons et des renards, et on lisait : « Voici les mauvais officiers, les juges, les notai- « res. » Enfin, au quatrième rang, se tenaient des lièvres, des chats, des chèvres et des singes, et l’inscription disait : « Voilà les brigands, les assassins, les corrupteurs, les « spoliateurs du peuple.» Au-dessus de celle lugubre scène et pour la terminer, se montrait la grande image du Tout- Puissant, déployant sa majesté divine comme au dernier jour; deux glaives sortaient de sa bouche, et les deux apôtres, Pierre et Paul, se tenaient à ses cotés, occupés à fléchir son courroux (1).
La foule se pressait, avide et curieuse, devant ces représentations ; leurs symboles mystérieux et sombres, les interprétations qu’en donnait Rienzi, produisaient sur elle une impression profonde. El ce qu'il y a de surprenant, c’est que les nobles, contre lesquels ces emblèmes étaient dirigés, et qui auraient dû y démêler les germes habilement semés d'une révolution, n’y virent d’abord qu’une bouflbnnerie amusante, et s’en divertissaient. Ils invitaient Rienzi à leur table, Gianni Colonna surtout, et lui faisaient faire des discours dans lesquels le démagogue usait de la plus grande liberté : « Je deviendrai grand seigneur ou « empereur, leur disait-il, et alors je poursuivrai les ba- « rons, et je ferai pendre les uns et décapiter les autres. » Ces menaces étaient accueillies avec de grands éclats de rire (2), tant on était éloigné de croire qu’elles pussent ja-
(t) La Vila, c. ii.
(S) Di cio 1i baroni cre|avano da le risa. (La Vite, c. iv.)
mais être réalisées. Pendant ce temps-là, Rienzi continuait d'offrir à la curiosité publique ses peintures symboliques.
Il l’appela un jour à un autre spectacle. Dans l’église de Saint4ean-de-Latran était encore la table de bronze sur laquelle on voyait gravé le sénatus-consulte par lequel le sénat avait autrefois concédé l’empire à Vespasien. Rienzi fit peindre autour de cette table l’image de la concession du pouvoir suprême faite à cet empereur ; puis il fil élever au milieu de l'église un échafaud richement décoré, et invita les grands, les magistrats cl les gens du peuple à s’y rendre, pour y entendre un discours. Grand nombre y vinrent ; on y remarqua surtout Slefano Golonna et Gianni son fils. Tout à coup Rienzi parait, vêtu comme un roi de théâtre. De ses épaules tombe un manteau de drap blanc; son chapeau est garni de couronnes d’or; celle du milieu est divisée par la pointe d'une épée d’argent. Dans cet accoutrement énigmatique, qui excite d’abord la surprise, il commande le silence, et commence un pompeux discours, dans lequel il peint « Rome abattue par terre et ne « pouvant pas même voir la honte de sa chute, parce que « l’iniquité de ses citoyens lui a arraché les deux yeux, « c’est-à-dire l’empereur et le pape. » Puis, ramenant l’al- Icntion de ses auditeurs sur le fait de la concession de l’empire à Vespasien : « Voyez, dit-il, quel était la splen- « deur de cet antique sénat qui donnait naguère l’autorité « souveraine ! » El il fit lire l’inscription gravée sur la table de bronze où étaient renfermés les articles du décret qui avait fait Vespasien empereur. « Voilà, dit-il, quelle « était la majesté du peuple romain, voilà l’autorité qu’il « conférait à ses princes, et voilà ce que nous avons « perdu ! » Puis, haussant la voix, et s’avançant sur le bord de l’estrade : «Oui, voilà ce que nous avons perdu par « nos dissensions ; ce sont elles qui causent tous vos mal-
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CONSPIRATION DE RIENZI
« heurs et vous font négliger la culture de vos champs. « Ramenez donc la paix au milieu de vous. Je sais que « beaucoup de gens se moquent de ce que je dis et de ce « que je fais ; mais c’est par envie. Grâce à Dieu, trois « maladies les rongent : la débauche, la passion du jeu et « la jalousie (1). » Il descendit à ces mots de l’estrade, longuement applaudi par tout l'auditoire.
