‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 62 sur 146 · BOLOGNE VENDUE AUX VISCONTI · texte numérisé non relu

BOLOGNE VENDUE AUX VISCONTI

péré un instant que la captivité lui ouvrirait l'entrée de Bologne (I). Jean de Pcpoli, devenu le prisonnier des soldats pontificaux, s’accommoda avec eux, promit de leur faire la somme qu’ils réclamaient au comte, paya, 20,000 florins comptant, donna ses trois fils en otage pour le reste, et recouvra ainsi la liberté (2). Il ne tarda pas d’en faire un usage funeste au comte de Romagne. Sentant bien qu’il était incapable de résister longtemps aux efforts de ce général, et ne respirant que vengeance, il courut à Milan offrir Bologne à l’archcvèque, au prix de 200,000 florins; et Visconti, aux yeux duquel l'ambition légitimait tout, Visconti, qui était l'allié du pape, qui avait des ambassadeurs à Avignon, qui n’ignorait pas que Bologne était une ancienne propriété de l’Église, Visconti accepta l’offre de Jean de Pepoli, et envoya sur-le-champ son neveu Bernabos prendre en son nom possession de Bologne, malgré les réclamations du peuple, qui s’écriait : Nous ne voulons pas être vendus! Noi non rogliamo me rendnli (ô) !

Quand la nouvelle de ce honteux marché parvint à la cour pontificale, elle y excita l’indignation la plus vive ; on se demandait qu’est-cc qui serait désormais sacré poui l’ambition des Visconti, et où s’arrêteraient enfin les envahissements toujours progressifs des seigneurs de Milan. Clément VI erut devoir répondre à cet attentat par une mesure vigoureuse, et, au mois de décembre 1350, il lança contre l’archevêque et les Pepoli un monitoire dans le(jucl il réclamait, au nom du Saint-Siège, la' restitution de Bologne, fixait un terme pour cette restitution, menaçait des censures ecclésiastiques, si droit n’était pas

(1) Cron. di Bologna, t. XVIII, p. 418.

(2) Id., p. 41».

(3) Id., p. 419 et 420. — Malt. Vill., 1. 1, c. ixviii.

fait à celte réclamalion, et citait à son tribunal, pour le 20 janvier 1551, Giovanni Visconti, ses trois neveux, et les Pepoli, pour qu’ils vinssent expliquer leur conduite (i).

Une menace de censure pour l’archevêque, qui en avait déjà tant méprisé, n’était pas de nature à produire une grande impression sur son esprit : aussi Clément VI songea-t-il à appuyer son monitoire d’une autorité plus persuasive, en envoyant en Italie un inlcrnonce chargé d’organiser contre le seigneur de Milan une ligue de toutes les républiques guelfes. L’évêque de Padoue, Ildebrand, était cet inlernonce (2), Mais, avant de s’occuper de l’objet de sa mission, il avait l’ordre de tenter encore, près de Visconli, la voie des sommations. Il vint donc à Milan, et, après avoir insisté de nouveau sur la restitution de Bologne, il annonça à l’archevêque que la volonté du souverain pontife était qu’il optât entre le sceptre et la crosse; que cet amalgame qu'il faisait du sacerdoce et de la souveraineté temporelle ne pouvait plus être toléré. L’archevêque ne fil, sur le moment, aucune réponse, mais il invita le nonce à se trouver le lendemain matin, après la messe, dans sa cathédrale. Là, devant tout son peuple assemblé, il se fit répéter les sommations pontificales ; puis, saisissant d’une main la crosse épiscopale, de l’autre une épée nue, et, se tournant du côté du représentant pontifical : « Allez dire au pape, monseigneur, qu’avec l’une je sau- « rai bien défendre l'autre (.j). »

Cette réponse montrait assez qu’il fallait nécessairement faire trembler l’archevêque pour le rendre traitable; et Clément VI, à bout de ménagements, lança l’interdit sur

(1) Raynald, ano. tSoO.

(2) 1(1., anii. tSSO, n” 12. — Malteo Villani dit rr'vêqiie de Fcrrare. (L. I, C. LXXTI.)

(5) Corio, Istorie Milanosi. P. iii,-p. 221.

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