NÉGOCIATIONS DES VISCONTI A AVIGNON. SIS
liasaixleux dans un pareil événement, et trop sage pour l’attendre dans la disgràcedu Saint-Siège, il résolutdoncde faire sa paix avec l’Église. Il était même si pénétré de la nécessité de celle paix, qu’en envoyant ses ambassadeurs à Avignon, il leur recommanda de n’épargner, pour l’obtenir, ni intrigues, ni dons, ni promesses, ni argent (I).
Ces ambassadeurs rencontrèrent à la cour pontificale le.s ambassadeurs de Florence, de Sienne et de Pérouse, qui les y avaient précédés. Ces derniers virent bientôt que l’archevêque voulait à tout prix une réconciliation. Ce fut pour eux une raison de travailler de toutes leurs forces à l’empêcher; ils ne cessaient de rappeler les torts de Visconli, ses violences, scs injustices, auxquelles ils joignaient celles de ses prédécesseurs, tandis qu’il faisaient de longues et fréquentes apologies de la fidélité, du dévouement des républiques toscanes au Saint-Siège apostolique. Et la cour, impressionnée par ces discours, semblait peu disposée à un accommodement (2). Les plénipotentiaires de l’archevêque eurent d’abord tout contre eux. Mais c’étaient les plus intimes confidents de leur maître (.■!), des négociateurs rompus aux affaires, que les obstacles ne rebutaient point, et qui savaient que la pei-sévérance met toujours un poids décisif dans la balance de la politique. Ils allaient sans cesse chez les cardinaux, chez les parents du pape, demandant grâce pour l’archevêque et répandant avec adresse de riches présents. La comtesse de Turenne , dont le crédit auprès de Clément VI
(1) Mail. Vill., I. tl, c. II. Gon pieiiomandalo a operarc e tare con dont,
e colloro industria , e cou promesse , sania havere rii,'narda alla pecania d’havere la reconciliazione di sania Chiesa. '
(2) Id., l. II, c. wvi.
(5) Suoi conBdenti uomini sperli e di grande aulorila. (Malt. Vill., l. II, c. XI.)
216 HISTOIRE DE LA PArAUTÉ, LIV. IX.
était connu, ne fut pas oubliée. 11 n’y eut pas jusqu au roi de France dont les ambassadeurs milanais ne cherchassent à exploiter l'inlluence (t). Ils y réussirent. Ceux qui s’étaient d’abord le plus opposés à la réconciliation s’adoucirent peu à peu, les passions se calmèrent, et le pape, dont on attisait naguère les ressentiments contre l’archcvèque, se vit bientôt obsédé de sollicitations en sa faveur.
Le pape n’avait pas besoin d'être excité à la clémence; il désirait yivement lui-même d’en finir avec le prélat ; mais il craignait de s’aliéner les trois républiques toscanes, dont les ambassadeurs opposaient toujours une indomptable résistance à toute pensée de conciliation. L’habileté de Clément YI lui suggéra un heureux moyen de vaincre cette résistance, ce fut de mettre les ambassadeurs des trois républiques dans la nécessité de choisir cu.\-nièraes la paix, à moins de passer pour vouloir compromettre, à propos de querelles particulières, l’intérêt général de toute l’Italie. En plein consistoire, après avoir pompeusement exalté l’amour et la fidélité que Florence, Sienne et Pérouse avaient toujours professés envers l’Église romaine; après avoir déploré les tristes divisions qui menaçaient d’anéantir leur liberté, il se tourna du côté des ambassadeurs, et, s’adressant à eux : «Trois partis vous sont nf- « forts, dit-il : le premier est une bonne paix avec l’a r- « chevêque; le second, une ligue avec l’Église; le troi- « sième, l’invitation à l’empereur de passer en Italie : « choisissez l’un de ces trois partis, mais choisissez sans « délai.» Les ambassadeurs, sommés ainsi de s’expliquer, virent bien que le pape était résolu de faire la paix, et répondirent qu’ils s’en rapportaient à sa décision (2).
(1) Malt. Vill., 1. 11, c. Lxvi.
(2) Id., 1. 11, c. TU.
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