Cet appareil, ce discours, ce spectacle en un mot, moitié grave, moitié plaisant, produisirent un effet immense, que de nouveaux emblèmes ne tardèrent pas à compléter. Les vues politiques du démagogue étaient faciles à pénétrer; chacun les jugeait à sa manière; mais le plus grand nombre en désirait l'accomplissement. Rienzi ne l’ignorait pas, et, donnant plus d’essor à son audace à mesure que sa popularité augmentait, il ne craignait plus d’annoncer publiquement que l’heure d’une grande révolution n’était pas éloignée. Au bas d’un de scs emblèmes, il osa écrire ces mots : « Je vois le temps de la justice qui approche, « attendez un peu (2). » Quelques jours après on lut un placard qui portait : « Avant peu les Romains reviendront « à leur bon état ancien. » Ce mot de bon état devint bientôt proverbial.
Cependant Rienzi ne se fiait pas tellement à la faveur populaire qu’il abandonnât au caprice de celte faveur le succès de son entreprise. Il travaillait sous main à se composer un parti d’hommes sages, dévoués à son système, et sur lesquels il pût compter au besoin. Il les chercha parmi les marchands cl les bourgeois. Quand il en a rallié un nombre suffisant, il les réunit secrètement, s’abouche avec eux, leur communique son plan de gouvernement, ets’as-
(1) La ViU, c. III.
(2) Viene (veo) il tempo délia grande giustizia , tii aspcUa al tempo. (C. IV.)
HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. VllI.
sure de leur approbation. Satisfait de ce début, il les convoque de nouveau, toujours secrètement, sur le mont Aventin. Là, inspiré par l’eflct qu’il a déjà produit, il s’empare de cette assemblée, lui peint, avec le pathétique de l’éloquence, la misère, la servitude, les dangers de Rome; il l’électrise, lui arrache des larmes, et conclut en exhortant à maintenir la paix et la justice. Son plan est de nouveau adopté. Comme on aurait pu lui demander où étaient ses ressources pécuniaires pour accomplir un projet aussi salutaire, Rienzi prévient celte demande : « Ne « vous mettez point en peine de l’argent, dit-il, la cham- « bre apostolique perçoit 100,000 florins sur les feux, « 100,000 sur le péage des ponts et la gabelle, 100,000 sur « le sel ; on prendra ces revenus; le pape ne s’opposera « point à l’emploi que nous en ferons ; car, ne croyez pas « que ce soit avec l'agrément du pape que grand nombre « de citoyens s’attaquent aux biens de l’Église. » Par ce mensonge adroit, Rienzi achève de séduire et d’enflammer l’assemblée. On dresse un acte de celte délibération, et tous jurèrent de coopérer au bon état (1).
La révolution était consommée dans les esprits, il s’agissait de la faire passer dans les faits. L’occasion s'en offrit vers la lin d’avril. Presque tous les barons étaient hors de Rome. Stefano Colonna s’était rendu à Corneto, suivi de la milice urbaine, pour chercher du blé, car la disette régnait dans la ville. Rienzi, délivré par là de ses adversaires, en profile. Le premier jour de mai, il fait publier à son de trompe que le lendemain, au signal de la cloche, chacun eût à se rendre, sans armes, au Capitole, pour y travailler au bon état. Chacun s’y rendit en effet; on s’attendait à jouir de quelque nouveau spectacle. Rienzi fil célébrer,
(1) La Vita, c. iv.
CONSPIRATION DE RIENZl.
dans l’église de San Agnolo in Peschiera, trente messes en l’honneur du Saint-Esprit, auxquelles il assista depuis minuit jusqu’à neuf heures. Il sortit alors de l’église, la tête nue, mais armé de toutes pièces et accompagné d’une foule de jeunes gens qui faisaient retentir l’air de leurs acclamations. Devant lui, trois conjurés portaient chacun un étendard ; le premier, de couleur rouge, était le gonfanon de la liberté; le second, de couleur blanche, était le gonfanon de la justice ; le troisième était le gonfanon de la paix. Il y en avait un quatrième qu’on portail dans une boîte, à cause de sa vétusté : c’était le gonfanon de Saint-Georges. Cent hommes d’armes escortaient ces étendards pour les défendre.
Celte procession singulière défile au milieu d’une foule immense, attirée par la curiosité ou la sympathie. L’altitude inoffensive de cette foule raffermit Rienzi, dont l’appréhension était d’abord peu déguisée. Le vicaire du pape, Raymond d’Orvieto, marchait à coté de lui, et la vue de ce ministre rassurait ceux qui auraient été tentés de ne voir dans celle démonstration qu’un acte séditieux (1).
