‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 66 sur 146 · MORT DÊ CLÉMENT VI · texte numérisé non relu

MORT DÊ CLÉMENT VI

comme condition première de la paix que les Génois abandonnassent la Corse conquise par leurs armes, ainsi que leurs acquisitions en Sardaigne. On n’en aurait pas demandé plus à des vaincus (1). Les Génois, victorieux, rt^elèrent avec hauteur une semblable prétention, et tout fut encore arrêté. Plus tard, les Génois durent se repentir d’avoir rompu les négociations ; battus à leur tour par leurs adversaires dans les parages de la Sardaigne, et manquant, dans les revers, de cette constance héroïque qui les répare, ils implorèrent la protection de l’archevêque Visconti, qui la leur vendit au prixdelcur indépendance (2).

La troisième réconciliation était celle de la France et de l’Angleterre. C’était Là le vœu suprême de Clément VI, et, plus que jamais, il croyait la circonstance favorable pour le réaliser. Jean de Valois avait succédé à son père, Philippe. mort en l’année 1350, et il était permis d’espérer qu’Edward, qui n’avait jamais eu avec le nouveau monarque de démêlé personnel, se montrerait plus traitable. Pour obtenir cette importante pacification, le pape fit choix du négociateur qui avait terminé le différend du roi de Hongrie et de la reine Jeanne, et le cardinal Gui de Boulogne partit an mois de septembre pour Paris. Mais Clément VI ne devait point voir l'issue de, cette grande affaire; la vie abandonnait rapidement ce pontife. Dès les derniers jours de l’année 1351, une humeur, qui s’était répandue dans la masse du sang, lui avait fait enfler le visage. Il s’était trouvé fort mal à cette époque. Depuis, la maladie, sans cesser tout à fait, lui laissa de bons intervalles, qui faisaient espérer une guérison , et dont on profita pour tenir les consistoires où les affaires de Naples et

(1) llaynald, ano. 13S2, n"* 14 et 1S. — Spoude, ann. 15o2, n° 8.

'2) Mail. Vitl., 1. lit. c. Lxm et imvi.

de Bologne furent terminées (1). Mais , vers la fin de 1352, le mal fit de nouveaux progrès, la fièvre ne quitta plus le pape ; il reçut alors les sacrements de l’Église avec une grande piété, et, le 5 décembre 1352, il expira subitement. Quand on fit l’autopsie du cadavre, on trouva qu’un abcès, qui s’était formé dans le dos , avait, par sa rupture, submergé le cœur (2). Le règne de Clément \'I avait duré un peu plus de dix ans. On déposa d’abord son corps dans l’église cathédrale d’Avignon ; puis on le transporta plus tard, avec une grande pompe, au monastère de La Chaize-Dieu, qu’il avait choisi dans son testament pour le lieu de sa sépulture (5).

Clément VI est une grande et belle figure dans l’histoire du quatorzième siècle. En effet, quand d’un côté on regarde h sa conduite au milieu des graves événements qui remplirent son pontificat, à l’habileté qu’il déployait dans les affaires les plus épineuses, à son activité, à sa prudence, à sa fermeté, à sa juste appréciation des hommes et des choses, à ce ton de grandeur et de supériorité qu’il mêlait à tout, à cet éclat qui rayonnait de son trône, aux glorieux résultats de son règne, on avouera que peu de pontifes ont porté avec plus de talent que lui le sceptre de l’Église. D’un autre côté, quand on regarde à son caractère personnel, à cette générosité qui n’avait d’autres limites que celles de son pouvoir, à celte bonté de cœur qui lui avait appris l’art précieux de contenter ceux mêmes qu’il ne pouvait satisfaire (f), à cette douceur, à cette affabilité de manières qui lui gagnaient tous les cœurs, on recon-

(1) Do Sade, Mémoires, I. lit, p. 196.

(2) Baluze. Vila'. paparum, l. I, p. 518.

(3) Id., p. 278 et 299.

(4) Suum præsidium aut juvamen implorantes mmqunm emi<-il sine eonsolatione rcali aut vcrbali. ( Id., p. 26-1. 1

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