RIENZI TRIBUN
seigneurs de Santo-Agnolo, Berlholdo, seigneur de Vicovaro, et plusieurs autres. Ces barons ne sont pas plutôt réunis, qu’ils sc voient saisis et renfermés dans des prisons séparées. Leur crime, dit-on, est d’avoir conspiré contre la sûreté de l’État. On se figure aisément la stupeur de CCS prisonniers et les alarmes dans lesquelles ils durent passer une nuit, qu’ils avaient mille raisons de croire la dernière de leur vie. Ils ne doutèrent plus de leur sort lorsqu'ils virent un religieux Mineur se présenter pour entendre leurs confessions et les disposer à paraître devant Dieu. Tous reçurent los derniers secours de la religion, excepté le vieux Stefano Colonna, qui répondit ne vouloir ni se confesser ni communier, parce qu’il n’y était point préparé. Rienzi était bien résolu de leur faire trancher la tète à tous ; mais, quelques bourgeois influents s’étant interposés, il abandonna ce dessein à leur sollicitation, et se décida à tourner en ostentation de miséricorde la scène qu’il avait apprêtée pour la vengeance. A neuf heures, le peuple se rassemble ; les barons sont amenés ; le lieu est tendu de rouge; tout annonce une exécution sanglante. Mais, contre l’attente de la multitude, Rienzi paraît à une tribune, prononce un beau discours sur ces paroles de l’Oraison dominicale : «Pardonnez-nous nos « offenses, » excuse la conduite des barons, assure qu’ils étaient disposés à servir le peuple; puis, les ayant reçus en grâce, il nomme l’un intendant des vivres, l’autre duc de Toscane, celui-ci duc de la campagne de Rome, celuilà consul et patricien, fait des présents à tous, et les congédie, après avoir partagé avec eux un splendide festin (I).
Cette scène étrange déplut beaucoup aux gens sensés,
(1) U ViU, c. Mil.
et le peuple disait : « Il a allumé un feu et une flamme « qu’il ne pourra pas éteindre (I).» En effet, aucun des barons ne se méprit sur le vrai motif auquel ils devaient la vie, et la prétendue clémence du tribun ne les rassura point. Il avait manqué son coup ; il imaginerait bientôt un autre moyen de se défaire d’eux, et le premier usage qu’ils firent de leur liberté fut de quitter Rome. Les Colonna et les Orsini mirent à la hâte Castel-Marino en état de défense, y rassemblèrent des hommes d’armes ; les autres barons vinrent y joindre les leurs. Bientôt l’étendard de la révolte fut levé ; Rinaldo Orsini passa le Tibre, entra dans la ville de Nepi, mit tout à feu et à sang, tandis que son frère Giordano poussait des courses jusque sous les murs de Rome, d’où l’on voyait les ravages de ses soldats.
Naturellement peu guerrier, Rienzi avait laissé les préparatifs des barons s’accomplir tranquillement, se contentant de lancer contre ses ennemis des citations dont ceux-ci SC moquaient. Il fallut que les murmures du peuple le tirassent de son inaction (2). Alors seulement il se mit à la tète des milices urbaines, sortit de la ville, employa huit jours à parader plutôt qu’à combattre autour de Castel-Marino; puis, après en avoir dévasté le territoire, il rentra dans Rome pour s’y montrer dans le costume des anciens empereurs romains et triompher, comme s’il eût fait de glorieux exploits (3).
Les barons profitèrent de l’indolence du tribun pour organiser leurs forces et tenter un coup de main sur Rome même. Ils avaient des intelligences dans la ville, et les portes devaient leur en être ouvertes. Rienzi le sut ; il en
(1) Questo a acceso '1 fuoco c la Oamma, la quale non la potra speguere. (Li Vite, c. xm.)
(2) Id., c. XXX.
(3) Id., c. XXXI.