On se demande ici comment le représentant du pouvoir légitime pouvait ainsi autoriser par sa présence un mouvement qu’il aurait dù réprimer. Sans doute, le premier soin de Cola avait dù être de gagner ce personnage à ses vues, et il y avait réussi. Raymond d’Orvielo manquait d’éducation politique. Il était excellent canoniste, mais il ignorait l’art par lequel on gouverne les hommes (2>. Cela explique comment il avait pu céder aux inspirations du démagogue. Rienzi avait exercé sur cette nature spéculative et faible l'ascendant d’un esprit supérieur.
(1) La Vita, c. v.
(2) Ughelli, Ualia sacra.
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HISTOIRE DE L\ PAPAUTÉ. LIV. Vlll.
Arrivé au bas de l'escalier qui monte au Capitole, il se retourna du côté de la foule assemblée au-dessous de lui, et de là, élevant la voix, il parla avec son énergie accoutumée de l'esclavage et de la misère auxquels le peuple romain était abandonné; annonça que le jour de la délivrance était enlin venu ; que lui, Rienzi, allait y travailler, et qu'aucun danger, aucun sacrifice n'effrayait celui qui s’était dévoué au salut de Rome et au service du souverain pontife ( 1 ) .Ce discours achevé, il fit lire les articles de la nouvelle constitution destinée à rétablir le bon ordre dans la république. D'après cette constitution, tout homicide ëLiil puni de mort ; aucun procès ne devait se prolonger au delà de quinze jours ; aucune maison ne pouvait être renversée pour quelque raison que ce fut; mais, quand elle menaçait ruine, elle devenait propriété de la commune. Dans chaque quartier on entretenait, aux frais du trésor public, un corps de cent fantassins et de vingt-cinq cavaliers ; l'Ètat se chargeait des veuves et des orphelins; dans toutes les eaux du territoire romain, et sur toutes les côtes de la mer, des vaisseaux devaient stationner pour la sûreté des communes ; on affectait aux besoins de la ville les revenus provenant du droit de feu, des douanes, du sel et du péage des ponts; on confiait aux mains des chefs du peuple la garde des forteresses, des ponts et des portes de la ville ; aucun baron ne pouvait occuper un fort ; les nobles étaient tenus de veiller à la sûreté des routes; dans tous les quartiers de la ville on établissait des greniers toujours remplis de blé pour les besoins de l’Étal; toutes les places du district de Rome ne devaient plus être occupées que par des soldats pris parmi le peuple romain; la loi du talion était proclamée contre tout ac-
^1) La Vita, c. v.
niENZI TRIBUN.
cusateur qui ne pourrait prouver son accusation (I).
Des acclamations bruyantes et unanimes accueillirent la lecture de ces articles. Tous, élevant les mains, s’écrièrent que l’auteur de lois si sages méritait de partager la seigneurie de Rome avec le vicaire du pape ; que la double puissance législative et exécutive devait lui être dévolue. Ici l’évèque d’Orvieto dut s’apercevoir qu’il n’était que l’ombre de Rien/.i ; que l'habile démagogue sc couvrait de son nom afin d’exercer lui-même la réalité du pouvoir. Mais l’heure était passée de protester ; la révolution accomplie, force était de la subir ; toute opposition se serait brisée contre l’enthousiasme populaire. Dès ce jour, les deux .sénateurs, Sciarra Colonna et Giovanni Orsini, furent congédiés du Capitole, et Rienzi data de ce lieu célèbre les actes de son nouveau gouvernement (2).
Stefano Colonna n’avait jamais pu s’imaginer qu’il eût sérieusement à redouter un rival dans cet orateur de la plèbe, ce bouffon loquace qui servait à l’amusement de ses festins, et, par suite du peu de cas qu’il en faisait, il avait négligé toute précaution. Son étonnement fut grand quand il apprit, à Corneto, cet étrange mouvement du peuple en faveur de Rienzi : il accourut aussitôt pour le réprimer. Mais il avait à peine mis le pied dans son palais, qu’il reçut du nouveau dictateur l’ordre écrit de quitter
(1) La Vil.i, c. vr.
(2) tJ., c. VI. — Du Cerceau (Ilist. de la conjuration de Rienzi), de Sade et Papencordt. se trompent icj sur les dates. Us écrivent que cette révolution eut lieu le 20 mai : cela ne peut s'accorder avec le récit du biographe tel qu'il est édité dans Muralori. Le texte dit formellement que l'appel au peuple eut lieu le premier jour de mai {la prima die), et la révolution le jour suivant (lo tequenle die). Ces écrivains confondent le jour de la révolution avec celui où Rienzi fut déclaré tribun, et qui fut en eifet le 20 mai, jour de la Pentecôte, selon Giovanni Villani, 1. XII, c. xc. — Hist. Corlhus., 1. IX, c. XII. — Cronaca. Sauese, Murat., l. XV.
llljTOmK DE L.\ PAPAUTÉ, LIV. VTU.
Rome sur-lc-champ. Oulré de mépris et d’indignation, Stefano prit cet ordre, le déchira en mille pièces, et dit : a Si « ce fou me fait mettre en colère, je le ferai jeter par les fe- « nétres du Capitole { I). » Quinze jours avant peut-être, cette menace du chef de la noblesse romaine aurait foudroyé le démagogue; mais alors elle n’était plus qu’une ridicule bravade. Elle n’eut pas plutôt été rapportée ;i Rienzi, que celui-ci fit sonner le beffroi du Capitole. Le peuple se rassembla aussitôt pour défendre son ciiefen péril, et l’émeute ne laissa à Stefano Colonna que le temps de sauter sur un cbeval et de courir en toute hâte, suivi d’un seul domestique, se mettre en sûreté dans Palestrine. L’heureux démagogue, profitant avec habileté de la consternation dont cet acte vigoureux avait frappé la noblesse, envoie surle-champ à tous les barons l’ordre de quitter la ville et de se retirer dans leurs châteaux. Ceux-ci obéirent. Maître après cela de Rome, il s’assura de tous les quartiers, plaça des gardes à la tête des ponts, et, sur sa demande, reçut du peuple les titres de tribun et de libérateur de Rome, titres qu’il partagea avec le vicaire du pape (2).
Cola préféra ces titres à ceux dont l’ancienne république décorait les grands citoyens qui avaient bien mérité d'elle; ils exprimaient mieux la nature des rapports qui unissaient son nom au nouvel ordre de choses, et puis ils flattaient davantage sa vanité plébéienne. 11 y .ajouta lui-même les épithètes de sévère, de dément et d’illustre (5) . Dans ces dénominations prétentieuses, on voit poindre déjà les symptômes de cette outrecuidance qui devait plus tard amener la chute de son pouvoir.
(1) La Vita, c. vu. Se questo pano mi Ta poco d’ ira, io lo faro gelUirc di le fcneslre di Canipidoglio.
(2) Id., c. VII. — Roynald, .inn. 1347, n" 15.
(3) La Vita, c. x.
RÎE!S7I TRIBUN.
lOo
Au comble de ses vœux, Rienzi songea à notifier son élévation aux diverses puissances de l’Italie et de l’Europe. La renommée, qui grandit toutes choses, avait devancé ses courriers ; ils furent pai toul accueillis avec des honneurs particuliers. On regardait le tribun comme un homme extraordinaire. Son nom était dans toutes les bouches, et les poêles composaient sur lui des strophes qui devenaient bientôt populaires (I),
Dans les premiers moments, les nouvelles de Home avaient inspiré de sérieuses inquiétudes <à la cour d’Avignon. L’arrivée du courrier de Cola et de Raymond d'Orvielo les dissipa ; car les deux tribuns venaient réclamer pour leur dignité la confirmation du souverain pontife. Clément VI était trop habile pour ne pas comprendre que, dans la circonstance présente, il n’avait point à balancer ; il se trouvait heureux qu’on voulût bien soumettre à son approbation un ordre de choses établi sans son consentement. Désavouer eût été périlleux : il reconnut donc la nouvelle constitution dans deux lettres, adressées l’une à son vicaire, l’autre au peuple romain, en bl.àmant toutefois le mode irrégulier et révolutionnaire qui l’avait proclamée, et en se réservant le droit d’en décider autrement plus tard s’il le jugeait à propos. (Voir les Pièces justificatives, n"’ 7 et 8.) Il congédia ensuite le courrier avec courtoisie cl lui donna une boite, garnie d’argent, sur laquelle étaient gravées les armes de Rome, du pape et du tribun Rienzi (‘i).
Cependant, Rome avait changé de face : la justice y était rendue, le crime poursuivi, les malfaiteurs châtiés sans acception de personne. Les barons, déclarés responsables
(1) La Vita, c. x.
(-2) Id., c. X.
HISTOIRE DE U PAPAUTÉ, LIV. Vlll.
des scélérats, n’osaient plus en favoriser l'impunité; la sécurité reparaissait dans la ville, les lois avaient repris l’empire. Le tribun créa un tribunal auquel il donna le nom de chambre de justice et de paix (1). On y voyait déployé le goufanon de Saint-Paul, sur lequel étaient peintes, d’un côté, une épée nue, et, de l’autre, une palme, symbole de la victoire. Les juges de ce tribunal furent choisis parmi les plébéiens les plus irréprochables. Leurs fonctions devaient être de pacifier, selon la loi du talion, les différends des citoyens. On procédait ainsi : les plaignants, en se présentant à la barre du tribunal, commençaient par promettre de se réconcilier. Après cela, l'offensé rendait à l’agresseur injure pour injure, puis tous deux s’embrassaient cordialement, et il n’était plus question d’inimitié. L’enthousiasme pour ce mode d’accommodement fut tel, qu’il alla jusqu’au fanatisme. On en cite un exemple qui paraîtrait fabuleux si un témoin oculaire ne l’attestait : un homme, qui avait arraché l’œil à l’un de ses voisins, accourt de lui-même et le premier sur les marches du Capitole; le blessé parait, et l’agresseur, à genoux, fondant en larmes, le supplie de lui pardonner et présente le visage; il demande à son tour qu’on le prive d’un œil; l’offensé, ému jusqu’aux larmes, refuse; l’agresseur insiste ; il s’établit ainsi pendant quelque temps une lutte de générosité qui se termine par une réconciliation sincère (2).
Cette justice prompte et sévère frappa de terreur les voleurs et les assassins. Ceux qui échappaient au glaive de la loi sortaient de Rome et de son territoire, et allaient chercher un asile bien loin du redoutable tribun. Les
(1) La casa do la giustizia e de la ))aco. (La Vila, c. u.)
(2) IJ., c. U.
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BIENZI TRIBON.
paysans purent cultiver en paix leurs champs, les pèlerins visiter les tombeaux des saints apôtres sans être inquiétés. La joie renaissait de toutes parts à mesure que l’iniquité disparaissait, et les barons, naguère si indociles et si remuants, se contentaient de frémir en silence. 1x3 seul Giovanni de Vico, seigneur de Viterbe, osa résister à Rienzi; celui-ci lui déclara la guerre, fit assiéger ses villes, ruiner ses campagnes, et l’obligea de venir lui-même à Rome jurer, sur le corps du Sauveur, une soumission entière au peuple romain, et de rester en otage au Capitole jusqu’à la pleine exécution de ses promesses. Joignant alors la générosité à sa victoire, il investit de nouveau Giovanni de la dignité de préfet et de la seigneurie de Viterbe, qu'il dut conserver sous la suzeraineté Iribunitienne(l).
Ces faits grandirent démesurément la renommée de Rienzi. Pétrarque était à Avignon quand il les apprit. 11 se crut arrivé au comble de ses vœux ; l’œuvre du tribun lui .apparaissait comme la restauration de cette liberté et de cette puissance romaine qui faisaient l’unique objet de ses désirs, et il prit la plume pour en féliciter son auteur. Il l’élève au-dessus des plus grands héros de l’antiquité : « Homme illustre, s’écrie-l-il, aide ta patrie à se relever, « cl fais voir au monde ce que peut encore Rome... Ro- « mulus la fonda, Brulus lui donna la liberté, Camille « releva ses ruines; loi, homme illustre, lu fais plus que « Romulus, Brutus et Camille. Romulus environna Rome a naissante de faibles murailles, mais toi tu la protèges « d’un rempart inexpugnable. Brutus ne délivra la liberté « que d’un seul tyran, mais toi tu l’affranchis d’innombraa blés oppresseurs. Camille releva Rome de ses cendres cnil) La Vita, c. ivi.— Chron. Eslense, p. 439.
HISTOIRE DE U PAPAITÉ, LIV. VIH.
« core fumantes, mais loi lu la relèves de ruines antiques « et sous lesquelles l’espérance s’était éteinte. Salut donc, « notre Romulus, notre Brutus, notre Camille ! Salut, ô « restaurateur de la liberté, de la paix et de la con- « corde (I) ! » Pétrarque ne s’en tint pas là ; il voulut célébrer le libérateur de Rome d’une manière plus digue de lui, et, accordant sa lyre au ton le plus sublime, il chanta en son honneur le plus beau de scs. eau zoni. (Voir l’original de celle ode aux Pièces justificatives, n° 9.)
« Noble esprit, qui gouvernes ce corps où habile, pendant son pèlerinage, un maître courageux, plein de force et de sagesse, puisque tu as pris dans ta main cette verge glorieuse qui te sert à tbàlier Rome et à la ramener dans sa voie antique, je m’adresse à toi. Ailleurs, je n'aperçois nulle part un rayon de la vertu éclipsée dans le monde, et je ne vois personne ayant honte de mal faire. Je ne sais ce qu'attend ni ce que veut l'Italie, qui ne sent point ses propres blessures, la vieille, la lAcIic et la paresseuse qu'elle est! Dormirat-elle toujours, et quelqu’un ne viendra-t-il pas enfin qui l’éveille? Mes mains la saisiraient volontiers par les cheveux.
» Je n'c,spère pas que jamais elle soulève sa tète du sein de son indigne sommeil, quelques cris que l'on pou.sse, tant je la vois affais.sée, tant elle dort profondément! Mais ce n'est pas sans un destin spécial qu'elle a été confiée à ton bras, qui peut fortement la secouer et la soulever, cette Rome, notre tête. Pose hardiment ta main sur sa vénérable chevelure, sur ses tresses en désordre, et arrache l'indifférente du milieu de la boue. Moi qui, jour et nuit, pleure sa misère, je mets en toi la plus grande part de mon espoir. Si jamais le peuple de Mars doit, pour son propre honneur, ouvrir les yeux, il me semble que tu seras témoin de cette grâce.
(1) Petrarch., sine titulo, cp. u.
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RlENZl TRiBUN.
« Ces vieux murs que le monde craint et aime encore, et devant lesquels il tremble quand il se rappelle les temps passés et qu'il regarde en arriére ; ces pierres, que foulèrent autrefois ceux qui ne ■ seront point sans gloire tant que subsistera le monde; tout ce qu'une même ruine enveloppe, tout cela attend de toi la guérison de ses blessures. Grand Scipion, fidèle Brutus, quelle joie pour vous, si déjà le bruit vous est arrivé que votre office est remis à de bonnes mains ! Comme le vieux Fabricius se réjouit en entendant.eette nouvelle! Il dit ; (I Ma Borne deviendra belle encore! »
v Si le ciel s'occupe des douleurs de ce monde, les esprits habibitants des demeures célestes dont les corps sont abandonnés sur la terre te supplient de mettre fin aux longues discordes civiles qui éteiit toute confiance au peuple, et font fermer à chacun l'escalier de sa propre maison. Ces maisons, où régnait autrefois tant de piété, sont devenues, pendant la guerre, des cavernes de voleurs, dont la porte n'est fermée qu’aux gens de bien, tandis que les mauvais méditent, même contre les statues de marbre, même contre les autels, toutes sortes de violences. Quelle différence et dans les temps et dans les actions des hommes! Et l'on ne donne plus aucun assaut sans faire retentir les cloches, qui n’ont été élevées si haut dans les airs que pour louer Dieu I
« Des femmes éplorées, une foule sans défense d’enfants en bas âge et de vieillards à qui la vie est devenue odieuse, des moines noirs, gris et blancs, toute la multitude des faibles et des malades crie : « Seigneur! Seigneur! viens à notre aide! » et les mendiants effarés te montrent par milliers leurs plaies, dont aurait pitié Annibal lui-même. Si la maison de Dieu t'est chère, maintenant que tu la vois tout embrasée, disperse seulement quelques étincelles, et tu arrêteras tout à coup les flammes des passions perverses, et là-haut on célébrera ton nom.
niSTOIHE DE LA PAPAUTÉ, LIV. V;U.
« Les ours, les loups, les lions, les aigles et les serpents, ébranlent souvent la grande colonne de marbre, et se nuisent entre eux. C'est là de quoi gémit la noble dominatrice qui t'a appelé pour extirper les mauvaises plantes qui ne peuvent pas fleurir. Déjà plus de mille ans sont écoulés depuis qu'elle est veuve des grands esprits qui l’ont élevée à son ancien degré de splendeur. Le nouveau peuple oublie, dans son orgueil, le respect qu'il doit à une telle mère. C'est toi qui es son père et son époux; elle attend tout de toi. L'autre père, plus haut placé, s'occupe d’autres soins (1).
« Rarement l’injurieux destin ne traverse pas les grandes entreprises ; il s’accorde mal avec les âmes généreuses. Mais, puisqu’il t’a ouvert le sentier dans lequel tu es entré, je lui pardonne beaucoup d'autres offenses, car ici du moins il ne se ressemble pas à luimême. Aussi loin que peut atteindre la mémoire du monde, on ne voit pas d'homme â qui le chemin ait été ouvert comme à toi pour rendre son nom immortel. Tu peux, si je ne m’abuse, relever la plus noble monarchie. Quelle gloire quand on dira de toi : « Les autres « l'ont protégée dans sa jeunesse et dans sa force : celui-ci l’a pré- « servée de la mort dans ses vieux jours! »
(I Canzone , lu verras au Capitole un chevalier honoré de l’Ilalie entière, parce qu’il pense à autrui plus qu’à lui-même. Dis-lui ; > Un (I homme qui ne t’a pas encore vu de près, et qui t'aime sur ta seule « renommée, te rappelle que Rome à chaque instant, de ses sept « collines, tourne vers toi ses yeux mouillés de pleurs (3). »
(1) Allusion au pape résidant à Avignon.
(2) Nous nous sommes servi ici de la traduction élégante de M. Léon Boré.
Les anciens commentateurs Antonio Minturno, Velutello, Gésualdo, Giulio Camillo, Gastelvetro, Tassoni et Muratori , avaient été d'accord que
HIENZl TRIBUN.
Mais ce n’étaienl pas seulement les poètes qui exaltaient Rienzi : il recevait de la part des républiques et des princes de l'Italie des témoignages plus flatteurs encore. Les cités de Florence, de Sienne, d’.\rezzo, de Todi, de Spolete, de Rieti, d’Amelia, de Tivoli, de Vellelri, dePistoie, deFoligno et d’ Assise, lui adressèrent des ambassades solennelles. Le grand Lucebino Visconli lui envoya de Milan une lettre, où il l’exhortait à continuer son œuvre, etlui conseillait de travailler doucement à dompter les barons. Les Pepoli, de Bologne; Obizzo, deFerrare; Mastino délia Scala, de Vérone; Philippine de Gonzaga, de Mantoue; les seigneurs de Carrare, de Padoue, Francesco des Ordelafli, deForli; IcsMalatesta, de Rimini, suivirent bientôt ces exemples : c’était un entraînement général. Florence mita la disposition du tribun cent cavaliers, Pérouse soixante. Sienne cinquante. Les habitants de Gaëte lui envoyèrent 10,000 florins et la seigneurie de leur ville. Venise, dans une lettre scellée en plomb, lui offrit les ressources de la république. Fatigué de ses luttes avec le Saint-Siège, Louis de Bavière sollicita secrètement son amitié et sa médiation pour se rapprocher du pape (1). Le prince Charles de Duras l’appela
le héros de ce brau ron:on« est Cola di Rienzi ; mais l’abbé de Sade cnit devoir embrasser un autre sentiment : dans une célèbre dissertation imprimée à la suite de scs Mémoires sur la vie de Pétrarque , il en fit honneur à Stefano Colonna le jeune. L'autorité d'un tel homme, les raisons séduisantes de sa dissertation, changèrent sur ce point l'opinion des littérateurs. Bctinelli, Timbosebi lui-même et Ginguené, ont cru devoir s’en tenir au sentiment énoncé par de Sade. Mais ce n’était là qu'une surprise, et, après la dissertation savante donnée par Zephirino Re dans ses notes à la Vita di Cola di Rienzi , dissertation où les raisons de de Sade sont détruites l’une apres l’autre par une discussion lumineuse du texte même du canrone, spirlo gentil, il n’est pas permis de douter que le sujet de cette remarquable pièce ne soit Cola di Rienzi.
(I) La Vita,c. xxii. — Cronaca. Sauese, p. 108. — Giov. VilL, I. XII,